Ni les anges de Dieu, ni les démons ne connaissent les choses à venir ; ils pré­disent cepen­dant. Dieu dévoile aux anges l’a­ve­nir et leur demande de le pré­dire ; ce n’est qu’ain­si que ce qu’ils annoncent se pro­duit. Les démons aus­si pré­disent, tan­tôt parce qu’ils voient de loin venir les évé­ne­ments, tan­tôt parce qu’ils conjec­turent. De là qu’ils mentent pour la plu­part et qu’on ne doive pas les croire, même s’ils disent vrai sou­vent de la façon que nous avons dite, car ils connaissent aus­si les Écritures.

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La foi orthodoxe [730–740]
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t. 2
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chap. 4

Je crois aus­si pou­voir indi­quer la rai­son pour laquelle notre langue [hébraïque] est appe­lée la « langue sainte » ; car il ne faut pas croire que ce soit là de notre part un vain mot ou une erreur, mais c’est une véri­té. C’est que, dans cette langue sacrée, il n’a été créé aucun mot pour [dési­gner] l’organe sexuel des hommes et des femmes, ni pour l’acte même qui amène la géné­ra­tion, ni pour le sperme, ni pour l’urine, ni pour les excré­ments. Pour toutes ces choses, il n’a point été créé de terme pri­mi­tif dans la langue hébraïque, mais on les désigne par des mots pris au figu­ré et par des allu­sions. On a vou­lu indi­quer par là qu’il ne faut point par­ler de ces choses, ni par consé­quent leur don­ner de noms, que ce sont, au contraire, des choses sur les­quelles il faut se taire, et que, lorsqu’il y a néces­si­té d’en par­ler, il faut s’en tirer par l’emploi d’autres expres­sions, de même que, lorsqu’il y a néces­si­té de les faire, on doit s’entourer du plus grand secret. Quant à l’organe de l’homme, on l’a appe­lé gid, « nerf », nom employé par simi­li­tude, comme on dit : « Ton cou est [raide] comme un nerf de fer » [Is. 48:14]. On l’a appe­lé aus­si chof­kha, « ins­tru­ment pour ver­ser [effu­so­rium] », à cause de son action. Pour l’organe de la femme, [on trouve] quéva(t)-ah, « son ventre » ou « son esto­mac », qué­va étant le nom de l’estomac. Quant à réhem [employé pour vul­va], c’est le nom de la par­tie des entrailles dans laquelle se forme le fœtus. Le nom des excré­ments est tso’a, mot déri­vé de yat­sa, « sor­tir » ; celui de l’urine est mémei raglaïm, « eaux des pieds », et celui du sperme, chi­kh­vat zéra‘, « couche de semence ». L’acte même qui amène la géné­ra­tion n’a aucun nom, et on se sert, pour le dési­gner, des verbes yi-chkav, « il couche », yi‑v‘al, « il épouse », yi-qah, « il prend » [une femme], ou ye-galé ‘erva, « il découvre la nudi­té » ; on n’emploie pas d’autre expression.
[…] Dans la plus grande par­tie de ce cha­pitre, nous nous sommes écar­tés du but de ce trai­té, pour par­ler de choses morales et reli­gieuses ; mais, quoique ces choses n’entrent pas com­plè­te­ment dans le plan de cet ouvrage, nous y avons été ame­nés par une suite natu­relle du discours.

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Le Guide des égarés [מורה נבוכים ; دلالة الحائرين 1190]
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t. 3
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chap. 8
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trad.  de l’a­rabe par Salomon Munk (1856–1866), nou­velle édi­tion revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad
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p. 853–854

