Il lui semblait parfois qu’il fût né avec des dons pour lesquels, provisoirement, il n’y avait pas d’emploi.
Es war ihm zuweilen geradeso zumute, als wäre er mit einer Begabung geboren, für die es gegenwärtig kein Ziel gab.
Il lui semblait parfois qu’il fût né avec des dons pour lesquels, provisoirement, il n’y avait pas d’emploi.
Es war ihm zuweilen geradeso zumute, als wäre er mit einer Begabung geboren, für die es gegenwärtig kein Ziel gab.
Personne ne savait exactement ce qui était en train : personne ne pouvait dire si ce serait un art nouveau, un homme nouveau, une nouvelle morale, ou encore un reclassement de la société. […] On ne forcera donc personne à surestimer contre son gré ce « mouvement » passé. Il ne se produisit d’ailleurs que dans cette couche mince et instable de l’humanité que forment les intellectuels, méprisés d’un commun accord par les hommes dont la conception du monde, en dépit de toutes les nuances, est garantie inusable, et qui ont aujourd’hui, grâce à Dieu, repris le dessus ; il n’agit donc pas sur la masse. Néanmoins, même si ce ne fut pas un événement historique, ce fut tout de même un « petit événement ». Lorsqu’ils étaient jeunes, Walter et Ulrich, les deux amis, en avaient encore aperçu le reflet. À travers la confusion des croyances, quelque chose avait passé, comme quand beaucoup d’arbres se courbent sous un seul et même coup de vent, un esprit de secte et de réformation, la conscience bienheureuse d’une apparition et d’une éclosion, une petite renaissance, une petite réforme comme n’en connaissent que les meilleures époques ; et quand on entrait dans le monde, on sentait l’esprit, dès le premier coin de rue, qui vous soufflait sur les joues.
Niemand wußte genau, was im Werden war ; niemand vermochte zu sagen, ob es eine neue Kunst, ein neuer Mensch, eine neue Moral oder vielleicht eine Umschichtung der Gesellschaft sein solle. […] Wenn man nicht will, braucht man also diese vergangene »Bewegung« nicht zu überschätzen. Sie vollzog sich ohnehin nur in jener dünnen, unbeständigen Menschenschicht der Intellektuellen, die von den heute Gott sei Dank wieder obenauf gekommenen Menschen mit unzerreißbarer Weltanschauung, trotz aller Unterschiede dieser Weltanschauung, einmütig verachtet wird, und wirkte nicht in die Menge. Aber immerhin, wenn es auch kein geschichtliches Ereignis geworden ist, ein Ereignislein war es doch, und die beiden Freunde Walter und Ulrich hatten, als sie jung waren, gerade noch einen Schimmer davon erlebt. Durch das Gewirr von Glauben ging damals etwas hindurch, wie wenn viele Bäume sich in einem Wind beugen, ein Sekten- und Besserergeist, das selige Gewissen eines Auf- und Anbruchs, eine kleine Wiedergeburt und Reformation, wie nur die besten Zeiten es kennen, und wenn man damals in die Welt eintrat, fühlte man schon an der ersten Ecke den Hauch des Geistes um die Wangen.
L’exigence d’idéal pesait sur toutes les manifestations de la vie comme une préfecture de police.
Die Forderung des Idealen waltete in der Art eines Polizeipräsidiums über allen Äußerungen des Lebens.
Qu’Ulrich pût penser avoir obtenu quelques résultats dans le domaine scientifique n’était pas absolument sans importance pour lui. Ses travaux lui avaient même valu une certaine estime. De l’admiration eût été trop demander, car l’admiration, même au royaume de la vérité, est réservée aux aînés dont il dépend que l’on obtienne ou non l’agrégation ou une chaire. À strictement parler, il était resté ce qu’on appelle un espoir ; on nomme espoirs, dans la république des esprits, les républicains proprement dits, c’est-à-dire ceux qui s’imaginent qu’il faut consacrer à son travail la totalité de ses forces, au lieu d’en gaspiller une grande part pour assurer son avancement social ; ils oublient que les résultats de l’homme isolé sont peu de chose, alors que l’avancement est le rêve de tous, et négligeant ce devoir social qu’est l’arrivisme, ils oublient que l’on doit commencer par être un arriviste pour pouvoir offrir à d’autres, dans les années du succès, un appui à la faveur duquel ils puissent arriver à leur tour.
Or, un beau jour, Ulrich renonça même à vouloir être un espoir. Alors déjà, l’époque avait commencé où l’on se mettait à parler des génies du football et de la boxe ; toutefois, les proportions demeuraient raisonnables : pour une dizaine, au moins, d’inventeurs, écrivains et ténors de génie apparus dans les colonnes des journaux, on ne trouvait encore, tout au plus, qu’un seul demi-centre génial, un seul grand tacticien du tennis. L’esprit nouveau n’avait pas encore pris toute son assurance. Mais c’est précisément à cette époque-là qu’Ulrich put lire tout à coup quelque part (et ce fut comme un coup de vent flétrissant un été trop précoce) ces mots : « un cheval de course génial ». Ils se trouvaient dans le compte rendu d’une sensationnelle victoire aux courses, et son auteur n’avait peut-être même pas eu conscience de la grandeur de l’idée que l’esprit du temps lui avait glissée sous la plume. Ulrich comprit dans l’instant quel irrécusable rapport il y avait entre toute sa carrière et ce génie des chevaux de course. Le cheval, en effet, a toujours été l’animal sacré de la cavalerie ; dans sa jeunesse encasernée, Ulrich n’avait guère entendu parler que de femmes et de chevaux, il avait échappé à tout cela pour devenir un grand homme, et voilà qu’au moment même où, après des efforts divers, il eût peut-être pu se sentir proche du but de ses aspirations, le cheval, qui l’y avait précédé, de là-bas le saluait…
Le fait a sans doute sa justification historique : il n’y a pas si longtemps encore, un homme digne d’admiration était un être dont le courage est un courage moral, la force une force de conviction, la fermeté celle du cœur et de la vertu, un être qui juge la rapidité puérile, les feintes illicites, la mobilité et l’élan contraires à la dignité. Cet être, il est vrai, a fini par ne plus subsister que dans le corps enseignant secondaire et dans toute espèce de déclarations purement littéraires ; c’était devenu un fantôme idéologique, et la vie a dû se trouver un nouveau type de virilité. Comme elle le cherchait des yeux autour d’elle, elle découvrit que les prises et les ruses dont se sert un esprit inventif pour résoudre un problème logique ne diffèrent réellement pas beaucoup des prises d’un lutteur bien entraîné ; et il existe une combativité psychique que les difficultés et les improbabilités rendent froide et habile, qu’il s’agisse de deviner le point faible d’un problème ou celui d’un ennemi en chair et en os. Si l’on devait analyser un grand esprit et un champion national de boxe du point de vue psychotechnique, il est probable que leur astuce, leur courage, leur précision, leur puissance combinatoire comme la rapidité de leurs réactions sur le terrain qui leur importe, seraient en effet les mêmes ; bien plus, il est à prévoir que les vertus et les capacités qui font leur succès à chacun ne les distingueraient pas beaucoup de tel célèbre steeple-chaser ; on ne doit pas sous-estimer les qualités considérables qu’il faut mettre en jeu pour sauter une haie. Puis, un cheval et un champion de boxe ont encore cet autre avantage sur un grand esprit, que leurs exploits et leur importance peuvent se mesurer sans contestation possible et que le meilleur d’entre eux est véritablement reconnu comme tel ; ainsi donc, le sport et l’objectivité ont pu évincer à bon droit les idées démodées qu’on se faisait jusqu’à eux du génie et de la grandeur humaine.
