À l’exception des membres de l’Église catho­lique romaine, plus per­sonne aujourd’hui n’a l’aspect qu’il devrait avoir, parce que nous fai­sons de notre tête un usage aus­si imper­son­nel que de nos mains ; mais le mathé­ma­ti­cien, c’est le comble de tout : un mathé­ma­ti­cien sait presque aus­si peu de choses sur lui-même que les gens n’en sau­ront sur les prai­ries, les poules, les jeunes veaux, quand les pilules vita­mi­nées auront rem­pla­cé pain et viande !

Mit Ausnahme der römisch-katho­li­schen Geistlichen sieht heute übe­rhaupt nie­mand mehr so aus, wie er sollte, weil wir unse­ren Kopf noch unpersön­li­cher gebrau­chen als unsere Hände ; aber Mathematik, das ist der Gipfel, das weiß bereits so wenig von sich selbst, wie die Menschen, wenn sie sich dereinst statt von Fleisch und Brot von Kraftpillen näh­ren wer­den, noch von Wiesen und jun­gen Kälbern und Hühnern wis­sen dürften !

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chap. 17  : « Influence d’un homme sans qua­li­tés sur un homme à qualités »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 81

Il lui sem­blait par­fois qu’il fût né avec des dons pour les­quels, pro­vi­soi­re­ment, il n’y avait pas d’emploi.

Es war ihm zuwei­len gera­de­so zumute, als wäre er mit einer Begabung gebo­ren, für die es gegenwär­tig kein Ziel gab.

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chap. 16  : « Une mys­té­rieuse mala­die de l’époque »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 75

Personne ne savait exac­te­ment ce qui était en train : per­sonne ne pou­vait dire si ce serait un art nou­veau, un homme nou­veau, une nou­velle morale, ou encore un reclas­se­ment de la socié­té. […] On ne for­ce­ra donc per­sonne à sur­es­ti­mer contre son gré ce « mou­ve­ment » pas­sé. Il ne se pro­dui­sit d’ailleurs que dans cette couche mince et instable de l’humanité que forment les intel­lec­tuels, mépri­sés d’un com­mun accord par les hommes dont la concep­tion du monde, en dépit de toutes les nuances, est garan­tie inusable, et qui ont aujourd’hui, grâce à Dieu, repris le des­sus ; il n’agit donc pas sur la masse. Néanmoins, même si ce ne fut pas un évé­ne­ment his­to­rique, ce fut tout de même un « petit évé­ne­ment ». Lorsqu’ils étaient jeunes, Walter et Ulrich, les deux amis, en avaient encore aper­çu le reflet. À tra­vers la confu­sion des croyances, quelque chose avait pas­sé, comme quand beau­coup d’arbres se courbent sous un seul et même coup de vent, un esprit de secte et de réfor­ma­tion, la conscience bien­heu­reuse d’une appa­ri­tion et d’une éclo­sion, une petite renais­sance, une petite réforme comme n’en connaissent que les meilleures époques ; et quand on entrait dans le monde, on sen­tait l’esprit, dès le pre­mier coin de rue, qui vous souf­flait sur les joues.

Niemand wußte genau, was im Werden war ; nie­mand ver­mochte zu sagen, ob es eine neue Kunst, ein neuer Mensch, eine neue Moral oder viel­leicht eine Umschichtung der Gesellschaft sein solle. […] Wenn man nicht will, braucht man also diese ver­gan­gene »Bewegung« nicht zu über­schät­zen. Sie voll­zog sich ohne­hin nur in jener dün­nen, unbestän­di­gen Menschenschicht der Intellektuellen, die von den heute Gott sei Dank wie­der obe­nauf gekom­me­nen Menschen mit unzer­reiß­ba­rer Weltanschauung, trotz aller Unterschiede die­ser Weltanschauung, einmü­tig verach­tet wird, und wirkte nicht in die Menge. Aber imme­rhin, wenn es auch kein ges­chicht­liches Ereignis gewor­den ist, ein Ereignislein war es doch, und die bei­den Freunde Walter und Ulrich hat­ten, als sie jung waren, gerade noch einen Schimmer davon erlebt. Durch das Gewirr von Glauben ging damals etwas hin­durch, wie wenn viele Bäume sich in einem Wind beu­gen, ein Sekten- und Besserergeist, das selige Gewissen eines Auf- und Anbruchs, eine kleine Wiedergeburt und Reformation, wie nur die bes­ten Zeiten es ken­nen, und wenn man damals in die Welt ein­trat, fühlte man schon an der ers­ten Ecke den Hauch des Geistes um die Wangen.