Tous les corps qui naissent et péris­sent ne sont sujets à la cor­rup­tion que du côté de leur matière seule ; du côté de la forme et en consi­dé­rant la forme en elle-même, ils ne sont point sujets à la cor­rup­tion, mais sont per­ma­nents. Tu vois, en effet, que toutes les formes spé­ci­fiques sont per­pé­tuelles et per­ma­nentes ; la cor­rup­tion n’atteint la forme qu’accidentellement, je veux dire en tant qu’elle est jointe à la matière. Il est dans la véri­table nature de la matière que celle-ci ne cesse jamais d’être asso­ciée à la pri­va­tion ; c’est pour­quoi elle ne conserve aucune forme [indi­vi­duelle], et elle ne dis­con­ti­nue pas de se dépouiller d’une forme pour revê­tir une autre.
Salomon, donc, dans sa sagesse, s’est expri­mé d’une manière bien remar­quable en com­pa­rant la matière à une femme adul­tère ; car la matière, ne pou­vant, en aucune façon, exis­ter sans forme, est tou­jours comme une femme mariée, qui n’est jamais déga­gée des liens du mari et qui ne se trouve jamais libre. Mais la femme infi­dèle, quoique mariée, cherche sans cesse un autre homme pour le prendre à la place de son mari, et elle emploie toutes sortes de ruses pour l’attirer, jusqu’à ce qu’il obtienne d’elle ce qu’obtenait son mari. Et c’est là aus­si la condi­tion de la matière ; car, quelle que soit la forme qu’elle pos­sède, celle-ci ne fait que la pré­pa­rer pour la récep­tion d’une autre forme, et elle [la matière] ne cesse de se mou­voir pour se dépouiller de la forme qu’elle pos­sède et pour en obte­nir une autre. Quand elle l’a obte­nue, c’est encore la même chose.

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Le Guide des égarés [מורה נבוכים ; دلالة الحائرين 1190]
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t. 3
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chap. 8
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trad.  de l’a­rabe par Salomon Munk (1856–1866), nou­velle édi­tion revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad
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p. 844–845

Quant à celui qui prête à Dieu un attri­but affir­ma­tif, il ne sait [de lui] rien que le simple nom, mais l’objet auquel, dans son ima­gi­na­tion, ce nom s’applique, est quelque chose qui n’existe pas ; c’est plu­tôt une inven­tion et un men­songe, et c’est comme s’il appli­quait ce nom à un non-être, car il n’y a dans l’être rien de pareil. Il en est comme de quelqu’un qui, ayant enten­du le nom de l’éléphant et ayant su que c’est un ani­mal, dési­re­rait en connaître la figure et la véri­table nature, et à qui un autre, trom­pé ou trom­peur, dirait : « C’est un ani­mal avec un seul pied et trois ailes, demeu­rant dans les pro­fon­deurs de la mer ; il a le corps trans­pa­rent, et une face large de la même forme et de la même figure que la face humaine ; il parle comme l’homme, et tan­tôt vole dans l’air et tan­tôt nage comme un pois­son. » Certes, je ne dirais pas que cet homme se figure l’éléphant contrai­re­ment à ce qu’il est en réa­li­té, ni qu’il a de l’éléphant une connais­sance impar­faite ; mais je dirais que la chose qu’il s’imagine être de cette façon est une inven­tion et un men­songe, qu’il n’existe rien de sem­blable, et qu’au contraire c’est un non-être auquel on a appli­qué le nom d’un être, comme le grif­fon, le che­val-homme [cen­taure], et d’autres figures ima­gi­naires aux­quelles on a appli­qué le nom de quelque être réel, soit un nom simple ou un nom com­po­sé. Il en est abso­lu­ment de même ici : en effet, Dieu – qu’il soit glo­ri­fié ! – est un être dont l’existence a été démon­trée néces­saire, et de l’existence néces­saire résulte [comme consé­quence] la sim­pli­ci­té pure, ain­si que je le démon­tre­rai ; mais que cette essence simple, d’une exis­tence néces­saire, ait des attri­buts et soit affec­tée d’autres choses, comme on l’a pré­ten­du, c’est là ce qui ne peut nul­le­ment avoir lieu, comme on l’a démon­tré. Si donc nous disions que cette essence, par exemple, qu’on appelle Dieu, est une essence ren­fer­mant des idées nom­breuses qui lui servent d’attributs, nous appli­que­rions ce nom à un pur non-être. Considère, par consé­quent, com­bien il est dan­ge­reux de prê­ter à Dieu des attri­buts affirmatifs.