Es ist nicht unwesentlich, daß sich Ulrich sagen durfte, in seiner Wissenschaft nicht wenig geleistet zu haben. Seine Arbeiten hatten ihm auch Anerkennung eingebracht. Bewunderung wäre zu viel verlangt gewesen, denn selbst im Reiche der Wahrheit hegt man Bewunderung nur für ältere Gelehrte, von denen es abhängt, ob man die Habilitation und Professur erreicht oder nicht. Genau gesprochen, er war das geblieben, was man eine Hoffnung nennt, und Hoffnungen nennt man in der Republik der Geister die Republikaner, das sind jene Menschen, die sich einbilden, man dürfe seine ganze Kraft der Sache widmen, statt einen großen Teil von ihr auf das äußere Vorwärtskommen zu verwenden ; sie vergessen, daß die Leistung des Einzelnen gering, das Vorwärtskommen dagegen ein Wunsch aller ist, und vernachlässigen die soziale Pflicht des Strebens, bei der man als ein Streber beginnen muß, damit man in den Jahren des Erfolgs eine Stütze und Strebe abgeben kann, an deren Gunst sich andere emporarbeiten.
Und eines Tages hörte Ulrich auch auf, eine Hoffnung sein zu wollen. Es hatte damals schon die Zeit begonnen, wo man von Genies des Fußballrasens oder des Boxrings zu sprechen anhub, aber auf mindestens zehn geniale Entdecker, Tenöre oder Schriftsteller entfiel in den Zeitungsberichten noch nicht mehr als höchstens ein genialer Centrehalf oder großer Taktiker des Tennissports. Der neue Geist fühlte sich noch nicht ganz sicher. Aber gerade da las Ulrich irgendwo, wie eine vorverwehte Sommerreife, plötzlich das Wort »das geniale Rennpferd«. Es stand in einem Bericht über einen aufsehenerregenden Rennbahnerfolg, und der Schreiber war sich der ganzen Größe des Einfalls vielleicht gar nicht bewußt gewesen, den ihm der Geist der Gemeinschaft in die Feder geschoben hatte. Ulrich aber begriff mit einemmal, in welchem unentrinnbaren Zusammenhang seine ganze Laufbahn mit diesem Genie der Rennpferde stehe. Denn das Pferd ist seit je das heilige Tier der Kavallerie gewesen, und in seiner Kasernenjugend hatte Ulrich kaum von anderem sprechen hören als von Pferden und Weibern und war dem entflohn, um ein bedeutender Mensch zu werden, und als er sich nun nach wechselvollen Anstrengungen der Höhe seiner Bestrebungen vielleicht hätte nahefühlen können, begrüßte ihn von dort das Pferd, das ihm zuvorgekommen war.
Das hat wohl gewiß zeitlich seine Berechtigung, denn es ist noch gar nicht lange her, daß man sich unter einem bewunderungswürdigen männlichen Geist ein Wesen vorgestellt hat, dessen Mut sittlicher Mut, dessen Kraft die Kraft einer Überzeugung, dessen Festigkeit die des Herzens und der Tugend gewesen ist, das Schnelligkeit für etwas Knabenhaftes, Finten für etwas Unerlaubtes, Beweglichkeit und Schwung für etwas der Würde Zuwiderlaufendes gehalten hat. Zum Schluß ist dieses Wesen allerdings nicht mehr lebendig, sondern nur noch in den Lehrkörpern von Gymnasien und in allerhand schriftlichen Äußerungen vorgekommen, es war zu einem ideologischen Gespenst geworden, und das Leben mußte sich ein neues Bild der Männlichkeit suchen. Da es sich danach umsah, machte es aber die Entdeckung, daß die Griffe und Listen, die ein erfinderischer Kopf in einem logischen Kalkül anwendet, wirklich nicht sehr verschieden von den Kampfgriffen eines hart geschulten Körpers sind, und es gibt eine allgemeine seelische Kampfkraft, die von Schwierigkeiten und Unwahrscheinlichkeiten kalt und klug gemacht wird, ob sie nun die dem Angriff zugängliche Seite einer Aufgabe oder eines körperlichen Feindes zu erraten gewohnt ist. Sollte man einen großen Geist und einen Boxlandesmeister psychotechnisch analysieren, so würden in der Tat ihre Schlauheit, ihr Mut, ihre Genauigkeit und Kombinatorik sowie die Geschwindigkeit der Reaktionen auf dem Gebiet, das ihnen wichtig ist, wahrscheinlich die gleichen sein, ja sie würden sich in den Tugenden und Fähigkeiten, die ihren besonderen Erfolg ausmachen, voraussichtlich auch von einem berühmten Hürdenpferd nicht unterscheiden, denn man darf nicht unterschätzen, wieviele bedeutende Eigenschaften ins Spiel gesetzt werden, wenn man über eine Hecke springt. Nun haben aber noch dazu ein Pferd und ein Boxmeister vor einem großen Geist voraus, daß sich ihre Leistung und Bedeutung einwandfrei messen läßt und der Beste unter ihnen auch wirklich als der Beste erkannt wird, und auf diese Weise sind der Sport und die Sachlichkeit verdientermaßen an die Reihe gekommen, die veralteten Begriffe von Genie und menschlicher Größe zu verdrängen.
