Ce que sont à la logo­lo­gie les phi­lo­so­phies qu’on a faites jus­qu’à pré­sent, les poé­sies qu’on a faites jus­qu’à pré­sent le sont à la poé­sie qui doit et qui va venir. Les poé­sies ont eu jus­qu’à main­te­nant presque toutes un effet dyna­mique ; la future poé­sie trans­cen­dante se pour­ra dire orga­nique. Sitôt qu’on l’au­ra décou­verte, on s’a­per­ce­vra que tous les authen­tiques poètes de jadis avaient, à leur insu, poé­ti­sé orga­ni­que­ment. Mais le fait qu’ils n’aient pas eu conscience de le faire a eu sur tout l’en­semble de leurs œuvres une influence essen­tielle, tant et si bien qu’elles ne furent vrai­ment poé­tiques que par endroits la plu­part du temps, alors qu’elles étaient géné­ra­le­ment non poé­tiques dans leur ensemble. [Des par­ties poé­tiques dans un tout qui ne l’é­tait point.] La logo­lo­gie amè­ne­ra avec elle la révo­lu­tion nécessaire.

Wie sich die bishe­ri­gen Philosophieen zur Logologie verhal­ten, so die bishe­ri­gen Poësieen zur Poesie, die da kom­men soll. Die bishe­ri­gen Poësieen wirck­ten meis­ten­theils dyna­misch, die Künftige, transs­cen­den­tale Poësie könnte man die orga­nische heißen. Wenn sie erfun­den ist, so wird man sehn, daß alle ächte Dichter bisher, ohne ihr Wissen, orga­nisch poë­ti­sir­ten – daß aber die­ser Mangel an Bewußtseyn des­sen, was sie tha­ten – einen wesent­li­chen Einfluß auf das Ganze ihrer Wercke hatte – so daß sie größes­ten­theils nur im Einzelnen ächt poe­tisch – im Ganzen aber gewöhn­lich unpoë­tisch waren. Die Logologie wird diese Revolution noth­wen­dig herbeyführen.

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« Fragments pré­pa­rés pour de nou­veaux recueils » Œuvres com­plètes
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vol. 2 : Les fragments
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trad.  Armel Guerne
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p. 58 § 41

L’énergie est la matière des matières. L’âme l’éner­gie des éner­gies. L’esprit est l’âme des âmes. Dieu est l’es­prit des esprits.

Kraft ist die Materie der Stoffe. Seele die Kraft d[er] Kräfte. Geist ist die Seele der Seelen. Gott ist der Geist der Geister.

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« Fragments logo­lo­giques » Œuvres com­plètes
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vol. 2 : Les fragments
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trad.  Armel Guerne
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p. 54 § 24

Penseur brut, dis­cur­sif, voi­là le sco­las­tique. Un mys­tique de la sub­ti­li­té, tel est le vrai sco­las­tique. Il construit son uni­vers d’a­tomes logiques : il abo­lit toute nature vivante pour lui sub­sti­tuer un ouvrage arti­fi­ciel de la pen­sée. Son but est un auto­mate infi­ni. Son oppo­sé est le poète brut, intui­tif, qui est, lui, un macro­logue mys­tique. Il hait la règle et la forme fixe : c’est la vie sau­vage, énorme et puis­sante qui règne dans la nature, et y est en ani­ma­tion. Pas de loi nulle part – caprice et miracle par­tout. Il est pure­ment dynamique.

Der rohe, dis­cur­sive Denker ist der Scholastiker, der ächste Scholastiker ist ein mys­ti­scher Subtilist. Aus logi­schen Atomen baut er sein Weltall – er vernich­ tet alle leben­dige Natur, um ein Gedankenkunststück an ihre Stelle zu set­zen – Sein Ziel ist ein unend­liches Automat. Ihm ent­ge­gen­ge­sezt ist der rohe, intui­tive Dichter. Er ist ein mys­ti­scher Macrolog. Er haßt Regel, und feste Gestalt. Ein wil­ des, gewalt­thä­tiges Leben herr­scht in der Natur – Alles ist belebt. Kein Gesetz – Willkühr und Wunder übe­rall. Er ist bloß dynamisch.

