Cette expres­sion : s’il le vou­lait, il le ferait est une pro­po­si­tion com­po­sée que l’on appelle hypo­thé­tique. Or la pro­prié­té logique d’une pro­po­si­tion hypo­thé­tique n’est pas que l’une et l’autre pro­po­si­tions qui la com­posent soient vraies. De fait, une hypo­thé­tique vraie peut aus­si être com­po­sée de deux pro­po­si­tions fausses ou bien seule­ment d’une pro­po­si­tion fausse et d’une – le consé­quent – vraie. Une hypo­thé­tique est donc vraie, même s’il s’a­git d’une énon­cé comme « si l’homme volait, il se dépla­ce­rait dans les airs ». De fait, cette pro­po­si­tion est vraie, et pour­tant ses deux par­ties sont mani­fes­te­ment fausses. De même une pro­po­si­tion comme « si l’homme volait, il serait un ani­mal » est vraie elle aus­si, pour­tant son anté­cé­dent est faux, seul le consé­quent est vrai. Donc si quel­qu’un dit que cette expres­sion « s’il le vou­lait, il le ferait » semble impli­quer que si la volon­té de faire quelque chose d’autre que ce qu’il fait concer­nant une chose advient à Dieu dans le futur, il y aura néces­sai­re­ment en lui un chan­ge­ment, il faut répondre que cette inter­pré­ta­tion est vraie au sens pré­cis où, en disant de Dieu qu’il est puis­sant, on entend que tout ce que Dieu veut se réa­lise et que rien de qu’il refuse ne se réa­lise, mais que ce qu’il veut, si l’on pose par hypo­thèse qu’il ne le veut pas, alors cela ne se réa­li­se­ra pas, et que ce qu’il ne veut pas, si l’on sup­pose qu’il le veut, alors cela se réa­li­se­ra. Telle est la signi­fi­ca­tion des notions de puis­sance et de volon­té appli­quées à Dieu. Les deux se réduisent à sa science, c’est-à-dire à son essence.

Le pro­blème de la pré­des­ti­na­tion pose celui de l’o­ri­gine du mal. Pour expli­quer en quoi Dieu n’est pas l’au­teur du mal, Jean Scot Ériugène recourt à une théo­rie bien connue : celle de la désub­stan­tia­li­sa­tion du mal, qu’il lit chez Augustin. Fort d’une sorte de loi méon­to­lo­gique, qui, au demeu­rant, fonde l’es­sen­tiel de la pro­blé­ma­tique médié­vale du mal et rend impos­sible tout retour au mani­chéisme, Scot affirme que le mal n’ayant aucune posi­ti­vi­té, Dieu ne peut en être la cause. Comme le dit Augustin, le mal n’est pas un étant, mais un néant, une défaillance, un défaut du Bien. En un mot, c’est une pri­va­tion. Aucune des deux sortes de maux ne doit donc être réfé­rée à Dieu : ni le péché, ni la puni­tion du pécheur. Le péché naît quand la volon­té fait défaut et défaille, c’est un manque, une néan­ti­sa­tion de la volon­té ; le châ­ti­ment n’est rien d’autre que la consé­quence du péché. Scot reprend, en lui don­nant un accent tout à fait ori­gi­nal, un des thèmes cen­traux de la théo­lo­gie augus­ti­nienne. Ce que l’on appelle le mal de peine (ou mal de tour­ment) est inhé­rent au mal de coulpe (ou mal de péché). La puni­tion est l’im­pos­si­bi­li­té d’ac­com­plit le moindre péché. Le cou­pable est puni par le fait qu’il ne peut jamais accé­der à l’es­sence de sa culpa­bi­li­té, ni jamais atteindre son être cou­pable. Si comme l’a mon­tré Augustin, le péché est une chute vers l’im­pos­sible – le néant com­plet ne pou­vant être atteint, le châ­ti­ment du pécheur est de ne pou­voir atteindre le néant auquel il aspire, de ne pou­voir échap­per à l’être et, par­tant, à Dieu, source de l’être. Ce qui tor­ture le pécheur et le dam­né est la même chose : l’im­pos­si­bi­li­té d’en finir avec l’être, avec le bien, avec soi-même. Dieu a mis une borne à la mali­gni­té du pécheur, c’est l’in­con­sis­tance du péché. Le pécheur ne peut se perdre dans le péché car il ne peut faire être le mal ni faire être son péché. Si sa doc­trine du mal et du péché est augus­ti­nienne, la consé­quence que Jean Scot en tire ne l’est pas : elle consiste, pure­ment et sim­ple­ment, à reje­ter l’i­dée d’un enfer phy­sique où les dam­nés seront tor­tu­rés par le feu. Le feu qui brûle le dam­né est le même que celui qui tour­mente le pécheur : c’est le manque à être de l’ob­jet du désir ou, plus sim­ple­ment, l’im­pos­si­bi­li­té du péché.

