[Wittgenstein doit beau­coup] à la tra­di­tion phi­lo­so­phique qu’il a connue à Cambridge. [… Celle ‑ci] s’était fixée sur les « manières de par­ler » (ways of spea­king) du lan­gage quo­ti­dien (ordi­na­ry or eve­ry­day lan­guage) au point que Austin avait pour pro­gramme de « tra­quer les minu­ties du lan­gage ordi­naire » et pour répu­ta­tion d’être « l’évangéliste du lan­gage ordi­naire » (TLS, 16 nov. 1973). Plusieurs rai­sons en étaient don­nées, qui nous concernent aus­si : 1. les manières de par­ler usuelles n’ont pas d’équivalences dans les dis­cours phi­lo­so­phiques et elles n’y sont pas tra­duc­tibles parce qu’il y a plus de choses en elle que dans ces dis­cours ; 2. elles consti­tuent une réserve de « dis­tinc­tions » et de « connexions » accu­mu­lées par l’expérience his­to­rique et emma­ga­si­nées dans le par­ler de tous les jours ; 3. en tant que pra­tiques lin­guis­tiques, elles mani­festent des com­plexi­tés logiques insoup­çon­nées des for­ma­li­sa­tions savantes.
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t. 1 : « « arts de faire » »
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p. 28

Nous sommes sou­mis, quoique non iden­ti­fiés, au lan­gage ordi­naire. Comme dans la nef des fous, nous sommes embar­qués, sans pos­si­bi­li­té de sur­vol ni de tota­li­sa­tion. C’est la « prose du monde » dont par­lait Merleau-Ponty. Elle englobe tout dis­cours, même si les expé­riences humaines ne se réduisent pas à ce qu’elle peut en dire. Les scien­ti­fi­ci­tés se per­mettent de l’oublier pour s’autoriser à en trai­ter. Ni les uns ni les autres, sous cet aspect, ne touchent la ques­tion phi­lo­so­phique, sans cesse ré-ouverte par cet « élan » qui « pousse l’homme à buter contre les limites du lan­gage » (an die Grenze der Sprache anzu­ren­nen). Wittgenstein réin­tro­duit ce lan­gage et dans la phi­lo­so­phie, qui l’a bien pris pour objet for­mel mais en se don­nant une maî­trise fic­tive, et dans les sciences qui l’ont exclu pour se don­ner une maî­trise effective.
Il change ain­si le lieu de l’analyse, défi­ni dès lors par une uni­ver­sa­li­té qui est iden­ti­que­ment une obéis­sance à l’usage ordi­naire. Ce chan­ge­ment de place modi­fie le sta­tut du dis­cours. À être « pris » dans le lan­gage ordi­naire, le phi­lo­sophe n’a plus de lieu propre ou appro­priable. Toute posi­tion de maî­trise lui est reti­rée. Le dis­cours ana­ly­seur et l’« objet » ana­ly­sé ont le même sta­tut d’être orga­ni­sés par le tra­vail dont ils témoignent, déter­mi­nés par les règles qu’ils ne fondent ni ne sur­volent, éga­le­ment dis­sé­mi­nés en fonc­tion­ne­ments dif­fé­ren­ciés (Wittgenstein a vou­lu que son œuvre même ne soit faite que de frag­ments), ins­crits dans une tex­ture où cha­cun peut tour à tour « faire appel » à l’autre ins­tance, la citer et s’y réfé­rer. Il y a un per­ma­nent échange de places dis­tinctes. […] Wittgenstein s’efforce de rame­ner [les] véri­tés à des faits lin­guis­tiques et à ce qui, dans ces faits, ren­voie à une indi­cible ou « mys­tique » exté­rio­ri­té du langage.
On peut rat­ta­cher à cette posi­tion l’importance crois­sante, chez Wittgenstein, des com­por­te­ments et des usages lin­guis­tiques. Traiter du lan­gage « dans » le lan­gage ordi­naire, sans pou­voir le « domi­ner du regard », sans visi­bi­li­té à par­tir d’un lieu dis­tant, c’est le sai­sir comme un ensemble de pra­tiques où l’ont se trouve impli­qué et par les­quelles la prose du monde est au tra­vail. L’analyse sera donc « un exa­men interne à ce tra­vail de notre langue » (eine Einsicht in das Arbeiten unse­rer Sprache). Elle est vouée ain­si à en repro­duire la dis­sé­mi­na­tion, qui met en pièces tout sys­tème. Mais, s’attachant à « pré­ci­ser la mor­pho­lo­gie d’usage » des expres­sions, c’est-à-dire à exa­mi­ner leur « domaines d’usage » et à en « décrire les formes », elle peut « recon­naître » dif­fé­rents modes de fonc­tion­ne­ments quo­ti­diens, gou­ver­nés par des « règles prag­ma­tiques », elles-mêmes dépen­dantes de « formes de vie » (Lebensformen).

