18 12 25

Proust, Du côté de chez Swann

Quand je voyais un objet exté­rieur, la conscience que je le voyais res­tait entre moi et lui, le bor­dait d’un mince lisé­ré spi­ri­tuel qui m’empêchait de jamais tou­cher direc­te­ment sa matière ; elle se vola­ti­li­sait en quelque sorte avant que je prisse contact avec elle, comme un corps incan­des­cent qu’on approche d’un objet mouillé ne touche pas son humi­di­té parce qu’il se fait tou­jours pré­cé­der d’une zone d’évaporation.