Tu t’é­tonnes que le monde périsse ? C’est comme si tu t’é­ton­nais que le monde vieillisse. Il est comme l’homme : il naît, il gran­dit, il meurt. Oui, le monde vieillit, et ce ne sont par­tout que des gémis­se­ments d’op­pri­més. Mais réflé­chis : n’est-ce donc pour rien que, dans la vieillesse du monde, Dieu t’ait envoyé le Christ pour te refaire quand tout se défait ? Le Christ est venu à l’heure où tout se défait pour te renou­ve­ler toi-même. Le monde créé, le monde ins­ti­tué, le monde des­ti­né à périr incline vers son cou­chant, mais Il est venu te conso­ler au sein de tes souf­frances et te pro­mettre un éter­nel repos.

Le monde dans lequel vous entre­rez bien­tôt ne vous épar­gne­ra pas les heures dif­fi­ciles. Trente années ont suf­fi pour modi­fier pro­fon­dé­ment la valeur des forces qui en consti­tuent l’équilibre. Autour de notre France com­pacte et uni­fiée mais de popu­la­tion sta­tion­naire ont gran­di déme­su­ré­ment les races pul­lu­lantes de vie et regor­geantes de sève. Des nations nou­velles sont nées de la vie poli­tique et d’autres réveillées d’une tor­peur sécu­laire retrouvent avec les audaces de la jeu­nesse des ambi­tions de leur pas­sé. L’Amérique éla­bore sur un plan plus vaste une huma­ni­té nou­velle, pro­duit de la sélec­tion de toutes nos huma­ni­tés d’Europe. La mas­sive et inhos­pi­ta­lière Afrique péné­trée de toutes parts, perd pour nous son mys­tère. Et voi­ci, qu’acteurs impré­vus dans le drame mon­dial appa­raissent les jaunes, long­temps séques­trés dans un iso­le­ment volon­taire, avec leurs réserves d’hommes inépui­sables, leur éner­gie patiente et rusée et leur redou­table facul­té d’adaptation. Tous ces nou­veaux venus, pro­fi­tant du lent tra­vail accu­mu­lé par le vieil Occident et du tré­sor de sa coû­teuse expé­rience, s’épargnent les longs tâton­ne­ments, font l’économie de siècles de science et entrent de plain-pied et de niveau dans le cou­rant du pro­grès moderne. Heureusement, le nombre n’est pas tout dans la balance des forces humaines, il n’est qu’un des élé­ments du suc­cès. Une nation se sou­tient par la viri­li­té des mœurs publiques et pri­vées, par la concorde sociale, par l’éclat de l’intelligence et de l’effort conti­nu vers le progrès.

Haben Sie sich über­legt, ob der Herr Zweite Staatsanwalt nicht nur ein­fach Ihre Stellung haben will und Sie zu die­sem Zweck herein­legt ? Das hört man jetzt viel. — Nehmen wir doch mal an, Herr Amtsrichter, Sie bes­chei­ni­gen dem Juden seine Unschuld. Er hat nicht die Bohne pro­vo­ziert. War gar nicht zur Stelle. Bekam sein Loch im Hinterkopf rein zufäl­lig, bei einer Rauferei zwi­schen ande­ren Personen. Kehrt also nach eini­ger Zeit ins Geschäft zurück. Der Stau kann ihn da gar nicht hin­dern. Und das Geschäft ist um elf­tau­send Mark ges­chä­digt. Das ist jetzt aber eine Schädigung des Stau mit, denn der kann ja jetzt die elf­tau­send Emm nicht von dem Arndt ver­lan­gen. Also wird der Stau, wie ich die Type kenne, sich an den Sturm hal­ten wegen sei­ner Preziosen. Er geht natür­lich nicht sel­ber hin, da er als Kompagnon eines Juden ein Judenknecht ist. Aber er wird schon Leute an der Hand haben. Dann heißt es, daß die SA in natio­na­ler Erregung Schmuckstücke klaut. Was dann die vom Sturm von Ihrem Urteil hal­ten wer­den, kön­nen Sie sich aus­ma­len. Der ein­fache Mann kann es sowie­so nicht vers­te­hen. Denn wie­so kann im Dritten Reich ein Jude gegen die SA recht behalten ?

Vous êtes-vous deman­dé si Monsieur le Procureur ne vou­lait pas tout sim­ple­ment votre place, et si dans ce but il ne cher­chait pas Il vous perdre ? Cela se fait beau­coup en ce moment… Supposons, Monsieur le Président, que vous décla­riez le Juif inno­cent. Il n’a pas pro­vo­qué. N’était même pas là. A eu la nuque trouée par pur hasard, au cours d’une bagarre entre d’autres per­sonnes. Revient donc, dans quelque temps, au maga­sin. Stau ne peut l’en empê­cher. Mais le maga­sin a per­du onze mille marks. Et c’est une perte que doit par­ta­ger Stau, main­te­nant qu’il ne peut plus récla­mer cet argent à Weihl. Alors, tel que je le connais, Stau va s’en prendre à la sec­tion au sujet des fameux bijoux. Naturellement, il n’a­gi­ra pas lui-même. En tant qu’as­so­cié d’un Juif, il pas­se­rait pour un domes­tique. Mais il aura des gens sous la main. On dira donc que des S.A. sous le coup d’une émo­tion natio­nale ont bar­bo­té des bijoux. Ce que la sec­tion pen­se­ra alors de votre ver­dict, vous pou­vez l’i­ma­gi­ner… De toute manière, ce ver­dict, l’homme de la rue ne le com­pren­dra pas. Car enfin, dans le IIIe Reich, com­ment un Juif peut-il avoir rai­son contre les S.A. ?