À l’âge où l’on aime encore à se regarder dans la glace et où l’on accorde encore de l’importance aux problèmes du tailleur et du coiffeur, il arrive aussi que l’on se décrive un lieu où l’on aimerait passer sa vie, ou du moins un lieu où il serait « chic » de séjourner quand bien même on pressentirait qu’on ne s’y plairait guère personnellement.
Parmi ces idées fixes sociales est apparue, depuis longtemps déjà, une espèce de ville hyper-américaine, où tout marche et s’arrête au chronomètre. L’air et la terre ne sont plus qu’une immense fourmilière sillonnée d’artères en étages. Les transports, de surface, aériens et souterrains, les déplacements humains par pneumatique, les files d’automobiles foncent dans l’horizontale tandis que dans la verticale des ascenseurs ultra-rapides pompent les masses humaines d’un palier de circulation à l’autre ; aux points de jonction, l’on saute d’un transport dans l’autre ; leur rythme qui, entre deux vitesses tonnantes, fait une pause, une syncope, un petit gouffre de vingt secondes, vous aspire et vous enlève sans que vous ayez le temps de réfléchir, et dans les intervalles de ce rythme général, on échange hâtivement quelques mots. Les questions et les réponses s’emboîtent les unes dans les autres comme les pièces d’une machine, chacun n’a devant soi que des tâches bien définies, les professions sont groupées par quartiers, on mange tout en se déplaçant, les plaisirs sont concentrés dans d’autres secteurs, et ailleurs encore se dressent les tours où l’on retrouve son épouse, sa famille, son gramophone et son âme. La tension et la détente, l’activité et l’amour ont tous leurs moments distincts, calculés sur la base de minutieuses expériences de laboratoire. Si une difficulté se présente dans l’une ou l’autre de ces activités, rien de plus simple : on l’abandonne ; ou bien on en trouvera une autre, ou bien, à l’occasion, on découvrira une meilleure issue ; et si on passe à côté, un autre saura bien la voir ; dans tout cela, aucune perte, alors que rien n’écorne l’énergie commune autant que la prétention d’avoir une mission personnelle et le refus de s’écarter de son but. Dans une communauté constamment irriguée d’énergie, tous les chemins mènent à un but estimable, pourvu que l’on n’hésite ni ne réfléchisse trop longtemps. Les buts sont à courte distance ; mais la vie aussi est courte ; on lui prend ainsi le maximum de résultats, et il n’en faut pas plus à l’homme pour être heureux, car l’âme est formée par ce qu’elle atteint, alors que ce qu’elle poursuit sans y atteindre la déforme ; pour le bonheur, ce qui compte n’est pas ce que l’on veut ; mais d’atteindre ce que l’on veut. D’ailleurs, la zoologie enseigne que la sommation d’individus diminués peut parfaitement donner un total génial.
Il n’est pas du tout sûr que les choses doivent évoluer ainsi, mais ces imaginations font partie des rêves de voyage dans lesquels se reflète l’impression de mouvement incessant qui nous entraîne. Ils sont superficiels, brefs et agités. Dieu sait ce qui réellement se produira. On serait tenté de croire que nous avons à chaque minute le commencement en main, et que nous devrions tirer des plans pour l’humanité. Si la chimère de la vitesse nous déplaît, créons-en une autre, par exemple très lente, un bonheur mystérieux comme le serpent de mer, flottant comme des voiles, et ce profond regard de vache dont les Grecs déjà s’engouèrent ! Mais il n’en va nullement ainsi. C’est la chose qui nous a en main. Jour et nuit, on voyage en elle, et l’on en fait bien d’autres : on s’y rase, on y mange, on y aime, on y lit des livres, on y exerce sa profession comme si les quatre murs étaient immobiles, mais l’inquiétant, c’est que les murs bougent sans qu’on s’en aperçoive et qu’ils projettent leurs rails en avant d’eux-mêmes comme de longs fils qui se recourbent en tâtonnant, sans qu’on sache jamais où ils vont. Et par-dessus le marché, on voudrait encore, si possible, être l’une des forces qui déterminent le train du temps ! Voilà un rôle bien équivoque, et il arrive que le paysage, si l’on regarde au-dehors après un intervalle suffisant, ait changé ; ce qui file devant nos yeux file parce qu’il n’en peut être autrement ; mais, si résigné que l’on soit, on ne peut faire qu’un sentiment désagréable ne prenne de plus en plus de force, comme si l’on avait dépassé le but ou que l’on se fût trompé de voie. Un beau jour, en tempête, un besoin vous envahit : descendre ! sauter du train ! Nostalgie d’être arrêté, de ne pas se développer, de rester immobile ou de revenir au point qui précédait le mauvais embranchement ! Et dans le bon vieux temps, quand l’empire d’Autriche existait encore, il n’y avait alors qu’à quitter le train du temps, à prendre place dans un train tout court, et à rentrer dans sa patrie.
Là, en Cacanie, dans cet État depuis lors disparu et resté incompris qui fut sur tant de points, sans qu’on lui en rende justice, exemplaire, il y avait aussi du « dynamisme », mais point de trop. Chaque fois qu’on repensait à ce pays de l’étranger, venait flotter devant vos yeux le souvenir de ses routes larges, blanches, prospères, datant de l’époque de la marche à pied et des malles-postes, qui le sillonnaient en tous sens, fleuves d’ordre, clairs rubans de coutil militaire, bras administratifs, couleur de papier timbré, étreignant les provinces… Et quelles provinces ! Il y avait les glaciers et la mer, le Karst et les champs de blé bohêmes, les nuits au bord de l’Adriatique, grésillantes de l’activité des grillons, et les villages slovaques où la fumée sortait des cheminées comme d’un nez retroussé, où les maisons étaient tapies entre deux collines comme si la terre avait entrouvert ses lèvres afin d’y réchauffer son enfant. Naturellement, il y avait aussi des automobiles sur ces routes ; mais pas trop. Ici aussi, l’on préparait la conquête de l’air ; mais point trop intensivement. De loin en loin, point trop souvent, l’on envoyait un bateau en Amérique du Sud ou dans l’Extrême-Orient. On n’avait nulle ambition économique, nul rêve d’hégémonie ; on était installé au centre de l’Europe, au croisement des vieux axes du monde ; les mots de colonie et d’outre-mer ne rendaient encore qu’un son lointain et comme trop neuf. On déployait quelque luxe ; mais en se gardant d’y mettre le raffinement des Français. On pratiquait les sports ; mais avec moins d’extravagance que les Anglo-Saxons. On dépensait pour l’armée des sommes considérables ; juste assez cependant pour être sûr de rester l’avant-dernière des Grandes puissances. La capitale elle-même était un rien plus petite que les plus grandes métropoles du monde, et pourtant considérablement plus grande que ne le sont de simples « grandes villes ». Et ce pays était administré d’une manière éclairée, à peine sensible, tous les angles prudemment arrondis, par la meilleure bureaucratie d’Europe, à qui l’on ne pouvait reprocher qu’une seule faute : qu’elle vît dans le génie et les initiatives géniales des particuliers, s’ils n’en avaient pas reçu le privilège de par leur haute naissance ou quelque mission officielle, une attitude impertinente et une sorte d’usurpation. Mais y a‑t‑il personne qui aime voir des incompétents se mêler de ses affaires ? Et puis au moins, en Cacanie, on se bornait à tenir les génies pour des paltoquets : jamais on n’eût, comme ailleurs, tenu le paltoquet pour un génie.
