Il n’est pas possible qu’il y ait aucun intermédiaire entre les énoncés contradictoires : il faut nécessairement ou affirmer ou nier un seul prédicat, quel qu’il soit. » alt : « Nous en avons dit assez pour établir que le plus sûr de tous les principes, c’est que les affirmations opposées ne peuvent être vraies en même temps, et pour montrer les conséquences et les causes de l’opinion contraire. Et, puisqu’il est impossible que deux assertions contraires sur le même objet soient vraies en même temps, il est évident qu’il n’est pas possible non plus que les contraires se trouvent en même temps dans le même objet ; car l’un des contraires n’est pas autre chose que la privation, la privation de l’essence.
Citations
Ce cercle est si parfaitement un que son diamètre est sa circonférence. Mais un diamètre infini a un milieu infini. Or son milieu est son centre. On voit donc que centre, diamètre et circonférence sont la même chose. […] Tu vois comment le maximum parfait tout entier est à l’intérieur de tout, qu’il est simple et indivisible, puisqu’il est le centre infini ; et en dehors de tout, entourant toutes choses, puisque circonférence infinie ; et pénétrant tout, puisque diamètre infini ; principe de toutes choses, puisque centre ; fin de toutes choses, puisque circonférence ; milieu de tout, puisque diamètre. Cause efficiente, puisque centre ; formelle, puisque diamètre ; finale, puisque circonférence. […] Et ainsi de suite pour beaucoup de choses.
Processus permettant l’imposition d’un nom et qui se déroule de la manière suivante (nous nous appuyons sur le De Intellectibus) : au fondement de toute connaissance, il y a la sensation qui « touche légèrement » l’objet, puis vient l’imagination qui, en se débarrassant d’une extériorité, saisit la chose de manière confuse ou indéterminée – car imaginer, c’est accueillir simplement la chose sans considérer encore en elle ni nature ni propriété. Enfin vient l’intellection. Celle-ci, ayant comme acte essentiel celui de l’« attentio », débarrassée de toute extériorité, observant à travers les yeux de l’esprit, intellige « sa chose ». Par les images, l’intellect vise une nature ou propriété de la chose en se plaçant devant son objet ; et il se l’approprie. De la sensation à l’intellection, en passant par l’image, un processus d’abstraction permettant la fondation des intellections, comme portée au terme de la connaissance, a lieu. C’est ainsi que nous obtenons les « connaissances des natures qui fonderont l’imposition des noms, l’attribution du prédicat au sujet et enfin le raisonnement ».
L’attentio, viser une nature ou une propriété, se livrer à une chose – comme acte de l’âme – ne pourrait pas ne pas être un phénomène d’ordre personnel, c’est-à-dire un phénomène propre et exclusif à un « point de vue particulier », car le sujet – le sujet mettant en œuvre cette puissance – dans cet acte, se fait ; d’une certaine manière, la personne de l’acte intellectif, en se posant devant son objet, s’impose comme son propriétaire, voire comme l’auteur de la chose concernée. Ce n’est pas l’homme en général qui vise ; toute visée n’est jamais que la visée de quelqu’un. La chose nommée, inscrite maintenant dans le monde langagier (c’est une chose dite), se détermine. Le langage étant une institution humaine, la chose s’humanise. La visée comme condition de possibilité de l’intellection est traversée par ce que la phénoménologie appellera plus tard, une intentionnalité, la chose, la pensée de la chose, cette chose-là, n’étant telle que pour celui qui la saisit.
C’est pour cette même raison que l’engendrement de l’intellection dans l’esprit de l’autre (c’est-à-dire : signifier) ne peut qu’être semblable, et non pas de l’ordre du « même ». Reformulons notre phrase, par conséquent : viser, s’intéresser ou faire attention à une chose en tant qu’elle est telle chose, ne pourrait pas ne pas être un phénomène d’ordre personnel (de propre à un « singulier »).
