What do they mean when they say : « I do not like your poems ; you have no faith wha­te­ver. You seem nei­ther to have suf­fe­red nor, in fact, to have felt any­thing very dee­ply. There is nothing appea­ling in what you say but on the contra­ry the poems are posi­ti­ve­ly repel­lant. They are heart­less, cruel, they make fun of huma­ni­ty. What in God’s name do you mean ? Are you a pagan ? Have, you no tole­rance for human frail­ty ? Rhyme you may per­haps take away but rythm ! why there is none in your work wha­te­ver. Is this what you call poe­try ? It is the very anti­the­sis of poe­try. It is anti­poe­try. It is the anni­hi­la­tion of life upon which you are bent. Poetry that used to go hand in hand with life, poe­try that inter­pre­ted our dee­pest promp­tings, poe­try that ins­pi­red, that led us for­ward to new dis­co­ve­ries, new depths of tole­rance, new heights of exal­ta­tion. You moderns ! it is the death of poe­try that you are accom­pli­shing. No. I can­not unders­tand this work. You have not yet suf­fe­red a cruel blow from life. When you have suf­fe­red you will write differently ? »

Perhaps this noble apos­tro­phy means some­thing ter­rible for me, I am not cer­tain, but for the moment I inter­pret it to say : « You have rob­bed me. God,. I am naked. What shall I do ? » — By it they mean that when I have suf­fe­red (pro­vi­ded I have not done so as yet) I too shall run for cover ; that I too shall” seek refuge in fan­ta­sy. And mind you, I do not say that I will not. To deco­rate my age.

But today it is different.

The rea­der knows him­self as he was twen­ty years ago and he has also in mind a vision of what he would be, some day. Oh, some day ! But the thing he never knows and never dares to know is what he is at the exact moment that he is. And this moment is the only thing in which I am at all inter­es­ted. Ergo, who cares for any­thing I do ? And what do I care ?

I love my fel­low crea­ture. Jesus, how I love him : end­ways, side­ways, front­ways and all the other ways — but he doesn’t exist ! Neither does she. I do, in a bas­tard­ly sort of way.

Is what I have writ­ten prose ? The only ans­wer is that form in prose
ends with the end of that which is being com­mu­ni­ca­ted — If the power to
go on fal­ters in the middle of a sen­tence — that is the end of the
sen­tence — Or if a new phase enters at that point it is only stu­pi­di­ty to go on.

There is no confu­sion — only difficulties.

I rea­lize that the chap­ters are rather quick in their sequence and that nothing much is contai­ned in any one of them but no one should be sur­pri­sed at this today.

THE TRADITIONALISTS OF PLAGIARISM

It is spring. That is to say, it. is approa­ching THE BEGINNING.

In that huge and micro­sco­pic career of time, as it were a wild horse racing in an illi­mi­table pam­pa under the stars, des­cri­bing immense and micro­sco­pic circles with his hoofs on the solid turf, run­ning without a stop for the mil­lionth part of a second until lie is aged and worn to a heap of skin, bones and rag­ged hoofs — In that majes­tic pro­gress of life, that gives the exact impres­sion of Phidias” frizze, the men and beasts of which, though they seem of the rigi­di­ty of marble are not so but move, with blin­ding rapi­di­ty, though we do not have the time to notice it, their legs advan­cing a mil­lionth part of an inch even, — fif­ty thou­sand years — In that pro­gress of life which seems stil­l­ness itself in the mass of its move­ments — at last SPRING is approaching.

In that colos­sal surge toward the finite and the capable life has now arri­ved for the second lime at that exact moment when in the ages past the des­truc­tion of the spe­cies Homo sapiens occured.

Now at last that pro­cess of mira­cu­lous veri­si­mi­li­tude, that grate copying which evo­lu­tion has fol­lo­wed, repea­ting move for move eve­ry move that it made in the past — is approa­ching the end.

Suddenly it is at an end. THE WORLD IS NEW.

Thus, wea­ry of life, in view of the great consum­ma­tion which awaits us — tomor­row, we rush among our friends congra­tu­la­ting our­selves upon the joy soon to be. Thoughtless of evil we crush out the mar­row of those about us with our hea­vy cars as we go hap­pi­ly from place to place. It seems that there is not time enough in which to speak the full of our exal­ta­tion. Only a day is left, one mise­rable day, before the world comes into its own. Let us hur­ry ! Why bother for this man or that ? In the offices of the great news­pa­pers a mad joy rei­gns as they pre­pare the final extras. Rushing about, men bump each other into the whir­ring presses. How fun­ny it seems. All thought of mise­ry has left us. Why should we care ? Children lau­ghin­gly fling them­selves under the wheels of the street cars, air­planes crash gai­ly to the earth. Someone has writ­ten a poem.

Pendant que je rou­lais avec le corps de mon frère, en train de se décom­po­ser légè­re­ment, tous deux trim­ba­lés sur l’autoroute, j’écoutais l’Incarnatus est de la plus belle des messes de Haydn. Ce petit bout de musique chan­tée pré­ten­dait opé­rer en quelques minutes un miracle : Et homo fac­tus est. Un homme ? Une femme ? Un être humain prend corps devant nous. Et par paliers, ça s’incarne, c’est fait. Ça n’arrête pas de naître, des fleurs s’ouvrent en accé­lé­ré, la peau se construit et les yeux s’ouvrent. Ça se fabrique sous nos yeux.

Ça donne des forces. Il faut au moins trois voix entre­la­cées pour réus­sir ce pro­dige. Surenchérir dans l’aigu, atta­quer à l’ultrabasse sur le flanc gauche, reve­nir au centre pour se frayer un nou­veau che­min inédit. On dirait que la musique cherche une issue — comme l’eau qui s’insinue dans la moindre fente et pro­fite de décli­vi­tés minus­cules pour se trans­for­mer en petits tor­rents. À force d’explorations, elle touche suc­ces­si­ve­ment des points comme on le fait avec un corps que l’on soigne en le per­çant d’aiguilles. On dirait qu’une zone a été iso­lée par les notes qui pré­cèdent, comme si vous explo­riez l’ensemble d’un être en réser­vant un endroit — cette zone fini­ra par crier pour qu’on la touche

Ici.

Encore !

Quelle obs­ti­na­tion. La musique nous prend par la main. Elle exé­cute son pro­gramme les yeux fer­més — elle, au moins, connaît sa fin. Elle s’accorde par­fai­te­ment avec le pay­sage dérou­lé par la vitre. Elle sait que ça marche tou­jours. C’est son métier.

La nuit, avec un peu d’entraînement, je peux me glis­ser dans cette scène sans trop d’efforts. J’y reviens à volon­té. Je peux même emprun­ter mon corps d’avant ; il suf­fit de quelques points d’appui : le contact du bois du cer­cueil, la cha­leur extrême par la vitre abais­sée, la che­mise blanche aux manches rele­vées, les deux hommes en noir silen­cieux à l’avant — et cette musique en boucle : Et homo fac­tus est. Un homme ? Une femme ? Un être humain prend corps devant nous. Et par paliers, ça s’incarne, ça se com­pose, c’est fait.

Ça naît.

C’est le monde à l’envers, ça n’arrête pas de naître, des fleurs s’ouvrent en accé­lé­ré, la peau se construit et les yeux s’ouvrent. Ça recommence.

Mais, décep­tion. À la fin du mor­ceau, notre enfant est déjà mort : et pas­sus, et pas­sus, ça y est, en un clin d’œil, le voi­là déjà dis­pa­ru. Fabriqué si vite et pas­sé en cinq minutes ?

Il faut réécou­ter ça du début.

Pendant cinq cents kilo­mètres, je reve­nais en arrière. J’avais heu­reu­se­ment l’appareil pour ça. Un des pre­miers walk­man. La touche repeat n’existait pas encore — on ne pou­vait pas sau­ter de plage en plage, ni susur­rer un ordre pour envoyer le son. Survivait une bande magné­tique, mais réduite, deve­nue presque un jouet si déli­ca­te­ment ins­tal­lé dans son cof­fret en plas­tique colo­ré. Nous voi­là, comme toujours,dans un drôle de moment de l’histoire.

On devait se plier au rewind : je m’entraînais si bien à cette mani­pu­la­tion que je tom­bais, presque à chaque fois, pile au début. À force de repar­tir en arrière, on ne sait plus com­ment ça com­mence. Comment ça finit ? Ça naît et ça meurt, on se retrouve au milieu, c’est sans fin, c’est la vie — il sem­ble­rait que c’est ça. On ne savait plus qui était mort… et quand. Cela fai­sait comme un pla­teau, sou­dain, quand on est épui­sé dans une pente, un moment de paix. À force les évé­ne­ments font masse. La mélo­die se pose, indé­pen­dante, une machine pour elle-même. Ouf, plus de responsabilité.

On res­pire.

Qui est mort et quand ?

Heureusement que je réflé­chis le plus sou­vent à voix basse. Et heu­reu­se­ment que les deux hommes ne m’entendent pas. Dans cet habi­tacle, ce serait dépla­cé. Je garde mes pen­sées pour moi. On roule. Il fait vrai­ment chaud. Au bout de quelques cen­taines de kilo­mètres, on com­mence à prendre ses aises. Les croque-morts s’arrêtèrent au res­to­route. Par poli­tesse, on essaye de les déri­der en par­lant d’autre chose. Il fait une cha­leur de plomb. On dirait un tar­mac noir et blanc à Dallas en 1960 — il est vrai que la trom­bine fuse­lée de l’engin, les che­mises imma­cu­lées et les visages rasés de près y sont sans doute pour quelque chose. La dif­fé­rence de taille qui ren­dait la chose moins mytho­lo­gique, c’est qu’on ne fon­çait pas vers Saturne en tra­ver­sant des trous noirs, mais vers la très petite ville de Sainte-Maure, en Touraine, pile au milieu du voyage, 250 kilo­mètres, depuis la porte d’Orléans — par la natio­nale ou la pre­mière ver­sion de l’autoroute qui, à cet endroit, au milieu des années 70, lon­geait un mur immense, avec des pans effon­drés, enva­his de lierre noir.