Sur cette Cacanie maintenant engloutie, que de choses curieuses seraient à dire ! Elle était, par exemple, kaiserlich-königlich (impériale-royale) et aussi bien kaiserlich und königlich (impériale et royale) ; il n’était chose ni personne qui ne fût affectée là-bas de l’un de ces deux sigles, k. k. ou k. u. k. ; il n’en fallait pas moins disposer d’une science secrète pour pouvoir décider à coup sûr quelles institutions et quels hommes pouvaient être dits k. k., et quels autres k. u. k. Elle s’appelait, par écrit, Monarchie austro-hongroise, et se faisait appeler, oralement, l’Autriche : nom qu’elle avait officiellement et solennellement abjuré, mais conservait dans les affaires de cœur, comme pour prouver que les sentiments ont autant d’importance que le droit public, et que les prescriptions n’ont rien à voir avec le véritable sérieux de la vie. La Constitution était libérale, mais le régime clérical. Le régime était clérical, mais les habitants libres penseurs. Tous les bourgeois étaient égaux devant la loi, mais justement, tous n’étaient pas bourgeois.
Le Parlement faisait de sa liberté un usage si impétueux qu’on préférait d’ordinaire le tenir fermé ; mais l’on avait aussi une loi d’exception qui permettait de se passer du Parlement ; et chaque fois que l’État tout entier se préparait à jouir des bienfaits de l’absolutisme, la Couronne décrétait qu’on allait recommencer à vivre sous le régime parlementaire. Parmi nombre de singularités du même ordre, il faut citer aussi les dissensions nationales qui attiraient sur elles, à juste titre, l’attention de toute l’Europe, et que les historiens d’aujourd’hui défigurent. Ces dissensions étaient si violentes que la machine de l’État s’enrayait plusieurs fois par année à cause d’elles ; mais dans ces intervalles et ces repos de l’État, chacun s’en tirait à merveille, et l’on faisait comme si de rien n’était. D’ailleurs, il n’y avait rien eu de réel. Il y avait simplement que cette aversion de tout homme pour les efforts de son prochain dans laquelle nous communions tous aujourd’hui, s’était fait jour très tôt dans cet État pour atteindre à une sorte de cérémonial sublimé qui eût pu avoir de grandes conséquences si son évolution n’avait pas été prématurément interrompue par une catastrophe.
Ce n’était pas seulement, en effet, que l’aversion pour le concitoyen se fût élevée là-bas au niveau d’un sentiment de communauté, mais encore que la méfiance envers soi-même, envers son propre destin, y avait pris le caractère d’une profonde assurance. En ce pays (et parfois jusqu’au plus haut point de passion, et jusque dans ses extrêmes conséquences), on agissait toujours autrement qu’on ne pensait, ou on pensait autrement qu’on n’agissait. Des observateurs mal informés ont pris cela pour du charme, ou même pour une faiblesse de ce qu’ils croyaient être le caractère autrichien. C’était faux ; il est toujours faux de vouloir expliquer les phénomènes d’un pays à travers le caractère de ses habitants. Car l’habitant d’un pays a toujours au moins neuf caractères : un caractère professionnel, un caractère de classe, un caractère sexuel, un caractère national, un caractère politique, un caractère géographique, un caractère conscient, un inconscient, et peut-être même encore, un caractère privé ; il les réunit dans sa personne, mais s’en trouve dissocié, et n’est plus finalement qu’un petit vallon creusé par cette multitude de cours d’eau, vallon dans lequel ils viennent s’écouler pour en ressortir ensuite et remplir d’autres vallons avec d’autres ruisselets. C’est pourquoi tout habitant de la terre possède encore un dixième caractère, qui n’est rien d’autre que l’imagination passive d’espaces non encore remplis ; ce caractère donne à l’homme toutes les libertés, sauf une : celle de prendre au sérieux ce que font ses autres caractères (neuf pour le moins), et ce qui leur arrive ; donc, en d’autres termes, la seule liberté, précisément, qui pourrait remplir cet espace. Cet espace, dont il faut avouer qu’il n’est pas facile à décrire, sera coloré et formé autrement en Italie qu’en Angleterre, parce que tout ce qui se détache sur son fond possède une autre forme et une autre couleur ; et pourtant, il reste le même, ici comme ailleurs, c’est-à-dire précisément un espace invisible et vide dans lequel la réalité se dresse comme une petite ville de jeu de construction abandonnée par l’imagination.
Dans la mesure où le fait peut devenir visible à tous les yeux, voilà ce qui s’était passé en Cacanie, voilà en quoi la Cacanie, sans que le monde le sût encore, s’affirmait l’État le plus avancé ; c’était un État qui ne subsistait plus que par la force de l’habitude, on y jouissait d’une liberté purement négative, dans la conscience continuelle des raisons insuffisantes de sa propre existence et baigné par la grande vision de ce qui ne s’est point passé, ou point irrévocablement du moins, comme par l’haleine des Océans dont l’humanité est sortie.
Es ist passiert, disait-on là-bas, quand d’autres gens croyaient ailleurs que Dieu sait quoi avait eu lieu ; c’était un terme singulier, qui n’apparaît nulle part ailleurs, ni en allemand ni dans une autre langue, et dans le souffle duquel les faits et les coups du sort devenaient aussi légers que des pensées, ou du duvet. Oui, malgré tout ce qui parle en sens contraire, la Cacanie était peut-être, après tout, un pays pour génies ; et sans doute fut-ce aussi sa ruine.