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t. 1
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chap. 15  : « Révolution intel­lec­tuelle »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 69–70

L’exigence d’idéal pesait sur toutes les mani­fes­ta­tions de la vie comme une pré­fec­ture de police.

Die Forderung des Idealen wal­tete in der Art eines Polizeipräsidiums über allen Äußerungen des Lebens.

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t. 1
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chap. 15  : « Révolution intel­lec­tuelle »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 68

Qu’Ulrich pût pen­ser avoir obte­nu quelques résul­tats dans le domaine scien­ti­fique n’était pas abso­lu­ment sans impor­tance pour lui. Ses tra­vaux lui avaient même valu une cer­taine estime. De l’admiration eût été trop deman­der, car l’admiration, même au royaume de la véri­té, est réser­vée aux aînés dont il dépend que l’on obtienne ou non l’agrégation ou une chaire. À stric­te­ment par­ler, il était res­té ce qu’on appelle un espoir ; on nomme espoirs, dans la répu­blique des esprits, les répu­bli­cains pro­pre­ment dits, c’est-à-dire ceux qui s’imaginent qu’il faut consa­crer à son tra­vail la tota­li­té de ses forces, au lieu d’en gas­piller une grande part pour assu­rer son avan­ce­ment social ; ils oublient que les résul­tats de l’homme iso­lé sont peu de chose, alors que l’avancement est le rêve de tous, et négli­geant ce devoir social qu’est l’arrivisme, ils oublient que l’on doit com­men­cer par être un arri­viste pour pou­voir offrir à d’autres, dans les années du suc­cès, un appui à la faveur duquel ils puissent arri­ver à leur tour.

Or, un beau jour, Ulrich renon­ça même à vou­loir être un espoir. Alors déjà, l’époque avait com­men­cé où l’on se met­tait à par­ler des génies du foot­ball et de la boxe ; tou­te­fois, les pro­por­tions demeu­raient rai­son­nables : pour une dizaine, au moins, d’inventeurs, écri­vains et ténors de génie appa­rus dans les colonnes des jour­naux, on ne trou­vait encore, tout au plus, qu’un seul demi-centre génial, un seul grand tac­ti­cien du ten­nis. L’esprit nou­veau n’avait pas encore pris toute son assu­rance. Mais c’est pré­ci­sé­ment à cette époque-là qu’Ulrich put lire tout à coup quelque part (et ce fut comme un coup de vent flé­tris­sant un été trop pré­coce) ces mots : « un che­val de course génial ». Ils se trou­vaient dans le compte ren­du d’une sen­sa­tion­nelle vic­toire aux courses, et son auteur n’avait peut-être même pas eu conscience de la gran­deur de l’idée que l’esprit du temps lui avait glis­sée sous la plume. Ulrich com­prit dans l’instant quel irré­cu­sable rap­port il y avait entre toute sa car­rière et ce génie des che­vaux de course. Le che­val, en effet, a tou­jours été l’animal sacré de la cava­le­rie ; dans sa jeu­nesse enca­ser­née, Ulrich n’avait guère enten­du par­ler que de femmes et de che­vaux, il avait échap­pé à tout cela pour deve­nir un grand homme, et voi­là qu’au moment même où, après des efforts divers, il eût peut-être pu se sen­tir proche du but de ses aspi­ra­tions, le che­val, qui l’y avait pré­cé­dé, de là-bas le saluait…

Le fait a sans doute sa jus­ti­fi­ca­tion his­to­rique : il n’y a pas si long­temps encore, un homme digne d’admiration était un être dont le cou­rage est un cou­rage moral, la force une force de convic­tion, la fer­me­té celle du cœur et de la ver­tu, un être qui juge la rapi­di­té pué­rile, les feintes illi­cites, la mobi­li­té et l’élan contraires à la digni­té. Cet être, il est vrai, a fini par ne plus sub­sis­ter que dans le corps ensei­gnant secon­daire et dans toute espèce de décla­ra­tions pure­ment lit­té­raires ; c’était deve­nu un fan­tôme idéo­lo­gique, et la vie a dû se trou­ver un nou­veau type de viri­li­té. Comme elle le cher­chait des yeux autour d’elle, elle décou­vrit que les prises et les ruses dont se sert un esprit inven­tif pour résoudre un pro­blème logique ne dif­fèrent réel­le­ment pas beau­coup des prises d’un lut­teur bien entraî­né ; et il existe une com­ba­ti­vi­té psy­chique que les dif­fi­cul­tés et les impro­ba­bi­li­tés rendent froide et habile, qu’il s’agisse de devi­ner le point faible d’un pro­blème ou celui d’un enne­mi en chair et en os. Si l’on devait ana­ly­ser un grand esprit et un cham­pion natio­nal de boxe du point de vue psy­cho­tech­nique, il est pro­bable que leur astuce, leur cou­rage, leur pré­ci­sion, leur puis­sance com­bi­na­toire comme la rapi­di­té de leurs réac­tions sur le ter­rain qui leur importe, seraient en effet les mêmes ; bien plus, il est à pré­voir que les ver­tus et les capa­ci­tés qui font leur suc­cès à cha­cun ne les dis­tin­gue­raient pas beau­coup de tel célèbre steeple-cha­ser ; on ne doit pas sous-esti­mer les qua­li­tés consi­dé­rables qu’il faut mettre en jeu pour sau­ter une haie. Puis, un che­val et un cham­pion de boxe ont encore cet autre avan­tage sur un grand esprit, que leurs exploits et leur impor­tance peuvent se mesu­rer sans contes­ta­tion pos­sible et que le meilleur d’entre eux est véri­ta­ble­ment recon­nu comme tel ; ain­si donc, le sport et l’objectivité ont pu évin­cer à bon droit les idées démo­dées qu’on se fai­sait jusqu’à eux du génie et de la gran­deur humaine.

