• Frantz Fanon ⋅ Peau noire, masques blancs 01 11 20

    Lorsqu’un Antillais licen­cié en phi­lo­so­phie déclare ne pas pré­sen­ter l’agrégation, allé­guant sa cou­leur, je dis que la phi­lo­so­phie n’a jamais sau­vé per­sonne. Quand un autre s’acharne à me prou­ver que les Noirs sont aus­si intel­li­gents que les Blancs, je dis : l’intelligence non plus n’a jamais sau­vé per­sonne, et cela est vrai, car si c’est au nom de l’intelligence et de la phi­lo­so­phie que l’on pro­clame l’égalité des hommes, c’est en leur nom aus­si qu’on décide leur extermination.…

  • Frantz Fanon ⋅ Peau noire, masques blancs

    Dans un ordre plus par­ti­cu­lier, quand à Paris des étu­diants antillais se ren­contrent, deux pos­si­bi­li­tés s’offrent à eux : ou sou­te­nir le monde blanc, c’est-à-dire le véri­table monde, et, le fran­çais alors employé, il leur demeure pos­sible d’envisager quelques pro­blèmes et de tendre dans leurs conclu­sions à un cer­tain degré d’universalisme ; ou reje­ter l’Europe, « Yo », et se rejoindre par le patois, en s’installant bien confor­ta­ble­ment dans ce que nous appel­le­rons l’umwelt mar­ti­ni­quais ; nous vou­lons dire par là — et cela s’adresse sur­tout à nos frères antillais — que lorsqu’un de nos cama­rades, à Paris ou dans quelque autre ville de Facultés, s’essaie…

  • Frantz Fanon ⋅ Peau noire, masques blancs ⋅ note 1

    Le sou­rire du Noir, le grin, semble avoir rete­nu l’attention de beau­coup d’écrivains. Voici ce qu’en dit Bernard Wolfe : « Nous nous plai­sons à repré­sen­ter le Noir sou­riant de toutes ses dents à notre adresse. Et son sou­rire, tel que nous le voyons, — tel que nous le créons, — tou­jours signi­fie un don… » Dons sans fin, tout au long des affiches, des écrans de ciné­ma, des éti­quettes de pro­duits ali­men­taires… Le Noir donne à Madame les nou­velles « teintes créole sombre » pour ses purs nylons, grâce à la mai­son de Vigny, ses fla­cons « gro­tesques », « tor­tillés », d’eau de Cologne de Golliwogg et de…

  • Frantz Fanon ⋅ Peau noire, masques blancs

    Il y a une tren­taine d’années, un Noir du plus beau teint, en plein coït avec une blonde « incen­diaire », au moment de l’orgasme s’écria : « Vive Schœlcher ! » Quand on sau­ra que Schœlcher est celui qui a fait adop­ter par la IIIe République le décret d’abolition de l’esclavage, on com­pren­dra qu’il faille s’appesantir quelque peu sur les rela­tions pos­sibles entre le Noir et la Blanche. On nous objec­te­ra que cette anec­dote n’est pas authen­tique ; mais le fait qu’elle ait pu prendre corps et se main­te­nir à tra­vers les âges est un indice : il ne trompe pas. C’est que cette anec­dote agite un…