Plus grise, plus misérable, plus répétitive, plus dégradante, plus vide était la vie de chacun et plus le film de l’aventure était rutilant de sens séquestré, exclusif, sublimant, débordant. Il suffit de circonscrire les fragments d’une vie quelconque, dans la mosaïque qui en expurge la tristesse d’être authentiquement non vécue, pour saisir d’un seul coup toutes les qualifications avec l’absence desquelles elle est constituée. Ceci est la leçon que le capital à visage humain veut apprendre de l’art, pour la transfuser immédiatement dans le corps emprisonné derrière ce visage. Que chacun soit l’entrepreneur d’une transcendance généralisée. Que chacun saisisse son sens valorisé dans les dividendes des Actions Imaginaires. Un petit effort et tu ne seras plus le toi qui se connaît comme pauvre de tout et soumis à tout, mais seras le héros des aventures du sens centralisé, duquel tes sens sont en permanence créditeurs. Tu seras l’amant magnifique d’une amante magnifique et vice-versa, à condition que tu ne croies plus un mot de ce que tes sens savent. Discrédite tes cauchemars d’esclave et tu seras le roi des cauchemars, finalement supérieur à tous les autres, enfermés chacun dans leur supériorité. Tu seras le puissant producteur du film de ta vie, à condition d’oublier que c’est toi qui ne vis pas. Tu seras le spectateur enthousiaste de toi-même, il suffit que tu ne prétendes pas t’élever. Tu seras la banque centrale du sens du tout, à condition de ne jamais te regarder dans le miroir de la vérité : en toi-même qui te renvoie l’image d’un mendiant pour un morceau de sens avec lequel survivre. Tu seras tout, à condition de ne pas voir que tu es un soldat du Rien.
Citations
À bas la production de marchandises inutiles et trop rapidement périssables, à bas la croissance incontrôlée de nouvelles entreprises, à bas la dévalorisation accélérée, à bas l’extraction insensée d’énergie naturelle en voie d’épuisement, à bas l’industrialisation concentrée en quelques nations, à bas la production polluante, à bas l’exploitation déséquilibrée de la terre ; mais surtout il faut expulser de la vie de l’homme-capital le travail producteur seulement de marchandise. Ceci est la quintessence des recommandations qui concluent le rapport du MIT, et ceci est le sens explicite des suggestions de Mansholt. Mais si le capital renonce à se surproduire, s’il déconsacre l’eucharistie des consommations, à quel nouveau saint va-t-il se vouer ? C’est facile à prévoir : le règne de l’abondance matérielle pour quelques-uns est révolu, vive le règne de l’ascèse spirituelle pour tous. Qu’on abaisse les heures de travail à la machine de quarante à vingt par semaines, qu’on soit davantage au service des « services personnels » ; qu’on augmente le temps libre, que « fleurissent » dans ce nouveau temps libre (de la liberté d’être inutiles) la culture et la poésie, qu’on se socialise au plus vite, en faisant de la vie une école du devoir permanent, esthétique et philosophique ; qu’apparaisse chez tout homme le poète de sa survie. Le capital à visage humain a besoin d’un peuple plus policé.
Les modes selon lesquels se produisent, dans l’histoire, les communautés sociales ont fait fonctionner l’économie politique de la « personne » dans des connexions de subordination pseudo-naturelle avec l’économie globale chaque fois en vigueur. Le pouvoir politique, le pouvoir religieux, le pouvoir culturel ont enrôlé la personne à leur service pour ce qu’elle était : la représentante « officielle » d’une corporéité dont la force était nécessaire au pouvoir, mais « naturellement » médiatisée par la liberté d’apparaître sous le masque d’un rôle social. Il suffisait aux pouvoirs de s’assurer l’intégration à la communauté de l’énergie vitale des corps, et il leur était facile de l’assurer au moyen des rôles productifs que les « personnes » pouvaient s’imaginer assumer ou subir selon que dominait en elles-mêmes (au niveau de la hiérarchie sociale dans laquelle elles se trouvaient) et dans la communauté corporée, l’idéologie des libres chances ou, plus antique et plus humiliante, la religion du fait impénétrable. Dans les divers modes, le mécanisme d’autorégulation qui gouvernait la communauté comme système en procès se plaçait encore à l’extérieur de l’être individuel. Le mouvement de colonisation de l’existant conservait une direction extrojective, qui allait de l’intérieur vers l’extérieur de la corporéité de l’espèce ; la conquête était encore celle de la « nature », et pour la survie de l’espèce contre la « nature ». Ce que l’intériorisation automatique de la nature comportait d’aliénation et de réification à l’intérieur de la corporéité, se cachait encore dans l’obscurité de l’intériorité non-violée, d’où l’art seulement, dans sa clairvoyance aveuglée, pouvait tirer le timbre dont vibraient drames et tragédies. Les artistes étaient les seuls « spécialistes », discrédités par le couronnement poétique, de l’intériorité. En éternisant l’art, qui était la voix bouleversée du corps emprisonné, ils en faisaient passer les messages au-dessus des têtes captives.
