Sur les berges du fleuve qui traverse la ville, une pièce d’un euro dans la vase, l’effigie du roi d’Espagne au pied du château d’Amboise, tout crotté.
Dans les jardins autour de nous, l’indésirable, ou le surgissement du printemps, se résume à l’apparition de pâquerettes sur les pelouses.
Cela déferle, une gelée grise, vague formée de nano-machines, masse homogène et incolore de machines invisibles à l’œil nu, et qui se répliquent d’une manière effrénée.
La crainte commune d’un complet remplissage, le complot de la terreur-du-remplissage, et sa réponse, le désir de faire le vide, le désir de vider.
Je ne passe jamais devant un fétiche de bois, un Bouddha doré, une idole mexicaine sans me dire : c’est peut-être le vrai dieu.
Les sculptures de jardin, les peluches, l’ensemble des animaux formés par les mains de l’homme dans le lotissement, jetés dans un creuset, fondus tous ensemble jusqu’à devenir une masse homogène, une lave.
Citations
L’erreur des Égyptiens qui écrivent que le souffle de vie entre par l’oreille droite et le souffle de mort par l’oreille gauche ; l’erreur d’Hippocrate qui suppose que le souffle arrive d’abord au cerveau, laissant dans celui-ci sa partie la plus active, celle qui est intelligence et connaissance.
L’erreur répandue dans l’Égypte antique à propos d’un cœur qui parle, du cœur qui parle à travers les vaisseaux de chaque membre ; l’erreur d’Alcméon qui croit que les artères véhiculent de l’air ; l’erreur des Grecs selon qui le cœur possède un feu inné situé dans le ventricule gauche : la respiration le refroidit, le régule, en distribue la chaleur dans tout le corps.
L’erreur de Platon et son poumon dans lequel se déversent les boissons que nous buvons, et ce pour rafraîchir le cœur situé tout près ; l’erreur d’Alcméon qui affirme que, si les hommes meurent, c’est qu’il ne leur est pas possible de joindre le commencement et la fin.
L’erreur de Pythagore, pour qui les oiseaux sont des hommes dégradés, des individus qui ont montré, durant leur vie première, de la curiosité pour les sujets élevés mais qui confondirent la vue et la raison.
For Fred
Whatever your name, whatever
Your beef, I read you like I
Read a book
You would gut a nursery
To make the papers, like
Medusa your Poster Queen
You murder children
With no father’s consent
You map your treachery shrewdly,
A computer
Click clicking
As it tracks a ship
Headed for the Unknown
Making complex maneuvers
Before splashing down into
Mystery
Suppose everyone wanted it their
Way, traffic would be bottled up
The Horsemen couldn’t come
There would be no beauty, no radio
No one could hear your monologues
Without drums or chorus
In which you are right
And others, shadows, snatching things
Fate, The Gods, A Jinx, The Ruling Class
Taboo, everything but you
All the while you so helpless
So charming, so innocent
Crossed your legs and the lawyer
Muttered, dropped your hankie
And the judges stuttered
You forgot one thing though, thief
Leaving a silver earring at the
Scene of a house you’ve pilfered
You will trip up somewhere
And the case will be closed
Standup Antigone,
The jury finds you guilty
Antigone, may the Eater
Of The Dead savor your heart
You wrong girl, you wrong
Antigone, you dead, wrong
Antigone, this is it
Your hair will turn white overnight
Un de ces jours où je suis très petit, on s’arrête une nuit de vacances dans cette maison que je ne connais pas, une sorte de chalet désaffecté, ouvert à l’endroit des arbres. Je veux dormir mais le lit est bordé d’une manière si rigoureuse qu’il m’est impossible de le défaire tout seul. Quelqu’un m’aide. Les draps froids, tirés, presque infinis m’aplatissent et, soudain, je sors, par la force des choses, de mon habitude d’être en boule. Je tends les bras, j’étire les jambes, le cou : je suis pour la première fois pris dans cette forme d’extension de la pâte qu’on étale.
