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Proust, Du côté de chez Swann

Et comme cet hymé­no­ptère obser­vé par Fabre, la guêpe fouis­seuse, qui pour que ses petits après sa mort aient de la viande fraîche à man­ger, appelle l’anatomie au secours de sa cruau­té et, ayant cap­tu­ré des cha­ran­çons et des arai­gnées, leur perce avec un savoir et une adresse mer­veilleux le centre ner­veux d’où dépend le mou­ve­ment des pattes, mais non les autres fonc­tions de la vie, de façon que l’insecte para­ly­sé près duquel elle dépose ses œufs, four­nisse aux larves quand elles éclo­ront un gibier docile, inof­fen­sif, inca­pable de fuite ou de résis­tance, mais nul­le­ment fai­san­dé, Françoise trou­vait pour ser­vir sa volon­té per­ma­nente de rendre la mai­son inte­nable à tout domes­tique, des ruses si savantes et si impi­toyables que, bien des années plus tard, nous apprîmes que si cet été-là nous avions man­gé presque tous les jours des asperges, c’était parce que leur odeur don­nait à la pauvre fille de cui­sine char­gée de les éplu­cher des crises d’asthme d’une telle vio­lence qu’elle fut obli­gée de finir par s’en aller.