Some old lines and some new ones thrown onto each other for the town hall affair

The title of this epi­sode is a new approach : All women are les­bians except those who don’t know it natu­ral­ly they are but don’t know it yet I am a woman who is a les­bian because I am a woman and a woman who loves her­self natu­ral­ly who is other women is a les­bian a woman who loves women loves her­self natu­ral­ly this is the case that a woman is her­self is all woman is a natu­ral born les­bian so we don’t mind using the name like any name it is quite mea­nin­gless it means natu­ral­ly I am a woman and wha­te­ver I am we are we affirm being what we are the way of course all men are homo­sexuals being having a more sense of their homo their homo-ness their ecce homo-ness their ecce prince & lord & mas­ter-ness the 350 years of Abraham inter­sample Abraham lived for 350 years because the Bible ages are only a suc­ces­sion of sons and fathers and grand­fa­thers inten­se­ly iden­ti­fying with their ances­tors their son so iden­ti­fied natu­re­ly with the father that he belie­ved he was the father and of course he was as was Abraham and Isaac and Jacob and Esau and Reuben and Simeon and Levi and Judah and Joseph each one lived for 350 years, but who are the daugh­ters of Rachel and Ruth and Sarah and Rebekah the rest we do not know the daugh­ters never had any daugh­ters they had only sons who begat more sons and sons so we have very lit­tle sense, from that par­ti­cu­lar book, of the lineage and liga­ments and lega­cies and iden­ti­ties of mothers and daugh­ters and their daugh­ters and their mothers and mothers and daugh­ters and sis­ters who were natu­ral­ly not les­bians if they had nothing of each other save sons so now we must say Verily Verily, I say unto thee, except a woman be born again she can­not see the Kingdom of Goddess a woman must be born again to be her­self her own emi­nence and grace the queen queen-self whose mother has pres­sed upon her mouth innu­me­rable pas­sio­nate kisses so sigh us…. There is in eve­ry per­fect love / A law to be accom­pli­shed too : that the lover should resemble / The belov’d : And be the same. And the grea­ter is the like­ness / Brighter will the rap­ture flame — even as John there St. John of the Cross rap­tu­red on his pal Jesus whose son he was his father his son as when Jesus in ano­ther time said to his lovers and haven’t you heard it a deluge of times And he saith unto them, Follow me, and I will make you fishers of men. And straight­way they left their nets, and fol­lo­wed him. Ah lover and per­fect equal ! I meant that you should dis­co­ver me so, by my faint indi­rec­tion ; And I, when I meet you, mean to dis­co­ver you by the like in you… I want she who is the tom­boy in me… I want she who is very female in me… I want she who is British about me… I want she who is ugly American about me… I want she who is mayon­naise about me… I want she who is the cunt and the balls and the breasts of me and the long straight brow­ny hair and the gan­gly boar­ding school ado­les­cent in a navy blue bla­zer and gold but­tons of me… « nar­cissme, qui consiste à se choi­sir soi-meme comme objet ero­tique… » and I want the men to car­ry my boxes of books for me and car­ry me upsy dai­ly pig­back and pay for me eve­ryw­here and adore me as a les­be­ra­ted woman… Over the inevi­table we shall not grieve… This is the body that Jill built… Ecce Leda the Lesbian… Ecce Greta the Gay the gay Gertrude the gay gay gay­ness of being gay, of being, to be equal we have to become who we real­ly are and women we will never be equal women until we love one ano­ther women and say Woe, and behold, a voice from Hera saying This is my belo­ved daugh­ter in whom I am well plea­sed O Women of America the World you are your own best friend, your own clo­sest friend, you are the best com­pa­ny for your­self… you should go through and stu­dy even right back to your child­hood, and of course if you have the great abi­li­ty to go back to your pre­vious lives you should do so Women of America the World you are your own best friend… These are the series of sayings we are saving the world with : the lamen­ta­tions of Mary and Marilyn Monroe. Lord help you, Maria, full of grease, the load is with me ! Her smile is bet­ween her legs and her mus­tache is in her arm­pit and she orde­red that his­to­ry should begin with her with her this is a mus­ter of ele­phen­tal cuns­te­quence the lost and foun­da­men­tal situa­tion of the femi­nine is the pri­mor­dial rela­tion of iden­ti­ty bet­ween mother and daugh­ter the mys­te­ries of Eleusis of the reu­nion of Demeter and her daugh­ter Persephone to be born again and again and Arethusa and Artemis and Hebe and Hera and Diana and Daphne and Doris and Dora and Dolly and the Danaides all but one mur­de­red their hus­bands on their wed­ding nights our case revives their sto­ries for more than a hun­dred years I wan­der about in it without coming to the end of her body the most we can do is to dream the myth onwards, and rewrite the sto­ries we will reu­nite Electra and her mother Clytemnestra and Jocasta will be well plea­sed in her daugh­ter Antigone who will be more invol­ved in her mothers and her daugh­ters than in the pro­per burial for her bro­ther and we will remem­ber the his­to­ries of say how Eleanor of Aquitaine made a cru­sade to the holy land and dres­sed all her ladies in wai­ting as Amazons in leo­pard skins and dres­sed her­self as Pan Athenea and that’s how they rode through Greece for the queen­dom of hea­ven is as a woman tra­ve­ling into a far coun­try who cal­led her own ser­vants and deli­ve­red unto them her goods for Whole the World to see a woman finds plea­sure in cares­sing a body whose secrets she knows, her own body giving her the clue to its pre­fe­rences giving each the other their sense of self tra­cing the body of the woman whose fin­gers in turn trace her body that the miracle of the mir­ror be accom­pli­shed bet­ween women love is contem­pla­tive caresses are inten­ded less to gain pos­ses­sion of the other than gra­dual­ly to recreate the self thru her own self among the women and the women the mul­ti­tude on the way to the way the world was before it began it is now the world is hea­ding defi­ni­te­ly toward a matriar­chy more often to return to the source of things we must tra­vel in the oppo­site direc­tion, Wring out the clothes ! Wring in the dew ! Before all the king’s Hoarsers with all the Queens Mum Her birth is uncon­trol­lable and her organ is wor­king per­fect­ly and there’s a part that’s not scre­wed on and her edu­ca­tion is now for by and about women and pre­si­ded over by woman All women are les­bians except those who don’t know it of course since whe­reas both sexes (even as Sigmund sd) are ori­gi­nal­ly more atta­ched to the mother and it is the task of the girl to trans­fer this attach­ment to the father natu­ral­ly they we are but don’t know it yet that woman is now approa­ching her ancient des­ti­ny as woman I am and the­re­fore les­bian which means nothing we could say it over and over again over les­bian­les­bian­les­bian­les­bian­les­bian­les­bian­les­bian­les­bian­les­bian — Special from the White House, the President of the United States announ­ced last night the appoint­ment of a les­bian to his cabi­net… it’s nice if you can invite them in, they usual­ly come in without kno­cking… Womens lib and let lib new offi­cial posi­tion on les­bians : Hey ladies it’s okay, like Red China is there so we might as well reco­gnize it… yupyop… Liberal Schmiberal… Maybe… uh… we should invite… uh… her… uh… one