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t. 1 : « « arts de faire » »
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p. 23–27

C’est vrai que l’expert pro­li­fère dans cette socié­té, au point d’en deve­nir la figure géné­ra­li­sée, dis­ten­due entre l’exigence d’une crois­sante spé­cia­li­sa­tion et celle d’une com­mu­ni­ca­tion d’autant plus néces­saire. Il efface (et d’une cer­taine façon il rem­place) le phi­lo­sophe, hier spé­cia­liste de l’universel. Mais sa réus­site n’est pas tel­le­ment spec­ta­cu­laire. La loi pro­duc­ti­viste d’une assi­gna­tion (condi­tion d’une effi­ca­ci­té) et la loi sociale d’une cir­cu­la­tion (forme de l’échange) se contre­disent en lui. […] Faute de pou­voir s’en tenir à ce qu’il sait, l’expert se pro­nonce au titre de la place que sa spé­cia­li­té lui a value. Par là il s’inscrit et il est ins­crit dans un ordre com­mun ou la spé­cia­li­sa­tion a valeur d’ini­tia­tion en tant que règle et pra­tique hié­rar­chi­sante de l’économie pro­duc­ti­viste. Pour s’être sou­mis avec suc­cès à cette pra­tique ini­tia­tique, il peut, sur des ques­tions étran­gères à sa com­pé­tence tech­nique mais non pas au pou­voir qu’il s’est acquis par elle, tenir avec auto­ri­té un dis­cours qui n’est plus celui du savoir, mais celui de l’ordre socio-éco­no­mique. Il parle en homme ordi­naire, qui peut « tou­cher » de l’autorité avec du savoir comme on touche sa paie pour du tra­vail. Il s’inscrit dans le lan­gage com­mun des pra­tiques, ou d’ailleurs une sur­pro­duc­tion d’autorité entraîne sa déva­lua­tion puisqu’on s’en pro­cure tou­jours plus avec une somme égale ou infé­rieure de com­pé­tence. Mais lorsqu’il conti­nue à croire ou à faire croire qu’il agit en scien­ti­fique, il confond la place sociale et le dis­cours tech­nique. Il prend l’un pour l’autre : c’est un qui­pro­quo. Il mécon­naît l’ordre qu’il repré­sente. Il ne sait plus ce qu’il dit. Certains seule­ment, après avoir long­temps cru par­ler comme experts un lan­gage scien­ti­fique, se réveillent de leur som­meil et s’aperçoivent sou­dain que, depuis un moment, tel Félix le Chat dans le film d’antan, ils marchent en l’air, loin du sol scien­ti­fique. Accrédité par une science, leur dis­cours n’était que le lan­gage ordi­naire des jeux tac­tiques entre pou­voirs éco­no­miques et auto­ri­tés symboliques.

