18 12 25

Proust, Du côté de chez Swann

Une fois seul, il revoyait ce sou­rire, celui qu’elle avait eu la veille, un autre dont elle l’avait accueilli telle ou telle fois, celui qui avait été sa réponse, en voi­ture, quand il lui avait deman­dé s’il lui était désa­gréable en redres­sant les cat­leyas ; et la vie d’Odette pen­dant le reste du temps, comme il n’en connais­sait rien, lui appa­rais­sait avec son fond neutre et sans cou­leur, sem­blable à ces feuilles d’études de Watteau, où on voit çà et là, à toutes les places, dans tous les sens, des­si­nés aux trois crayons sur le papier cha­mois, d’innombrables sourires.