À partir du moment où le personnage sadique prend l’aspect de l’infirmière, de la nonne, de l’assistante qui calme la douleur et le mal de vivre, nous entrons dans la dimension la plus profonde et inquiétante du monde sadique. Celui-ci devient en effet le dispensateur non plus d’une douleur positive, et encore moins d’une jouissance positive, mais d’un réconfort, d’un remède qui ne guérit pas mais soulage, atténue et tempère le supplice infini de l’existence. De fait, si la vie est souffrance, le fait d’être parvenu à trouver et à entraîner avec vous quelqu’un qui soit disposé à vous couper le pénis pendant qu’il vous étrangle, est un grand bonheur : votre supplice est une belle mort et le personnage sadique un bienfaiteur. Peut-être est-il temps de soustraire l’euthanasie au point de vue déprimant et démoralisant d’un mal mineur et de l’incorporer au circuit de la sexualité sadique. Malheureusement, celui qui peut vous dispenser une belle mort ne peut être que quelqu’un qui est déjà prêt à mourir pour vous dans la vie, ou mieux, qui a déjà exposé sans réserve son corps à une énergie sexuelle dont vous avez été le truchement. En revanche, nous unissons trop souvent notre destin et passons notre vie entière avec quelqu’un qui n’est jamais sorti, pas même un instant, de la logique de la tractation et d’une camaraderie pseudo égalitaire : avec quoi pourrait-on négocier une belle mort si ce n’est avec ce que l’on vous a demandé de donner ? Mais celui qui dit : « Fais de moi ce que tu veux » est déjà étranger à toute négociation passée, présente et à venir.
31 01 26
Perniola, Le sex-appeal de l’inorganique
, ,
trad.
Catherine Siné
, , ,
p. 45