La signification, essentielle à la communication, se voit affectée d’une double contrainte : une cause et une similitude. Une cause, car il n’y a pas de pensée sans objet ; penser, c’est toujours penser quelque chose ; et une similitude, car il faut poser qu’entre mon intellection et celle de l’autre, bien qu’elles soient nécessairement liées par la même « cause », dans l’acte de transfert, une coïncidence absolue n’aura jamais lieu.
Dieu sait que la foi – surtout la foi lucide, qui se reconquiert des griffes des religions – a disparu, au point qu’on ne retrouve qu’avec peine et patience les rescapés du conformisme, du doute et de l’athéisme au milieu d’une humanité brutale et matérialiste, d’un grouillis de jambes, qui ne portent plus d’âmes, qui ne sont vraiment plus que jambes d’os et de chair pour courir après les biens terrestres, botter et écraser les obstacles à leurs désirs, jambes qui inondent la terre, tellement que l’oiseau ne trouve plus l’herbe sous leur piétinement.
Le Christ que je vis n’était pas un esprit, mais une personne bien en volume et certainement pesante, car je sentis la lourdeur de son bras quand il posa sa main sur ma tête. Quand il m’oignit les lèvres je distinguai les sillons de la peau des phalangettes et les ongles normaux.
Outre mes difficultés de discernement, il faut bien dire en effet que rien dans ma vie de pécheur ne me rendit jamais digne et capable de la mission sublime que Dieu me confie. Rien, ni mérites, ni mêmes dispositions spirituelles, car, homme de prière, je n’étais pas mystique ; pasteur pugnace, je n’étais ni doux, ni contemplatif ; témoin de plusieurs miracles dans ma vie passée je fus souvent incrédule ; je ne fus jamais intéressé par les annales du surnaturel, les récits derévélations et d’apparitions que je jugeais niais, dénués de dynamique pastorale et donc inutiles. Je n’étais vraiment pas l’homme qui pouvait s’attendre à être tiré de son sommeil une nuit de janvier, appelé dans un lieu de sa maison pour y voir et entendre le Christ.
Je constatai ainsi que pour introduire l’essentiel, l’Évangile, dans les esprits religieux les plus éclairés il fallait passer par leur curiosité pour l’accessoire, les circonstances de sa révélation et ses conséquences pratiqurs et secondaires.
À partir d[u] moment [de la révélation], le prestige ecclésiastique me quittant, « l’embarras s’organise autour du témoin », dis-je à mes proches en plaisantant amèrement.
Ce regard « d’homme à homme » a pour moi d’autant plus de prix que je remarque, et que je ressens avec douleur, « quel effort représente pour Jésus d’apparaître en ce monde pourri de péché – en commençant par moi – comme l’épreuve de descendre dans une fosse infecte. J’avais le sentiment de puer de l’esprit et qu’il fallait vraiment beaucoup d’amour pour l’approcher et pour me regarder ».
(…)
Jésus se tourne, bouge, remue la tête, les bras, les mains, très posément. Ses sentiments se traduisent plutôt « par l’étrange variation de la brillance de l’œil ».
Quarante fois Jésus va dicter son message jusqu’à la nuit du 12 au 13 avril. Mais ce n’est qu’à partir de la dixième veillée que je comprends que son message sera peut-être long. L’écritoire improvisé des premiers jours est amélioré et laissé en permanence sur le lieu. Tout naturellement je donne à chaque dictée le nom de veille ou veillée, parce qu’elle a toujours lieu la nuit, et dans les mêmes circonstances. Une voix m’appelle entre 23h et 3h. Invariablement, quand j’arrive sur le lieu de l’apparition, celle-ci m’y précède et attend. Par contre, à l’issue de chaque veille, je vois disparaître Jésus en ascension ; il semble se laisser glisser, bras en avant, dans le lambris du plafond comme un ours blanc dans la mer.