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Quintane, Soixante-dix fantômes

Quel que soit l’à‑venir, ceux-là seront noyés dans la boue écra­sés, à celle-là on cou­pe­ra le cul avant de le mettre en conserve, et ces autres vomi­ront des paillettes jusqu’à ce que mort s’ensuive. À cette autre la gorge entaillée d’où sort un pied cou­pé, çui-ci cas­tré enfon­cé dans un pneu, çui-là aux yeux des­cen­dus dans les dents. À cet autre encore enton­noir dans le rec­tum, incar­cé­ré dans un ouf, étouf­fé dans une peau de pois­son, ouvert en deux l’épiderme dérou­lé en tapis, râpé jusqu’à l’os, nive­lé par une enclume, scal­pé sur tout le corps, chiant par le nez, pis­sant par les oreilles, écar­te­lé sur des clous, des lames, des scies sau­teuses, pen­due par les petits doigts, les che­veux, les globes ocu­laires, raclée dans le vagin, javel­li­sée et récu­rée, fra­cas­sée côté gauche, intacte côté droit qui voit l’autre, les ongles arra­chés, les doigts trem­pés dans l’alcool à quatre-vingt-dix, le tronc décou­pé à la machette, les épaules macé­rées dans l’huile bouillante, le dos encas­tré dans une pierre, la pierre sus­pen­due à vingt mètres, le tout à moins cin­quante degrés, faran­dou­lo en file indienne tom­bant un à un dans la fosse, bas­cu­lant de la tête, du corps, du cul, des pieds, ense­ve­lis à la trac­to­pelle, damés à la dameuse.

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« 14. Souvenirs des J.O. » Soixante-dix fan­tômes
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p. 41