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p. 1114 [FR. : Grand-peur et misère du IIIe Reich, L’Arche, 1955, p.48, trad. M. Regnaut, A. Steiger]

The harm will come : it never doesn’t. It will open up our chests and enter here. Some days it will come by for­tune, some days by no agent in par­ti­cu­lar, and some­times others will bring it to us, either will­ful­ly or on acci­dent. Those others might trip, the harm spilling out of their arms onto us. We might all look at each other start­led. We might all have the harm then and eyes full of tears.

The others might take one look at us or many looks at us and decide we deserve the harm. We will look back at them with our faces in the forms of ques­tions or curses. We will say : Were my words or how they were arran­ged what causes you to bring this to me ? Are you upset with my body ? Do you seek ven­geance against the way my eyes light up or how my body grows tense at the sun­light in par­ti­cu­lar angles ? And How dare you ! and What where you thinking ?!

Sometimes the ones who bring the harm will ans­wer, but both their ans­wers and their not ans­we­ring can be methods by which they bring more of the harm.

The harm will take away the hours of the day of lengh­ten them. It will drain from us six hun­dred and four­teen thou­sand tears. It will force our per­cep­tions to it so that we do not see the moon in the sky or the red­dish-yel­low apple we would other­wise eat, so that even our dreams, if we are lucky enough to have them, go to the harm as if the harm has built tracks on which a train can only go toward the loca­tion of itself but never actual­ly arrive.

When our loved ones speak to us, we will not hear them because we will hear ins­tead the sound the harm put in us, which at first is the sound like an alarm set by acci­dent that sof­ty com­plains of itself, and then it becomes the sound of our own ears cra­shing against the harm, or vice ver­sa, until no other sound is left, and then we can’t remem­ber there were ever other sounds at all.

The harm is always com­poun­ding, attrac­ting to itself more of itself, and with this pro­li­fe­ra­ting nature it begins to occlude what is true, right, neces­sa­ry, and urgent. The pur­poses for which one lives, and the­re­fore for which one exposes one­self to the harm begin to disap­pear from sight. One is left only with the harm and more of it, and more of it, and more of it, until there is nothing but harm and the harm spaw­ned from that. No lon­ger being able to see what is true, right urgent, and neces­sa­ry, a per­son can no lon­ger act on the true and right’s behalf, or even if some sli­ver of it remains une­clip­sed, the harm’s pro­li­fe­ra­tion can para­lyze any poten­tiel act.

It is per­haps bet­ter to allow one­self to feel the harm than to not feel it, for the harm may also be like an entry in the ency­clo­pe­dia of what has not yet been writ­ten but what is impor­tant to know. One might find in this entry the genus of the harm and its rela­tion to other harms, might grow secure in a know­ledge of harm’s taxo­no­my. One might find there an account of the harm’s com­plex rela­tion to what is true, right, etc. that reveals cru­cial but elu­sive infor­ma­tion about what is just and unjust in the com­mon world. One might find infor­ma­tion on how to act in this fee­ling : what alliances to make or decline, what objects to lift with one’s domi­nant hand, what to do with the objects one’s domi­nant hand has lif­ted, how to ope­rate in the bit­ter sys­tem of the world as it is, whe­ther to turn left or sit down or touch hands light­ly with a friend and fol­low contra­dic­tions to their ends.

The harm can be stu­died like any­thing, eve­ry wept tear a text-book, eve­ry minute of shal­low brea­thing a mono­graph, seven hours and four­teen minutes of a slee­pless night a tedious-to-read but poten­tial­ly use­ful dis­ser­ta­tion on having existed.

It is not as if what is true, right, urgent, and neces­sa­ry is a light, and what is harm is the dark­ness. They are both dark­nesses : they are both lights.

The tears are auto­ma­tic. They drip down the cheeks, dam­pen books, key­boards, din­ner plates, post­cards, stee­ring wheels. I don’t weep from sor­row. I weep as a symp­tom. I don’t want to cry, but I do because of a medi­cine. It is as if my body weeps on its own behalf.

My body has rea­son to weep – more rea­son than I do – but there are times I join my tears in their crying, adding to the tears of side effet the tears of cause. Disease has bul­lied me into Cartesianism, but the mixed tears undo divi­sion through liquification.

