25 04 26

Proust, Le côté de Guermantes

Je me cou­chai, mais la pré­sence de l’édredon, des colon­nettes, de la petite che­mi­née, en met­tant mon atten­tion à un cran où elle n’était pas à Paris, m’empêcha de me livrer au train­train habi­tuel de mes rêvas­se­ries. Et comme c’est cet état par­ti­cu­lier de l’attention qui enve­loppe le som­meil et agit sur lui, le modi­fie, le met de plain-pied avec telle ou telle série de nos sou­ve­nirs, les images qui rem­plirent mes rêves, cette pre­mière nuit, furent emprun­tées à une mémoire entiè­re­ment dis­tincte de celle que met­tait d’habitude à contri­bu­tion mon som­meil. Si j’avais été ten­té en dor­mant de me lais­ser réen­traî­ner vers ma mémoire cou­tu­mière, le lit auquel je n’étais pas habi­tué, la douce atten­tion que j’étais obli­gé de prê­ter à mes posi­tions quand je me retour­nais, suf­fi­saient à rec­ti­fier ou à main­te­nir le fil nou­veau de mes rêves.