of them to din­ner… One of what, dear ? Uh, well, uh, she is a bit odd isn’t she ? I mean, you know how we’d feel if a black man was inter­es­ted in our daugh­ter — Aaaaaaaaaaaaa…. Oh god, and she might make a pass at my wife… Agh… But if she just doesn’t talk about what she is… We could pre­tend… Whaddyou say to the naked lady please please sor­ry thank you we are get­ting to the bot­tom of women’s lib we are going down on women’s lib I am beside myself with love for you when you are beside me my love the begin­ning of the uni­first is rite now if all thinks are at this momen­tum being cre­ma­ted and the end of the uni­hearse is right now for all thinks are at this momen­tus pas­sing away we went to see the Dairy of a Skinzopretty girl O why dint her mother straigh­ten out her teeth when she was young O she is envol­ved in many strange and won­drous adven­tures O in short she had come into that abnor­mal condi­tion known as ela­tion O she did not yet love and she loved to love ; she sought what she might love, in love with loving… O what can she say now that is not the sto­ry of so many others O do not fail me she says you are my last chance, indeed our last chance, to save the West… and who vants the Moon ven ve can land on Venus… and O how would you like to be the heroine of yr own life sto­ry (she’s loo­king for­ward to it extre­me­ly) and O don’t be ner­vous be mer­maid be she whom I love who tra­vels with me and sits along while hol­ding me by the hand she ahold of my hand has com­ple­te­ly satis­fied me o natu­ral woman woman vim­min vir­min wore­man woe­man of America the World until until women all the women see in each other the pos­si­bi­li­ty of a pri­mal com­mit­ment which includes sexual love they will be denying them­selves the love and value they have rea­di­ly accor­ded to men, thus affir­ming their second class sta­tus for within the hete­ro­sexual ins­ti­tu­tion no woman can be the equal it is a contra­dic­tion in terms the hete­ro­sexual ins­ti­tu­tion is a male ins­ti­tu­tion a homo ecce homo ins­ti­tu­tion and you can’t ever change the abso­lu­te­ness the ins­ti­tu­tion is poli­ti­cal is built out of the ins­ti­tu­tio­na­li­zed sla­ve­ry of women so it is a contra­dic­tion in terms — such an ins­ti­tu­tion must only col­lapse of its own accord from within the hete­ro­sexual ins­ti­tu­tion is over spi­ri­tual­ly over and the new thing now that is hap­pe­ning is the with­dra­wal of women to give each other their own sense of self a new sense of self until women see in each other the pos­si­bi­li­ty of a pri­mal com­mit­ment which includes sexual love they will be denying them­selves the love and value they rea­di­ly accord to men thus affir­ming their second class sta­tus. Until all women are les­bians there will be no true poli­ti­cal revo­lu­tion until in other same words we are woman I am a woman who loves her­self natu­ral­ly who is other women is a les­bian a woman who loves women loves her­self natu­ral­ly this is the case that a woman is her­self is all woman is a natu­ral born les­bian so we don’t mind using the name it means natu­re­ly I am a woman and wha­te­ver I am we are we affirm being what we are saying the­re­fore Until all women are les­bians there will be no true poli­ti­cal revo­lu­tion mea­ning the ter­mi­nus of the hete­ro­sexual ins­ti­tu­tion through the recol­lec­tion by woman of her woman­hood her own grace and emi­nence by the intense iden­ti­ties of our ances­tors our des­cen­dants of the mothers and the daugh­ters and the grand­mo­thers we become who we are which is to say we become our own iden­ti­ties and auto­no­mies even as now we are so but except those who don’t know it yet will be quite upset about it for some time to come as I would more pro­per­ly be as majo­ri­ties would have it lea­ning on my sword des­cri­bing my defeat some women want to have their cock and eat it too and les­bian is a label inven­ted by any­bo­dy to throw at any woman who dares to be a man’s equal and les­bian is a good name it means nothing of course or eve­ry­thing so we don’t mind using the name in face we like it for we can be proud to claim allu­sion to the island made famous by Sappho the birds are tal­king to us in Greek again and conti­nue on making a big thing out of it over all these cen­tu­ries time we can do that we don’t mind it’s nice in fact for we all all of us women are les­bians why not and isn’t it won­der­ful what a lot of devo­tion there is to us lying around the uni­verse espe­cial­ly to those all envol­ved in some penis they’re wrap­ping their cunts around…. Oh well… Lillian over and out… he sd I want your body and she sd you can have it when I’m through with it… Keep yer hands off me you world­wide weir­do, I just want to be noti­ced, not atta­cked — we had a big argo­naut about it… The age of shri­vel­ry is abo­nus again… A Lord was not consi­de­red defea­ted in a local war until his flag had fal­len from the main tower of his castle… svas­ti­ckles fal­ling outen da sky… the cur­rent dis­pute would be set­tled if the cen­tral figure was no lon­ger present (at this moment our lea­der Norman Mailer akst me to read my last line and I said I’d like to for­go the ques­tion and my friends appea­red on stage and I made love before notables and my cir­cui­try got over­loa­ded and the men in the audience voted they dint want to hear me no more and I don’t remem­ber too much except lea­ving and wishing later I’d kis­sed Germaine before we wal­ked off)… Flash from the White House : last night the President of the United States, clad only in a scan­ty tri­bal cos­tume, announ­ced the resi­gna­tion of the American Government… His life was an emp­ty record of gam­bling cock­figh­ting tit­ting balls and masques vim­min and vine clothes… Better latent than never… ali­quem alium inter­um… there’s no such thing as sexual dif­fe­ren­tia­tion in the spi­ri­tual nature of wo(man)… This is the pro­blem pas­sion play of the mil­len­tu­ry… O this Restoration Comedy — it’s going to be a beau­ti­ful reu­nion… plun­der­pus­sy and all spoi­led goods going into her nab­sack and some heroine women in wings of Samothrace… Is it to drown her pas­sen­gers that you have bored a hole in her ? Rubbish, what bun­kum these people talk… Events are pre­shi­pi­ta­king them­selves in the har­piest confu­sion… cun­ni­lin­guist… Listen. If you reco­gni­zed an aspect of your­self that you love in these ancient new womens heads I too have reco­gni­zed an admi­rable aspect of myself in your willin­gness to be as beau­ti­ful as you are who you are My mother was a ves­tal, my father I knew not no prince nor lord nor mas­ter-ness but the nipples and navels of the whirld a won­der­wo­man the mothers and the daugh­ters and the great grand­mo­thers and daugh­ters of Rachel and Ruth and Sarah and Rebekah the rest we will know now the daugh­ter the mothers and sis­ters will have daugh­ters who beget daugh­ters so we will more sense, from this time, of the lineage and liga­ments and lega­cies and iden­ti­ties of our mothers and daugh­ters and their mothers and mothers and daugh­ters and sis­ters who are natu­ral­ly of course les­bians if they have of each other and saying Verily Verily except a woman must be born again she can­not see the Queendom of Goddess a woman must be born again to be her­self her own emi­nence and grace the queen queen­self whose mother has pres­sed upon her mouth innu­me­rable pas­sio­nate kisses… Sail away where the wind blows sweet… and take a sis­ter by her hand… Lead her far from this bar­ren land…
ON A CLEAR DAY YOU CAN SEE YOUR MOTHER.