Can the tears of sad­ness, once shed, be extrac­ted from the gene­ral waters ? I said, some­thing else, « it is a mecha­ni­cal pro­blem and not a meta­bo­lic one. » I said to one friend, about the loss of ano­ther : I miss this per­son more than I will miss [the impor­tant body parts I will miss]. I inten­ded this to be dra­ma­tic but of course it was mat­ter of fact : of course the loss of a friend is worse than losing organs, limbs, or skin.

Can any par­ti­cu­lar loss be extrac­ted from the gene­ral sor­row ? All of the losing (of body parts, capa­ci­ties, people or rela­tions bet­ween them) com­pounds now into one elixir of loss, fumy and irre­vo­cable. It’s as if in all its crying my body know some­thing about sor­row that I refuse.

The only thing sad­der than exis­ting is not exis­ting, any­way, and eve­ryone should have known alrea­dy how impos­si­bly sad exis­ting is. I’d say « all that can go wrong » but the sad­ness of exis­ting isn’t any­thing gone wrong about it, only what is defi­ni­tio­nal : first we exist, then we don’t.

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« The sea­son of Cartesian weeping » A hand­book of disap­poin­ted fate
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p. 169–170

À Naples, les dis­po­si­tifs tech­niques sont cas­sés par prin­cipe : ce n’est qu’exceptionnellement et par un hasard décon­cer­tant qu’on y ren­contre par­fois quelque chose d’intact. Avec le temps, on finit par avoir l’impression que tout y est fabri­qué dans cet état déglin­gué. Nous ne par­lons pas ici des poi­gnées de porte par exemple qui à Naples font encore par­tie des êtres mythiques et ne sont là qu’en tant que sym­boles, pour la repré­sen­ta­tion, ce qui tient au fait que les portes y ont pour seule fonc­tion de res­ter ouvertes et, s’il arrive qu’un cou­rant d’air les ait cla­quées, de se rou­vrir avec des cris effa­rés en trem­blant de tout leur corps. (Naples avec des portes fer­mées, ce serait comme Berlin sans toi­tures.) Nous par­lons au contraire de véri­tables ins­tal­la­tions méca­niques et autres appa­reils du même genre.
Non qu’ils ne fonc­tionnent pas parce qu’ils seraient cas­sés, mais c’est que pour le Napolitain, ce n’est qu’au moment pré­cis où quelque chose s’est cas­sé que cela se met à fonc­tion­ner. Même par un vent violent, il prend la mer avec un bateau à moteur où nous ose­rions à peine mettre le pied. Et certes, rien ne va jamais comme il faut, mais d’une façon ou d’une autre, tout se ter­mine tou­jours bien. Imperturbable, comme si de rien n’était, il réus­sit par exemple, à trois mètre des écueils contre les­quels la mer déchaî­née menace de le fra­cas­ser, à vider le réser­voir d’essence endom­ma­gé dans lequel de l’eau a péné­tré et à le rem­plir sans cou­per le moteur. Et au besoin, il faut en même temps du café des­sus. Ou alors, il par­vient avec une maî­trise inéga­lable à faire redé­mar­rer sa voi­ture en panne en fixant de façon impro­bable un petit mor­ceau de bois qui se trouve par hasard sur la route, – mais seule­ment jusqu’à la pro­chaine panne qui ne man­que­ra pas d’arriver. Car les répa­ra­tions défi­ni­tives lui font hor­reur, et à ce compte-là, il pré­fé­re­ra se pas­ser de voiture.
Et rien de tout cela ne le choque. Il vous regar­de­rait avec éton­ne­ment si vous vous avi­siez de lui dire que ce n’est pas vrai­ment comme ça qu’on se sert d’un moteur ou de quelque ins­tru­ment tech­nique spé­cia­li­sé que ce soit. Il pro­tes­te­rait même éner­gi­que­ment : pour lui au contraire, l’essence de la tech­nique réside jus­te­ment dans le fait que ce qui est cas­sé fonc­tionne. Et il est vrai qu’il maî­trise le manie­ment de la machine en passe bien au-delà de toute tech­nique. Par sa pré­sence d’esprit et son habi­le­té de bri­co­leur, face au dan­ger, c’est sou­vent pré­ci­sé­ment dans la panne qu’il trouve le moyen de se tirer avan­ta­geu­se­ment d’affaire, avec une ridi­cule faci­li­té ; et en cela il res­semble par bien des aspects à l’Américain. Mais il a pour lui l’inventivité supé­rieure des enfants, et comme aux enfants, tout lui réus­sit et le hasard le sert toujours.
En revanche, tout ce qui est intact, ce qui marche pour ain­si dire tout seul, l’inquiète au fond, car c’est jus­te­ment parce que ça marche tout seulque l’on ne peut fina­le­ment jamais savoir com­ment et où ça va aller. Certes, lorsqu’à l’essai, la chose marche vrai­ment, et de sur­croît à peu près comme pré­vu, il tombe dans une extase don­nant géné­ra­le­ment dans le patrio­tique – « Evviva l’Italia !! » – tout enclin à se voir, lui et son pays, à la pointe de tous les peuples de la civi­li­sa­tion. Mais il n’est jamais sûr de ce genre de chi­mères, et même dans le train de Castellammare à Naples, dont on pour­rait se dire qu’au bout d’un demi-siècle d’existence, il finit par faire par­tie du monde pro­fane, il arrive qu’on ne sache pas, jusqu’à la der­nière seconde, où il va vrai­ment aller. C’était du moins la phi­lo­so­phie du chef de gare, telle qu’il me l’exposa lorsque je l’interrogeai à ce sujet. En der­nier res­sort, il n’y a rien à faire, ce qui est intact fonc­tionne, c’est comme ça, ce n’est pas un exploit par­ti­cu­lier, c’est un cas de force majeure*, et les voies de Dieu sont impé­né­trables. En tout cas, le remède à l’enchantement, c’est que l’objet casse. C’est pour­quoi, dans la mesure du pos­sible, cela arrive vite et peut-être plus fré­quem­ment que néces­saire, même aux yeux d’un homme pru­dent. Il est pos­sible que cela ait un rap­port avec le cli­mat, mais quoi qu’il en soit, ça ne fait pas de mal, car c’est bien la seule manière de se dire que ça remar­che­ra un jour.
