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Quintane, Soixante-dix fantômes

Il a voya­gé davantage.
Que sa maille soit syn­thé­tique ou de mou­ton, des tas d’opérations chi­miques dont ni vous ni moi ne com­pre­nons le quart l’ont enduit et tis­sé assou­pli et cou­su. Il est pas­sé à la machine. Les doigts de quelle femme, les mains de quel homme l’ont dis­po­sé et lis­sé ? Ou bien il est tom­bé tout dru des chaînes jusque dans un panier, comme une tête.
Pourquoi faut-il qu’il n’occupe que notre vision péri­phé­rique tan­dis que toute notre atten­tion est fixée sur ce qui sort d’un col si par­fait qu’il épouse le cou gra­cile qu’il barre de son trait noir ?
Nous ima­gi­nons que, tous morts, il sera là pour nous sur­vivre car il est jeune. Mais aucun homme ne vit assez long­temps pour que son pull, entier ou par frag­ments, ne demeure après lui.
C’est de ce pull que vous, si vous le vou­lez bien, pré­lè­ve­rez l’ADN ancien il vous ren­sei­gne­ra sur ce que nous fûmes.
Le por­teur du pull aura dis­pa­ru dans un ensemble humain rela­ti­ve­ment vaste où les nucléo­tides néan­der­ta­liens seront minoritaires.

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« 40. Jordan Bardella » Soixante-dix fan­tômes
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p. 120