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t. 1 : « « arts de faire » »
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p. 22–23

Depuis que la scien­ti­fi­ci­té s’est don­né des lieux propres et appro­priables par des pro­jets ration­nels capables de poser déri­soi­re­ment leurs pro­cé­dures, leurs objets for­mels et les condi­tions de leur fal­si­fi­ca­tion, depuis qu’elle s’est fon­dée comme une plu­ra­li­té de champs limi­tés et dis­tincts, en somme depuis qu’elle n’est plus de type théo­lo­gique, elle a consti­tué le tout comme son reste, et ce reste est deve­nu ce que nous appe­lons la culture.
Ce cli­vage orga­nise la moder­ni­té. Il la découpe en insu­la­ri­tés scien­ti­fiques domi­nantes sur un fond de « résis­tances » pra­tiques et de sym­bo­li­sa­tions irré­duc­tibles à de la pen­sée. Même si l’ambition de « la science » vise à conqué­rir ce « reste » à par­tir des espaces où s’exercent les pou­voirs de nos savoirs, même si, pour pré­pa­rer la réa­li­sa­tion entière de cet empire, des recon­nais­sances inven­to­rient déjà les régions fron­ta­lières et lient ain­si le clair à l’obscur (ce sont les dis­cours gris de sciences mixtes dites « humaines », récits d’expéditions qui tendent à rendre assi­mi­lables – sinon pen­sables – et à repé­rer les nuits de la vio­lence, de la super­sti­tion et de l’altérité : his­toire, anthro­po­lo­gie, patho­lo­gie, etc.), la cou­pure que les ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques ont pro­duite entre langues arti­fi­cielles d’une opé­ra­ti­vi­té régu­lée et par­lers du corps social n’a jamais ces­sé d’être un foyer de guerres ou de com­pro­mis. Cette ligne de par­tage, d’ailleurs chan­geante, demeure stra­té­gique dans les com­bats pour accroître ou contes­ter les pou­voirs des tech­niques sur les pra­tiques sociales. Elle sépare les langues arti­fi­cielles qui arti­culent les pro­cé­dures d’un savoir spé­ci­fié et les langues natu­relles qui orga­nisent l’activité signi­fiante commune.
Quelques-uns de ces débats (qui concernent pré­ci­sé­ment la rela­tion de chaque science à la culture) peuvent être pré­ci­sés, et leurs issues pos­sibles, indi­quées, par deux per­son­nages qui s’y trouvent affron­tés, curieu­se­ment proches et anti­no­miques : l’expert et le phi­lo­sophe. Tous deux ont tâche de média­teurs entre un savoir et la socié­té, le pre­mier en tant qu’il intro­duit sa spé­cia­li­té dans l’aire plus vaste et com­plexe de déci­sions socio­po­li­tiques, le second en tant qu’il réins­taure, rela­ti­ve­ment à une tech­nique par­ti­cu­lière (mathé­ma­tique, logique, psy­chia­trie, his­toire, etc.) la per­ti­nence d’interrogations géné­rales. Chez l’expert, une com­pé­tence se mue en auto­ri­té sociale ; chez le phi­lo­sophes, les ques­tions banales deviennent un prin­cipe de soup­çon dans un champ tech­nique. Le rap­port ambi­gu (tan­tôt de fas­ci­na­tion, tan­tôt de rejet) que le phi­lo­sophe entre­tien avec l’expert semble d’ailleurs sous-tendre sou­vent ses démarches : tan­tôt les entre­prises phi­lo­so­phiques visent avec envie la réa­li­sa­tion de leur ancienne uto­pie par l’expert (sou­te­nir au nom d’une scien­ti­fi­ci­té spé­ci­fique le pas­sage à des pro­blèmes d’ensemble), tan­tôt, défaites par l’histoire mais rebelles, elles se détournent de ce qui leur est enle­vé pour accom­pa­gner dans son exil (ô mémoires, ô trans­gres­sions sym­bo­liques, ô royaumes incons­cients) le Sujet, roi d’hier, aujourd’hui chas­sé d’une socié­té technocratique.