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Le Guide des égarés [מורה נבוכים ; دلالة الحائرين 1190]
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t. 1
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chap. 60
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trad.  de l’a­rabe par Salomon Munk (1856–1866), nou­velle édi­tion revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad
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p. 291–292

Suppose qu’un homme ait cette notion qu’il existe [quelque chose qu’on appelle] un navire, sans pour­tant savoir si la choses à laquelle s’applique ce nom est une sub­stance ou un acci­dent ; qu’ensuite une autre indi­vi­du ait recon­nu que ce n’est point un acci­dent ; un autre ensuite, que ce n’est point un miné­ral ; un autre, que ce n’est pas non plus un ani­mal ; un autre, que ce n’est pas non plus un végé­tal encore atta­ché à la terre ; un autre, que ce n’est pas non plus un seul corps for­mant un ensemble natu­rel ; un autre, que ce n’est pas non plus quelque chose qui ait une forme plane, comme les planches et les portes ; un autre, que ce n’est pas non plus une sphère ; un autre, que ce n’est pas non plus quelque chose de [forme conique] ; un autre, que ce n’est pas non plus quelque chose de cir­cu­laire, ni quelque chose qui ait des côtés plans ; un autre enfin, que ce n’est pas non plus un solide plein ; – il est clair que ce der­nier sera arri­vé à peu près, au moyen de ces attri­buts néga­tifs, à se figu­rer le navire tel qu’il est, et qu’il se trou­ve­ra, en quelque sorte, au niveau de celui qui se le figure comme un corps de bois, creux, oblong et com­po­sé de nom­breux mor­ceaux de bois, et qui se le repré­sente au moyen d’attributs affir­ma­tifs. Quant aux pré­cé­dents dont nous avons par­lé dans notre exemple, cha­cun d’eux est plus loin de se faire une idée du navire que celui qui le suit, de sorte que le pre­mier, dans notre exemple, n’en sait autre chose le nom seul.
C’est ain­si que les attri­buts néga­tifs te rap­prochent de la connais­sance de Dieu et de sa perception.

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Le Guide des égarés [מורה נבוכים ; دلالة الحائرين 1190]
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t. 1
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chap. 60
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trad.  de l’a­rabe par Salomon Munk (1856–1866), nou­velle édi­tion revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad
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p. 286–287

Le but de tous [les attri­buts de Dieu] n’est autre que de lui attri­buer la per­fec­tion [en géné­ral], et non pas cette chose même qui est une per­fec­tion pour ce qui d’entre les créa­tures est doué d’une âme. La plu­part sont des attri­buts [venant] de ses actions diverses ; car la diver­si­té des actions ne sup­pose pas l’existence d’idées diverses dans l’agent. Je vais te don­ner à cet égard un exemple pris dans les choses qui existent près de nous, [pour te mon­trer] que, l’agent était un, il en résulte pour­tant des actions diverses, lors même qu’il n’aurait pas de volon­té, et, à plus forte rai­son, quand il agit avec volon­té. Par exemple, le feu liqué­fie cer­taines choses, coa­gule cer­taines autres, cuit, brûle, blan­chit et noir­cit ; et, si quelqu’un don­nait au feu les attri­buts de blan­chis­sant, de noir­cis­sant, de brû­lant, de cui­sant, de coa­gu­lant et de liqué­fiant, il serait dans le vrai. Or, celui qui ne connaît pas la nature du feu croit qu’il y a en lui six ver­tus dif­fé­rentes : une ver­tu par laquelle il noir­cit, une autre par laquelle il blan­chit, une troi­sième par laquelle il cuit, une qua­trième par laquelle il brûle, une cin­quième par laquelle il liqué­fie et une sixième par laquelle il coa­gule, bien que ce soient là toutes des actions oppo­sées les unes aux autres et que l’idée des unes exclue celle des autres ; mais celui qui connaît la nature du feu sait bien que c’est par une seule qua­li­té agis­sante qu’il pro­duit toutes ces actions, savoir par la cha­leur. Or, si cela a lieu dans ce qui agit par la nature, [il doit en être de même] à plus forte rai­son, à l’égard de ce qui agit avec volon­té, et, à plus forte rai­son encore, à l’égard de Dieu, qui est éle­vé au-des­sus de toute des­crip­tion ; et, lorsque nous per­ce­vons dans lui des rap­ports de sens divers, parce que, dans nous, l’idée de la science est une autre que celle de la puis­sance, et celle de la puis­sance une autre que celle de la volon­té, com­ment pour­rions-nous conclure de là qu’il y ait en lui des choses diverses qui lui soient essen­tielles, de sorte qu’il y ait en lui quelque chose par quoi il sache, quelque chose par qui il veuille et quelque chose par quoi il puisse ? Tel est pour­tant le sens des attri­buts qu’on pro­clame. Quelques-uns les pro­noncent clai­re­ment, en énu­mé­rant les choses ajou­tées à l’essence ; d’autres, sans le pro­non­cer clai­re­ment, pro­fessent évi­dem­ment la même opi­nion, quoiqu’ils ne s’expriment pas à cet égard par des paroles intel­li­gibles, en disant, par exemple, [que Dieu est] « puis­sant par son essence », « sachant par son essence », « vivant par son essence », « vou­lant par son essence ».