In dem Alter, wo man noch alle Schneider- und Barbierangelegenheiten wichtig nimmt und gerne in den Spiegel blickt, stellt man sich oft auch einen Ort vor, wo man sein Leben zubringen möchte, oder wenigstens einen Ort, wo es Stil hat, zu verweilen, selbst wenn man fühlt, daß man für seine Person nicht gerade gern dort wäre. Eine solche soziale Zwangsvorstellung ist nun schon seit langem eine Art überamerikanische Stadt, wo alles mit der Stoppuhr in der Hand eilt oder stillsteht. Luft und Erde bilden einen Ameisenbau, von den Stockwerken der Verkehrsstraßen durchzogen. Luftzüge, Erdzüge, Untererdzüge, Rohrpostmenschensendungen, Kraftwagenketten rasen horizontal, Schnellaufzüge pumpen vertikal Menschenmassen von einer Verkehrsebene in die andre ; man springt an den Knotenpunkten von einem Bewegungsapparat in den andern, wird von deren Rhythmus, der zwischen zwei losdonnernden Geschwindigkeiten eine Synkope, eine Pause, eine kleine Kluft von zwanzig Sekunden macht, ohne Überlegung angesaugt und hineingerissen, spricht hastig in den Intervallen dieses allgemeinen Rhythmus miteinander ein paar Worte. Fragen und Antworten klinken ineinander wie Maschinenglieder, jeder Mensch hat nur ganz bestimmte Aufgaben, die Berufe sind an bestimmten Orten in Gruppen zusammengezogen, man ißt während der Bewegung, die Vergnügungen sind in andern Stadtteilen zusammengezogen, und wieder anderswo stehen die Türme, wo man Frau, Familie, Grammophon und Seele findet. Spannung und Abspannung, Tätigkeit und Liebe werden zeitlich genau getrennt und nach gründlicher Laboratoriumserfahrung ausgewogen. Stößt man bei irgendeiner dieser Tätigkeiten auf Schwierigkeit, so läßt man die Sache einfach stehen ; denn man findet eine andre Sache oder gelegentlich einen besseren Weg, oder ein andrer findet den Weg, den man verfehlt hat ; das schadet gar nichts, während durch nichts so viel von der gemeinsamen Kraft verschleudert wird wie durch die Anmaßung, daß man berufen sei, ein bestimmtes persönliches Ziel nicht locker zu lassen. In einem von Kräften durchflossenen Gemeinwesen führt jeder Weg an ein gutes Ziel, wenn man nicht zu lange zaudert und überlegt. Die Ziele sind kurz gesteckt ; aber auch das Leben ist kurz, man gewinnt ihm so ein Maximum des Erreichens ab, und mehr braucht der Mensch nicht zu seinem Glück, denn was man erreicht, formt die Seele, während das, was man ohne Erfüllung will, sie nur verbiegt ; für das Glück kommt es sehr wenig auf das an, was man will, sondern nur darauf, daß man es erreicht. Außerdem lehrt die Zoologie, daß aus einer Summe von reduzierten Individuen sehr wohl ein geniales Ganzes bestehen kann.
Es ist gar nicht sicher, daß es so kommen muß, aber solche Vorstellungen gehören zu den Reiseträumen, in denen sich das Gefühl der rastlosen Bewegung spiegelt, die uns mit sich führt. Sie sind oberflächlich, unruhig und kurz. Weiß Gott, was wirklich werden wird. Man sollte meinen, daß wir in jeder Minute den Anfang in der Hand haben und einen Plan für uns alle machen müßten. Wenn uns die Sache mit den Geschwindigkeiten nicht gefällt, so machen wir doch eine andre ! Zum Beispiel eine ganz langsame, mit einem schleierig wallenden, meerschneckenhaft geheimnisvollen Glück und dem tiefen Kuhblick, von dem schon die Griechen geschwärmt haben. Aber so ist es ganz und gar nicht. Die Sache hat uns in der Hand. Man fährt Tag und Nacht in ihr und tut auch noch alles andre darin ; man rasiert sich, man ißt, man liebt, man liest Bücher, man übt seinen Beruf aus, als ob die vier Wände stillstünden, und das Unheimliche ist bloß, daß die Wände fahren, ohne daß man es merkt, und ihre Schienen vorauswerfen, wie lange, tastend gekrümmte Fäden, ohne daß man weiß wohin. Und überdies will man ja womöglich selbst noch zu den Kräften gehören, die den Zug der Zeit bestimmen. Das ist eine sehr unklare Rolle, und es kommt vor, wenn man nach längerer Pause hinaussieht, daß sich die Landschaft geändert hat ; was da vorbeifliegt, fliegt vorbei, weil es nicht anders sein kann, aber bei aller Ergebenheit gewinnt ein unangenehmes Gefühl immer mehr Gewalt, als ob man über das Ziel hinausgefahren oder auf eine falsche Strecke geraten wäre. Und eines Tages ist das stürmische Bedürfnis da : Aussteigen ! Abspringen ! Ein Heimweh nach Aufgehaltenwerden, Nichtsichentwickeln, Steckenbleiben, Zurückkehren zu einem Punkt, der vor der falschen Abzweigung liegt ! Und in der guten alten Zeit, als es das Kaisertum Österreich noch gab, konnte man in einem solchen Falle den Zug der Zeit verlassen, sich in einen gewöhnlichen Zug einer gewöhnlichen Eisenbahn setzen und in die Heimat zurückfahren.