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t. 1 : « « arts de faire » »
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p. 20–21

Dans le conte phi­lo­so­phique qu’est Malaise dans la civi­li­sa­tion, l’homme ordi­naire, c’est le locu­teur. Il est dans le dis­cours le point de jonc­tion entre le savant et le com­mun – le retour de l’autre (tous et per­sonne) dans la place qui s’en était soi­gneu­se­ment dis­tin­guée. Une fois de plus, il y trace le débor­de­ment de la spé­cia­li­té par la bana­li­té, et la recon­duc­tion du savoir à son pré­sup­po­sé géné­ral : de sérieux, je ne sais rien. Je suis comme tout le monde.

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t. 1 : « « arts de faire » »
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p. 17

Laissant de côté le « petit nombre » des « pen­seurs » et des « artistes » capables de méta­mor­pho­ser le tra­vail en plai­sir par la subli­ma­tion, quit­tant donc ces « rares élus » qui dési­gnent pour­tant la place où son texte s’élabore, il passe contrat avec « l’homme ordi­naire » et marie son dis­cours à la foule dont le des­tin com­mun est d’être leur­rée, frus­trée, contrainte au labeur, sou­mise donc à la loi de la trom­pe­rie et au tra­vail de la mort. Ce contrat, ana­logue à celui que l’histoire de Michelet passe avec « le Peuple » qui jamais pour­tant n’y par­le­ra, semble devoir per­mettre à la théo­rie de s’étendre à l’universel et s’appuyer sur le réel de l’histoire. Il lui pro­cure un lieu sûr.

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t. 1 : « « arts de faire » »
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p. 15–16

[L’homme du XVIe] est coin­cé dans le sort com­mun. Appelé Chacun (un nom qui tra­hit l’absence de nom), cet anti-héros est donc aus­si Personne, Nemo, tout comme l’Everyman anglais devient Nobody, ou le Jedermann alle­mand Niemand. Il est tou­jours l’autre, pri­vé de res­pon­sa­bi­li­tés propres et de pro­prié­tés par­ti­cu­lières qui limitent un chez-soi (la mort efface toutes les différences).

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t. 1 : « « arts de faire » »
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p. 14

To pre­sume that mar­kets and mar­ket signals can best deter­mine all allo­ca­tive deci­sions is to pre­sume that eve­ry­thing can in prin­ciple be trea­ted as a com­mo­di­ty. Commodification pre­sumes the exis­tence of pro­per­ty rights over pro­cesses, things, and social rela­tions, that a price can be put on them, and that they can be tra­ded sub­ject to legal contract. The mar­ket is pre­su­med to work as an appro­priate guide – an ethic – for all human action. In prac­tice, of course, eve­ry socie­ty sets some bounds on where com­mo­di­fi­ca­tion begins and ends. Where the boun­da­ries lie is a mat­ter of conten­tion. Certain drugs are dee­med ille­gal. The buying and sel­ling of sexual favours is out­la­wed in most US states, though elsew­here it may be lega­li­zed, decri­mi­na­li­zed, and even state-regu­la­ted as an indus­try. Pornography is broad­ly pro­tec­ted as a form of free speech under US law although here, too, there are cer­tain forms (main­ly concer­ning chil­dren) that are consi­de­red beyond the pale. In the US, conscience and honour are sup­po­sed­ly not for sale, and there exists a curious pen­chant to pur­sue ‘cor­rup­tion’ as if it is easi­ly dis­tin­gui­shable from the nor­mal prac­tices of influence-pedd­ling and making money in the mar­ket­place. The com­mo­di­fi­ca­tion of sexua­li­ty, culture, his­to­ry, heri­tage ; of nature as spec­tacle or as rest cure ; the extrac­tion of mono­po­ly rents from ori­gi­na­li­ty, authen­ti­ci­ty, and uni­que­ness (of works or art, for example)––these all amount to put­ting a price on things that were never actual­ly pro­du­ced as com­mo­di­ties. There is often disa­gree­ment as to the appro­pria­te­ness of com­mo­di­fi­ca­tion (of reli­gious events and sym­bols, for example) or of who should exer­cise the pro­per­ty rights and derive the rents (over access to Aztec ruins or mar­ke­ting of Aboriginal art, for example).