Défonçant le mur d’une subjectivité déjà emprisonnée par l’histoire, l’économie politique déborde à l’intérieur de chaque être ; rapidement elle comble tout vide, en le cachant tout simplement. Au moment où l’identique se reproduit de façon homogène, il perd les traits de la prison qu’il a toujours été, et prends les traits de l’entreprise capitaliste. Chaque entreprise productive est un hôtel des monnaies depuis que l’argent s’est transsubstantialisé en crédit, et le capital fictif valorisé grâce au « bon » renom de l’entreprise. Chaque entreprise frappe sa monnaie inexistante ; on lit par transparence, au-delà de la façade, l’addition truquée de son château d’escompte. De la même façon en chacun le capital crée un entrepreneur de lui-même : en fondant toute « personnalité » à l’image d’une entreprise, la lançant dans la circulation apoplectique du crédit, là où il n’y a pour circuler que la généralité du non avoir. Le capital qui se fait homme fait de chaque homme le capital, de toute vie l’entreprise de la valeur, de chaque « personne » une firme débitrice en permanence de son sens, créditrice en permanence du non-sens généralisé.
La quantité est le règne exclusif de la valorisation qui consiste en ceci : la production de qualités apparentes au sommet desquelles gît toujours une quantité de travail donnée. Depuis que le capital se limitait à vanter la qualité de ses marchandises, il est passé tout le temps nécessaire pour emprisonner totalement chaque forme de vie dans la forme marchandise, de telle sorte qu’aujourd’hui on peut discuter de la « qualité de la vie » après que derrière toute « vie » produite gise une quantité de travail donnée, de vie dévalorisée. Ceci est la nouvelle conquête du capital anthropomorphe : avoir colonisé pour la valeur chaque trait de la vie en société, s’être lui-même recomposé au-delà du seuil d’explosion de ses vices organiques dans la composition organique du capital-vie, avoir réalisé sa transcroissance du règne de l’intoxication des marchandises-rebuts de l’extériorité au règne survivant de l’intériorité d’autant plus dégradée qu’elle a été déterrée et mise au rang de nouvelle aire du marché. Une archéologie macabre est sollicitée pour ressusciter, dans les morts-vivants, l’âme phénicienne des commerces aventureux, mais sous les constellations du déluge les âmes mortes ne peuvent trafiquer que de reliques : la mort des désirs est l’équivalent général qui informe de sa valeur toutes les monnaies de la « personnalité » dépressive. Laissons les morts enterrer leur « vie ».