Es ist nicht unwe­sent­lich, daß sich Ulrich sagen durfte, in sei­ner Wissenschaft nicht wenig geleis­tet zu haben. Seine Arbeiten hat­ten ihm auch Anerkennung ein­ge­bracht. Bewunderung wäre zu viel ver­langt gewe­sen, denn selbst im Reiche der Wahrheit hegt man Bewunderung nur für ältere Gelehrte, von denen es abhängt, ob man die Habilitation und Professur erreicht oder nicht. Genau ges­pro­chen, er war das geblie­ben, was man eine Hoffnung nennt, und Hoffnungen nennt man in der Republik der Geister die Republikaner, das sind jene Menschen, die sich ein­bil­den, man dürfe seine ganze Kraft der Sache wid­men, statt einen großen Teil von ihr auf das äußere Vorwärtskommen zu ver­wen­den ; sie ver­ges­sen, daß die Leistung des Einzelnen gering, das Vorwärtskommen dage­gen ein Wunsch aller ist, und ver­na­chläs­si­gen die soziale Pflicht des Strebens, bei der man als ein Streber begin­nen muß, damit man in den Jahren des Erfolgs eine Stütze und Strebe abge­ben kann, an deren Gunst sich andere emporarbeiten.

Und eines Tages hörte Ulrich auch auf, eine Hoffnung sein zu wol­len. Es hatte damals schon die Zeit begon­nen, wo man von Genies des Fußballrasens oder des Boxrings zu spre­chen anhub, aber auf min­des­tens zehn geniale Entdecker, Tenöre oder Schriftsteller ent­fiel in den Zeitungsberichten noch nicht mehr als höchs­tens ein genia­ler Centrehalf oder großer Taktiker des Tennissports. Der neue Geist fühlte sich noch nicht ganz sicher. Aber gerade da las Ulrich irgend­wo, wie eine vor­ver­wehte Sommerreife, plötz­lich das Wort »das geniale Rennpferd«. Es stand in einem Bericht über einen auf­se­he­ner­re­gen­den Rennbahnerfolg, und der Schreiber war sich der gan­zen Größe des Einfalls viel­leicht gar nicht bewußt gewe­sen, den ihm der Geist der Gemeinschaft in die Feder ges­cho­ben hatte. Ulrich aber begriff mit einem­mal, in wel­chem unen­trinn­ba­ren Zusammenhang seine ganze Laufbahn mit die­sem Genie der Rennpferde stehe. Denn das Pferd ist seit je das hei­lige Tier der Kavallerie gewe­sen, und in sei­ner Kasernenjugend hatte Ulrich kaum von ande­rem spre­chen hören als von Pferden und Weibern und war dem ent­flohn, um ein bedeu­ten­der Mensch zu wer­den, und als er sich nun nach wech­sel­vol­len Anstrengungen der Höhe sei­ner Bestrebungen viel­leicht hätte nahefüh­len kön­nen, begrüßte ihn von dort das Pferd, das ihm zuvor­ge­kom­men war.

