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Perniola, Le sex-appeal de l’inorganique

À par­tir du moment où le per­son­nage sadique prend l’aspect de l’infirmière, de la nonne, de l’assistante qui calme la dou­leur et le mal de vivre, nous entrons dans la dimen­sion la plus pro­fonde et inquié­tante du monde sadique. Celui-ci devient en effet le dis­pen­sa­teur non plus d’une dou­leur posi­tive, et encore moins d’une jouis­sance posi­tive, mais d’un récon­fort, d’un remède qui ne gué­rit pas mais sou­lage, atté­nue et tem­père le sup­plice infi­ni de l’existence. De fait, si la vie est souf­france, le fait d’être par­ve­nu à trou­ver et à entraî­ner avec vous quelqu’un qui soit dis­po­sé à vous cou­per le pénis pen­dant qu’il vous étrangle, est un grand bon­heur : votre sup­plice est une belle mort et le per­son­nage sadique un bien­fai­teur. Peut-être est-il temps de sous­traire l’euthanasie au point de vue dépri­mant et démo­ra­li­sant d’un mal mineur et de l’incorporer au cir­cuit de la sexua­li­té sadique. Malheureusement, celui qui peut vous dis­pen­ser une belle mort ne peut être que quelqu’un qui est déjà prêt à mou­rir pour vous dans la vie, ou mieux, qui a déjà expo­sé sans réserve son corps à une éner­gie sexuelle dont vous avez été le tru­che­ment. En revanche, nous unis­sons trop sou­vent notre des­tin et pas­sons notre vie entière avec quelqu’un qui n’est jamais sor­ti, pas même un ins­tant, de la logique de la trac­ta­tion et d’une cama­ra­de­rie pseu­do éga­li­taire : avec quoi pour­rait-on négo­cier une belle mort si ce n’est avec ce que l’on vous a deman­dé de don­ner ? Mais celui qui dit : « Fais de moi ce que tu veux » est déjà étran­ger à toute négo­cia­tion pas­sée, pré­sente et à venir.

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« VIII. Sadisme et sex-appeal de l’inorganique » Le sex-appeal de l’inorganique [1994]
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trad.  Catherine Siné
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p. 45