Dans la phase de transition de la domination formelle à la domination réelle du capital, on distinguera deux séries de médiations, entrecroisées mais distinctes. Dans le premier ordre, exclusivement économico-politique, du capital (domination formelle), il ne pouvait être question de contre-révolution : le prolétariat, en tant que classe, incubait la croissance d’un élan directement dirigé vers la négation des conditions matérielles de son existence, donc immédiatement révolutionnaire. Le prolétariat comme masse, et une élite d’intellectuels déserteurs de la bourgeoise dominante (mais non, comme on le verra, de sa culture illuministe) concourraient à faire mûrir une conscience de classe destinée à exprimer dans l’insurrection armée la protestation contre l’exploitation frontale de la force de travail, produite et traitée comme marchandise, et la protestation du prolétariat contre son exclusion frontale de la jouissance des richesses dont il était le producteur conscient. C’est dans cette phase que le prolétariat vit l’extranéisation forcée à l’égard d’un monde de « valeurs » transmises par la révolution bourgeoise (richesse comme liberté par rapport au besoin, égalité comme partage de l’opulence, fraternité comme émancipation de la misère génératrice de haine) qui lui apparaissent réalisées par la seule classe dirigeante, c’est-à-dire objets de jouissance pour elle au prix intolérable de son propre travail. Le sujet de la valorisation, le prolétariat, se représente à lui-même comme exclu de la jouissance des valeurs : sans les critiquer, il les revendique, se proposant lui-même comme étant la force historique destinée à en recueillir l’héritage, en l’universalisant. C’est aussi dans cette phase que la politique a déjà altéré la vision de la dialectique radicale, en lui cachant la vérité millénaire de l’identité entre culture et modes d’oppression, en lui niant le droit de voir, de reconnaître, dans le processus de valorisation de la culture, non pas le « patrimoine » du genre humain, mais le plus antique, le plus ancestral mode « génétique » de production de la communauté humaine comme machine sociale où la vie organique est asservie à la conservation et au développement de la valeur inorganique ; où l’inorganique est le métal dans le timbre duquel vibre la voix du pouvoir ; où la vie est asservie au labeur « rationnel » de se poser soi-même comme énergie. La tâche historique de la dialectique radicale, celle de libérer l’espèce du travail, ne pourra être réalisée que le jour où deviendra clair à l’esprit de tous ce qui, depuis toujours, est déjà dans la corporéité organique, niée, de tous : la destruction nécessaire de la domination de l’idéologie, la libération nécessaire à l’égard du premier et du moins naturel des travaux : le sacrifice de la libre expressivité organique à la langue du devoir-être, à la capture de la « raison » naturelle mise au service de la « ratio » aliénée, à la vente du sens vivant au profit de l’éternisation du sens mort.
En dévoilant la cosmologie figée des balcons circulaires de la salle de lecture, le plan ascendant atténue le caractère frénétique des recherches des deux enquêteurs, donc confirme la coïncidence momentanée entre la connaissance et l’ordre architectural de la totalité astronomique, et nous donne un bref aperçu de la providence – organisatrice de l’histoire, elle y est pourtant irreprésentable. Aux analyses de Pakula, on pourra donc préférer cette description, due à Jacques Rivette, d’un plan analogue dans Toute la mémoire du monde d’Alain Resnais (bien plus, on peut considérer le plan sur la Bibliothèque du Congrès [dans Les Hommes du Président] comme une allusion à ce dernier) : « le grand drame de notre civilisation est qu’elle est en train de devenir une civilisation de spécialistes. Chacun est de plus en plus enfermé dans son petit domaine et incapable de sortir de celui-ci. Personne aujourd’hui n’est capable de déchiffrer à la fois une inscription ancienne et une formule scientifique moderne. La culture et le trésor commun de l’humanité sont devenus la proie des spécialistes. Je crois que c’était là l’idée de Resnais en tournant la “nationale”. Il voulait montrer que la seule tâche nécessaire pour l’humanité, pour essayer de retrouver cette unité de la culture, c’était par le travail de chacun, de rassembler les fragments éparpillés de cette culture universelle en train de se perdre. Et c’est pourquoi, je pense, Toute la mémoire du monde se terminait par ces vues de plus en plus hautes de la salle centrale, où l’on voit chaque lecteur, chaque chercheur, dans son coin, penché sur son manuscrit, mais les uns à côté des autres, tous en train d’essayer d’assembler les morceaux épars de la mosaïque, de retrouver le secret perdu de l’humanité, secret qui s’appelle peut-être le bonheur. »
Pourtant, ni le « secret du bonheur », ni la défense sentimentale de la constitution américaine sur laquelle s’achève le film de Pakula, ne constituent la meilleure façon de spécifier la conjonction intermittente entre l’accomplissement de la destinée et l’aperçu presque extatique du paradisiaque. On pense à la thèse perverse des « capital-logiciens » : ce que Hegel, en procédant à son inventaire, appelait l’Esprit absolu, il faut de notre point de vue l’identifier désormais au Capital ; désormais, c’est l’étude du Capital qui est notre véritable ontologie. Le nouveau système mondial, le troisième stade du capitalisme, est pour nous la totalité absente, le « Dieu ou la Nature » de Spinoza, le référent ultime (et peut-être le seul), le véritable fondement de l’Être de notre temps.