Ce qui en revanche pour­rait s’avérer dan­ge­reux, ce sont des élé­ments comme l’électricité par exemple, qu’on ne peut cas­ser à pro­pre­ment par­ler et dont on ne peut savoir à cent pour cent s’ils sont vrai­ment de ce monde. Mais c’est là que Naples nous offre le lieu qu’il faut. Ce genre d’être spi­ri­tuels, dont l’énigme reste entière, se fond sans pro­blème avec la gloire des puis­sances reli­gieuses, et la fes­tive ampoule Osram fra­ter­nise dans les tableaux sacrés napo­li­tains avec la cou­ronne et l’auréole res­plen­dis­santes de la Madone, à la grande fas­ci­na­tion de l’âme qui la vénère. Inversement, on aura du mal à trou­ver à Naples quelque chose de plus lamen­table que l’utilisation appro­priée et pro­fane de l’électricité. C’est une com­pas­sion véri­ta­ble­ment cos­mique qui vous étreint le cœur à la vue de la misé­rable ampoule qui pen­douille mélan­co­li­que­ment du pla­fond, pétrie d’ennui mor­tel dans une obs­ti­na­tion vaine, raillée ou oubliée par tout le monde. Et la loi impi­toyable qui veut que le tram­way soit pri­vé de cou­ran­tun jour sur deux demeure inson­dable. « La cor­rente non c’è ? », telle est la sobre for­mule pour dési­gner ce décret céleste. Possible que le télé­phone mar­che­rait assez bien, si seule­ment les numé­ros n’en fai­saient pas qu’à leur tête et si l’annuaire offi­ciel, ou du moins les ren­sei­gne­ments, étaient ini­tiés au secrets de ces chiffres. Mais quoi qu’il en soit dans le détail, à Naples tout ceci ne fait plus par­tie du seul domaine de la technique.
La tech­nique, en effet, ne com­mence véri­ta­ble­ment que là où l’homme oppose son veto à l’automatisme hos­tile et ver­rouillé des créa­tures-machines et inter­vient lui-même dans leur monde. Mais ce fai­sant, il s’avère supé­rieur, et de loin, à la loi de la tech­nique. Car s’il s’approprie la maî­trise des machines, c’est moins en appre­nant leur manie­ment régle­men­taire qu’en y décou­vrant son propre corps. Il com­mences certes par détruire la fausse magie hos­tile à l’homme du fonc­tion­ne­ment intact de la machine, mais dans un deuxième temps, il s’installe, sou­ve­rain, dans l’âme simple du monstre démas­qué, et se réjouit de s’être réel­le­ment incor­po­ré sa pos­ses­sion pour la domi­ner inté­gra­le­ment, dans une uto­pie de toute-puis­sance exis­ten­tielle. Il ne veut plus rien savoir des pré­ten­tions tech­niques de son ins­tru­ment asser­vi, d’un regard incor­rup­tible il a per­cé à jour le faux-sem­blant de sa pure appa­rence ; un petit mor­ceau de bois ou un tor­chon font aus­si bien l’affaire. Bien enten­du, la vio­lence de l’incorporé doit faire ses preuves d’heure en heure, dans le choc vic­to­rieux. Avec une fougue effa­rante, le Napolitain s’élance au volant de sa voi­ture, et si rien n’est fra­cas­sé, le mur qui longe la rue, un cha­riot tiré par un âne, voire sa propre machine, alors tout ça n’avait aucun sens. Ce qu’on pos­sède, il faut aus­si le mal­me­ner, sinon on n’en pro­fite pas, il faut l’user jusqu’à la corde et s’en délec­ter, pour ain­si dire l’engloutir et le dévo­rer. Cependant la Napolitain traite sa machine avec bien­veillance, avec un rien de bru­ta­li­té, tout comme son âne.
N’étant plus liée d’aucune façon aux objec­tifs de ses usages, la tech­nique subit ici les diver­sions les plus curieuses et s’inscrit avec des effets aus­si sur­pre­nants qu’évidents dans un ter­rain vital qui lui est com­plè­te­ment étran­ger. S’il n’est cer­tai­ne­ment pas dans l’intention de l’ampoule Osram de prê­ter leur auréole aux madones, si un moteur de deux-roues n’a pas vu le jour pour être libé­ré des contraintes d’une moto fra­cas­sée afin de fouet­ter la crème dans un pot grâce à son mou­ve­ment rota­tif, autour d’un axe légè­re­ment décen­tré, la tech­nique moderne apporte néan­moins, sur ces modes insoup­çon­nés, la parade la plus par­faite aux exer­cices de ce XVIIe siècle qui sur­vit d’étrange façon avec le tram­way élec­trique et le télé­phone ; et c’est ain­si que toute cette vie dis­pose libre­ment de la tech­nique moderne, alors que celle-ci en est la toile de fond de la manière la plus invo­lon­taire. Ici, les méca­nismes ne peuvent pas for­mer le conti­nuum civi­li­sa­teur auquel ils sont des­ti­nés ; Naples leur dévisse la tête.
Au bout du compte, il en va ici de la tech­nique moderne comme de ces deux rails aban­don­nés du monde entier, des­cen­dant tout rouillés les rues du Monte Santo. Les cris guer­riers qui accom­pagnent les pro­jets auda­cieux pour les­quels, on ne sait pas quant, les rails se sont retrou­vés là, sont éteints et oubliés depuis long­temps. En revanche, l’eau qui cir­cule dans les cana­li­sa­tions gicle d’un tuyau éga­ré dans la bouche des enfants des rue jubi­lants, avec une puis­sance de fonc­tion­ne­ment incom­pa­rable, et tout le voi­si­nage se réjouit de cette source pro­vi­den­tielle. C’est ain­si que se rejoignent dans cette ville les ins­tru­ments spé­cia­li­sés les plus com­pli­qués de la tech­nique pour les usages les plus simples et que per­sonne encore n’avait ima­gi­nés. Pour qu’ils rendent invo­lon­tai­re­ment de tels ser­vices, ils ont été com­plè­te­ment remo­de­lés ; quant à rem­plir leur fonc­tion véri­table, ils y échouent systématiquement.