Das hat wohl gewiß zeit­lich seine Berechtigung, denn es ist noch gar nicht lange her, daß man sich unter einem bewun­de­rung­swür­di­gen männ­li­chen Geist ein Wesen vor­ges­tellt hat, des­sen Mut sit­tli­cher Mut, des­sen Kraft die Kraft einer Überzeugung, des­sen Festigkeit die des Herzens und der Tugend gewe­sen ist, das Schnelligkeit für etwas Knabenhaftes, Finten für etwas Unerlaubtes, Beweglichkeit und Schwung für etwas der Würde Zuwiderlaufendes gehal­ten hat. Zum Schluß ist dieses Wesen aller­dings nicht mehr leben­dig, son­dern nur noch in den Lehrkörpern von Gymnasien und in alle­rhand schrift­li­chen Äußerungen vor­ge­kom­men, es war zu einem ideo­lo­gi­schen Gespenst gewor­den, und das Leben mußte sich ein neues Bild der Männlichkeit suchen. Da es sich danach umsah, machte es aber die Entdeckung, daß die Griffe und Listen, die ein erfin­de­ri­scher Kopf in einem logi­schen Kalkül anwen­det, wirk­lich nicht sehr ver­schie­den von den Kampfgriffen eines hart ges­chul­ten Körpers sind, und es gibt eine all­ge­meine see­lische Kampfkraft, die von Schwierigkeiten und Unwahrscheinlichkeiten kalt und klug gemacht wird, ob sie nun die dem Angriff zugän­gliche Seite einer Aufgabe oder eines kör­per­li­chen Feindes zu erra­ten gewohnt ist. Sollte man einen großen Geist und einen Boxlandesmeister psy­cho­tech­nisch ana­ly­sie­ren, so wür­den in der Tat ihre Schlauheit, ihr Mut, ihre Genauigkeit und Kombinatorik sowie die Geschwindigkeit der Reaktionen auf dem Gebiet, das ihnen wich­tig ist, wahr­schein­lich die glei­chen sein, ja sie wür­den sich in den Tugenden und Fähigkeiten, die ihren beson­de­ren Erfolg aus­ma­chen, voraus­sicht­lich auch von einem berühm­ten Hürdenpferd nicht unter­schei­den, denn man darf nicht unter­schät­zen, wie­viele bedeu­tende Eigenschaften ins Spiel gesetzt wer­den, wenn man über eine Hecke springt. Nun haben aber noch dazu ein Pferd und ein Boxmeister vor einem großen Geist voraus, daß sich ihre Leistung und Bedeutung ein­wand­frei mes­sen läßt und der Beste unter ihnen auch wirk­lich als der Beste erkannt wird, und auf diese Weise sind der Sport und die Sachlichkeit ver­dien­ter­maßen an die Reihe gekom­men, die veral­te­ten Begriffe von Genie und men­schli­cher Größe zu verdrängen.

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chap. 13  : « Un che­val de course génial confirme en Ulrich le sen­ti­ment d’être un homme sans qualités »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 55–57

À l’âge où l’on aime encore à se regar­der dans la glace et où l’on accorde encore de l’importance aux pro­blèmes du tailleur et du coif­feur, il arrive aus­si que l’on se décrive un lieu où l’on aime­rait pas­ser sa vie, ou du moins un lieu où il serait « chic » de séjour­ner quand bien même on pres­sen­ti­rait qu’on ne s’y plai­rait guère personnellement.

Parmi ces idées fixes sociales est appa­rue, depuis long­temps déjà, une espèce de ville hyper-amé­ri­caine, où tout marche et s’arrête au chro­no­mètre. L’air et la terre ne sont plus qu’une immense four­mi­lière sillon­née d’artères en étages. Les trans­ports, de sur­face, aériens et sou­ter­rains, les dépla­ce­ments humains par pneu­ma­tique, les files d’automobiles foncent dans l’horizontale tan­dis que dans la ver­ti­cale des ascen­seurs ultra-rapides pompent les masses humaines d’un palier de cir­cu­la­tion à l’autre ; aux points de jonc­tion, l’on saute d’un trans­port dans l’autre ; leur rythme qui, entre deux vitesses ton­nantes, fait une pause, une syn­cope, un petit gouffre de vingt secondes, vous aspire et vous enlève sans que vous ayez le temps de réflé­chir, et dans les inter­valles de ce rythme géné­ral, on échange hâti­ve­ment quelques mots. Les ques­tions et les réponses s’emboîtent les unes dans les autres comme les pièces d’une machine, cha­cun n’a devant soi que des tâches bien défi­nies, les pro­fes­sions sont grou­pées par quar­tiers, on mange tout en se dépla­çant, les plai­sirs sont concen­trés dans d’autres sec­teurs, et ailleurs encore se dressent les tours où l’on retrouve son épouse, sa famille, son gra­mo­phone et son âme. La ten­sion et la détente, l’activité et l’amour ont tous leurs moments dis­tincts, cal­cu­lés sur la base de minu­tieuses expé­riences de labo­ra­toire. Si une dif­fi­cul­té se pré­sente dans l’une ou l’autre de ces acti­vi­tés, rien de plus simple : on l’abandonne ; ou bien on en trou­ve­ra une autre, ou bien, à l’occasion, on décou­vri­ra une meilleure issue ; et si on passe à côté, un autre sau­ra bien la voir ; dans tout cela, aucune perte, alors que rien n’écorne l’énergie com­mune autant que la pré­ten­tion d’avoir une mis­sion per­son­nelle et le refus de s’écarter de son but. Dans une com­mu­nau­té constam­ment irri­guée d’énergie, tous les che­mins mènent à un but esti­mable, pour­vu que l’on n’hésite ni ne réflé­chisse trop long­temps. Les buts sont à courte dis­tance ; mais la vie aus­si est courte ; on lui prend ain­si le maxi­mum de résul­tats, et il n’en faut pas plus à l’homme pour être heu­reux, car l’âme est for­mée par ce qu’elle atteint, alors que ce qu’elle pour­suit sans y atteindre la déforme ; pour le bon­heur, ce qui compte n’est pas ce que l’on veut ; mais d’atteindre ce que l’on veut. D’ailleurs, la zoo­lo­gie enseigne que la som­ma­tion d’individus dimi­nués peut par­fai­te­ment don­ner un total génial.