The main sub­stan­tive achie­ve­ment of neo­li­be­ra­li­za­tion, howe­ver, has been to redis­tri­bute, rather than to gene­rate, wealth and income. I have elsew­here pro­vi­ded an account of the main mecha­nisms whe­re­by this was achie­ved under the rubric of « accu­mu­la­tion by dis­pos­ses­sion ». By this I mean the conti­nua­tion and pro­li­fe­ra­tion of accu­mu­la­tion prac­tices which Marx had trea­ted of as « pri­mi­tive » or « ori­gi­nal » during the rise of capi­ta­lism. These include the com­mo­di­fi­ca­tion and pri­va­ti­za­tion of land and the for­ce­ful expul­sion of pea­sant popu­la­tions (com­pare the cases, des­cri­bed above, of Mexico and of China, where 70 mil­lion pea­sants are thought to have been dis­pla­ced in recent times); conver­sion of various forms of pro­per­ty rights (com­mon, col­lec­tive, state, etc.) into exclu­sive pri­vate pro­per­ty rights (most spec­ta­cu­lar­ly repre­sen­ted by China); sup­pres­sion of rights to the com­mons ; com­mo­di­fi­ca­tion of labour power and the sup­pres­sion of alter­na­tive (indi­ge­nous) forms of pro­duc­tion and consump­tion ; colo­nial, neo­co­lo­nial, and impe­rial pro­cesses of appro­pria­tion of assets (inclu­ding natu­ral resources); mone­ti­za­tion of exchange and taxa­tion, par­ti­cu­lar­ly of land ; the slave trade (which conti­nues par­ti­cu­lar­ly in the sex indus­try); and usu­ry, the natio­nal debt and, most devas­ta­ting of all, the use of the cre­dit sys­tem as a radi­cal means of accu­mu­la­tion by dis­pos­ses­sion. The state, with its mono­po­ly of vio­lence and defi­ni­tions of lega­li­ty, plays a cru­cial role in both backing and pro­mo­ting these pro­cesses. To this list of mecha­nisms we may now add a raft of tech­niques such as the extrac­tion of rents from patents and intel­lec­tual pro­per­ty rights and the dimi­nu­tion or era­sure of various forms of com­mon pro­per­ty rights (such as state pen­sions, paid vaca­tions, and access to edu­ca­tion and health care) won through a gene­ra­tion or more of class struggle. The pro­po­sal to pri­va­tize all state pen­sion rights (pio­nee­red in Chile under the dic­ta­tor­ship) is, for example, one of the che­ri­shed objec­tives of the Republicans in the US.

Rather notice, mon cher,
that the moon is
til­ted above
the point of the steeple
than that its color
is shell-pink.

Rather observe
that it is ear­ly morning
than that the sky
is smooth
as a turquoise.

Rather grasp
how the dark
conver­ging lines
of the steeple
meet at the pinnacle—
per­ceive how
its lit­tle ornament
tries to stop them—

See how it fails !
See how the conver­ging lines
of the hexa­go­nal spire
escape upward—
rece­ding, dividing !
—sepals
that guard and contain
the flower !

Observe
how motionless
the eaten moon
lies in the pro­tec­ting lines.

It is true :
in the light colors
of morning
brown-stone and slate
shine orange and dark blue.

But observe
the oppres­sive weight
of the squat edifice !
Observe
the jas­mine lightness
of the moon.

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« To a Solitary Disciple » Al Que Quiere !
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éd. Four Seas Company
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p. 67