24 01 26

Hanna, Sociographies

Les concep­tions de la lit­té­ra­ture qui pré­valent, non seule­ment celles ensei­gnées, mais aus­si celles incrus­tées dans nos réflexes men­taux, défi­nissent les objets poé­tiques comme des objets ver­baux a prio­ri por­teurs de qua­li­tés dis­tinc­tives et appré­ciables d’abord pour cette rai­son. Le texte poé­tique, donc, avant même qu’on ait sta­tué sur la fonc­tion, est atten­du comme un com­plexe de qua­li­tés par­ti­cu­lières qui le dis­tinguent des usages com­muns, sans autre valeur que celle de dire ce qu’ils ont à dire. De Boileau à Roubaud (en pas­sant par Hugo, Ponge ou Barthes), se per­çoit, mal­gré l’intense diver­si­té des recon­cep­tions, une même logique de défi­ni­tion, un même pré­sup­po­sé : la poé­sie opère une trans­for­ma­tion qua­li­ta­tive sur la langue, elle se donne concrè­te­ment comme une inten­si­fi­ca­tion de qua­li­tés ou de pro­prié­tés lin­guis­tiques dont la per­cep­tion s’imposerait d’elle-même, voire s’opposerait au flux ver­bal com­mun des lan­gages de la com­mu­ni­ca­tion. Une même méta­phore sert alors de sous-bas­se­ment défi­ni­tion­nel, celle du mode­lage d’un maté­riau brut don­né ou d’une « nature » pre­mière que l’artisanat des lettres trans­forme en objet de culture.