Il n’est pas du tout sûr que les choses doivent évo­luer ain­si, mais ces ima­gi­na­tions font par­tie des rêves de voyage dans les­quels se reflète l’impression de mou­ve­ment inces­sant qui nous entraîne. Ils sont super­fi­ciels, brefs et agi­tés. Dieu sait ce qui réel­le­ment se pro­dui­ra. On serait ten­té de croire que nous avons à chaque minute le com­men­ce­ment en main, et que nous devrions tirer des plans pour l’humanité. Si la chi­mère de la vitesse nous déplaît, créons-en une autre, par exemple très lente, un bon­heur mys­té­rieux comme le ser­pent de mer, flot­tant comme des voiles, et ce pro­fond regard de vache dont les Grecs déjà s’engouèrent ! Mais il n’en va nul­le­ment ain­si. C’est la chose qui nous a en main. Jour et nuit, on voyage en elle, et l’on en fait bien d’autres : on s’y rase, on y mange, on y aime, on y lit des livres, on y exerce sa pro­fes­sion comme si les quatre murs étaient immo­biles, mais l’inquiétant, c’est que les murs bougent sans qu’on s’en aper­çoive et qu’ils pro­jettent leurs rails en avant d’eux-mêmes comme de longs fils qui se recourbent en tâton­nant, sans qu’on sache jamais où ils vont. Et par-des­sus le mar­ché, on vou­drait encore, si pos­sible, être l’une des forces qui déter­minent le train du temps ! Voilà un rôle bien équi­voque, et il arrive que le pay­sage, si l’on regarde au-dehors après un inter­valle suf­fi­sant, ait chan­gé ; ce qui file devant nos yeux file parce qu’il n’en peut être autre­ment ; mais, si rési­gné que l’on soit, on ne peut faire qu’un sen­ti­ment désa­gréable ne prenne de plus en plus de force, comme si l’on avait dépas­sé le but ou que l’on se fût trom­pé de voie. Un beau jour, en tem­pête, un besoin vous enva­hit : des­cendre ! sau­ter du train ! Nostalgie d’être arrê­té, de ne pas se déve­lop­per, de res­ter immo­bile ou de reve­nir au point qui pré­cé­dait le mau­vais embran­che­ment ! Et dans le bon vieux temps, quand l’empire d’Autriche exis­tait encore, il n’y avait alors qu’à quit­ter le train du temps, à prendre place dans un train tout court, et à ren­trer dans sa patrie.