*
Dans l’énergie du refoulé, mon corps compact revient durant la nuit et la boule qu’il forme est maintenant sans issue. Dans le noir très dense, j’entends qu’on appelle et puisque je ne peux que crier, je crie, non du retour de la densité mais de ce qu’il n’existe plus qu’elle. Peut-être l’inquiétude m’apparaît alors brièvement comme un état stable et, pendant les quelques secondes durant lesquelles on me cherche sous le lit d’abord puis tout autour, jusqu’au couloir paraît-il, avant de me retrouver finalement piégé entre la hauteur du matelas et le drap, j’ai, pendant ces quelques secondes où s’effacent tous mes repères, le sentiment saugrenu d’appartenir à quelque chose.
*
Mais quoi ? Je suis simplement coincé dans le repli du lit trop bien bordé d’un chalet de vacances laissé à l’abandon et j’ai comme l’illusion de connaître la forme stabilisée de l’absorption universelle. […]
Et depuis qu’il a compris qu’à chaque fois qu’il déconne suffisamment, on lui demande de recopier, au futur et sous une forme négative, la connerie commise, mon plan choisit très scrupuleusement ses façons de déconner afin de recopier des conneries qu’il juge suffisamment intéressantes pour être recopiées. C’est à ce moment-là seulement, après tout, qu’on lui demande d’écrire. C’est quand il sait qu’on l’obligera à retranscrire consciencieusement ce qu’il ne devait pas faire (voir à reprendre, mot à mot, ce qu’il ne devait pas dire) qu’il trouve la motivation suffisante pour aboutir à quelques conneries qui en valent la peine. Il faut aller chercher, tout au fond de soi, la souplesse nécessaire pour relier le plaisir de faire ou dire une connerie à la joie de répéter son strict contraire. Peut-être même faut-il idéalement tenter de puiser l’inspiration des gestes ou des phrases dans le seul désir prospectif de les retourner. C’est une manière de gymnastique à laquelle mon plan se plie bien volontiers, une sorte de yoga qui reprend et déforme, par séries d’étirements, la logique prescriptive par laquelle s’écrivent les textes qu’il préfère puisqu’ils répètent toujours la même idée jusqu’à l’épuisement. Tantôt jusqu’à l’épuisement de l’idée quand elle est mal choisie, tantôt jusqu’à l’épuisement du plan lui-même quand il réussit son coup.
*
Tu feras plein d’images taillées et de représentations quelconques de ce qui n’existe ni sur ni autour de ton plan. Tu ne couperas pas en vain les fils ténus parce qu’ils ne laissent jamais tranquilles ceux qui les coupent en vain. Je ne les couperai pas, c’est promis. D’ailleurs, je trace la ligne d’arrivée derrière mon point de départ et je ne bouge plus. C’est promis. Ce n’est pas parce qu’on multiplie les grains jusqu’à ce que leur somme dépasse ce que l’on peut penser que cette sommes est illimitée. Sous réserve de réciprocité, tu peux donc faire de faux témoignages et convoiter puis dérober le bœuf et l’âne des autres si ce bœuf et cet âne s’avèrent tellement gros qu’ils déséquilibrent complètement l’espace où se trouvent ton bœuf et ton âne. Et comme tu appartiens toujours simultanément aux plans de ceux qui appartiennent à ton plan, bœufs et âne pourront, à leur tour, si cela s’avérait nécessaire, te laisser convoiter et dérober par d’autres bœufs et ânes, éventuellement devenus pierre, rivière ou forêt. De sorte que même sans bouger, on ne reste jamais tout à fait immobile. On attrape une chose par un bout, tient par ce bout la chose se repliant. L’autre versant s’éloigne sans arrêt mais il reste de temps en temps ce qui la retient.