,
« ON A CLEAR DAY YOU CAN SEE YOUR MOTHER » Lesbian Nation [1969–1972]
, , ,
p. 266–273

Truth also is the pur­suit of it :
Like hap­pi­ness, and it will not stand.

Even the verse begins to eat away
In the acid. Pursuit, pursuit ;

A wind moves a little,
Moving in a circle, very cold.

How shall we say ?
In ordi­na­ry discourse—

We must talk now. I am no lon­ger sure of the words,
The clo­ck­work of the world. What is inexplicable

Is the ‘pre­pon­de­rance of objects.’ The sky lights
Daily with that predominance

And we have become the present.

We must talk now. Fear
Is fear. But we aban­don one another.

Entre la ville de Rome et la ville d’Albe
Il y avait une que­relle pour la domi­na­tion. Face aux querellants
Se dres­saient en armes, puis­sants, les Etrusques.
Afin de vider leur que­relle avant l’at­taque imminente
Se mirent face à face en ordre de bataille
Ceux que mena­çaient un péril com­mun. Les chefs d’armée
S’avancèrent cha­cun devant son armée et dirent
L’un à l’autre : la bataille affaiblissant
Vainqueurs et vain­cus, tirons au sort
Afin qu’un homme com­batte pour notre ville
Un homme com­bat­tant pour votre ville
Préservant les autres pour l’en­ne­mi commun.
Et les armées frap­pèrent les glaives contre les boucliers
Le sort appe­la à combattre
En signe d’ap­pro­ba­tion et ils tirèrent au sort.
Pour Rome un Horace, pour Albe un Curiace.
Le Curiace était fian­cé à la sœur d’Horace
Et Horace et le Curiace
Furent inter­ro­gés cha­cun par son armée :
Il/Tu est/es fian­cé à ta/sa sœur. Doit-on
Tirer au sort encore une fois ?
Et Horace et le Curiace dirent : Non
Et ils com­bat­tirent entre les rangs des armées
Et Horace bles­sa le Curiace
Et le Curiace dit d’une voix s’évanouissant :
Épargne le vain­cu. Je suis
Fiancé à ta sœur.
Et Horace s’écria :
Mon épou­sée s’ap­pelle Rome
Et Horace plan­ta son glaive
Dans la gorge du Curiace, et le sang tom­ba sur le sol.
Lorsque dans Rome ren­tra Horace
Sur les bou­cliers de la troupe intacte
Avec sur l’é­paule la tunique
Du Curiace qu’il avait tué
A la cein­ture le glaive-tro­phée, à la main le sien ensanglanté
Vinrent à sa ren­contre à la porte de l’Est
D’un pas rapide sa sœur et der­rière elle
Son vieux père, lentement
Et le vain­queur sau­ta des bou­cliers, sous les accla­ma­tions du peuple
Pour rece­voir l’ac­co­lade de sa sœur.
Mais la sœur recon­nut la tunique ensanglantée
Œuvre de ses mains et hur­la et défit ses cheveux.
Et Horace blâ­ma sa sœur endeuillée :
Qu’as-tu à hur­ler et défaire tes cheveux.
Rome a vain­cu. Le vain­queur est devant toi.
Et la sœur bai­sa la tunique ensan­glan­tée et s’écria :
Rome.
Rends-moi ce qui était dans ce vêtement.
Et Horace, dans le bras encore le coup de glaive
Par lequel il avait tué le Curiace
Qu’à pré­sent sa sœur pleurait
Planta le glaive, où le sang de celui qui était pleuré
N’avait pas encore séché
Dans la poi­trine de celle qui pleurait
Et le sang tom­ba sur le sol. Il dit :
Va rejoindre celui que tu aimes plus que Rome.
Voilà pour les Romaines
Qui prennent le deuil de l’ennemi.
Et il mon­tra le glaive deux fois ensan­glan­té à tous les Romains
Et les accla­ma­tions se turent. Des der­niers rangs seulement
De la foule spec­ta­trice on enten­dait encore
Des cris, des vivats. Là n’a­vait pas encore été perçu
L’effroyable. Lorsque dans le silence du peuple le père
Se fût appro­ché de ses enfants
Il n’a­vait plus qu’un enfant. Il dit :
Tu as tué ta sœur.
Et Horace ne dis­si­mu­la pas le glaive deux fois ensanglanté
Et le père d’Horace
Regarda le glaive deux fois ensan­glan­té et dit :
Tu as vain­cu. Rome règne sur Albe.
Il pleu­ra sa fille, le visage couvert
Étendit sur sa bles­sure la tunique
Œuvre de ses mains, ensan­glan­tée par le même glaive
Et don­na l’ac­co­lade au vainqueur.
Vers Horace à présent
S’avancèrent les lic­teurs, rom­pirent avec fais­ceau et hache
L’accolade, au vain­queur ils enlevèrent
De la cein­ture le glaive-tro­phée et à l’as­sas­sin de la main le sien
Doublement ensanglanté.
Et l’un d’entre les Romains cria :
Il a vain­cu. Rome règne sur Albe.
Et un autre d’entre les Romains répliqua :
Il a tué sa sœur.
Et les Romains se crièrent les uns aux autres :
Honorez le vainqueur.
Exécutez l’assassin.
Et des Romains sai­sirent le glaive contre des Romains en querelle
Si Horace comme vain­queur devait être honoré
Ou être exé­cu­té comme assassin.
Les licteurs
Séparèrent les que­rel­lants avec fais­ceau et hache
Et convo­quèrent le peuple en assemblée
Et le peuple en dési­gna deux en son sein
Pour sta­tuer sur Horace
Et remit en mains à l’un
Le lau­rier pour le vainqueur
Et à l’autre la hache du bour­reau des­ti­née à l’assassin
Et Horace était
Entre le lau­rier et la hache
Mais son père se mit à son côté
Le pre­mier quant à la perte et dit :
Spectacle ignoble que même l’Albain
Ne regar­de­rait pas sans honte.
Face à la ville se dressent les Étrusques
Et Rome brise son meilleur glaive.
Vous vous sou­ciez d’elle
Souciez-vous de Rome.
Et l’un d’entre les Romains lui répliqua :
Rome a beau­coup de glaives.
Aucun Romain
N’est moins que Rome sinon Rome n’est pas.
Et un autre d’entre les Romains dit
et mon­tra du doigt en direc­tion de l’ennemi :
Doublement puissant
Est l’Étrusque, si Rome est divisée
Par des opi­nions différentes
Dans ce juge­ment inopportun.
Et le pre­mier jus­ti­fia ain­si son opinion :
Débat non débattu
Alourdit le bras armé du glaive.
Désaccord occulté
Éclaircit le rang de bataille.
Et les lic­teurs rom­pirent pour la deuxième fois
L’accolade des Horaces, et les Romains s’armèrent
Chacun de son glaive.
Celui qui tenait le lau­rier et celui qui tenait la hache
Chacun de son glaive, si bien que la gauche à présent
Tenait le lau­rier ou la hache et la droite
Le glaive. Les lic­teurs eux-mêmes
Déposèrent le temps d’un regard
Les insignes de leur fonc­tion et mirent
Chacun leur glaive à la cein­ture et prirent
En main de nou­veau fais­ceau et hache
Et Horace se pencha
Vers son glaive, ensan­glan­té, qui était dans la pous­sière. Mais les licteurs
L’en empê­chèrent avec fais­ceau et hache.
Et le père d’Horace aus­si prit son glaive et allait
Pour ramas­ser de la gauche celui ensanglanté
Du vain­queur qui était un assassin
Et les lic­teurs l’en empê­chèrent aussi
Et les gardes furent ren­for­cées aux quatre portes
Et le juge­ment se poursuivit
Dans l’at­tente de l’ennemi.
Et le por­teur du lau­rier dit :
Son mérite efface sa faute.
Et le por­teur de la hache dit :
Sa faute efface son mérite.
Et le por­teur du lau­rier interrogea :
Le vain­queur doit-il être jugé ?
Et le por­teur de la hache interrogea :
L’assassin doit-il être honoré ?
Et le por­teur du lau­rier dit :
Si l’as­sas­sin est jugé
Le vain­queur est jugé
Et le por­teur de la hache dit :
Si le vain­queur est honoré
L’assassin est honoré.
Et le peuple regar­da l’un et indi­vi­sible auteur
De ces actes dif­fé­rents et gar­da le silence.
Et le por­teur du lau­rier et le por­teur de la hache interrogèrent :
Si l’un ne peut être fait
Sans l’autre qui le rend nul et non avenu
Parce que le vainqueur/l’assassin et l’assassin/le vain­queur sont un seul et même homme indivisible
Devons-nous donc des deux n’en faire aucun
En sorte qu’il y ait victoire/assassinat, mais pas de vainqueur/d’assassin
Et que le vainqueur/l’assassin s’appelle personne ?
Et le peuple répon­dit d’une seule voix
(Mais le père d’Horace gar­da le silence)
Voilà le vain­queur. Son nom : Horace.
Voilà l’as­sas­sin. Son nom : Horace.
Beaucoup d’hommes sont dans un homme.
L’un a vain­cu pour Rome en un com­bat au glaive
L’autre a tué sa sœur
Sans néces­si­té. À cha­cun son dû.
Au vain­queur le lau­rier. À l’as­sas­sin la hache.
Et Horace fut cou­ron­né avec le laurier
Et le por­teur du lau­rier bran­dit son glaive
Bras ten­du et hono­ra le vainqueur
Et les lic­teurs déposèrent
Faisceau et hache et ramas­sèrent le glaive
Deux fois ensan­glan­té par des sangs différents
Qui était dans la pous­sière et le ten­dirent au vainqueur
Et Horace, la tempe couronnée
Brandit son glaive en sorte qu’il fut visible de tous
Deux fois ensan­glan­té par des sangs différents
Et le por­teur de la hache dépo­sa la hache, et les Romains aussi
Brandirent cha­cun leur glaive le temps de trois bat­te­ments de cœur
Bras ten­du et hono­rèrent le vainqueur.
Et les lic­teurs remirent leur glaive
A la cein­ture, enle­vèrent le glaive
Du vain­queur des mains de l’as­sas­sin et le jetèrent
Dans la pous­sière d’au­pa­ra­vant, et le por­teur de la hache arracha
A l’as­sas­sin le lau­rier de la tempe
Par lequel le vain­queur avait été cou­ron­né et le remit
Dans la main du por­teur du lau­rier et jeta à Horace
Sur la tête l’é­toffe aux cou­leurs de la nuit
Dans laquelle il était condam­né à entrer
Parce qu’il avait tué un être humain
Sans néces­si­té, et les Romains
Remirent tous leurs glaives au fourreau
En sorte que les tran­chants étaient tous recouverts
Afin que les armes
Avec les­quelles le vain­queur avait été honoré
N’aient aucune part à l’exé­cu­tion de l’as­sas­sin. Mais les gardes
Aux quatre portes, dans l’at­tente de l’ennemi
Ne recou­vrirent pas leurs glaives
Et tran­chants des haches res­tèrent découverts
Ainsi que le glaive du vain­queur, qui était dans la pous­sière, ensanglanté.