Dort, in Kakanien, diesem seither untergegangenen, unverstandenen Staat, der in so vielem ohne Anerkennung vorbildlich gewesen ist, gab es auch Tempo, aber nicht zuviel Tempo. So oft man in der Fremde an dieses Land dachte, schwebte vor den Augen die Erinnerung an die weißen, breiten, wohlhabenden Straßen aus der Zeit der Fußmärsche und Extraposten, die es nach allen Richtungen wie Flüsse der Ordnung, wie Bänder aus heilem Soldatenzwillich durchzogen und die Länder mit dem papierweißen Arm der Verwaltung umschlangen. Und was für Länder ! Gletscher und Meer, Karst und böhmische Kornfelder gab es dort, Nächte an der Adria, zirpend von Grillenunruhe, und slowakische Dörfer, wo der Rauch aus den Kaminen wie aus aufgestülpten Nasenlöchern stieg und das Dorf zwischen zwei kleinen Hügeln kauerte, als hätte die Erde ein wenig die Lippen geöffnet, um ihr Kind dazwischen zu wärmen. Natürlich rollten auf diesen Straßen auch Automobile ; aber nicht zuviel Automobile ! Man bereitete die Eroberung der Luft vor, auch hier ; aber nicht zu intensiv. Man ließ hie und da ein Schiff nach Südamerika oder Ostasien fahren ; aber nicht zu oft. Man hatte keinen Weltwirtschafts- und Weltmachtehrgeiz ; man saß im Mittelpunkt Europas, wo die alten Weltachsen sich schneiden ; die Worte Kolonie und Übersee hörte man an wie etwas noch gänzlich Unerprobtes und Fernes. Man entfaltete Luxus ; aber beileibe nicht so überfeinert wie die Franzosen. Man trieb Sport ; aber nicht so närrisch wie die Angelsachsen. Man gab Unsummen für das Heer aus ; aber doch nur gerade so viel, daß man sicher die zweitschwächste der Großmächte blieb. Auch die Hauptstadt war um einiges kleiner als alle andern größten Städte der Welt, aber doch um ein Erkleckliches größer, als es bloß Großstädte sind. Und verwaltet wurde dieses Land in einer aufgeklärten, wenig fühlbaren, alle Spitzen vorsichtig beschneidenden Weise von der besten Bürokratie Europas, der man nur einen Fehler nachsagen konnte : sie empfand Genie und geniale Unternehmungssucht an Privatpersonen, die nicht durch hohe Geburt oder einen Staatsauftrag dazu privilegiert waren, als vorlautes Benehmen und Anmaßung. Aber wer ließe sich gerne von Unbefugten dreinreden ! Und in Kakanien wurde überdies immer nur ein Genie für einen Lümmel gehalten, aber niemals, wie es anderswo vorkam, schon der Lümmel für ein Genie.
Überhaupt, wie vieles Merkwürdige ließe sich über dieses versunkene Kakanien sagen ! Es war zum Beispiel kaiserlich-königlich und war kaiserlich und königlich ; eines der beiden Zeichen k.k. oder k.u.k. trug dort jede Sache und Person, aber es bedurfte trotzdem einer Geheimwissenschaft, um immer sicher unterscheiden zu können, welche Einrichtungen und Menschen k.k. und welche k.u.k. zu rufen waren. Es nannte sich schriftlich Österreichisch-Ungarische Monarchie und ließ sich mündlich Österreich rufen ; mit einem Namen also, den es mit feierlichem Staatsschwur abgelegt hatte, aber in allen Gefühlsangelegenheiten beibehielt, zum Zeichen, daß Gefühle ebenso wichtig sind wie Staatsrecht und Vorschriften nicht den wirklichen Lebensernst bedeuten. Es war nach seiner Verfassung liberal, aber es wurde klerikal regiert. Es wurde klerikal regiert, aber man lebte freisinnig. Vor dem Gesetz waren alle Bürger gleich, aber nicht alle waren eben Bürger. Man hatte ein Parlament, welches so gewaltigen Gebrauch von seiner Freiheit machte, daß man es gewöhnlich geschlossen hielt ; aber man hatte auch einen Notstandsparagraphen, mit dessen Hilfe man ohne das Parlament auskam, und jedesmal, wenn alles sich schon über den Absolutismus freute, ordnete die Krone an, daß nun doch wieder parlamentarisch regiert werden müsse. Solcher Geschehnisse gab es viele in diesem Staat, und zu ihnen gehörten auch jene nationalen Kämpfe, die mit Recht die Neugierde Europas auf sich zogen und heute ganz falsch dargestellt werden. Sie waren so heftig, daß ihretwegen die Staatsmaschine mehrmals im Jahr stockte und stillstand, aber in den Zwischenzeiten und Staatspausen kam man ausgezeichnet miteinander aus und tat, als ob nichts gewesen wäre. Und es war auch nichts Wirkliches gewesen. Es hatte sich bloß die Abneigung jedes Menschen gegen die Bestrebungen jedes andern Menschen, in der wir heute alle einig sind, in diesem Staat schon früh, und man kann sagen, zu einem sublimierten Zeremoniell ausgebildet, das noch große Folgen hätte haben können, wenn seine Entwicklung nicht durch eine Katastrophe vor der Zeit unterbrochen worden wäre.
Denn nicht nur die Abneigung gegen den Mitbürger war dort bis zum Gemeinschaftsgefühl gesteigert, sondern es nahm auch das Mißtrauen gegen die eigene Person und deren Schicksal den Charakter tiefer Selbstgewißheit an. Man handelte in diesem Land – und mitunter bis zu den höchsten Graden der Leidenschaft und ihren Folgen immer anders, als man dachte, oder dachte anders, als man handelte. Unkundige Beobachter haben das für Liebenswürdigkeit oder gar für Schwäche des ihrer Meinung nach österreichischen Charakters gehalten. Aber das war falsch ; und es ist immer falsch, die Erscheinungen in einem Land einfach mit dem Charakter seiner Bewohner zu erklären. Denn ein Landesbewohner hat mindestens neun Charaktere, einen Berufs‑, einen National‑, einen Staats‑, einen Klassen‑, einen geographischen, einen Geschlechts‑, einen bewußten, einen unbewußten und vielleicht auch noch einen privaten Charakter ; er vereinigt sie in sich, aber sie lösen ihn auf, und er ist eigentlich nichts als eine kleine, von diesen vielen Rinnsalen ausgewaschene Mulde, in die sie hineinsickern und aus der sie wieder austreten, um mit andern Bächlein eine andre Mulde zu füllen. Deshalb hat jeder Erdbewohner auch noch einen zehnten Charakter, und dieser ist nichts als die passive Phantasie unausgefüllter Räume ; er gestattet dem Menschen alles, nur nicht das eine : das ernst zu nehmen, was seine mindestens neun andern Charaktere tun und was mit ihnen geschieht ; also mit andern Worten, gerade das nicht, was ihn ausfüllen sollte. Dieser, wie man zugeben muß, schwer zu beschreibende Raum ist in Italien anders gefärbt und geformt als in England, weil das, was sich von ihm abhebt, andre Farbe und Form hat, und ist doch da und dort der gleiche, eben ein leerer, unsichtbarer Raum, in dem die Wirklichkeit darinsteht wie eine von der Phantasie verlassene kleine Steinbaukastenstadt.
Soweit das nun überhaupt allen Augen sichtbar werden kann, war es in Kakanien geschehen, und darin war Kakanien, ohne daß die Welt es schon wußte, der fortgeschrittenste Staat ; es war der Staat, der sich selbst irgendwie nur noch mitmachte, man war negativ frei darin, ständig im Gefühl der unzureichenden Gründe der eigenen Existenz und von der großen Phantasie des Nichtgeschehenen oder doch nicht unwiderruflich Geschehenen wie von dem Hauch der Ozeane umspült, denen die Menschheit entstieg.