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« Fragments logo­lo­giques » Œuvres com­plètes
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t. 2 : « Les fragments »
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trad.  Armel Guerne
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p. 49 § 13

Vraiment phi­lo­so­pher entiè­re­ment est donc un vol de migra­tion qu’on fait ensemble vers un monde aimé, un vol au cours duquel on se détache à tour de rôle au pre­mier poste de pointe, celui qui rend néces­saire le plus gros effort contre l’élé­ment hos­tile dans lequel on vole.

Achtes Gesammtphilosophiren ist also ein gemein­schaft­li­cher Zug nach einer gelieb­ten Welt – bey wel­chem man sich wech­sel­sei­tig im vor­ders­ten Posten, wel­cher die meiste Anstrengung gegen das widers­tre­bende Element, worinn man fliegt, nöthig macht, ablößt.

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« Fragments logo­lo­giques » Œuvres com­plètes
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vol. 2 : Les fragments
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trad.  Armel Guerne
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p. 48 § 3

La cri­tique qui se laisse anni­hi­ler par sa pré­ca­ri­té se repro­dui­sant, face aux dimen­sions défi­ni­tives de l’affrontement, pré­fère se liqui­der : elle se contente désor­mais d’énoncer ce mini­mum que tout indi­vi­du radi­cal connaît comme la condi­tion d’insuffisance que com­bat son désir de sai­sir sa véri­té : « le dépas­se­ment de la poli­tique ne laisse pas der­rière lui un vide mais le déve­lop­pe­ment pra­tique de la cri­tique qui est entiè­re­ment à décou­vrir. » La révo­lu­tion est alors « ce dont on ne sau­rait par­ler » : fait brut par excel­lence, sco­to­mi­sa­tion par­faite de ce qui, inex­pri­mable, ne pour­ra man­quer de se révé­ler mys­ti­que­ment aux néo-adven­tistes de la vraie foi : au-delà des acci­dents de l’histoire, au-delà même de cet atome d’énergie où la patience de la « pen­sée qui se pense », achar­née à com­battre la com­pré­hen­sion du néga­tif, inves­tit son pou­voir de le com­prendre comme l’anticipation, non ter­ro­ri­sée, de l’affirmation d’une dimen­sion qui l’outrepasse. Plus d’autre issue pour la cri­tique ter­ro­ri­sée que de se replier sur elle-même ! Chaque « objet » échaude sa crainte pho­bique de quoi que ce soit qui la mesure ou est, lorsqu’il lui par­vient, cor­rom­pu par le défaut d’être adve­nu. La police cri­tique refoule à la fron­tière pas­sion et espèce, exha­la­tions impures d’un évé­ne­ment qui, une fois dépas­sé le rêve d’une chose, ne res­semble plus en rien à la chose vue en rêve. Seule sa propre haleine lui est encore res­pi­rable, et elle ne se risque plus à par­ler que d’elle-même.

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« Ce qu’on ne peut pas taire » Apocalypse et révolution [Puzz, n°20, juin-août 1975]
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trad.  Lucien Laugier
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p. 237–238 § 9

Aucune théo­ri­sa­tion de cou­ver­ture ne peut rendre à la sub­ver­sion moderne, armée contre la domi­na­tion trans-éco­no­mique du capi­tal, les formes his­to­ri­ci­sées de la vio­lence, expres­sion en droite ligne de la cri­tique de l’économie poli­tique. Nous ne sommes pas les héri­tiers des « révo­lu­tions vain­cues ». Notre sub­ver­sion se déclenche à par­tir d’une dis­con­ti­nui­té. La rup­ture avec le pas­sé, qui en com­bat toute sur­vie dans le pré­sent, ne rachète qu’ainsi celles de ses visées qui ne sont pas mortes. Nous ne par­lons pas par la voix des morts : ils ne peuvent plus faire mieux qu’ils n’ont fait. Nous ne les recon­naî­trons jamais mieux qu’en por­tant la contra­dic­tion à leurs contra­dic­tions. Refuser la vio­lence dra­ma­tur­gique des bri­ga­distes, ces révo­lu­tion­naires que leur pro­fes­sion rend clan­des­tins à eux-mêmes, n’équivaut pas à une pro­fes­sion symé­trique de paci­fisme. Le moment cri­tique ne peut se per­mettre d’ignorer la muti­la­tion que l’histoire lui inflige en le pri­vant d’une vio­lence cohé­rente, qui ne soit pas aveugle à son sens. Trop long­temps, par les révo­lu­tion­naires eux-mêmes, la souf­france en a été adou­cie en balan­çant le refus du ter­ro­risme par la sur­va­lo­ri­sa­tion de gestes aban­don­nés, fugaces, déri­vés du syn­drome d’une aver­sion deve­nue style de la vie cou­rante. Pas plus que cette dimen­sion anec­do­tique de la « vio­lence » n’exprime davan­tage qu’une symp­to­ma­to­lo­gie de la per­cep­tion immé­diate, mais incon­sé­quente du néga­tif, sa décan­ta­tion hété­ro­nome, ici, ne com­pense l’autoconscience qui lui manque, la per­cep­tion de sa propre insuf­fi­sance. À l’incendie, il ne manque le feu.

