Le Christ que je vis n’é­tait pas un esprit, mais une per­sonne bien en volume et cer­tai­ne­ment pesante, car je sen­tis la lour­deur de son bras quand il posa sa main sur ma tête. Quand il m’oi­gnit les lèvres je dis­tin­guai les sillons de la peau des pha­lan­gettes et les ongles normaux.

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« Liminaire à l’é­di­tion de 1974 » La Révélation d’Arès
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Outre mes dif­fi­cul­tés de dis­cer­ne­ment, il faut bien dire en effet que rien dans ma vie de pécheur ne me ren­dit jamais digne et capable de la mis­sion sublime que Dieu me confie. Rien, ni mérites, ni mêmes dis­po­si­tions spi­ri­tuelles, car, homme de prière, je n’é­tais pas mys­tique ; pas­teur pug­nace, je n’é­tais ni doux, ni contem­pla­tif ; témoin de plu­sieurs miracles dans ma vie pas­sée je fus sou­vent incré­dule ; je ne fus jamais inté­res­sé par les annales du sur­na­tu­rel, les récits deré­vé­la­tions et d’ap­pa­ri­tions que je jugeais niais, dénués de dyna­mique pas­to­rale et donc inutiles. Je n’é­tais vrai­ment pas l’homme qui pou­vait s’at­tendre à être tiré de son som­meil une nuit de jan­vier, appe­lé dans un lieu de sa mai­son pour y voir et entendre le Christ.

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« Liminaire à l’é­di­tion de 1974 » La Révélation d’Arès
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Je consta­tai ain­si que pour intro­duire l’es­sen­tiel, l’Évangile, dans les esprits reli­gieux les plus éclai­rés il fal­lait pas­ser par leur curio­si­té pour l’ac­ces­soire, les cir­cons­tances de sa révé­la­tion et ses consé­quences pra­ti­qurs et secondaires.

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« Liminaire à l’é­di­tion de 1974 » La Révélation d’Arès
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Ce regard « d’homme à homme » a pour moi d’au­tant plus de prix que je remarque, et que je res­sens avec dou­leur, « quel effort repré­sente pour Jésus d’ap­pa­raître en ce monde pour­ri de péché – en com­men­çant par moi – comme l’é­preuve de des­cendre dans une fosse infecte. J’avais le sen­ti­ment de puer de l’es­prit et qu’il fal­lait vrai­ment beau­coup d’a­mour pour l’ap­pro­cher et pour me regarder ».
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Jésus se tourne, bouge, remue la tête, les bras, les mains, très posé­ment. Ses sen­ti­ments se tra­duisent plu­tôt « par l’é­trange varia­tion de la brillance de l’œil ».

Quarante fois Jésus va dic­ter son mes­sage jus­qu’à la nuit du 12 au 13 avril. Mais ce n’est qu’à par­tir de la dixième veillée que je com­prends que son mes­sage sera peut-être long. L’écritoire impro­vi­sé des pre­miers jours est amé­lio­ré et lais­sé en per­ma­nence sur le lieu. Tout natu­rel­le­ment je donne à chaque dic­tée le nom de veille ou veillée, parce qu’elle a tou­jours lieu la nuit, et dans les mêmes cir­cons­tances. Une voix m’ap­pelle entre 23h et 3h. Invariablement, quand j’ar­rive sur le lieu de l’ap­pa­ri­tion, celle-ci m’y pré­cède et attend. Par contre, à l’is­sue de chaque veille, je vois dis­pa­raître Jésus en ascen­sion ; il semble se lais­ser glis­ser, bras en avant, dans le lam­bris du pla­fond comme un ours blanc dans la mer.

Nos esprits doivent culti­ver toute la réa­li­té du fait d’Arès, afin qu’il ne dégé­nère pas en tra­duc­tions intel­lec­tuelles ou idéo­lo­gies, comme ce fut le cas pour tant d’autres faits : par exemple, la croix d’une hor­rible mise àmort deve­nue par l’athéologie,et l’ef­fet d’un inquié­tant lyrisme, la croix idéale, « qui sauve ». Non-sens. Si le fait d’Arès vire à l’i­déo­lo­gie, si ma vie passe au roma­nesque, des constantes aber­rantes suivront.

De plus, Jésus qui m’ap­pa­raît n’a pas la fixi­té des visions de l’i­ma­ge­rie. Il va et vient posé­ment ; il se montre de face, de pro­fil, cepen­dant jamais de dos. Ses pieds nus reposent sur le sol, font cra­quer les gra­vats. S’il longe un objet, le frô­le­ment est audible. Je me sou­viens avoir dit ou écrit : « Il aurait pu faire un accroc à sa tunique. » Comme dans le lieu del’ap­pa­ri­tion les murs béent, les portes sont dégon­dées, les che­veux de Jésus flottent dans le cou­rant d’air gla­cial. Le mois de jan­vier 1974 est froid à Arès.
(…)
Devant cet homme – car c’es­tun homme glo­rieux, trans­fi­gu­ré, mais entier – d’une majes­té indi­cible, j’ai peur en effet. « Non la peur phy­sique de rece­voir un mau­vais coup, mais celle de me sen­tir tra­ver­sé, lu, jugé, dans les recoins les plus recu­lés de mon esprit, de mon cœur, de mes secrets. Mes péchés les plus sub­tils étaient nus sous ce regard ». L’œil de Jésus pèse sur moi.

J’essaie de déve­lop­per à mon usage l’i­dée d’un pro­grès infi­ni de la phi­lo­so­phie, j’es­saie de prou­ver que ce que l’on doit inces­sam­ment exi­ger de tout sys­tème, l’u­nion du sujet et de l’ob­jet en un Moi abso­lu (ou quel que soit le nom qu’on lui donne) est sans doute pos­sible sur le plan esthé­tique, dans l’in­tui­tion intel­lec­tuelle ; mais ne l’est sur le plan théo­rique que par voie d’ap­proxi­ma­tion infi­nie, comme celle du car­ré au cercle, et que pour réa­li­ser un sys­tème de pen­sée, l’im­mor­ta­li­té est tout aus­si néces­saire que pour réa­li­ser un sys­tème d’action.

Ich suche mir die Idee eines unend­li­chen Progresses der Philosophie zu ent­wi­keln, ich suche zu zei­gen, daß die unna­chläß­liche Forderung, die an jedes System gemacht wer­den muß, die Vereinigung des Subjects und Objects in einem abso­lu­ten – Ich oder wie man es nen­nen will – zwar ästhe­tisch, in der intel­lec­tua­len Anschauung, theo­re­tisch aber nur durch eine unend­liche Annäherung möglich ist.

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« Lettre à Schiller (4 sep­tembre 1795) » Œuvres
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trad.  Denise Naville
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p. 364
, coll. « Pléiade » (dir. Ph. Jaccottet)