07 09 20

Tiqqun, Théorie du bloom

Mais c’est exac­te­ment dans la mesure où il n’est pas un indi­vi­du que le Bloom est à même de nouer des rela­tions avec ses sem­blables. L’individu porte dans sa trom­peuse inté­gri­té, de façon ata­vique, la répres­sion de la com­mu­ni­ca­tion, ou la néces­si­té de sa fac­ti­ci­té. L’ouverture exta­tique de l’homme, et nom­mé­ment du Bloom, ce Je qui est un ON, ce ON qui est un Je, est cela même contre quoi la fiction
de l’individu fut inventée.
Le Bloom ne fait pas l’expérience d’une fini­tude par­ti­cu­lière ou d’une sépa­ra­tion déter­mi­née, mais de la fini­tude et de la sépa­ra­tion onto­lo­giques, com­munes à tous les hommes. Aussi bien, le Bloom n’est seul qu’en appa­rence, car il n’est pas seul à être seul, tous les hommes ont cette soli­tude en com­mun. Il vit comme un étran­ger dans son propre pays, inexis­tant et en marge de tout, mais tous les Bloom habitent ensemble la patrie de l’Exil. Tous les Bloom appar­tiennent indis­tinc­te­ment à un même monde qui est l’oubli du monde. Ainsi donc, le Commun est alié­né, mais il ne l’est qu’en appa­rence, car il est encore
alié­né en tant que Commun – l’aliénation du Commun ne désigne que le fait que ce qui leur est com­mun appa­raisse aux hommes comme quelque chose de par­ti­cu­lier, de propre, de pri­vé. Et ce Commun issu de l’aliénation du Commun, et que celle-ci forme, n’est rien d’autre que le Commun véri­table et unique par­mi les hommes, leur alié­na­tion ori­gi­naire : fini­tude, soli­tude, expo­si­tion. Là, le plus intime se confond avec le plus géné­ral, et le plus « pri­vé » est le mieux partagé.