La littérature a aussi inspiré la musique dans sa forme. Par exemple, les titres des Märchenbilder (« Images de contes ») pour alto et piano opus 113 (1851) et des Märchenerzählungen (Récits de contes) pour clarinette, alto et piano opus 132 de Schumann (1853) sont des références explicites au Märchen, au conte. La notion de la Märchenerzählung montre que le texte musical raconte à nouveau ce que le conte dit à sa manière. La musique ne met donc pas en rythme et mélodie un récit ; elle raconte dans son médium. Elle est récit au carré, ou sens au carré, et de façon très singulière, car elle a besoin de se multiplier par la littérature (ici la prose des Grimm). Schumann considère d’ailleurs que la meilleure façon de lire les contes est la lecture à haute voix, qu’il pratique beaucoup auprès de ses enfants. Schumann a transposé en musique la « courbe intonative du récit ». La poésie (qui hante les proses) devient le modèle de la musique.
Citations
Récitatif sobre et didactique, au mieux ou dans l’idée sentie. Il navigue entre deux vagues puissantes et quasi-régnantes. D’abord, la vague emphatique ordinaire et « persienne », aux nombreuses variétés, aux plusieurs degrés de talents, qui franchissent le pas, et tendent à confondre chanson et chant, ou plutôt chant poétique et chant musical strict. Ensuite, la vague de prose, qui confond la sobriété et le caractère indifférencié et pédestre des varia de la prose du monde (nourriture de la prière laïque, matin, midi et soir).
Les combattants qui continuent à libérer leur peuple font également voir les paysages. Nous sommes familiers des paysages d’Indochine depuis les guerres de libération du Viêtnam ; des paysages de l’Atlas, du Maghreb depuis la guerre d’indépendance algérienne, etc. Ce sont les tyrans qui enferment leur pays dans des limites et qui le rendent invisible.
La vraie vie est d’avoir une voiture amie vivre est vivre avec une voiture amie il est vrai que la vraie vie est d’avoir avec soi une voiture une voiture amie que c’est vivre en vie avec une voiture amie de vivre avec avec une voiture à soi avec une voiture amie avec une vraie voiture à soi voilà la vraie vie est d’avoir une voiture avec soi une belle voiture une voiture qui soit une amie la vraie vie est d’avoir une amie une voiture d’avoir comme amie une voiture amie de vivre avec d’aller avec une belle voiture amie une vraie voiture voilà la vraie vie est de vivre avec avec une vraie voiture à soi la vraie est vie est là avec cette belle voiture qui est une amie voilà la vie vivre avec une voiture amie qui est belle qui est là qui est à soi voilà la belle voiture qui est une amie avec laquelle vivre toute la vraie vie vivre une voiture vivre une voiture à soi vivre avec une belle amie vivre une vraie vie une vraie vie qui est une vraie voiture avec à soi une vraie vie de voiture amie à soi avec une vraie belle voiture qui va partout.
nous formons le monde
nous formons un monde magique
nous nous goûtons
nous faisons de la magie
nous sommes en conversation avec le démon
le fait d’être avec le démon
nous savons
nous avons le ce que nous avons pour avoir conscience
assez de cœur
nous avons assez de cœur
nous avons pour avoir conscience assez de cœur pour savoir
le démon pour être en train de converser avec le assez de
cœur de le démon
nous avons faim
nous avons la tentation de faire l’amour
nous sommes heureux
nous sommes heureux de faire l’amour
nous avons autant de cœur
nous avons tout autant de cœur
nous avons tout ce que le ce cœur nous avons fait un monde avec un démon
nous avalons
nous ravalons
nous avons autant le cœur de le savoir
nous avons une vie
nous avons autant la vie
nous avons autant de vie
nous avons un v vivant dans voulu dans vivant dans vie
le démon vient dans le, dans le cœur assez grand
et assez vivant pour qui le savent
nous avons le cœur assez grand pour le savoir
nous avons le tout ce que nous avons pour avoir conscience
nous avons conscience nous avons faim
nous goûtons
nous avons su valoir nous avons voulu savoir
nous avons su avant de commencer
nous avons un grand cœur qui va vouloir qui veut
toujours s’étaler dans la position d’en venir à revouloir savoir
toujours dans la position d’être conscient le vouloir savoir
le démon goûte le cœur
nous avons formé le monde avec un démon
le démon goûte le cœur et le cœur demande au démon
le cœur et le démon sont de la même sorte
le cœur et le démon ils font de la magie
nous avons formé un monde magique
d’où le fait que nous sommes dans un monde magique
la vie n’est pas à un autre endroit que la vie au cœur
où nous avons assez à boire
d’où le fait que nous sommes dans un monde magique
parce qu’il vogue
parce qu’il n’a pas de volonté
ni d’avant ni d’avalanche
parce qu’il est avant tout inventé
et ivre
et avant tout il est inventé il est inversé et il est ivre
soulevons
soulevons-le
nous avons assez de cœur pour soulever avec le cœur
et le démon et la conversation avec le démon et le monde magique
car nous avons formé le monde
et le monde est magique
nous produisons
nous nous produisons
nous procédons à notre destruction
comment nous nous procédons ?
nous nous produisons
nous procédons à notre destruction
où nous nous détruisons se produit
la destruction massive se produit
avec quoi nous ensevelissons-nous ?