Technische Vorrichtungen sind in Neapel grund­sätz­lich kaputt : nur aus­nahm­sweise und dank einem befremd­li­chen Zufall kommt auch Intaktes vor. Mit der Zeit gewinnt man den Eindruck, daß alles schon in kaput­tem Zustande her­ges­tellt werde. Wir spre­chen hier nicht von den Türklinken etwa, welche in Neapel noch zu den mythi­schen Wesen zäh­len und nur zu sym­bo­li­scher Repräsentation an den Türen ange­bracht sin.d ; das hängt damit zusam­men, daß dort die Türen übe­rhaupt bloß dazu da sind, offen zu ste­hen und, wenn sie von einem Luftzug mal zuge­wor­fen wer­den, mit ent­setz­tem Kreischen und am gan­zen Leibe zit­ternd wie­der auf­zu­ge­hen. (Neapel mit ges­chlos­se­nen Türen, das wäre wie Berlin ohne Hausdächer.) Sondern von rich­ti­gen maschi­nel­len Einrichtungen und der­glei­chen Apparaten ist die Rede. Aber nicht daß diese nun darum, weil sie kaputt sind, etwa nicht funk­tio­nie­ren, son­dern beim Neapolitaner fängt das Funktionieren gerade erst da an, wo etwas kaputt ist. Er geht mit einem Motorboot aufs offene Meer, sogar bei hef­ti­gem Wind, in das wir kaum den Fuß zu set­zen wag­ten. Und es geht zwar nie­mals, wie es gehen sollte, aber so oder so doch immer gut. Mit uner­schit­ter­li­cher Selbstverständlichkeit bringt er es, drei Meter von den Klippen, an denen ihn die wilde Brandung zu zer­sch­met­tern droht, zum Beispiel fer­tig, den bes­chä­dig­ten Benzinbehälter, in den das Wasser ein­ge­drun­gen ist, abzu­las­sen und neu zu fül­len, ohne den Motor aus­zu­set­zen. Wenn nötig, kocht er glei­ch­zei­tig auf der Maschine noch Kaffee. Oder es gelingt ihm in unü­ber­tref­fli­cher Meisterschaft, sein defektes Auto durch das ungeahnte Anbringen eines klei­nen Holzstücks, das sich von ungefähr auf der Straße fin­det, wie­der in Gang zu brin­gen, – aller­dings nur, bis es bald und mit Sicherheit wie­der kaputt geht. Denn endgül­tige Reparaturen sind ihm ein Greuel, da ver­zich­tet er schon lie­ber auf das ganze Auto.
Dabei fällt ihm auch wei­ter nichts auf. Er würde einen ers­taunt angu­cken, wenn man ihm sagen wollte, daß dieses nicht eigent­lich die Art sei, sich eines Motors oder übe­rhaupt der tech­ni­schen Zweckinstrumente zu bedie­nen. Er würde sogar ener­gisch widers­pre­chen : für ihn liegt viel­mehr das Wesen der Technik im Funktionieren des Kaputten. Und in der Behandlung defek­ter Maschinen ist er aller­dings sou­verän und über alle Technik weit hinaus. In sei­ner bas­teln­den, stets geis­tes­ge­genwär­ti­gen Geschicklichkeit, mit der er vor einer Gefahr oft grade aus dem Defekt lächer­lich ein­fach den ret­ten­den Vorteil schlägt, hat er in der Tat manches mit dem Amerikaner gemein. Aber es ist bei ihm der höhere Erfindungsreichtum der Kinder, und wie die Kinder hat er in allem Glück, und wie den Kindem kommt ihm der Zufall immer zustatten.
