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La haine de l’art (la haine de la mort informe, de la brume sans effet, qu’il semble porter), la haine que l’art peut se vouer s’il stylise le chaos malgré lui, s’il met en forme la dispersion, n’est pas le propre de l’art. Une exception le prouve : le poème. La haine de la poésie, si le terme de haine attire, est le propre de la poésie ; elle se défie nativement de son « esthétique », de son charme vorace, du procès de formalisation, de mise en forme signifiante. La méfiance peut avoir nom Dionysos. Et c’est une haine double : a) pour la forme médusante et l’art poétique, le fixatif impliqué dans la formation de la forme ; et b) pour le sens déformant, qui embrume ou endort la possibilité d’un art poétique, d’un geste apollinien.

Contre un Boileau
Fayard 2015
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