Es ist passiert, sagte man dort, wenn andre Leute anderswo glaubten, es sei wunder was geschehen ; das war ein eigenartiges, nirgendwo sonst im Deutschen oder einer andern Sprache vorkommendes Wort, in dessen Hauch Tatsachen und Schicksalsschläge so leicht wurden wie Flaumfedern und Gedanken. Ja, es war, trotz vielem, was dagegen spricht, Kakanien vielleicht doch ein Land für Genies ; und wahrscheinlich ist es daran auch zugrunde gegangen.
Debout derrière l’une des fenêtres, il regardait la rue brunâtre à travers le filtre vert tendre de l’air du jardin et comptait depuis dix minutes, montre en main, les autos, les voitures, les tramways et les visages, délavés par la distance, des piétons qui emplissaient le filet du regard de leur hâte mousseuse ; il évaluait les vitesses, les angles, le dynamisme des masses en mouvement les unes devant les autres qui, le temps d’un éclair, attirent l’œil, le retiennent et le relâchent et qui, pendant une durée échappant à toute mesure, contraignent l’attention à s’appuyer sur elles, à s’en détacher pour sauter sur la suivante et se jeter à ses trousses ; enfin, après avoir calculé un instant de tête, il remit sa montre dans sa poche, éclata de rire et constata qu’il avait perdu son temps. Si l’on pouvait mesurer les sauts de l’attention, l’activité des muscles oculaires, les oscillations pendulaires de l’âme et tous les efforts qu’un homme doit s’imposer pour se maintenir debout dans le flot de la rue, on obtiendrait probablement (avait-il songé, essayant comme par jeu de calculer l’incalculable) une grandeur en comparaison de laquelle la force dont Atlas a besoin pour porter le monde n’est rien, et l’on pourrait mesurer l’extraordinaire activité déployée de nos jours par celui-là même qui ne fait rien. C’était, pour l’instant, le cas de l’Homme sans qualités.
Mais celui qui fait quelque chose ?…
« On en peut tirer deux conclusions », se dit-il.
L’activité musculaire d’un bourgeois qui va tranquillement son chemin tout un jour est considérablement supérieure à celle d’un athlète soulevant, une fois par jour, un énorme poids ; ce fait a été confirmé par la physiologie ; ainsi donc, même ses petites activités quotidiennes, dans leur somme sociale et par la faculté qu’elles ont d’être sommées, produisent infiniment plus d’énergie que les actes héroïques ; l’activité héroïque finit même par sembler absolument dérisoire, grain de sable posé sur une montagne avec l’illusion de l’extraordinaire. L’Homme sans qualités fut enchanté par cette idée.
Il est toutefois nécessaire d’ajouter que si elle lui plaisait, ce n’était pas qu’il aimât la vie bourgeoise ; mais simplement qu’il aimait contrecarrer un peu ses penchants, naguère tout autres. Peut-être est-ce précisément le petit-bourgeois qui pressent l’aurore d’un nouvel héroïsme, énorme et collectif, à l’exemple des fourmis. On le baptisera « héroïsme rationalisé » et on le trouvera fort beau. Qui pourrait, aujourd’hui déjà, le savoir ? De telles questions, toutes de la plus grande importance, et qui demeuraient sans réponse, il y en avait alors à foison. Elles étaient dans l’air, elles vous brûlaient les pieds. Le temps se déplaçait. Ceux qui n’ont pas vécu à cette époque se refuseront à le croire, mais le temps, alors déjà, se déplaçait avec la rapidité d’un chameau : cela n’est pas d’aujourd’hui. Seulement, on ne savait pas où il allait. Puis, on ne pouvait pas distinguer clairement ce qui était en haut de ce qui était en bas, ce qui avançait de ce qui reculait. « On peut faire ce qu’on veut, se dit l’Homme sans qualités en haussant les épaules, dans cet imbroglio de forces, cela n’a aucune importance ! » Il se détourna, comme un homme qui a dû apprendre à renoncer, presque comme un malade que tout contact brutal effraie ; et quand, traversant le cabinet de toilette contigu, il passa devant un punching-ball qui y était suspendu, il lui donna un coup d’une rapidité et d’une violence telles qu’on n’en voit guère dans une humeur résignée ou dans un état de faiblesse.
Er stand hinter einem der Fenster, sah durch den zartgrünen Filter der Gartenluft auf die bräunliche Straße und zählte mit der Uhr seit zehn Minuten die Autos, die Wagen, die Trambahnen und die von der Entfernung ausgewaschenen Gesichter der Fußgänger, die das Netz des Blicks mit quirlender Eile füllten ; er schätzte die Geschwindigkeiten, die Winkel, die lebendigen Kräfte vorüberbewegter Massen, die das Auge blitzschnell nach sich ziehen, festhalten, loslassen, die während einer Zeit, für die es kein Maß gibt, die Aufmerksamkeit zwingen, sich gegen sie zu stemmen, abzureißen, zum nächsten zu springen und sich diesem nachzuwerfen ; kurz, er steckte, nachdem er eine Weile im Kopf gerechnet hatte, lachend die Uhr in die Tasche und stellte fest, daß er Unsinn getrieben habe. – Könnte man die Sprünge der Aufmerksamkeit messen, die Leistungen der Augenmuskeln, die Pendelbewegungen der Seele und alle die Anstrengungen, die ein Mensch vollbringen muß, um sich im Fluß einer Straße aufrecht zu halten, es käme vermutlich – so hatte er gedacht und spielend das Unmögliche zu berechnen versucht – eine Größe heraus, mit der verglichen die Kraft, die Atlas braucht, um die Welt zu stemmen, gering ist, und man könnte ermessen, welche ungeheure Leistung heute schon ein Mensch vollbringt, der gar nichts tut.
Denn der Mann ohne Eigenschaften war augenblicklich ein solcher Mensch.
Und einer der tut ?
»Man kann zwei Schlüsse daraus ziehen« sagte er sich.
Die Muskelleistung eines Bürgers, der ruhig einen Tag lang seines Weges geht, ist bedeutend größer als die eines Athleten, der einmal im Tag ein ungeheures Gewicht stemmt ; das ist physiologisch nachgewiesen worden, und also setzen wohl auch die kleinen Alltagsleistungen in ihrer gesellschaftlichen Summe und durch ihre Eignung für diese Summierung viel mehr Energie in die Welt als die heroischen Taten ; ja die heroische Leistung erscheint geradezu winzig, wie ein Sandkorn, das mit ungeheurer Illusion auf einen Berg gelegt wird. Dieser Gedanke gefiel ihm.