Das Intakte dage­gen, das sozu­sa­gen von sel­ber geht, ist ihm im Grunde unheim­lich, denn grade weil es von sel­ber geht, kann man letzt­lich nie wis­sen, wie und wohin es gehen wird. Er gerät ja zwar, wenn die Sache bei der Erprobung tatsä­chlich und sogar ungefähr, wie man es dachte, funk­tio­niert, in eine, meist patrio­tisch gerich­tete, Verzückung – »Evviva t!talia!!« – und ist leicht geneigt, sich und sein Land schon an der Spitze der Zivilisation aller Völker zu sehen. Aber ganz ” sicher ist er sol­cher Unwesen nie, und selbst bei der Eisenbahn von Castellammare nach Neapel, welche doch im Laufe ihres hal­ben Jahrhunderts allmäh­lich pro­fan gewor­den sein dürfte, kann man hin und wie­der bis zur letz­ten Minute nicht wis­sen, wo sie wirk­lich hin­fah­ren wird. So wenig­stens lau­tete die Philosophie des Bahnhofsvorstehers, die er auf mein Befragen äußerte. Man kann da letzt­lich nichts machen, das Intakte funk­tio­niert eben, das ist von ihm auch nicht ein­mal eine beson­dere Leistung, – force majeure, und Gottes Wege sind uner­for­schlich. Der Verzauberung ist auf alle Fälle damit abge­hol­fen, daß die Sache kaputt geht. Wo sich das irgend bewerks­tel­li­gen läßt, ges­chieht es deshalb schnell und sogar häu­fi­ger, als selbst der vor­sich­tige Mann es für nötig hält. Das mag wohl mit dem Klima zusam­menhän­gen, jeden­falls scha­det es nichts, denn nur so ist daran zu den­ken, daß die Sache mal wie­der funk­tio­nie­ren wird.
Gefährlich könn­ten dage­gen hier Elemente wer­den, welche, wie die Elektrizität, nicht eigent­lich kaputt zu machen sind und bei denen auch nicht ein­wand­frei fest­zus­tel­len ist, ob sie wirk­lich von die­ser Welt stam­men. Dafür aber hält Neapel sei­nen Ort bereit Solche unen­trät­selt spi­ri­tuale Wesen fließen unbe­denk­lich mit der Glorie der reli­giö­sen Mächte zusam­men, und die fest­liche Osrambirne ver­sch­wis­tert sich im nea­po­li­ta­ni­schen Heiligenbild mit der Strahlenkron5 ! der Madonna zur Faszination der ehrfürch­ti­gen Seele. Hingegen wird man schwer­lich Kläglicheres fin­den als die eigent­li­chen, pro­fa­nen Nutzanwendungen der Elektrizität in Neapel. Schlechterdings kos­misches Mitleid greift einem ans Herz ange­sichts der jäm­mer­li­chen Glühbirne, welche in todes­mat­ter Trübsal melan­cho­lisch an der Decke bau­melt, in ihrem hoff­nung­slo­sen Ausharren von aller Welt vers­pot­tet oder ver­ges­sen. Auch ist das uner­bit­tliche Gesetz noch immer uner­grün­det, nach wel­chem der Straßenbahn alle paar Tage der Strom aus­geht ; »la cor­rente non c’e« lau­tet die schlichte Formel für diese Fügung des Himmels. Möglich, daß viel­leicht das Telephon recht gut funk­tio­nie­ren würde, wenn da die Nummern nicht ihre eige­nen Wege gin­gen und das amt­liche Register oder doch die Auskunftsstellen des Geheimnisses die­ser Zahlen teil­haf­tig wären. Doch wie dem im ein­zel­nen auch sei, das alles gehört in Neapel nicht mehr ins Gebiet bloßer Technik.
Die Technik beginnt viel­mehr eigent­lich erst da, wo der Mensch sein Veto gegen den feind­li­chen und ver­schlos­se­nen Automatismus der Maschinenwesen e inlegt und sel­ber in ihre Welt eins­pringt. Dabei erweist er sich aller­dings dem Gesetze der Technik um Spannen über­le­gen. Denn er eignet sich die Führung der Maschinen nicht so sehr dadurch an, daß er ihre vor­schriftsmäßige Handhabung erlernt, als indem er den eige­nen Leib darin ent­deckt. Zerstört er dazu zwar zunächst die men­schen­feind­liche falsche Magie intak­ten maschi­nel­len Funktionierens, so ins­tal­liert er sich jedoch als­dann sou­verän in des ent­larv­ten Ungeheuers einfäl­ti­ger Seele und freut sich des wah­rhaft ein­ver­leib­ten Besitzes zum unum­schränk­ten Herrenturn uto­pi­scher Daseins-Allmacht. Auf die tech­ni­schen Anmaßungen seines lei­bei­ge­nen