Là, en Cacanie, dans cet État depuis lors dis­pa­ru et res­té incom­pris qui fut sur tant de points, sans qu’on lui en rende jus­tice, exem­plaire, il y avait aus­si du « dyna­misme », mais point de trop. Chaque fois qu’on repen­sait à ce pays de l’étranger, venait flot­ter devant vos yeux le sou­ve­nir de ses routes larges, blanches, pros­pères, datant de l’époque de la marche à pied et des malles-postes, qui le sillon­naient en tous sens, fleuves d’ordre, clairs rubans de cou­til mili­taire, bras admi­nis­tra­tifs, cou­leur de papier tim­bré, étrei­gnant les pro­vinces… Et quelles pro­vinces ! Il y avait les gla­ciers et la mer, le Karst et les champs de blé bohêmes, les nuits au bord de l’Adriatique, gré­sillantes de l’activité des grillons, et les vil­lages slo­vaques où la fumée sor­tait des che­mi­nées comme d’un nez retrous­sé, où les mai­sons étaient tapies entre deux col­lines comme si la terre avait entrou­vert ses lèvres afin d’y réchauf­fer son enfant. Naturellement, il y avait aus­si des auto­mo­biles sur ces routes ; mais pas trop. Ici aus­si, l’on pré­pa­rait la conquête de l’air ; mais point trop inten­si­ve­ment. De loin en loin, point trop sou­vent, l’on envoyait un bateau en Amérique du Sud ou dans l’Extrême-Orient. On n’avait nulle ambi­tion éco­no­mique, nul rêve d’hégémonie ; on était ins­tal­lé au centre de l’Europe, au croi­se­ment des vieux axes du monde ; les mots de colo­nie et d’outre-mer ne ren­daient encore qu’un son loin­tain et comme trop neuf. On déployait quelque luxe ; mais en se gar­dant d’y mettre le raf­fi­ne­ment des Français. On pra­ti­quait les sports ; mais avec moins d’extravagance que les Anglo-Saxons. On dépen­sait pour l’armée des sommes consi­dé­rables ; juste assez cepen­dant pour être sûr de res­ter l’avant-dernière des Grandes puis­sances. La capi­tale elle-même était un rien plus petite que les plus grandes métro­poles du monde, et pour­tant consi­dé­ra­ble­ment plus grande que ne le sont de simples « grandes villes ». Et ce pays était admi­nis­tré d’une manière éclai­rée, à peine sen­sible, tous les angles pru­dem­ment arron­dis, par la meilleure bureau­cra­tie d’Europe, à qui l’on ne pou­vait repro­cher qu’une seule faute : qu’elle vît dans le génie et les ini­tia­tives géniales des par­ti­cu­liers, s’ils n’en avaient pas reçu le pri­vi­lège de par leur haute nais­sance ou quelque mis­sion offi­cielle, une atti­tude imper­ti­nente et une sorte d’usurpation. Mais y a‑t‑il per­sonne qui aime voir des incom­pé­tents se mêler de ses affaires ? Et puis au moins, en Cacanie, on se bor­nait à tenir les génies pour des pal­to­quets : jamais on n’eût, comme ailleurs, tenu le pal­to­quet pour un génie.

Sur cette Cacanie main­te­nant englou­tie, que de choses curieuses seraient à dire ! Elle était, par exemple, kai­ser­lich-köni­glich (impé­riale-royale) et aus­si bien kai­ser­lich und köni­glich (impé­riale et royale) ; il n’était chose ni per­sonne qui ne fût affec­tée là-bas de l’un de ces deux sigles, k. k. ou k. u. k. ; il n’en fal­lait pas moins dis­po­ser d’une science secrète pour pou­voir déci­der à coup sûr quelles ins­ti­tu­tions et quels hommes pou­vaient être dits k. k., et quels autres k. u. k. Elle s’appelait, par écrit, Monarchie aus­tro-hon­groise, et se fai­sait appe­ler, ora­le­ment, l’Autriche : nom qu’elle avait offi­ciel­le­ment et solen­nel­le­ment abju­ré, mais conser­vait dans les affaires de cœur, comme pour prou­ver que les sen­ti­ments ont autant d’importance que le droit public, et que les pres­crip­tions n’ont rien à voir avec le véri­table sérieux de la vie. La Constitution était libé­rale, mais le régime clé­ri­cal. Le régime était clé­ri­cal, mais les habi­tants libres pen­seurs. Tous les bour­geois étaient égaux devant la loi, mais jus­te­ment, tous n’étaient pas bourgeois.

Le Parlement fai­sait de sa liber­té un usage si impé­tueux qu’on pré­fé­rait d’ordinaire le tenir fer­mé ; mais l’on avait aus­si une loi d’exception qui per­met­tait de se pas­ser du Parlement ; et chaque fois que l’État tout entier se pré­pa­rait à jouir des bien­faits de l’absolutisme, la Couronne décré­tait qu’on allait recom­men­cer à vivre sous le régime par­le­men­taire. Parmi nombre de sin­gu­la­ri­tés du même ordre, il faut citer aus­si les dis­sen­sions natio­nales qui atti­raient sur elles, à juste titre, l’attention de toute l’Europe, et que les his­to­riens d’aujourd’hui défi­gurent. Ces dis­sen­sions étaient si vio­lentes que la machine de l’État s’enrayait plu­sieurs fois par année à cause d’elles ; mais dans ces inter­valles et ces repos de l’État, cha­cun s’en tirait à mer­veille, et l’on fai­sait comme si de rien n’était. D’ailleurs, il n’y avait rien eu de réel. Il y avait sim­ple­ment que cette aver­sion de tout homme pour les efforts de son pro­chain dans laquelle nous com­mu­nions tous aujourd’hui, s’était fait jour très tôt dans cet État pour atteindre à une sorte de céré­mo­nial subli­mé qui eût pu avoir de grandes consé­quences si son évo­lu­tion n’avait pas été pré­ma­tu­ré­ment inter­rom­pue par une catastrophe.