Aber es muß hinzugefügt werden, daß er ihm nicht etwa deshalb gefiel, weil er das bürgerliche Leben liebte ; im Gegenteil, es beliebte ihm bloß, seinen Neigungen, die einstmals anders gewesen waren, Schwierigkeiten zu bereiten. Vielleicht ist es gerade der Spießbürger, der den Beginn eines ungeheuren neuen, kollektiven, ameisenhaften Heldentums vorausahnt ? Man wird es rationalisiertes Heldentum nennen und sehr schön finden. Wer kann das heute schon wissen ? Solcher unbeantworteter Fragen von größter Wichtigkeit gab es aber damals hunderte. Sie lagen in der Luft, sie brannten unter den Füßen. Die Zeit bewegte sich. Leute, die damals noch nicht gelebt haben, werden es nicht glauben wollen, aber schon damals bewegte sich die Zeit so schnell wie ein Reitkamel ; und nicht erst heute. Man wußte bloß nicht, wohin. Man konnte auch nicht recht unterscheiden, was oben und unten war, was vor und zurück ging. »Man kann tun, was man will;« sagte sich der Mann ohne Eigenschaften achzelzuckend »es kommt in diesem Gefilz von Kräften nicht im geringsten darauf an!« Er wandte sich ab wie ein Mensch, der verzichten gelernt hat, ja fast wie ein kranker Mensch, der jede starke Berührung scheut, und als er, sein angrenzendes Ankleidezimmer durchschreitend, an einem Boxball, der dort hing, vorbeikam, gab er diesem einen so schnellen und heftigen Schlag, wie es in Stimmungen der Ergebenheit oder Zuständen der Schwäche nicht gerade üblich ist.
Nous te prions de ne pas essayer de punir l’auteur de ces lignes en prenant des airs, cela n’aurait aucun sens, cela ne ferait tout au plus que de te conférer une touche de provincialisme. Tu ne veux tout de même pas paraître à tout prix une provinciale à nos yeux de voyageur ? Nous te prions d’y songer. Au brigand, l’autre, celle dont il recherchait les faveurs, dit ceci : « Vous êtes vraiment trop gentil. » C’était une très aimable, une reconnaissante. Un jour, dans cette autre petite salle, il a mangé un poulet, arrosé de Dôle. Nous disons cela simplement parce que rien de plus important pour le moment ne nous vient à l’esprit. Une plume préfère écrire une chose incongrue plutôt que de se reposer ne fût-ce qu’un moment. Peut-être est-ce là un des secrets d’une écriture de qualité, c’est-à-dire qu’il faut toujours que quelque chose d’impulsif entre dans l’écriture.
Wir bitten dich, vor dem Autor dieser Zeilen nicht zu versuchen, strafend dreinzuschauen, was keinen Sinn hätte, was höchstens auf dich eine Art von Provinzialität werfen könnte. Du willst doch nicht durchaus eine Provinzlerin in unseren weitumhergereisten Augen sein. Wir bitten dich, das zu bedenken. Zum Räuber sprach jene andere, um deren Gunst er sich bewarb : « Sie sind gar zu artig. » Das war eine sehr Freundliche, Erkenntliche. Einmal hat er in jenem anderen Sälchen ein Huhn verspeist und dazu Döle getrunken. Wir sagen das nur, weil uns im Moment nichts Erhebliches einfällt. Eine Feder redet lieber etwas Unstatthaftes, als daß sie auch nur einen Moment lang ausruht. Vielleicht ist dies eines der Geheimnisse besserer Schriftstellerei, eben ein Impulsives ins Schreiben d.h. es muß hineinkommen.
Bon es partit on va enfachilhar certaines personnes, elles vont avoir mal à la tête sans raison, une sensation de fièvre sans en avoir, des courbatures, l’obligation de dormir douze heures par jour, leurs appareils électroniques vont se vider de leur batterie instantanément. Elles vont être dans l’impossibilité d’articuler de las pensadas complexes sans être épuisées, avoir une instabilité affective et un manque de confiance en soi maladir. Parfois en plein milieu de la journée lor vision se va escurir. Quand elles parleront elles auront du mal à articular. Parfois un peu de salive s’échappera de leur bouche quand elles tenteront de prononcer les consonnes. Elles ne pourront plus se projeter dins lo futur. Aquela malediccion va toucher les personnes qui ne sont pas d’accord avec nous. Ceux qui ne veulent pas de moi, je les efface de mon existence, d’un simple agach de mesprètz. Je suis l’Inflexible, l’aînée des Parques, mais au lieu de copa lo fil, je fais una bocla.
Je suis la vieille femme araignée, celle qui a inventé l’artisanat.
Maintenant, vous n’avez plus besoin de moi pour advenir lo mal absolut, las granas de la discorde sont plantés dans les discords et tout le monde va s’entretuer dans la rue, à coup de marteaux et de voitures familiales lancées à pleine velocitat. Mais pour cela, les ondes doivent encore se remplir jusqu’à craquer, la 5G doit être saturée de messages appelant al murtre et a l’insureccion. Je ne dis pas que vous devez le faire, je dis que vous devez l’accompanhar. Encore une fois il s’agit d’argent. L’edat s’apodera de nosautras per suspresa. Tout est toujours un problème économique, regardez, vous vous adressez à moi car votre economia vous fait douter de vous. Vous avez besoin d’un messager, d’un passe-temps, d’acrobacias qui vous font rester en vie. L’ombre et la lumière, on a tous besoin d’explication.
Time belongs to those who have so little time
that all of it is spent to think about the time they have
They end up being time itself
Dogs run when they can
eat so much food they throw up
howl the moon seize the day burn their paws
I’ve been offered a massage in a salon for my bday
focused on feeling it super casual
overthought the underthinking
in order to maximize
pleasure
— but failed —
eventually became pleasure itself
Les chiens courent quand ils peuvent. Le temps appartient à ceux qui ont peu de temps, que tout est dépensé à penser au temps qu’ils n’ont pas. Ils finissent par devenir le temps en lui-même. Les chiens courent quand ils peuvent, ils mangent tellement de nourriture qu’ils vomissent. Ils hurlent à la lune, ils saisissent la journée, brûlent leurs pattes. On m’a offert un massage dans un salon pour mon anniversaire. J’étais concentrée sur le sentiment d’être très naturelle, j’ai trop pensé à ne pas penser de manière à maximiser le plaisir, mais j’ai échoué, éventuellement devenant le plaisir en lui-même.