Et le père d’Horace dit :
Celui-ci est mon der­nier. Tuez-moi à sa place.
Et le peuple répon­dit d’une seule voix :
Aucun homme n’est un autre homme.
Et Horace fut exé­cu­té avec la hache
Et le sang tom­ba sur le sol
Et le por­teur du lau­rier, à la main
De nou­veau le lau­rier du vain­queur, fri­pé à présent
Parce qu’ayant été arra­ché à l’as­sas­sin de la tempe
Interrogea le peuple :
Que doit-il adve­nir de la dépouille du vainqueur ?
Et le peuple répon­dit d’une seule voix :
Que la dépouille du vain­queur soit exposée
Sur les bou­cliers de la troupe, saine et sauve grâce à son glaive
Et ils mirent à peu près ensemble
Ce qui natu­rel­le­ment ne pou­vait plus être uni
La tête de l’as­sas­sin et le corps de l’assassin
Séparés l’un de l’autre par la hache du bourreau
Tous deux ensan­glan­tés d’eux-mêmes, pour for­mer la dépouille du vainqueur
Sur les bou­cliers de la troupe, saine et sauve grâce à son glaive
Ne prê­tant pas atten­tion à son sang qui cou­lait sur les boucliers
Ne prê­tant pas atten­tion à son sang sur leurs mains et lui enfoncèrent
Sur la tempe le lau­rier fripé
Et lui pla­cèrent dans la main aux doigts crispés
Par le der­nier com­bat son glaive ensan­glan­té plein de poussière
Et croi­sèrent au-des­sus de lui les glaives nus
Signifiant, que rien n’al­tère la dépouille
D’Horace, qui avait vain­cu pour Rome
Ni la pluie ni le temps, ni la neige ni l’oubli
Et prirent le deuil le visage couvert.
Mais les gardes, aux quatre portes
Dans l’at­tente de l’ennemi
Ne cou­vrirent pas leur visage.
Et le por­teur de la hache, à la main de nou­veau la hache du bourreau
Où le sang du vain­queur n’a­vait pas encore séché
Interrogea le peuple :
Que doit-il adve­nir de la dépouille de l’assassin ?
Et le peuple répon­dit d’une seule voix
(Mais le der­nier Horace gar­da le silence)
Que la dépouille de l’assassin
Soit jetée aux chiens
Afin qu’ils le déchirent
En sorte que rien ne reste de lui
Qui a tué un être humain
Sans nécessité.
Et le der­nier Horace, au visage
Un double sillon de larmes dit :
Le vain­queur est mort qu’on ne sau­rait oublier
Aussi long­temps que Rome règne sur Albe.
Oubliez l’as­sas­sin comme je l’ai oublié
moi le pre­mier quant à la perte.
Et l’un d’entre les Romains lui répondit :
Longtemps après que Rome ait régné sur Albe
Rome ne sera pas oubliée ni l’exemple
Qu’elle a don­né ou n’a pas donné
Soupesant avec la balance du mar­chand le pour et le contre
Ou bien dis­tin­guant net­te­ment faute et mérite
De l’in­di­vi­sible auteur d’actes différents
Craignant la véri­té impure ou ne la crai­gnant pas
Et le demi-exemple n’est pas un exemple
Ce qui n’est pas accom­pli com­plè­te­ment jus­qu’à sa véri­table fin
Retourne au néant à la bride du temps mar­chant en crabe.
Et le lau­rier fut enle­vé au vainqueur
Et l’un d’entre les Romains s’inclina
Devant la dépouille et dit :
Tolère que nous t’ar­ra­chions de la main, vainqueur
Toi qui n’as plus de sensations
Le glaive, dont on a besoin.
Et un autre d’entre les Romains cra­cha sur la dépouille et dit :
Assassin, rends le glaive
Et le glaive lui fut arra­ché de la main
Car sa main dans la rigi­di­té de la mort
S’était refer­mée sur le pom­meau du glaive
En sorte qu’il fal­lut bri­ser les doigts
D’Horace, afin qu’il rende le glaive
Avec lequel il avait tué pour Rome et une fois
Pas pour Rome, ensan­glan­té une fois de trop
Afin que d’autres fassent un usage meilleur
De ce dont il avait fait bon usage excep­té une fois.
Et la dépouille de l’as­sas­sin, divi­sée par la hache du bourreau
Fut jetée aux chiens, afin qu’ils
Le déchirent com­plè­te­ment, en sorte qu’il ne reste rien de celui
Qui avait tué un être humain
Sans néces­si­té, ou pra­ti­que­ment rien.
Et l’un d’entre les Romains inter­ro­gea les autres :
Comment Horace doit-il être nom­mé à la postérité ?
Et le peuple répon­dit d’une seule voix :
Il doit être nom­mé vain­queur d’Albe
Il doit être nom­mé assas­sin de sa sœur
D’un seul souffle son mérite et sa faute.
Et qui nomme sa faute et ne nomme pas son mérite
Qu’il vive comme un chien par­mi les chiens
Et qui nomme son mérite et ne nomme pas sa faute
Qu’il vive aus­si par­mi les chiens.
Et qui nomme sa faute en un temps
Et nomme son mérite en un autre temps
D’une même bouche par­lant autre­ment en des temps différents
Ou bien autre­ment pour des oreilles différentes
Que la langue lui soit arrachée.
Car il faut que les paroles res­tent pures. Car
Un glaive peut être bri­sé et un homme
Aussi peut être bri­sé, mais les paroles
Tombent dans le mou­ve­ment du monde irrattrapables
Rendant les choses connais­sables ou méconnaissables.
Mortel est à l’homme ce qui est méconnaissable.
Ainsi, ne crai­gnant pas la véri­té impure, établirent-ils
Dans l’at­tente de l’en­ne­mi un exemple provisoire
De dis­tinc­tion nette, ne dis­si­mu­lant pas le reste
(Der nicht auf­ging im unauf­halt­ba­ren Wandel)
Et ils retour­nèrent cha­cun à son tra­vail, au poing
Avec la char­rue, le mar­teau, l’a­lêne et le crayon d’ar­doise, le glaive.
Zwischen der Stadt Rom und der Stadt Alba
War ein Streit um Herrschaft. Gegen die Streitenden
Standen in Waffen die Etrusker, mächtig.
Ihren Streit aus­zu­ma­chen vor dem erwar­te­ten Angriff
Stellten sich gege­nei­nan­der in Schlachtordnung
Die gemein­sam Bedrohten. Die Heerführer
Traten jeder vor sein Heer und sagten
Einer dem andern : Weil die Schlacht schwächt
Sieger und Besiegte, lasst uns das Los werfen
Damit ein Mann kämpfe für unsere Stadt
Gegen einen Mann, kämp­fend für eure Stadt
Aufsparend die andern für den gemein­sa­men Feind
Und die Heere schlu­gen die Schwerter gegen die Schilde
Zum Zeichen der Zustimmung und die Lose wur­den geworfen.
Die Lose bes­timm­ten zu kämpfen
Für Rom einen Horatier, für Alba einen Kuriatier.
Der Kuriatier war ver­lobt der Schwester des Horatiers
Und der Horatier und der Kuriatier
Wurden gefragt jeder von sei­nem Heer :
Er ist/Du bist ver­lobt deiner/seiner Schwester. Soll das Los
Geworfen wer­den noch einmal ?
Und der Horatier und der Kuriatier sag­ten : Nein
Und sie kämpf­ten zwi­schen den Schlachtreihen
Und der Horatier ver­wun­dete den Kuriatier
Und der Kuriatier sagte mit schwin­den­der Stimme :
Schone den Besiegten. Ich bin
Deiner Schwester verlobt.
Und der Horatier schrie :
Meine Braut heißt Rom
Und der Horatier stieß dem Kuriatier
Sein Schwert in den Hals, dass das Blut auf die Erde fiel.
Als nach Rom heim­kehrte der Horatier
Auf den Schilden der unver­wun­de­ten Mannschaft
Über die Schulter gewor­fen das Schlachtkleid
Des Kuriatiers, den er getö­tet hatte
Am Gürtel das Beuteschwert, in Händen das blu­tige eigne
Kam ihm ent­ge­gen am öst­li­chen Stadttor
Mit schnel­lem Schritt seine Schwester und hin­ter ihr
Sein alter Vater, langsam
Und der Sieger sprang von den Schilden, im Jubel des Volks
Entgegenzunehmen die Umarmung der Schwester.
Aber die Schwester erkannte das blu­tige Schlachtkleid
Werk ihrer Hände, und schrie und löste ihr Haar auf.
Und der Horatier schalt die trauernde Schwester :
Was schreist du und lösest dein Haar auf.
Rom hat gesiegt. Vor dir steht der Sieger.
Und die Schwester küsste das blu­tige Schlachtkleid und schrie :
Rom.
Gib mir wie­der, was in die­sem Kleid war.
Und der Horatier, im Arm noch den Schwertschwung
Mit dem er getö­tet hatte den Kuriatier
Um den seine Schwester weinte jetzt
Stieß das Schwert, auf dem das Blut des Beweinten
Noch nicht getro­ck­net war
In die Brust der Weinenden
Dass das Blut auf die Erde fiel. Er sagte :
Geh zu ihm, den du mehr liebst als Rom.
Das jeder Römerin
Die den Feind betrauert.
Und er zeigte das zwei­mal blu­tige Schwert allen Römern
Und der Jubel vers­tummte. Nur aus den hin­te­ren Reihen
Der zuschauen­den Menge hörte man noch
Heil rufen. Dort war noch nicht bemerkt worden
Das Schreckliche. Als im Schweigen des Volks der Vater
Angekommen war bei sei­nen Kindern
Hatte er nur noch ein Kind. Er sagte :
Du hast deine Schwester getötet.
Und der Horatier ver­barg das zwei­mal blu­tige Schwert nicht
Und der Vater des Horatiers
Sah das zwei­mal blu­tige Schwert an und sagte :
Du hast gesiegt. Rom Herrscht über Alba.
Er beweinte die Tochter, ver­deck­ten Gesichts
Breitete auf ihre Wunde das Schlachtkleid
Werk ihrer Hände, blu­tig vom glei­chen Schwert
Und umarmte den Sieger.
Zu den Horatiern jetzt
Traten die Liktoren, trenn­ten mit Rutenbündel und Beil
Die Umarmung, nah­men das Beuteschwert
Vom Gürtel dem Sieger und dem Mörder aus der Hand das zweifach
Blutige eigne.
Und von den Römern einer rief :
Er hat gesiegt. Rom Herrscht über Alba.
Und von den Römern ein andrer entgegnete :
Er hat seine Schwester getötet.
Und die Römer rie­fen gegeneinander :
Ehrt den Sieger.
Richtet den Mörder.
Und Römer nah­men das Schwert gegen Römer im Streit
Ob als Sieger geehrt wer­den sollte
Oder gerich­tet wer­den als Mörder der Horatier.
Die Liktoren
Trennten die Streitenden mit Rutenbündel und Beil
Und berie­fen das Volk in die Versammlung
Und das Volk bes­timmte aus sei­ner Mitte zwei
Recht zu spre­chen über den Horatier
Und gab dem einen in die Hand
Den Lorbeer für den Sieger
Und dem andern das Richtbeil, dem Mörder bestimmt
Und der Horatier stand
Zwischen Lorbeer und Beil.
Aber sein Vater stellte sich zu ihm
Der erste im Verlust, und sagte :