Ce n’était pas seule­ment, en effet, que l’aversion pour le conci­toyen se fût éle­vée là-bas au niveau d’un sen­ti­ment de com­mu­nau­té, mais encore que la méfiance envers soi-même, envers son propre des­tin, y avait pris le carac­tère d’une pro­fonde assu­rance. En ce pays (et par­fois jusqu’au plus haut point de pas­sion, et jusque dans ses extrêmes consé­quences), on agis­sait tou­jours autre­ment qu’on ne pen­sait, ou on pen­sait autre­ment qu’on n’agissait. Des obser­va­teurs mal infor­més ont pris cela pour du charme, ou même pour une fai­blesse de ce qu’ils croyaient être le carac­tère autri­chien. C’était faux ; il est tou­jours faux de vou­loir expli­quer les phé­no­mènes d’un pays à tra­vers le carac­tère de ses habi­tants. Car l’habitant d’un pays a tou­jours au moins neuf carac­tères : un carac­tère pro­fes­sion­nel, un carac­tère de classe, un carac­tère sexuel, un carac­tère natio­nal, un carac­tère poli­tique, un carac­tère géo­gra­phique, un carac­tère conscient, un incons­cient, et peut-être même encore, un carac­tère pri­vé ; il les réunit dans sa per­sonne, mais s’en trouve dis­so­cié, et n’est plus fina­le­ment qu’un petit val­lon creu­sé par cette mul­ti­tude de cours d’eau, val­lon dans lequel ils viennent s’écouler pour en res­sor­tir ensuite et rem­plir d’autres val­lons avec d’autres ruis­se­lets. C’est pour­quoi tout habi­tant de la terre pos­sède encore un dixième carac­tère, qui n’est rien d’autre que l’imagination pas­sive d’espaces non encore rem­plis ; ce carac­tère donne à l’homme toutes les liber­tés, sauf une : celle de prendre au sérieux ce que font ses autres carac­tères (neuf pour le moins), et ce qui leur arrive ; donc, en d’autres termes, la seule liber­té, pré­ci­sé­ment, qui pour­rait rem­plir cet espace. Cet espace, dont il faut avouer qu’il n’est pas facile à décrire, sera colo­ré et for­mé autre­ment en Italie qu’en Angleterre, parce que tout ce qui se détache sur son fond pos­sède une autre forme et une autre cou­leur ; et pour­tant, il reste le même, ici comme ailleurs, c’est-à-dire pré­ci­sé­ment un espace invi­sible et vide dans lequel la réa­li­té se dresse comme une petite ville de jeu de construc­tion aban­don­née par l’imagination.

Dans la mesure où le fait peut deve­nir visible à tous les yeux, voi­là ce qui s’était pas­sé en Cacanie, voi­là en quoi la Cacanie, sans que le monde le sût encore, s’affirmait l’État le plus avan­cé ; c’était un État qui ne sub­sis­tait plus que par la force de l’habitude, on y jouis­sait d’une liber­té pure­ment néga­tive, dans la conscience conti­nuelle des rai­sons insuf­fi­santes de sa propre exis­tence et bai­gné par la grande vision de ce qui ne s’est point pas­sé, ou point irré­vo­ca­ble­ment du moins, comme par l’haleine des Océans dont l’humanité est sortie.

Es ist pas­siert, disait-on là-bas, quand d’autres gens croyaient ailleurs que Dieu sait quoi avait eu lieu ; c’était un terme sin­gu­lier, qui n’apparaît nulle part ailleurs, ni en alle­mand ni dans une autre langue, et dans le souffle duquel les faits et les coups du sort deve­naient aus­si légers que des pen­sées, ou du duvet. Oui, mal­gré tout ce qui parle en sens contraire, la Cacanie était peut-être, après tout, un pays pour génies ; et sans doute fut-ce aus­si sa ruine.