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« Ce qu’on ne peut pas taire » Apocalypse et révolution [Puzz, n°20, juin-août 1975]
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trad.  Lucien Laugier
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p. 234–235 § 5

Le choix faus­se­ment qua­li­ta­tif du conspi­ra­teur qui en pous­sant ce der­nier à « fuir » la condi­tion com­mune du non-vécu pour se construire une image fan­tas­ma­tique de « héros » d”« avant-gar­diste », de « nou­veau résis­tant » non seule­ment sur­gèle, en se cris­tal­li­sant, la pas­sion latente mais trans­forme reli­gieu­se­ment le sens vivant en un « signi­fié » litur­gique, en sym­bo­lo­gie. La vraie révo­lu­tion sera tou­jours pour après sa mort : salut chré­tien. Et les « masses » et le « peuple », les « majo­ri­tés » rêvées, aux­quelles la per­son­na­li­té du conspi­ra­teur (deve­nue de façon ambi­guë, d’au­tant plus clan­des­tine qu’elle est plus affi­chée) s’a­dresse en tant que mes­sage publi­ci­taire élec­tri­sant, devraient οu se mettre, fas­ci­nées, à suivre ses pas pour ten­ter l’ul­time auto-valo­ri­sa­tion pos­sible en s’é­va­dant à leur tour de la vraie guerre quo­ti­dienne contre l’intériorisation orga­ni­sée du fic­tif, οu, et pour la plus grande part, vivre en songe ses « aven­tures », en réité­rant la condi­tion d’im­puis­sance dont on aurait vou­lu les faire sor­tir, ain­si, à bon compte.

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« Chronique d’un bal masqué » Apocalypse et révolution [1974 (puis dans Invariance, série III, n°1, 1976)]
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trad.  Jacques Camatte
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p. 217

