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Proust, À l’ombre des jeunes filles en fleurs

[T]oute nou­veau­té ayant pour condi­tion l’élimination préa­lable du pon­cif auquel nous étions habi­tués et qui nous sem­blait la réa­li­té même, toute conver­sa­tion neuve, aus­si bien que toute pein­ture, toute musique ori­gi­nale, paraî­tra tou­jours alam­bi­quée et fati­gante. Elle repose sur des figures aux­quelles nous ne sommes pas accou­tu­més, le cau­seur nous paraît ne par­ler que par méta­phores, ce qui lasse et donne l’impression d’un manque de véri­té. (Au fond les anciennes formes de lan­gage avaient été elles aus­si autre­fois des images dif­fi­ciles à suivre quand l’auditeur ne connais­sait pas encore l’univers qu’elles pei­gnaient. Mais depuis long­temps on se figure que c’était l’univers réel, on se repose sur lui.)