nous nous ensevelissons dans la destruction
comment elle se produit ?
nous nous produisons
nous nous sommes faits de la destruction par ensevelissons-nous
où nous nous sommes mis à nous ensevelir
exactement où nous nous sommes mis à nous ensevelir
nous n’y coupons pas
nous avons autant le cœur de le savoir et assez de cœur
pour en avoir conscience
nous qui nous formons la destruction
nous nous mettons dedans
ce qui nous procède
nous nous mettons à procéder
à nous procéder à la destruction
nous nous produisons et nous formons le monde
le monde est magique
et dans quatre mois c’est l’été
mars avril mai juin
un deux trois quatre
quatre mois à tenir avant que ça soit l’été
quatre mois c’est pas long
ça passe assez vite
en attendant quatre mois ça passe assez vite et on est
d’un coup
dans l’été chaud
en pleine chaleur
en plein mois de juin
quand il fait très chaud en plein milieu de la journée
dans quatre mois et on est dedans
Précisément, les possibilités du langage s’arrêtent aux limites du monde, et inversement ; l’appréhension du monde comme totalité limitée coïncide purement et simplement avec la reconnaissance des limites du langage : elle consiste à se rendre compte à « sentir » que, d’une certaine manière, le dernier mot n’est pas dit par ce que le langage permet de dire, bien que l’on ne puisse rien dire de plus que ce que le langage permet de dire. Toute limite exprimable est nécessairement une limite factuelle, c’est-à-dire intramondaine (…) Les limites du monde ne sont donc pas les limites d’une totalité considérée en extension, ce sont les limites de la factualité ; et ce qui est à l’extérieur de ces limites est, comme l’indiquent clairement certaines remarques des Carnets, le « sens » ou la « valeur ».
Et aussitôt le problème se pose : si l’énoncé est bien l’unité élémentaire du discours, en quoi consiste-t-il ? Quels sont ses traits distinctifs ? Quelles limites doit-on lui reconnaître ? Cette unité est-elle ou non identique à celle que les logiciens ont désignée par le terme de proposition, à celle que les grammairiens caractérisent comme phrase, ou à celle encore que les « analystes » essaient de repérer sous le titre de speech act ? Quelle place occupe-t-elle parmi toutes ces unités que l’investigation du langage a déjà mises au jour, mais dont la théorie est bien souvent loin d’être achevée tant les problèmes qu’elles posent sont difficiles, tant il est malaisé dans beaucoup de cas de les délimiter d’une façon rigoureuse ?
Derrière le système achevé, ce que découvre l’analyse des formations, ce n’est pas, bouillonnante, la vie elle-même, la vie non encore capturée ; c’est une épaisseur immense de systématicités, un ensemble serré de relations multiples. Et de plus, ces relations ont beau n’être pas la trame même du texte, elles ne sont pas par nature étrangères au discours. On peut bien les qualifier de « prédiscursives », mais à condition d’admettre que ce prédiscursif est encore du discursif, c’est-à-dire qu’elles ne spécifient pas une pensée, ou une conscience ou un ensemble de représentations qui seraient, après coup et d’une façon jamais tout à fait nécessaire, transcrits dans un discours, mais qu’elles caractérisent certains niveaux du discours, qu’elles définissent des règles qu’il actualise en tant que pratique singulière. On ne cherche donc pas à passer du texte à la pensée, du bavardage au silence, de l’extérieur à l’intérieur, de la dispersion spatiale au pur recueillement de l’instant, de la multiplicité superficielle à l’unité profonde. On demeure dans la dimension du discours.
Avant d’avoir affaire, en toute certitude, à une science, ou à des romans, ou à des discours politiques, ou à l’œuvre d’un auteur ou même à un livre, le matériau qu’on a à traiter dans sa neutralité première, c’est une population d’événements dans l’espace du discours en général. Ainsi apparaît le projet d’une description des événements discursifs comme horizon pour la recherche des unités qui s’y forment. Cette description se distingue facilement de l’analyse de la langue. Certes, on ne peut établir un système linguistique (si on ne le construit pas artificiellement) qu’en utilisant un corpus d’énoncés, ou une collection de faits de discours ; mais il s’agit alors de définir, à partir de cet ensemble qui a valeur d’échantillon, des règles qui permettent de construire éventuellement d’autres énoncés que ceux-là : même si elle a disparu depuis longtemps, même si personne ne la parle plus et qu’on l’a restaurée sur de rares fragments, une langue constitue toujours un système pour des énoncés possibles : c’est un ensemble fini de règles qui autorise un nombre infini de performances. Le champ des événements discursifs en revanche est l’ensemble toujours fini et actuellement limité de seules séquences linguistiques qui ont été formulées ; elles peuvent bien être innombrables, elles peuvent bien, par leur masse, dépasser toute capacité d’enregistrement, de mémoire ou de lecture : elles constituent cependant un ensemble fini. La question que pose l’analyse de la langue, à propos d’un fait de discours quelconque, est toujours : selon quelles règles tel énoncé a‑t-il été construit, et par conséquent selon quelles règles d’autres énoncés semblables pourraient-ils être construits ? La description des événements du discours pose une tout autre question : comment se fait-il que tel énoncé soit apparu et nul autre à sa place ?
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