La par­ti­ci­pa­tion mili­tante au réfé­ren­dum trace la ligne de démar­ca­tion à l’in­té­rieur de « l’ex­trême-gauche ». C’est ici le lieu d’un pre­mier règle­ment de compte : tan­dis que Lotta conti­nua, Avanguardia Operaia et autres s’a­lignent sur la « poli­tique » ins­ti­tu­tion­nelle dans la mys­ti­fi­ca­tion de la mys­ti­fi­ca­tion et parlent de « vic­toire pro­lé­ta­rienne » cher­chant ain­si à occu­per le vide his­to­rique déjà occu­pé par le PCI (l’op­po­si­tion fic­tive) les Brigades rouges et autres font irrup­tion sur le mar­ché en tant qu’op­po­si­tion cré­di­trice de la future oppo­si­tion réelle, pour l”« alter­na­tive » dans la ges­tion de l’exis­tant au nom de l’i­déo­lo­gie du contre-pou­voir (pré­li­mi­naire à la « dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat »). Les for­ma­tions mili­tantes se dis­tinguent des for­ma­tions « mili­taires » de l’ul­tra-gauche – pre­nant réci­pro­que­ment leurs dis­tances – sur­tout dans leur manière de se défi­nir face à la crise du sys­tème. Les pre­mières essen­tiel­le­ment social-démo­crates jouent le rôle immé­dia­tiste d’ins­tances ratio­na­li­sa­trices, mora­li­sa­trices et déma­go­gi­que­ment popu­listes, nient l’é­vi­dence consi­dé­rée de la crise struc­tu­relle, dénon­çant l’a­po­ca­lypse capi­ta­liste, comme une mise en scène sans vou­loir οu savoir y recon­naître le dégui­se­ment d’une réa­li­té socia­le­ment explo­sive ; les secondes, néo-léni­nistes voient dans la crise la désa­gré­ga­tion du sys­tème capi­ta­liste bour­geois, comme s’il s’a­gis­sait encore et seule­ment de ce der­nier, et en mettent en évi­dence les aspects les plus spec­ta­cu­lai­re­ment scan­da­leux par leurs actions d’ef­fi­ca­ci­té « mana­gé­riale », mais se pla­çant dans l’op­tique des « théo­ries révo­lu­tion­naires » tiers-mon­distes, anti­ci­pant, dans les méthodes et les ana­lyses sur le rôle qu’ils s’at­tri­buent d’héri­tiers du pou­voir, au nom d’une « dic­ta­ture du pro­lé­ta­riat » paro­diée et de toute façon obli­ga­toire à toutes les idéo­lo­gies de la « tran­si­tion ». Leur retard théo­rique leur per­met de s’en­ti­cher de toute la fas­ci­na­tion roma­nesque éma­nant des idéo­lo­gies du pas­sé, vain­cues par la contre-révo­lu­tion et dépas­sées par le mou­ve­ment réel. Les dis­tances prises par les mili­tants par rap­port aux « mili­taires » tra­duit d’ailleurs, par­ti­cu­liè­re­ment dans leurs « dis­tinc­tions » cir­cons­pectes le secret d’une envie-crainte, haine-amour, qui pré­fi­gure un pos­sible trans­fert de forces, au fur et à mesure que la des­truc­tion pure­ment ver­bale lais­se­ra plus que jamais insa­tis­faites les nos­tal­gies « héroïques » des mili­tants, et que les rêves inter­dits d’une « osten­ta­tion » phal­lique (phal­lo­pho­ries) meur­trière pro­mettent d’é­chan­ger une mor­ti­fi­ca­tion de trap­piste contre un sacri­fice de kamikaze.

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« Chronique d’un bal masqué » Apocalypse et révolution [1974 (puis dans Invariance, série III, n°1, 1976)]
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trad.  Jacques Camatte
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p. 214–215

Le capi­tal par­ve­nu à la domi­na­tion réelle de toute forme de pro­duc­tion et de repro­duc­tion de l’exis­tant résume en lui l’his­toire entière des socié­tés de classe et, débor­dant la sphère spé­ci­fique de l’é­co­no­mie poli­tique, sou­met à sa propre valo­ri­sa­tion deve­nue auto­nome toutes les sphères autre­fois sépa­rées de l’être indi­vi­duel et social deve­nu en tota­li­té le pro­duit de son orga­ni­sa­tion. Le capi­tal aujourd’­hui domi­nant se défi­nit par son carac­tère fic­tif : l’es­sence vir­tuelle et cré­di­trice de toute « pro­prié­té ». « Dans le cré­dit, à la place du métal et du papier c’est l’homme lui-même qui devient l’in­ter­mé­diaire de l’é­change, non certes comme homme mais bien comme exis­tence d’un capi­tal et des inté­rêts… Dans le sys­tème du cré­dit ce n’est pas l’argent qui est abo­li, mais c’est l’homme lui-même qui se trans­forme en argent, en d’autres termes l’argent se per­son­ni­fie dans l’homme » (Marx). Le carac­tère fic­tif se géné­ra­li­sant, l’an­thro­po­mor­phose du capi­tal est un fait accom­pli. Ici, se révèle le mys­té­rieux sor­ti­lège grâce auquel le cré­dit géné­ra­li­sé, par lequel est atteint tout échange (qui est constam­ment échange d’ap­pa­rences dila­toires : du billet de banque à la traite, du contrat de tra­vail au contrat nup­tial, aux rap­ports « humains » et fami­liaux, aux études et aux divers diplômes et car­rières qui leur sont liés, aux pro­messes de toute idéo­lo­gie), imprime à l’i­mage de son vide uni­forme le « cœur de ténèbres » de toute « per­son­na­li­té » et de tout « caractère ».