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Le Guide des égarés [מורה נבוכים ; دلالة الحائرين 1190]
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t. 1
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chap. 53
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trad.  de l’a­rabe par Salomon Munk (1856–1866), nou­velle édi­tion revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad
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p. 240–242

[La ques­tion se pose de savoir pour­quoi Dieu est dit, bien que tou­jours méta­pho­ri­que­ment, doué de vue et d’ouïe, mais pas de tou­cher ni de goût.]

La cause en est qu’il est éta­bli dans l’imagination de tous que Dieu ne sau­rait être en contact avec les corps comme l’est un corps avec un autre, puisque [les hommes] ne peuvent le voir ; or, ces deux sens, je veux dire le goût et le tact, ne per­çoivent les objets de leur sen­sa­tion qu’en les tou­chant, tan­dis que la vue, l’ouïe et l’odorat per­çoivent les objets de leur sen­sa­tion, lors même que les corps doués des qua­li­tés [per­cep­tibles] s’en trouvent éloi­gnés ; c’est pour­quoi, selon l’imagination du vul­gaire, il était per­mis [de les attri­buer à Dieu]. Ensuite, en lui attri­buant méta­pho­ri­que­ment ces sens, on avait pour objet et pour but d’indiquer qu’il per­çoit nos actions ; or, l’ouïe et la vue suf­fi­saient pour cela, et je veux dire que c’est au moyen de ces sens que l’on per­çoit tout ce qu’un autre fait ou dit. C’est ain­si que les doc­teurs, dans un ensemble d’exhortations, ont dit, sous forme d’admonition et d’avertissement : « Sache ce qui est au-des­sus de toi, un œil qui voit et une oreille qui entend. »

[Le Juge n’a besoin de tou­cher ni de goû­ter sa créature.]

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Le Guide des égarés [מורה נבוכים ; دلالة الحائرين 1190]
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t. 1
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chap. 47
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trad.  de l’a­rabe par Salomon Munk (1856–1866), nou­velle édi­tion revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad
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p. 206

Si quelqu’un croyait que Zéïd est debout, au moment où il est assis, sa dévia­tion de la véri­té ne serait pas [grave] comme la dévia­tion de celui qui croi­rait que le feu est au-des­sous de l’air, ou que l’eau est au-des­sous de la terre, ou que la terre est plane, et d’autres choses sem­blables ; la dévia­tion de ce der­nier ne serait pas comme la dévia­tion de celui qui croi­rait que le soleil est [tiré de l’élément] du feu, ou que le ciel est un hémi­sphère, et d’autres choses sem­blables ; la dévia­tion de ce troi­sième ne serait pas comme la dévia­tion de celui qui croi­rait que les anges mangent et boivent, et d’autres choses sem­blables ; la dévia­tion de ce qua­trième ne sait pas comme la dévia­tion de celui qui croi­rait qu’il faut ado­rer quelque autre chose que Dieu. Car à mesure que l’ignorance et la fausse croyance se rap­portent à un objet plus grand, je veux dire, à celui qui occupe un rang plus impor­tant dans l’Être, elles ont plus de gra­vi­té lorsqu’elles se rap­portent à ce qui occupe un rang inférieur.

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Le Guide des égarés [מורה נבוכים ; دلالة الحائرين 1190]
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t. 1
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chap. 36
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trad.  de l’a­rabe par Salomon Munk (1856–1866), nou­velle édi­tion revue et mis à jour sous la dir. de René Lévy, avec la coll. de Maroun Aouad
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p. 175

kort­ner raconte qu’un comique vien­nois, arri­vant à new york, a bai­sé la terre devant les pho­to­graphes de presse. il n’y a pas de quoi s’of­fus­quer, dit kort­ner. ça ne signi­fie rien de plus que : « baise la terre ».

kort­ner erzählt, wie ein wie­ner komi­ker, in new york ankom­mend, vor den pres­se­fo­to­gra­fen die erde küßt, das darf einen nicht stö­ren, sagt kort­ner. es bedeu­tet nur : « küß die erde. »