Seule une contemplation de ses apparitions spasmodiques nous permettra de dévoiler son avenir, mais aussi le nôtre :
On le voit, le philosophe possède aussi son millénarisme (Chiliasmus) ; mais pour en favoriser l’avènement, l’idée qu’elle s’en fait, encore de très loin seulement, peut jouer un rôle par elle-même. Ce n’est donc nullement une rêverie de visionnaire. Il s’agit seulement de savoir si l’expérience révèle quelque chose qui justifie un tel processus dans les plans de la nature. Je dis “un tant soit peu”, car ce circuit semble exiger un tel laps de temps avant de se fermer que, si nous nous fondons sur la portion infime parcourue jusqi’ici par l’humanité dans ce domaine, on ne peut déterminer la forme de ce circuit et les rapports des parties au tout qu’avec bien peu de certitude. Pareillement, en s’appuyant sur toutes les observations du ciel faites jusqu’ici, entrevoit-on bien difficilement la course qu’accomplit notre soleil et tout son cortège de satellites dans le grand système des planètes ; cependant, le peu qu’on a observé du fondement général de la constitution systématique de l’édifice du monde nous donne assez peu de certitude pour conclure à la réalité de cette révolution. En attendant, la nature humaine adopte l’attitude suivante : même à l’égard de l’époque la plus éloignée que doit atteindre notre espèce, elle ne demeure pas indifférente, à condition de pouvoir l’atteindre avec certitude. » 1
The mounting camera shot, which diminishes the fevered researches of the two investigators as it rises to disclose the frozen cosmology of the reading room’s circular balconies, confirms the momentary coincidence between knowledge as such and the architectural order of the astronomical totality itself, and yields a brief glimpse of the providential, as what organizes history but is unrepresentable within it.
To Pakula’s account, then, may be preferred this description, by Jacques Rivette, of the analogous shot in Resnais” Toute la memoire du monde (to which indeed the Library of Congress shot may be seen as an allusion) : « the most crucial thing that’s happening to our civilization is that it is in the process of becoming a civilization of specialists. Each one of us is more and more locked into his own little domain, and incapable of leaving it. There is no one nowadays who has the capacity to decipher both an ancient inscription and a modern scientific formula. Culture and the common treasure of mankind have become the prey of the specialists. I think that was what Resnais had in mind when he made Toute la memoire du monde. He wanted to show that the only task necessary for mankind in the search for that unity of culture was, through the work of every individual, to try to reassemble the scattered fragments of the universal culture that is being lost. And I think that is why Toute la memoire du monde ended with those higher and higher shots of the central hall, where you can see each reader, each researcher in his place, bent over his manuscript, yet all of them side by side, all in the process of trying to assemble the scattered pieces of the mosaic, to find the lost secret of humanity ; a secret that is perhaps called happiness »
Yet even the “secret of happiness” – like the sentimental defense of the US constitution with which Pakula’s film overtly ends – may not be the best way of specifying the way in which, here, the solemnity of a working out of destiny is conjoined intermittently with a well-nigh ecstatic glimpse of the paradisal. One thinks of the perverse arguments of the so-called Capital-logicians : that what Hegel, in the process of making his exhaustive inventory of it, called Absolute Spirit, is now from our perspective rather to be identified as Capital itself, whose study is now our true ontology. It is indeed the new world system, the third stage of capitalism, which is for us the absent totality, Spinoza’s God or Nature, the ultimate (indeed, perhaps the only) referent, the true ground of Being of our own time. Only by way of its fitful contemplation can its future, and our own, be somehow disclosed : « We can see that philosophy too may have its chiliastic expectations ; but they are of such a kind that their fulfilment can be hastened, if only indirectly, by a knowledge of the idea they are based on, so that they are anything but over-fanciful. The real test is whether experience can discover anything to indicate a purposeful natural process of this kind. In my opinion, it can discover a little ; for this cycle of events seems to take so long a time to complete, that the small part of it traversed by mankind up till now does not allow us to determine with certainty the shape of the whole cycle, and the relation of its parts to the whole. It is no easier than it is to determine, from all hitherto available astronomical observations, the path which our sun with its whole swarm of satellites is following within the vast system of the fixed stars ; although from the general premise that the universe is constituted as a system and from the little which has been learnt by observation, we can conclude with sufficient certainty that a movement of this kind does exist in reality. Nevertheless, human nature is such that it cannot be indifferent even to the most remote epoch which may eventually affect our species, so long as this epoch can be expected with certainty. »
- Kant, « Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique », in Opuscules sur l’histoire, trad. Stéphane Piobetta, Garnier-Flammation, 1990, p. 83–84 ↩
À mon sens, dans la nouvelle dimensionnalité de l’espace culturel postmoderne, les idées ressortissant de l’ancien type conceptuel ont perdu leur autonomie ; elles sont devenues des espèces d’images rémanentes, projetées sur l’écran de l’esprit et de la production sociale par la culturalisation de la vie quotidienne. La dissolution actuelle de la philosophie reflète dès lors cette modification du statut des idées (et de l’idéologie) : rétroactivement, un certain nombre de « concepts » philosophiques traditionnels sont démasqués comme ayant toujours été de tels symptômes de la conscience, même s’ils ne pouvaient être reconnus comme tels dans les sociétés (ou modes de production) du passé – leur culture était pauvre, pré-médiatique, et il y persistait encore des résidus de « nature ».