Schändliches Schauspiel, das der Albaner selbst
Nicht ansäh ohne Scham.
Gegen die Stadt stehn die Etrusker
Und Rom zer­bricht sein bestes Schwert.
Um eine sorgt ihr.
Sorgt um Rom.
Und von den Römern einer ent­ge­gnete ihm
Rom hat viele Schwerter.
Kein Römer
Ist weni­ger als Rom oder Rom ist nicht.
Und von den Römern ein ande­rer sagte
Und zeigte mit Fingern die Richtung des Feinds :
Zweifach mächtig
Ist der Etrusker, wenn entz­weit ist Rom
Durch ver­schiedne Meinung
In unzei­ti­gem Gericht.
Und der erste begrün­dete so seine Meinung :
Ungesprochenes Gespräch
Beschwert den Schwertarm.
Verhehlter Zwiespalt
Macht die Schlachtreihe schütter.
Und die Liktoren trenn­ten zum zwei­ten Mal
Die Umarmung der Horatier, und die Römer bewaff­ne­ten sich
Jeder mit sei­nem Schwert.
Der den Lorbeer hielt und der das Beil hielt
Jeder mit sei­nem Schwert, so dass die Linke jetzt
Den Lorbeer oder das Beil hielt und das Schwert
Die Rechte. Die Liktoren selbst
Legten aus der Hand einen Blick lang
Die Insignien ihres Amts und steckten
In den Gürtel jeder sein Schwert und nahmen
In die Hand wie­der Rutenbündel und Beil
Und der Horatier bückte sich
Nach sei­nem Schwert, dem blu­ti­gen, das im Staub lag. Aber die Liktoren
Verwehrten es ihm mit Rutenbündel und Beil.
Und der Vater des Horatiers nahm sein Schwert auch und ging
Aufzuheben mit der Linken das blutige
Des Siegers, der ein Mörder war
Und die Liktoren ver­wehr­ten es ihm auch
Und die Wachen wur­den verstärkt an den vier Toren
Und das Gericht wurde fortgesetzt
In Erwartung des Feinds.
Und der Lorbeerträger sagte :
Sein Verdienst löscht seine Schuld
Und der Beilträger sagte :
Seine Schuld löscht sein Verdienst
Und der Lorbeerträger fragte :
Soll der Sieger gerich­tet werden ?
Und der Beilträger fragte :
Soll der Mörder geehrt werden ?
Und der Lorbeerträger sagte :
Wenn der Mörder gerich­tet wird
Wird der Sieger gerichtet
Und der Beilträger sagte :
Wenn der Sieger geehrt wird
Wird der Mörder geehrt.
Und das Volk blickte auf den unteil­ba­ren einen
Täter der ver­schie­de­nen Taten und schwieg.
Und der Lorbeerträger und der Beilträger fragten :
Wenn das eine nicht getan wer­den kann
Ohne das andere, das es unge­tan macht
Weil der Sieger/Mörder und der Mörder/Sieger sind ein Mann, unteilbar
Sollen wir also von bei­dem keines tun
So dass da ein Sieg/Mord ist, aber kein Sieger/Mörder
Sondern der Sieger/Mörder heißt Niemand ?
Und das Volk ant­wor­tete mit einer Stimme
(Aber der Vater des Horatiers schwieg):
Da ist der Sieger. Sein Name : Horatius.
Da ist der Mörder. Sein Name : Horatius.
Viele Männer sind in einem Mann.
Einer hat gesiegt für Rom im Schwertkampf.
Ein andrer hat seine Schwester getötet
Ohne Notwendigkeit. Jedem das Seine.
Dem Sieger den Lorbeer. Dem Mörder das Beil.
Und der Horatier wurde gekrönt mit dem Lorbeer
Und der Lorbeerträger hielt sein Schwert hoch
Mit ges­treck­tem Arm und ehrte den Sieger
Und die Liktoren leg­ten aus der Hand
Rutenbündel und Beil und hoben das Schwert auf
Das zwei­mal blu­tige mit ver­schie­de­nem Blut
Das im Staub lag und reich­ten es dem Sieger
Und der Horatier mit gekrön­ter Schläfe
Hielt sein Schwert hoch so dass für alle sicht­bar war
Das zwei­mal blu­tige mit ver­schie­de­nem Blut
Und der Beilträger legte das Beil aus der Hand, und die Römer alle
Hielten jeder sein Schwert hoch drei Herzschläge lang
Mit ges­treck­tem Arm und ehr­ten den Sieger.
Und die Liktoren steck­ten ihre Schwerter
In den Gürtel wie­der, nah­men das Schwert
Des Siegers aus der Hand dem Mörder und war­fen es
In den vori­gen Staub, und der Beilträger riß
Dem Mörder von der Schläfe den Lorbeer
Mit dem der Sieger gekrönt wor­den war und gab ihn
Wieder in die Hand dem Lorbeerträger und warf dem Horatier
Über den Kopf das Tuch in der Farbe der Nacht
In die zu gehen er verur­teilt war
Weil er einen Menschen getö­tet hatte
Ohne Notwendigkeit, und die Römer alle
Steckten jeder sein Schwert in die Scheide
So dass die Schneiden alle bedeckt waren
Damit nicht teil­hat­ten die Waffen
Mit denen der Sieger geehrt wor­den war
An der Richtung des Mörders. Aber die Wachen
An den vier Toren in Erwartung des Feinds
Bedeckten ihre Schwerter nicht
Und die Schneiden der Beile blie­ben unbedeckt
Und das Schwert des Siegers, das im Staub lag, blutig.
Und der Vater des Horatiers sagte :
Dieser ist mein letztes. Tötet mich für ihn.
Und das Volk ant­wor­tete mit einer Stimme :
Kein Mann ist ein andrer Mann
Und der Horatier wurde gerich­tet mit dem Beil
Dass das Blut auf die Erde fiel
Und der Lorbeerträger, in der Hand
Wieder den Lorbeer des Siegers, zer­rauft jetzt
Weil von der Schläfe geris­sen dem Mörder
Fragte das Volk :
Was soll ges­chehn mit dem Leichnam des Siegers ?
Und das Volk ant­wor­tete mit einer Stimme :
Der Leichnam des Siegers soll auf­ge­bahrt werden
Auf den Schilden der Mannschaft, heil durch sein Schwert.
Und sie füg­ten zusam­men ungefähr
Das natür­lich nicht mehr Vereinbare
Den Kopf des Mörders und den Leib des Mörders
Getrennt vonei­nan­der mit dem Richtbeil
Blutig aus eige­nem beide, zum Leichnam des Siegers
Auf den Schilden der Mannschaft, heil durch sein Schwert
Nicht ach­tend sein Blut, das über die Schilde floss
Nicht ach­tend sein Blut auf den Händen, und drück­ten ihm
Auf die Schläfe den zer­rauf­ten Lorbeer
Und steck­ten in die Hand mit den gekrümm­ten Fingern
Vom letz­ten Krampf sein stau­big blu­tiges Schwert ihm
Und kreuz­ten über ihm die nack­ten Schwerter
Andeutend, dass nichts ver­seh­ren solle den Leichnam
Des Horatiers, der gesiegt hatte für Rom
Nicht Regen noch Zeit, nicht Schnee noch Vergessen
Und betrauer­ten ihn mit ver­deck­tem Gesicht.
Aber die Wachen an den vier Toren
In Erwartung des Feinds
Verdeckten ihre Gesichter nicht.
Und der Beilträger, in Händen wie­der das Richtbeil
Auf dem das Blut des Siegers noch nicht getro­ck­net war
Fragte das Volk :
Was soll ges­chehn mit dem Leichnam des Mörders ?
Und das Volk ant­wor­tete mit einer Stimme
(Aber der letzte Horatier schwieg):
Der Leichnam des Mörders
Soll vor die Hunde gewor­fen werden
Damit sie ihn zerreißen
Also dass nichts bleibt von ihm
Der einen Menschen getö­tet hat
Ohne Notwendigkeit.
Und der letzte Horatier, im Gesicht
Zweifach die Tränenspur, sagte :
Der Sieger ist tot, der nicht zu vergessende
Solange Rom über Alba herr­schen wird.
Vergesst den Mörder, wie ich ihn ver­ges­sen habe
Der erste im Verlust.
Und von den Römern einer ant­wor­tete ihm :
Länger als Rom über Alba herr­schen wird
Wird nicht zu ver­ges­sen sein Rom und das Beispiel
Das es gege­ben hat oder nicht gegeben
Abwägend mit der Waage des Händlers gegen einander
Oder rein­lich schei­dend Schuld und Verdienst
Des unteil­ba­ren Täters ver­schie­de­ner Taten
Fürchtend die unreine Wahrheit oder nicht fürchtend
Und das halbe Beispiel ist kein Beispiel
Was nicht getan wird ganz bis zum wirk­li­chen Ende
Kehrt ins Nichts am Zügel der Zeit im Krebsgang.
Und der Lorbeer wurde dem Sieger abgenommen
Und von den Römern einer ver­neigte sich
Vor dem Leichnam und sagte :
Gestatte, dass wir aus der Hand bre­chen, Sieger
Dir nicht mehr Empfindendem
Das Schwert, das gebraucht wird.
Und von den Römern ein andrer spie auf den Leichnam und sagte :
Mörder, gib das Schwert heraus.
Und das Schwert wurde ihm aus der Hand gebrochen
Nämlich seine Hand mit der Totenstarre
Hatte sich ges­chlos­sen um den Schwertknauf
So dass die Finger gebro­chen wer­den mussten
Dem Horatier, damit er das Schwert herausgab
Mit dem er getö­tet hatte für Rom und einmal
Nicht für Rom, das blu­tige ein­mal zu viel
Damit gebraucht wer­den konnte von andern besser
Was gut gebraucht hatte er und ein­mal nicht gut.
Und der Leichnam des Mörders, entz­weit vom Richtbeil
Wurde vor die Hunde gewor­fen, damit sie
Ganz ihn zer­ris­sen, so dass nichts bleibe von ihm
Der einen Menschen getö­tet hatte
Ohne Notwendigkeit, oder so viel wie nichts.
Und von den Römern einer fragte die andern :
Wie soll der Horatier genannt wer­den der Nachwelt ?
Und das Volk ant­wor­tete mit einer Stimme :
Er soll genannt wer­den der Sieger über Alba
Er soll genannt wer­den der Mörder sei­ner Schwester
Mit einem Atem sein Verdienst und seine Schuld.
Und wer seine Schuld nennt und nennt sein Verdienst nicht
Der soll mit den Hunden woh­nen als ein Hund
Und wer sein Verdienst nennt und nennt seine Schuld nicht
Der soll auch mit den Hunden wohnen.
Wer aber seine Schuld nennt zu einer Zeit
Und nennt sein Verdienst zu ande­rer Zeit
Redend aus einem Mund zu ver­schied­ner Zeit anders
Oder für ver­schiedne Ohren anders
Dem soll die Zunge aus­ge­ris­sen werden.
Nämlich die Worte müs­sen rein blei­ben. Denn
Ein Schwert kann zer­bro­chen wer­den und ein Mann
Kann auch zer­bro­chen wer­den, aber die Worte
Fallen in das Getriebe der Welt uneinholbar
Kenntlich machend die Dinge oder unkenntlich.
Tödlich dem Menschen ist das Unkenntliche.
So stell­ten sie auf, nicht fürch­tend die unreine Wahrheit
In Erwartung des Feinds ein vorläu­figes Beispiel
Reinlicher Scheidung, nicht ver­ber­gend den Rest
Der nicht auf­ging im unauf­halt­ba­ren Wandel
Und gin­gen jeder an seine Arbeit wie­der, im Griff
Neben Pflug, Hammer, Ahle, Schreibgriffel das Schwert.
, ,
trad.  Jean Jourdheuil trad.  Heinz Schwarzinger
, , ,
p. 29–42