Instruments läßt er “sich nicht mehr ein, die­sen Schein und Trug sei­ner bloßen Erscheinung hat er mit unbes­te­chli­chem Blicke . durch­schaut ; ein Stückchen Holz oder ein Lappen tut’s auch. Aber frei­lich muß sich die Gewalt des Einverleibten im sie­ghaf­ten Anprall stünd­lich bewäh­ren. In beäng­sti­gen­der Verve jagt er mit sei­nem Auto drau­flos, und wenn dabei nicht irgend etwas in Trümmer geht, die Straßenmauer oder ein Eselkarren oder die eigene Maschine, so hat die ganze Autofahrerei kei­nen Sinn gehabt. Ein rich­tiges Eigentum muß eben auch ges­chun­den wer­den, sonst hat man nichts davon, es muß bis auf den letz­ten Stumpf gebraucht und aus­ge­kos­tet, gleich­sam ver­tilgt und auf­ge­fres­sen wer­den. Doch ist im gan­zen das Verhältnis des Neapolitaners zu sei­ner Maschine gutmü­tig, nur etwas bru­tal ; gerade wie zu sei­nem Esel.
An die vor­ges­chrie­be­nen Zweckverwendungen in kei­ner Weise mehr gebun­den, erfährt die Technik hier die son­der­bars­ten Ablenkungen und geht mit eben­so über­ra­schen­den wie evi­den­ten Wirksamkeiten in einen ihr völ­lig frem­den Lebensgrund ein. Wiewohl es gewiß nicht die Absicht der Osrambirne ist, Madonnen ihre Glorie zu lei­hen, noch auch ein Radmotor das Licht der Welt dazu erblickte, aus den Zwängen des zer­sch­met­ter­ten Motorrads gelöst mit sei­nen um eine leicht exzen­trische Achse wir­beln­den Drehungen in einem Topf die Sahne zu schla­gen, leis­tet die moderne Technik auf solche ungeahnte Weisen den übun­gen dieses mit elek­tri­scher Straßenbahn und Telephon selt­sam über­le­ben­den 17. Jahrhunderts die aus­ge­zeich­netste Hilfestellung und dient so übe­rall der Freiheit dieses Leben über sie aufs unfrei­willig­ste noch zur Folie. Die Mechanismen kön­nen hier das zivi­li­sa­to­rische Kontinuum nicht bil­den, zu dem sie auser­se­hen ; Neapel dreht ihnen das Gesieht auf den Rücken.
Der moder­nen Technik geht’s hier im gan­zen letzt­lich wie jenem welt­ver­lo­re­nen Schienenpaar, welches ein­sam und ver­ros­tet den Monte Santo die Straßen hinun­terläuft. Das Feldgeschrei der küh­nen Pläne, zu denen es, man weiß nicht wann, hie­rher ver­schla­gen wurde, ist läng­st verk­lun­gen und ver­ges­sen. Mit bei­spiel­lo­ser Kraft des Funktionierens aber spritzt es den jubeln­den Straßenkindern das Wasser, welches aus irgen­dei­ner verirr­ten Leitung durch seine Rohre fließt, zu seli­gem Ergötzen in den Mund, und die ganze Nachbarschaft erfreut sich die­ser hoch­will­kom­me­nen Quelle. So etwa verei­ni­gen sich in die­ser Stadt die kom­pli­zier­tes­ten Zweckinstrumente der Technik zu ein­fachs­ter, doch nie erträum­ter Verrichtung. Zu der unfrei­willi­gen Stiftung sol­chen Nutzens sind sie vol­len­det umge­mo­delt, zu ihren eigent­li­chen Zwecken ver­sa­gen sie konsequent.

Cf. L’exotisation / éro­ti­sa­tion de Benjamin/Lacis sur Naples. Le Napolitain comme enfant des rues, pri­mi­tif de la moder­ni­té (poro­si­té privé/public, individu/communauté, syn­cré­tisme sacré naïf/profane), symp­tôme (excès ou « reste ») de la mar­chan­dise (cf. fla­neur, chiffonnier).

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« L’idéal du cas­sé. À pro­pos de la tech­nique napolitaine » Sur Naples [Das Ideal der Kaputten. Über nea­po­li­ta­nische Technik]
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