Ce que l’on appelle aujourd’hui Théorie constitue bien sûr un autre signe de cette gigantesque mutation historique qui, en rendant la Culture absolue, a aussi rendu profondément problématique la vocation de chacun de ses produits, textes, ou œuvres individuels (s’ils ne « signifient » plus rien, s’ils ne sont plus porteurs d’idées ou de messages, ne fût-ce que sous forme de « thèmes » ou de « problèmes », à quelle fonction pourraient-il encore prétendre ?).
My sense is that in the new dimensionality of postmodern cultural space, ideas of the older conceptual type have lost their autonomy and become something like by-products and after-images flung up on the screen of the mind and of social production by the culturalization of daily life. The dissolution of philosophy today then reflects this modification in the status of ideas (and ideology), which itself retroactively unmasks any number of traditional philosophical “concepts” as having been just such consciousness-symptoms all the while, that could not be identified as such in the culturally impoverished, pre-media, and residually. “natural” human societies (or modes of production) of the past. What is today called Theory is of course another sign of this momentous historical development, which, by rendering Culture absolute, has deeply problematized the vocation of any of its individual products, texts or works (if they can no longer “mean” something or convey ideas or messages, even in the form of the “theme” or the “problem,” what new function can they claim?)
Vague espoir, vague confiance.
Un interminable et mélancolique après-midi de dimanche, qui consomme des années entières, qui se compose d’années. Tour à tour désespéré dans les rues vides, puis, calmé, sur mon canapé. Étonnement, parfois, devant les nuages absurdes, sans couleur, qui défilent presque continuellement. « Tu es mis en réserve pour un grand lundi » « Bien parlé, mais le dimanche ne finira jamais. »
Vage Hoffnung, vages Zutrauen.
Ein endlos trüber Sonntagnachmittag, ganze Jahre aufzehrend, ein aus Jahren bestehender Nachmittag. Abwechselnd verzweifelt in den leeren Gassen und beruhigt auf dem Kanapee. Manchmal Erstaunen über die fast unaufhörlich vorbeiziehenden farblosen, sinnlosen Wolken. »Du bist aufgehoben für einen großen Montag!« — »Wohl gesprochen, aber der Sonntag endet nie.«
Toutes les facultés dont nous avons parlé, qu’il s’agisse des facultés de connaissance ou des facultés vitales, qu’il s’agisse des facultés naturelles ou artificielles, sont, c’est à noter, appelées opérations [energeia]. L’opération est la force et l’activité naturelles de chaque essence – ou encore : toute essence a une activité innée qui est son opération naturelle ; il est donc clair qu’à même essence correspond même opération, et que là où les natures diffèrent les opérations diffèrent. Aucune essence ne peut être séparée de son opération naturelle. l’opération naturelle est, dans chaque essence, la force qui rend la nature de cette essence manifeste. Ou : l’opération naturelle est la puissance, première et perpétuellement active, de l’âme qui intellige ; c’est le verbe qui s’écoule d’elle naturellement et perpétuellement comme une source. Ou encore : l’opération naturelle est la force et l’activité de chaque essence dont seul est privé ce qui n’est pas.
Mais on appelle aussi opérations des actions, par exemple parler, manger, boire, etc. Les affections naturelles reçoivent aussi le nom d’opérations, par exemple la faim, la soif, etc. Enfin, l’effet d’une force est aussi souvent appelé opération. […]
L’opération première et la seule véritable énergie naturelle est la vie volontaire, rationnelle et libre qui constitue l’humanité. Comment ceux qui en privent le Seigneur peuvent-ils affirmer qu’Il s’est fait homme ?
L’opération est activité radicale de la nature : et par radical il faut entendre mû par soi-même.
[C’est au chapitre suivant que la praxis est définie comme energeia logikê]