CHŒUR : Tu as com­bat­tu sur le front de la guerre civile
L’ennemi ne t’a trou­vé aucune faiblesse
Nous ne t’avons trou­vé aucune faiblesse.
A pré­sent tu es toi-même une faiblesse
Qu’il ne faut pas que l’ennemi nous trouve.
Tu as dis­tri­bué la mort dans la ville de Witebsk
Aux enne­mis de la révo­lu­tion sur notre ordre
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher afin qu’elle reste verte
Nous les avons tués de ta main.
Pourtant un matin dans la ville de Witebsk
Toi-même, de ta main, tu n’as pas tué
Nos enne­mis ni sur notre ordre
Et il faut que tu sois tué, toi-même un ennemi.
Accomplis ta tâche à ce der­nier poste
Où la révo­lu­tion t’a placé
Au mur, et qui sera ta dernière
Comme tu as accom­pli ton autre tâche
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes
Que tu ne quit­te­ras pas sur tes pieds
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher afin qu’elle reste verte.
A : J’ai accom­pli ma tâche.
CHŒUR : Accomplis ta dernière.
A : J’ai tué pour la révolution.
CHŒUR : Meurs pour elle
A : J’ai com­mis une erreur.
CHŒUR : Tu es l’erreur.
A : Je suis un homme.
CHŒUR : Qu’est-ce que c’est.
A : Je ne veux pas mourir.
CHŒUR : Nous ne te deman­dons pas si tu veux mourir.
Le mur dans ton dos est le der­nier mur
Dans ton dos. La révo­lu­tion n’a plus besoin de toi
Elle a besoin de ta mort. Mais tant que tu ne dis pas Oui
Au Non qui a été pro­non­cé sur toi
Tu n’as pas accom­pli ta tâche.
Devant les fusils bra­qués de la révo­lu­tion qui a besoin de ta mort
Apprends ta der­nière leçon. Ta der­nière leçon est :
Toi, qui es col­lé au mur, tu es ton enne­mi et le nôtre.
A : Dans les pri­sons d’Omsk à Odessa
M’a été écrit sur le corps, ce texte
Lu sous les bancs d’école et dans les latrines
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS UNISSEZ-VOUS
À coups de poings et de crosses, de talons de bottes et de pointes de chaussures
À moi, le fils de petit bour­geois au samo­var personnel
Préparé à une car­rière ecclésiastique
Sur le plan­cher creu­sé à genoux devant l’icône.
Mais de bonne heure je quit­tai mes marques.
Dans les assem­blées, les mani­fes­ta­tions, les grèves
Chargé par les cosaques orthodoxes
Torturé sans entrain par des fonc­tion­naires avachis
Je n’appris rien sur la vie après la mort.
Tuer je l’appris dans les com­bats prolongés
Contre l’encerclement, à l’époque du meurs ou tue
Nous disions : qui ne veut pas tuer n’aura rien à manger
Planter la baïon­nette dans un ennemi
Cadet, offi­cier, ou pay­san, qui n’avait rien compris
Nous disions : c’est une tâche comme n’importe quelle autre
Défoncer les crânes et tirer.
A [CHŒUR] : Mais un matin dans la ville de Witebsk
Avec le bruit proche de la bataille la révo­lu­tion me donna
Par la voix du par­ti l’ordre
De me char­ger du tri­bu­nal révolutionnaire
Dans la ville de Witebsk qui dis­tri­bue la mort
Aux enne­mis de la révo­lu­tion dans la ville de Witebsk.
CHŒUR : Tu as com­bat­tu sur le front de la guerre civile
L’ennemi ne t’a trou­vé aucune faiblesse
Nous ne t’avons trou­vé aucune faiblesse.
Abandonne le front et occupe le poste
Où la révo­lu­tion a besoin de toi dès à présent
Jusqu’à ce qu’elle ait besoin de toi à un autre poste
Mène notre com­bat dans notre dos, distribue
La mort aux enne­mis de la révolution.
A [CHŒUR] : Et j’étais d’accord avec cette mission.
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher, afin qu’elle reste verte
J’étais d’accord avec la mission
Que la révo­lu­tion m’avait attribuée
Par la voix du par­ti dans le bruit de la bataille./
Et tuer était autre chose que tuer
Et c’était une tâche comme aucune autre.
CHŒUR : Ta tâche débute aujourd’hui. Celui qui l’a accom­plie avant toi
Il faut qu’il soit tué avant demain, lui-même un ennemi.
A [CHŒUR] : Pourquoi lui.
B : Devant mon revol­ver trois paysans
Ennemis de la révo­lu­tion par ignorance.
Dans leurs dos les mains, liées par des cordes
Sont abî­mées par le tra­vail, liée au revolver
Par ordre de la révo­lu­tion, voi­ci ma main
Mon revol­ver poin­té sur leurs nuques,
Leurs enne­mis sont mes enne­mis, je le sais
Mais ceux qui sont devant moi, le visage vers la carrière
Ne le savent pas, et moi qui le sais
N’ai aucun autre ensei­gne­ment pour leur ignorance
Que la balle. J’ai dis­tri­bué la mort
Le revol­ver ma troi­sième main
Aux enne­mis de la révo­lu­tion dans la ville de Witebsk
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher, afin qu’elle reste verte
Sachant : par ma main tue la révolution.
Je ne le sais plus, je ne peux plus tuer.
Je dégage ma main de l’ordre
Que la révo­lu­tion m’a donné
Un matin dans la ville de Witebsk
Par la voix du par­ti dans le bruit de la bataille.
Je tranche les cordes aux mains
De nos enne­mis, qui sont marqués
Par les traces de leur tra­vail comme mes semblables.
Je dis : vos enne­mis sont nos ennemis.
Je dis : retour­nez à votre travail.
CHŒUR [Les inter­prètes des trois pay­sans] :
Et ils retour­nèrent à leur travail
Trois enne­mis de la révo­lu­tion, inéduqués.
Lorsqu’il déga­gea sa main de l’ordre
Que la révo­lu­tion lui avait donné
Un matin dans la ville de Witebsk
Par la voix du par­ti dans le bruit de la bataille
C’était une main de plus à notre gorge./
Car ta main n’est pas ta main
Tout comme ma main n’est pas ma main
Tant que la révo­lu­tion n’a pas vain­cu définitivement
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes.
Car l’ignorance peut tuer
Tout comme l’acier peut tuer et la fièvre
Et le savoir ne suf­fit pas, mais il faut
Que l’ignorance cesse main­te­nant com­plè­te­ment, et tuer ne suf­fit pas
Mais tuer est une science
Et il faut qu’elle soit apprise, afin que cela cesse
Puisque le natu­rel n’est pas naturel
Mais l’herbe il nous faut l’arracher
Et le pain il nous faut le recracher
Jusqu’à ce que la révo­lu­tion ait vain­cu définitivement
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes
Afin que l’herbe reste verte et que cesse la faim.
Qui s’en tient à soi-même comme à sa propriété
Est un enne­mi de la révo­lu­tion comme d’autres ennemis
Puisque sem­blable à nous n’est pas sem­blable à nous
Et nous ne le sommes pas, la révo­lu­tion même
N’est pas une avec elle-même, mais l’ennemi avec
Griffe et dent, baïon­nette et mitrailleuse
Inscrit dans son image vivante ses traits effroyables
Et ses bles­sures se cica­trisent sur notre visage.
B : À quoi bon tuer et à quoi bon mourir
Si le prix de la révo­lu­tion est la révolution
Ceux qui sont à libé­rer le prix de la liberté.
A : Cela ou autre chose il le cria face au bruit de la bataille
Qui s’était accru et s’accroissait encore.
Mille mains à notre gorge il n’était
Contre le doute quant à la révolution
Pas d’autre moyen que la mort de celui qui doute
Et je n’eus pas d’yeux pour ses mains
Lorsqu’il fut devant mon revol­ver, le visage vers la carrière
Si elles étaient abî­mées par le tra­vail ou non abîmées
Mais elles étaient liées soli­de­ment par des cordes
Et nous le tuâmes de ma main
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher, afin qu’elle reste verte.
Je le savais, en tuant d’autres un autre matin
Et au troi­sième matin d’autres encore
Et ils n’avaient pas de mains et pas de visage
Mais l’œil avec lequel je les regardais
Et la bouche avec laquelle je leur parlais
Était le revol­ver et ma parole la balle
Et je ne l’oubliais pas, quand ils criaient
Quand mon revol­ver les jetait dans la carrière
Ennemis de la révo­lu­tion sur d’autres ennemis
Et c’était une tâche comme n’importe quelle autre.
Je le savais, quand on tire dans un homme
Il en sort du sang comme de tous les animaux
Peu de choses dif­fé­ren­cient les morts et
Pas long­temps ce peu de choses. Mais l’homme n’est pas un animal :
Au sep­tième matin je vis leurs visages
Dans leurs dos les mains, liées par des cordes
Avec les traces de leurs divers travaux
Quand ils atten­daient, le visage vers la carrière
Que la mort sorte de mon revol­ver, et prit place
Entre doigt et gâchette le doute, fai­sant peser
Les tués de sept matins
Sur ma nuque qui porte le joug de la révolution
Afin que soient bri­sés tous les jougs
Et ma main, qui est liée au revolver
Par ordre de la révo­lu­tion, donné
Un matin dans la ville de Witebsk
Par la voix du par­ti dans le bruit de la bataille
De dis­tri­buer la mort à ses ennemis
Afin qu’on cesse de tuer, et je criai le commandement
Ce matin comme au pre­mier matin
MORTS AUX ENNEMIS DE LA RÉVOLUTION
Et dis­tri­buai la mort, mais ma voix
Cria le com­man­de­ment comme si elle n’était pas ma voix et ma main
Distribua la mort comme si elle n’était pas ma main
Et tuer était autre chose que tuer
Et c’était une tâche comme aucune autre
Et le soir je vis mon visage
Qui me regar­dait avec, pas mes yeux
Dans le miroir mural, qui avait été bri­sé souvent
Lors du pilon­nage de la ville sou­vent conquise
Et dans la nuit je n’étais pas un homme, avec le poids
Des tués de sept matins
Mon sexe, le revol­ver, qui dis­tri­bue la mort
Aux enne­mis de la révo­lu­tion, le visage vers la carrière.
A [CHŒUR] : Pourquoi moi. Relevez-moi de l’ordre
Pour lequel je suis trop faible.
CHŒUR : Pourquoi toi.
A : J’ai com­bat­tu au front de la guerre civile
L’ennemi ne m’a trou­vé aucune faiblesse
Vous ne m’avez trou­vé aucune faiblesse
À pré­sent je suis moi-même une faiblesse
Qu’il ne faut pas que l’ennemi nous trouve.
J’ai dis­tri­bué la mort dans la ville de Witebsk
Aux enne­mis de la révo­lu­tion dans la ville de Witebsk
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher afin qu’elle reste verte.
Je ne l’oubliai pas au troi­sième matin
Ni au sep­tième. Mais au dixième
Je ne le sais plus. Tuer et tuer
Et un sur trois peut-être n’est pas cou­pable, qui
Est devant mon revol­ver, le visage vers la carrière.
CHŒUR : Dans ce com­bat, qui ne cessera
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes
Qu’avec notre vic­toire ou notre perte
Nous exé­cu­tons cha­cun avec deux faibles mains
La tâche de deux mille mains, mains brisées