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« Chronique d’un bal masqué » Apocalypse et révolution [1974 (puis dans Invariance, série III, n°1, 1976)]
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trad.  Jacques Camatte
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p. 207–208

La contra­dic­tion qui affecte beau­coup de ces rackets poli­tiques dérive du fait qu’ils théo­risent en même temps l’autonomie du pro­lé­ta­riat (vu, dans cer­tains cas, comme l’ouvrier col­lec­tif ). Or, récla­mer l’autonomie, c’est-à-dire la sépa­ra­tion vis-à-vis du capi­tal – sinon cela ne veut rien dire – c’est récla­mer une abs­trac­tion, puisque le pro­lé­ta­riat ne peut exis­ter que si le capi­tal est posé en même temps. L’autonomisation ne peut être envi­sa­gée qu’en tant que phase ini­tiale du pro­ces­sus de néga­tion du pro­lé­ta­riat, donc des­truc­tion du capi­tal. Constatant son rôle tou­jours moindre dans le pro­cès de valo­ri­sa­tion, le pro­lé­ta­riat en tire la conclu­sion de l’inutilité de son escla­vage sala­rié et brise les liens qui l’unissent au capi­tal. Il pousse sa propre néga­tion – déjà opé­rante sous le règne du capi­tal, mais sous forme mys­ti­fiée avec la géné­ra­li­sa­tion de la forme sala­riale – dans toute la réa­li­té sociale et sa dis­pa­ri­tion est la dis­pa­ri­tion des classes. La sépa­ra­tion d’avec le capi­tal implique que le pro­lé­ta­riat se consti­tue en par­ti per­son­ni­fiant sa propre néga­tion, car elle implique la for­ma­tion de la Gemeinwesen (com­mu­nau­té) qui domi­ne­ra l’ensemble auto­ma­ti­sé et le fera fonc­tion­ner pour la satis­fac­tion des besoins humains.

La théo­rie du par­ti – théo­rie du pro­lé­ta­riat – ne peut être sai­sie uni­que­ment dans les textes dits poli­tiques de Marx et d’Engels, tel le Manifeste, les réso­lu­tions de l’A.I.T., etc., parce que ces œuvres consi­dèrent le pro­lé­ta­riat sur­tout dans se réa­li­té immé­diate et envi­sagent le par­ti for­mel, à l’époque, pos­sible. Alors, le pro­lé­ta­riat devait encore géné­ra­li­ser son exis­tence, pous­ser au déve­lop­pe­ment du capi­tal et, s’il pre­nait le pou­voir se consti­tuait en classe domi­nante, il avait à réa­li­ser des tâches qui le furent par la suite de la part du capi­tal. Aujourd’hui seul le par­ti his­to­rique est pos­sible. Tout par­ti for­mel n’est qu’une orga­ni­sa­tion rapi­de­ment résor­bée sous forme de racket ; il en est d’ailleurs de même pour tout groupe struc­tu­ré ou non qui pense œuvrer à la refor­ma­tion du par­ti ou à la créa­tion des conseils. Le par­ti his­to­rique ne peut être réa­li­sé que par le mou­ve­ment du pro­lé­ta­riat se consti­tuant en classe. On ne peut com­prendre un tel mou­ve­ment que par l’étude des œuvres de Marx (Le Capital, les Fondements) où celui-ci exa­mine de façon appro­fon­die le mode de pro­duc­tion capi­ta­liste. C’est là qu’est expli­qué inté­gra­le­ment ce qu’est le pro­lé­ta­riat et son deve­nir en liai­son avec celui du capital.

Toute autre concep­tion de la for­ma­tion du par­ti, telle celle fon­dée sur la théo­rie de la conscience venant de l’extérieur repose sur la néga­tion impli­cite de la pro­po­si­tion : le pro­lé­ta­riat sera le réa­li­sa­teur de la théorie.

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« Transition » Apocalypse et révolution [Invariance, série I, n°8, 1969]
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p. 204