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Journal de travail [Arbeitsjournal, Suhrkamp, 1973, p. 425]
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trad.  Philippe Ivernel
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p. 277
, 26.4.42

La flamme dan­sant dans le. La [ main ]. Frappant de la. de son petit poing, du poing la. la table, il.il fut éton­né de sen­tir sous. d’en. de sen­tir. De sen­tir sous. de sen­tir le grain. de ren­con­trer le bois nu de. la planche. le rugueux du bois. il s’étonne de tou­cher le bois nu. de tou­cher la planche nue. rugueuse. ren­con­trer la planche. le bois rugueux, la planche nue. la planche nue. Nappe, cou­vert. Nappe et cou­vert. Nappe, cou­vert, [bou­teille de] [ ]. Le [cou] de M. Ouine. est [ ]. Le corps de M. Ouine, en app. comme déme­su­ré­ment agran­di. gran­di. agran­di, comme sans épais­seur. plat. À quelque dis­tance, le corps de Monsieur Ouine. Une lumière brillait devant lui. bou­gie. chan­delle brû­lait devant lui, dans un modeste. modeste bou­geoir de cuivre, soi­gneu­se­ment asti­qué. Devant lui brû­lait une chan­delle, dans un modeste bou­geoir de cuivre. Le corps de Monsieur Ouine. À quelque dis­tance, le corps de M.Ouine déme­su­ré­ment ag. comme déme­su­ré­ment agran­di. déme­su­ré­ment agran­di et comme pri­vé d’épaisseur. se cour­bait ou se rele­vait. s’agitait en tous sens, avec une extra­or­di­naire [ ]. agi­li­té. s’inclinait en tous sens, avec une agi­li­té sur­hu­maine. Phil. Philippe.

Un ron. ron. r. C’est comme un ron. comme un [ron­ron­ne­ment] qui. Une [roue] tourne. Un autre ron. Une autre voix se mêle à. voix se mêle à la pre­mière. Non c’est. c’est la même. même [roue] qui tourne avec ce ron. son [ron­ron­ne­ment]. tourne. tourne avec ce [ron­ron­ne­ment]. La voix conti­nue de par­ler, mais une sorte de ron­ron­ne­ment [tout indis­tinct]. s’é­teint peu à peu. s’é­teint par degrés, n’est plus qu’un ron­ron­ne­ment indis­tinct. ron­ron­ne­ment confus, où éclate. éclate par­fois. où flambe. où. où éclate. par­fois éclate une voyelle,[ ].

Il fa. Il fait, pour se lever de sa chaise, quit­ter sa chaise un effort immense. [ ] [ ] [ ]. Il répète à mi-voix. Il répète, long­temps, tout bas pour lui seul, cette ques. cette phrase. cette ques­tion. la ques­tion [vaine]. même ques­tion, [ ]. avec l’es­poir abs. la ques. sans trop [tenir] la force d’ou­vrir les yeux. sans aucun espoir. sans oser ouvrir les yeux. La nuit [croule]. [s’é­croule]. Évidemment, le vieil homme [ ]. est loin main­te­nant, Dieu sait où – dans quel coin de cette mai­son morte ? Mais. M. Ce qu’il veut seule­ment. Pourtant, N’importe, lui faire face. Tout à l’heure, se dit-il. Tout à l’heure, [je le sau­rais]. se dit-il, j’au­rai ma revanche. Non, il. Il aime mieux l’i­ma­gi­ner dans le parc. plus loin encore, à tra­vers champs, sur la douce route. route douce, pleine de lune. La route ! La route ! La route libre, telle qu’il la rêve. La route [ ]. Dans la. La libre route. La libre route. La route. La libre route. Sa libre route. Sa route. Sa libre route. Et face à la brèche immense, ou l’air siffle avec. pleine d’é­toiles. d’astres. d’é­toiles, avec le vent sur la face. le. le souffle. ce souffle ter­rible. son souffle ter­rible. à la face. Steeny sen­tait sa. les. Steeny, calme, s’end. s’en­dort, les poings fer­més. les poings ser­rés. les poings. Steeny s’end. retombe dans. entre dans le som­meil. se jette dans le som­meil comme. l’en­fant [avide]. tra­gique s’en­dort, les [poings]. s’en­dort. avide. s’en­dort les poings fer­més. Qui est-ce qui a par­lé de route ? Qui a. Qui parle de route ? Non pas cette. Non pas celle-ci, pas cette route douce, pl. cette route douce, pleine de lune, mais la sienne, qu’il a tant de fois vue en rêve, pareille à la. sa libre route, gueule béa. La route avide, impi­toyable. [ ]. ouverte, c’est un. la route, gueule béante, infi­nie, gueule béante.