Mains liées par des chaînes et des cordes, mains
Tranchées, mains à notre gorge.
Mille mains à notre gorge, nous n’avons
Pas de souffle pour deman­der cou­pable ou non coupable
À chaque main à notre gorge, ou quelle origine
Si elle est abî­mée par le tra­vail ou non abîmée
Si c’est la misère qui nous la tord autour du cou et
L’ignorance sur les racines de la misère
Ou la crainte de la révo­lu­tion, qui l’arrache
Avec ses racines. Qui es-tu d’autre que nous
Ou de sin­gu­lier, toi qui reven­diques ta faiblesse.
Celui qui dit je par ta bouche est un autre que toi.
Tu n’es, tant que la révo­lu­tion n’a pas vain­cu définitivement
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes
Pas ta pro­prié­té. Par ta main
Tue la révo­lu­tion. Par toutes les mains
Par les­quelles tue la révo­lu­tion, tu tues toi aussi.
Ta fai­blesse est notre faiblesse
Ton remords est la brèche dans ta conscience
Qui est une brèche dans notre front. Qui es-tu.
A : Un sol­dat de la révolution.
CHŒUR : Veux-tu donc
Que la révo­lu­tion te relève de la mission
Pour laquelle tu es trop faible, qui doit être remplie
Par l’un ou par l’autre.
A/ [CHŒUR] : Non./
Et on conti­nua de tuer, le visage vers la carrière
Le matin sui­vant devant mon revol­ver un paysan
Comme avant lui de sem­blables à lui les autres matins
Comme avant moi de sem­blables à moi devant d’autres revolvers
Sur la nuque la sueur froide : quatre com­bat­tants de la révolution
Il les a livrés à notre et son ennemi
Sur la nuque la sueur froide, debout devant d’autres revolvers.
De sem­blables à lui ont été tués
Et de sem­blables à moi pen­dant deux mille ans
Par roue gibet corde gar­rot knout kattorga
Par de sem­blables à mon enne­mi, qui est son ennemi
Et mon revol­ver diri­gé sur sa nuque à présent
Moi roue gibet corde gar­rot knout kattorga
Moi devant mon revol­ver le visage vers la carrière
Moi mon revol­ver diri­gé sur ma nuque
Sachant que par ma main tue la révolution
Détruisant roue gibet corde gar­rot knout kattorga
Et ne le sachant pas, devant mon revol­ver un homme
Moi entre main et revol­ver, doigt et gâchette
Moi brèche dans ma conscience, dans notre front.
CHŒUR : Ta mis­sion n’est pas de tuer des hommes, mais
Des enne­mis. Car l’homme est inconnu.
Nous savons que tuer est une tâche
Mais l’homme est plus que sa tâche.
Tant que la révo­lu­tion n’a pas vain­cu définitivement
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes
Nous ne sau­rons pas que c’est un homme.
Car c’est lui notre tâche, l’inconnu
Derrière les masques, l’enterré dans la boue
De son his­toire, le véri­table sous la lèpre
Le vivant dans les pétrifications
Puisque la révo­lu­tion déchire ses masques, efface
Sa lèpre, décape de la bave dure comme pierre
De son his­toire son image, l’homme, avec
Griffe et dent, baïon­nette et mitrailleuse
Se levant de la chaîne des générations
Déchirant son cor­don ombi­li­cal sanglant
Dans l’éclair du véri­table com­men­ce­ment se recon­nais­sant lui-même
L’un l’autre selon sa différence
Avec ses racines déterre de l’homme l’homme.
Ce qui compte est l’exemple, la mort ne signi­fie rien.
A : Mais dans le bruit de la bataille qui s’était accru
Et s’accroissait encore, j’étais là les mains ensanglantées
Soldat et baïon­nette de la révolution
Et je deman­dais avec ma voix une certitude.
A [CHŒUR] : Cessera-t-on de tuer, quand la révo­lu­tion aura vaincu.
La révo­lu­tion vain­cra-t-elle. Combien de temps encore.
CHŒUR : Tu sais, ce que nous savons ; nous savons, ce que tu sais.
La révo­lu­tion vain­cra, sinon l’homme ne sera pas
Mais dis­pa­raî­tra dans une huma­ni­té croissante.
A : Et j’entendis ma voix dire
Ce matin comme d’autres matins
MORT AUX ENNEMIS DE LA RÉVOLUTION et je vis
Celui qui était moi tuer quelque chose de chair sang
Et autre matière, ne deman­dant pas cou­pable ou non coupable
Ni le nom ni si c’était un ennemi
Ou pas un enne­mi, et ça ne remuait plus
Mais celui qui était moi ne ces­sait pas de le tuer.
Il dit : /[CHŒUR] J’ai reje­té mon fardeau
Sur ma nuque les morts ne me pèsent plus
Un homme est quelque chose dans quoi l’on tire
Jusqu’à ce que l’homme se lève des ruines de l’homme./
Et lorsqu’il avait tiré encore et encore
À tra­vers la peau se déchi­rant, dans la chair
Sanglante, sur des os se bri­sant, il s’arc-boutait
Des pieds au cadavre.
A [CHŒUR] : Je mets sous ma botte ce que j’ai tué
Je danse sur mon mort d’un pas de danse martelé
Il ne me suf­fit pas de tuer, ce qui doit mourir
Afin que la révo­lu­tion soit vic­to­rieuse et qu’on cesse de tuer
Mais il faut qu’il n’y en ait plus et plus rien
Et que ça ait dis­pa­ru du visage de la terre
Pour ceux qui vien­dront une table rase.
CHŒUR : Nous enten­dîmes son hur­le­ment et vîmes ce qu’il avait fait
Non sur notre ordre, et il ne ces­sait pas de crier
Avec la voix de l’homme qui bouffe l’homme
Nous sûmes alors que sa tâche l’avait épuisé
Et son temps s’était écou­lé, et nous l’emmenâmes
Un enne­mi de la révo­lu­tion comme d’autres ennemis
Et pas comme d’autres, mais son propre enne­mi aussi
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher, afin qu’elle reste verte.
Mais il avait reje­té son fardeau
Qu’il fal­lait por­ter jusqu’à ce que la révo­lu­tion ait vaincu
Sur sa nuque les morts ne lui pesaient plus
Qui pèsent jusqu’à ce que la révo­lu­tion ait vaincu
Mais son far­deau était son butin
Ainsi la révo­lu­tion n’avait plus de place pour lui
Et lui-même n’avait plus de place pour lui
Si ce n’est devant les fusils bra­qués de la révolution
A : Tant qu’ils ne m’enlevèrent de ma tâche
Et n’enlevèrent de ma main le revolver
Et mes doigts se tor­daient encore comme autour de l’arme
Distincts de moi, je ne vis ce que j’avais fait
Et tant qu’ils ne m’emmenèrent je n’entendis
Ma voix et de nou­veau le bruit de la bataille.
Qui s’était accru et s’accroissait encore.
A [CHŒUR] : De sem­blables à moi me conduisent au mur à présent
Et moi qui le com­prends ne le com­prend pas.
Pourquoi.
CHŒUR : Tu sais ce que nous savons, nous savons ce que tu sais
Ta tâche était san­glante et comme aucune autre
Mais il faut qu’elle soit accom­plie comme d’autres tâches
Par l’un ou par l’autre.
A : J’ai accom­pli ma tâche. Voyez ma main.
CHŒUR : Nous voyons que ta main est ensanglantée
A : Comment non.
Et plus fort que le bruit de la bataille fut le silence
Pendant un ins­tant dans la ville de Witebsk
Et plus long que ma vie fut cet instant.
Je suis un homme. L’homme n’est pas une machine.
Tuer et tuer, être le même après chaque mort
Je ne le pou­vais. Donnez-moi le som­meil de la machine.
CHŒUR : Tant que la révo­lu­tion n’a pas vain­cu définitivement
Dans la ville de Witebsk comme dans d’autres villes
Nous ne sau­rons ce qu’est un homme.
A : Je veux le savoir main­te­nant et ici. Je demande
Ce matin dans la ville de Witebsk
Avec des bottes ensan­glan­tées sur mon der­nier chemin
Moi qui suis conduit à la mort, qui n’ai pas le temps
De mon der­nier souffle main­te­nant et ici
Je demande à la révo­lu­tion ce qu’est l’homme.
CHŒUR : Tu demandes trop tôt. Nous ne pou­vons pas t’aider
Et ta demande n’aide pas la révolution.
Ecoute le bruit de la bataille.
A : Je n’ai qu’un seul temps.
Derrière le bruit de la bataille comme une neige noire
M’attend le silence.
CHŒUR : Tu ne meurs que d’une mort
Mais la révo­lu­tion meurt d’une mul­ti­tude de morts.
La révo­lu­tion a une mul­ti­tude de temps, pas un
De trop. L’homme est plus que sa tâche
Sinon il ne sera pas. Tu n’es plus
Mais ta tâche t’a épuisé
Il te faut dis­pa­raître du visage de la terre.
Le sang, avec lequel tu as taché ta main
Lorsqu’elle était une main de la révolution
Il faut le laver avec ton sang
Du nom de la révo­lu­tion, qui a besoin de toutes les mains
Mais plus de ta main.
A : J’ai tué
Sur votre ordre.
CHŒUR : Et non sur notre ordre.
Entre doigt et gâchette l’instant
Etait ton temps et le nôtre. Entre main et revolver
L’espace
Était ta place au front de la révolution
Mais lorsque ta main devint une avec le revolver
Et que tu devins un avec ta tâche
Et que tu n’eus aucune conscience d’elle
Ni qu’il fal­lait qu’elle soit accom­plie ici et aujourd’hui
Afin qu’il ne faille plus l’accomplir et par personne
Ta place dans notre front fut une brèche
Et il n’y eut pour toi plus de place dans notre front.
Effroyable est l’habituel, mor­tel ce qui est facile
Par une mul­ti­tude de racines se loge en nous le passé
Qu’il faut arra­cher avec toutes ses racines
Dans notre fai­blesse se lèvent les morts
Qu’il faut de nou­veau et de nou­veau enterrer
Il nous faut renon­cer à nous-mêmes chacun
Mais nous ne devons pas renon­cer l’un à l’autre
Tu es l’un et tu es l’autre
Celui que tu as déchi­ré sous ta botte
Celui qui t’a déchi­ré sous sa botte
Tu as renon­cé à toi l’un à l’autre
La révo­lu­tion ne renonce pas à toi. Apprends à mourir.
Ce que tu apprends aug­mente notre expérience.
Meurs en appre­nant. Ne renonce pas à la révolution.
A : Je m’y refuse. Je n’accepte pas ma mort.
Ma vie m’appartient.
CHŒUR : Le néant est ta propriété.
A [CHŒUR] : Je ne veux pas mou­rir. Je me jette sur le sol.
Je m’agrippe à la terre à toutes mains
Je plante mes dents dans la terre
Que je ne veux pas quit­ter. Je crie.
CHŒUR [A] : Nous savons, que mou­rir est une tâche.
Ta peur t’appartient.
A [CHŒUR] : Qu’est-ce qui vient der­rière la mort.
CHŒUR [A]: Demanda-t-il encore et déjà se rele­va du sol
Ne criant plus, et nous lui répondîmes :
Tu sais ce que nous savons, nous savons ce que tu sais
Et ta demande n’aide pas la révolution.
Qu’elle soit per­mise, quand la vie
Sera une réponse. Mais la révo­lu­tion a besoin
De ton Oui à ta mort. Et il ne deman­da plus rien
Mais alla au mur et cria le commandement
Sachant : le pain quo­ti­dien de la révolution
Est la mort de ses enne­mis, sachant : l’herbe même
Il nous faut l’arracher afin qu’elle reste verte.
A [CHŒUR] : MORT AUX ENNEMIS DE LA RÉVOLUTION

, ,
trad.  Jean Jourdheuil trad.  Heinz Schwarzinger
, , ,
p. 43–64