What do they mean when they say : « I do not like your poems ; you have no faith whatever. You seem neither to have suffered nor, in fact, to have felt anything very deeply. There is nothing appealing in what you say but on the contrary the poems are positively repellant. They are heartless, cruel, they make fun of humanity. What in God’s name do you mean ? Are you a pagan ? Have, you no tolerance for human frailty ? Rhyme you may perhaps take away but rythm ! why there is none in your work whatever. Is this what you call poetry ? It is the very antithesis of poetry. It is antipoetry. It is the annihilation of life upon which you are bent. Poetry that used to go hand in hand with life, poetry that interpreted our deepest promptings, poetry that inspired, that led us forward to new discoveries, new depths of tolerance, new heights of exaltation. You moderns ! it is the death of poetry that you are accomplishing. No. I cannot understand this work. You have not yet suffered a cruel blow from life. When you have suffered you will write differently ? »
Perhaps this noble apostrophy means something terrible for me, I am not certain, but for the moment I interpret it to say : « You have robbed me. God,. I am naked. What shall I do ? » — By it they mean that when I have suffered (provided I have not done so as yet) I too shall run for cover ; that I too shall” seek refuge in fantasy. And mind you, I do not say that I will not. To decorate my age.
But today it is different.
The reader knows himself as he was twenty years ago and he has also in mind a vision of what he would be, some day. Oh, some day ! But the thing he never knows and never dares to know is what he is at the exact moment that he is. And this moment is the only thing in which I am at all interested. Ergo, who cares for anything I do ? And what do I care ?
I love my fellow creature. Jesus, how I love him : endways, sideways, frontways and all the other ways — but he doesn’t exist ! Neither does she. I do, in a bastardly sort of way.
Is what I have written prose ? The only answer is that form in prose
ends with the end of that which is being communicated — If the power to
go on falters in the middle of a sentence — that is the end of the
sentence — Or if a new phase enters at that point it is only stupidity to go on.
There is no confusion — only difficulties.
Why should I go further than I am able ? Is it not enough for you that I am perfect ?
I realize that the chapters are rather quick in their sequence and that nothing much is contained in any one of them but no one should be surprised at this today.
THE TRADITIONALISTS OF PLAGIARISM
It is spring. That is to say, it. is approaching THE BEGINNING.
In that huge and microscopic career of time, as it were a wild horse racing in an illimitable pampa under the stars, describing immense and microscopic circles with his hoofs on the solid turf, running without a stop for the millionth part of a second until lie is aged and worn to a heap of skin, bones and ragged hoofs — In that majestic progress of life, that gives the exact impression of Phidias” frizze, the men and beasts of which, though they seem of the rigidity of marble are not so but move, with blinding rapidity, though we do not have the time to notice it, their legs advancing a millionth part of an inch even, — fifty thousand years — In that progress of life which seems stillness itself in the mass of its movements — at last SPRING is approaching.
In that colossal surge toward the finite and the capable life has now arrived for the second lime at that exact moment when in the ages past the destruction of the species Homo sapiens occured.
Now at last that process of miraculous verisimilitude, that grate copying which evolution has followed, repeating move for move every move that it made in the past — is approaching the end.
Suddenly it is at an end. THE WORLD IS NEW.
Thus, weary of life, in view of the great consummation which awaits us — tomorrow, we rush among our friends congratulating ourselves upon the joy soon to be. Thoughtless of evil we crush out the marrow of those about us with our heavy cars as we go happily from place to place. It seems that there is not time enough in which to speak the full of our exaltation. Only a day is left, one miserable day, before the world comes into its own. Let us hurry ! Why bother for this man or that ? In the offices of the great newspapers a mad joy reigns as they prepare the final extras. Rushing about, men bump each other into the whirring presses. How funny it seems. All thought of misery has left us. Why should we care ? Children laughingly fling themselves under the wheels of the street cars, airplanes crash gaily to the earth. Someone has written a poem.