Ainsi l’a­ni­mal sait suivre. recherche. cherche sur la face incom­pré­hen­sible de son maître, les signes d’une. les reflet d’un amour ou les. les signes. [dont] [  ]. les signes. les signes. les signes. les signes pour lui seul [inexo­rables] d’une. de. de la vo. d’une volon­té. pour lui seul inexo­rables d’une volon­té. les signes d’une volon­té qu’il. réflé­chit en vous. les sen­ti­ments. le reflet d’un autre monde. les signes d’un autre monde. d’un autre monde. les signes. les sen­ti­ments incom­pré­hen­sibles. mys­té­rieux. sacrés. le reflet d’un monde où. d’un autre monde où il. les signes sacrés d’où il [attend] un jour. d’où lui naî­tront. d’où vont naître sa peur et son plaisir.

Sa voix avait per­du quelque. La voix per­dait peu à peu. Sa voix per­dait peu à peu. La. La voix. [sai­si de frayeur], quelque chose de son assu­rance. chose de son assu­rance. [était-ce un] rêve ? de sa bur­lesque assu­rance tan­dis que. tan­dis que ses mains, posées à plat sur les genoux esq. esquis­saient. esquis­saient des. un mou­vem. geste. esquis­saient un geste. esquis­saient une sorte de caresse timide, enve­lop­pante, un geste d’oi­se­leur. Elle. C’était vers ces mains qu’elle baiss. baiss. en effet, qu’elle bais­sait irré­sis­ti­ble­ment ses yeux, son regard, ses yeux far. son regard farouche., éper­du de honte. éper­du de ter­reur. de honte, de ter­reur. Mais. Mais. et d’une réso­lut. imp. d’une réso­lu­tion. pour­tant plein de la réso­lu­tion invin­cible. Ent. Mais. de l’en­tê­te­ment, la patience mor­telle d’un anim. de. de l’obs­ti­na­tion de la patience immense, inexo­rable, inexo­rable d’un ani­mal pris au piège. Un [ins­tant], à l’a­bri de ses cils clos, elle. Une min. seconde sous les cils. [ ] longs. à l’a­bri des longs cils bien clos, elle, ses yeux glis­sèrent vers la fenêtre ouverte, l’ho­ri­zon, le ciel. la ligne retrous­sée des bois de Vernoul, un nuage déchi­ré par le vent, les pays, l’espace.

Mais la châ­te­laine de … avait dis­pa­ru. Retenant leur souffle, ils [enten­dirent] long. Retenant leur souffle, ils enten­dirent long­temps. long­temps sur la route trem­pée d’eau, à tra­vers les muses. sur la route trem­pée d’eau.
Mais ils cher­chèrent en vain la femme extra­or­di­naire. La châ­te­laine de … C’est en vain que du regard … En prê­tant l’o­reille, ils enten­dirent long­temps, long­temps, les [ ] [ ] [ ]. Ils prê­tèrent l’o­reille. Mais ils cher­chèrent en vain la châ­te­laine. cette. des yeux. yeux cette femme extra­or­di­naire. Retenant. Retenant leur souffle, ils enten­dirent long­temps, long­temps, sur la route trem­pée, dé. rue déserte. Retenant leur souffle, ils. L’eau. Sous l”. gor­gée d’eau. brillante sous la [vitre] comme un [miroir]. La rue déserte toute ruis­se­lante, brillait sous le soleil comme un miroir. Et retenant
ils enten­dirent long­temps, long­temps cou­rir – et de nou­veau tout. deux fois – là-bas du côté d’Esterel ou de [Montis ?] – la grande jument. le. puis une fois encore – très loin – la grande jument hen­nir au vent de la mer. [dans le vent].

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« Brouillons de Monsieur Ouine » [Cahiers de Monsieur Ouine (1931–1940), Daniel Pézeril (éd.), Seuil, 1991]
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Le jar­din ouvrier n° 21
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