In dem Alter, wo man noch alle Schneider- und Barbierangelegenheiten wich­tig nimmt und gerne in den Spiegel blickt, stellt man sich oft auch einen Ort vor, wo man sein Leben zubrin­gen möchte, oder wenig­stens einen Ort, wo es Stil hat, zu ver­wei­len, selbst wenn man fühlt, daß man für seine Person nicht gerade gern dort wäre. Eine solche soziale Zwangsvorstellung ist nun schon seit lan­gem eine Art übe­ra­me­ri­ka­nische Stadt, wo alles mit der Stoppuhr in der Hand eilt oder stil­l­steht. Luft und Erde bil­den einen Ameisenbau, von den Stockwerken der Verkehrsstraßen dur­ch­zo­gen. Luftzüge, Erdzüge, Untererdzüge, Rohrpostmenschensendungen, Kraftwagenketten rasen hori­zon­tal, Schnellaufzüge pum­pen ver­ti­kal Menschenmassen von einer Verkehrsebene in die andre ; man springt an den Knotenpunkten von einem Bewegungsapparat in den andern, wird von deren Rhythmus, der zwi­schen zwei los­don­nern­den Geschwindigkeiten eine Synkope, eine Pause, eine kleine Kluft von zwan­zig Sekunden macht, ohne Überlegung ange­saugt und hinein­ge­ris­sen, spricht has­tig in den Intervallen dieses all­ge­mei­nen Rhythmus mitei­nan­der ein paar Worte. Fragen und Antworten klin­ken inei­nan­der wie Maschinenglieder, jeder Mensch hat nur ganz bes­timmte Aufgaben, die Berufe sind an bes­timm­ten Orten in Gruppen zusam­men­ge­zo­gen, man ißt wäh­rend der Bewegung, die Vergnügungen sind in andern Stadtteilen zusam­men­ge­zo­gen, und wie­der anders­wo ste­hen die Türme, wo man Frau, Familie, Grammophon und Seele fin­det. Spannung und Abspannung, Tätigkeit und Liebe wer­den zeit­lich genau getrennt und nach gründ­li­cher Laboratoriumserfahrung aus­ge­wo­gen. Stößt man bei irgen­dei­ner die­ser Tätigkeiten auf Schwierigkeit, so läßt man die Sache ein­fach ste­hen ; denn man fin­det eine andre Sache oder gele­gent­lich einen bes­se­ren Weg, oder ein andrer fin­det den Weg, den man ver­fehlt hat ; das scha­det gar nichts, wäh­rend durch nichts so viel von der gemein­sa­men Kraft ver­schleu­dert wird wie durch die Anmaßung, daß man beru­fen sei, ein bes­timmtes persön­liches Ziel nicht locker zu las­sen. In einem von Kräften dur­ch­flos­se­nen Gemeinwesen führt jeder Weg an ein gutes Ziel, wenn man nicht zu lange zau­dert und über­legt. Die Ziele sind kurz ges­teckt ; aber auch das Leben ist kurz, man gewinnt ihm so ein Maximum des Erreichens ab, und mehr braucht der Mensch nicht zu sei­nem Glück, denn was man erreicht, formt die Seele, wäh­rend das, was man ohne Erfüllung will, sie nur ver­biegt ; für das Glück kommt es sehr wenig auf das an, was man will, son­dern nur darauf, daß man es erreicht. Außerdem lehrt die Zoologie, daß aus einer Summe von redu­zier­ten Individuen sehr wohl ein geniales Ganzes bes­te­hen kann.

Es ist gar nicht sicher, daß es so kom­men muß, aber solche Vorstellungen gehö­ren zu den Reiseträumen, in denen sich das Gefühl der rast­lo­sen Bewegung spie­gelt, die uns mit sich führt. Sie sind ober­flä­chlich, unru­hig und kurz. Weiß Gott, was wirk­lich wer­den wird. Man sollte mei­nen, daß wir in jeder Minute den Anfang in der Hand haben und einen Plan für uns alle machen müß­ten. Wenn uns die Sache mit den Geschwindigkeiten nicht gefällt, so machen wir doch eine andre ! Zum Beispiel eine ganz lang­same, mit einem schleie­rig wal­len­den, meer­sch­ne­cken­haft geheim­nis­vol­len Glück und dem tie­fen Kuhblick, von dem schon die Griechen ges­chwärmt haben. Aber so ist es ganz und gar nicht. Die Sache hat uns in der Hand. Man fährt Tag und Nacht in ihr und tut auch noch alles andre darin ; man rasiert sich, man ißt, man liebt, man liest Bücher, man übt sei­nen Beruf aus, als ob die vier Wände stil­l­stün­den, und das Unheimliche ist bloß, daß die Wände fah­ren, ohne daß man es merkt, und ihre Schienen voraus­wer­fen, wie lange, tas­tend gekrümmte Fäden, ohne daß man weiß wohin. Und über­dies will man ja womö­glich selbst noch zu den Kräften gehö­ren, die den Zug der Zeit bes­tim­men. Das ist eine sehr unk­lare Rolle, und es kommt vor, wenn man nach län­ge­rer Pause hinaus­sieht, daß sich die Landschaft geän­dert hat ; was da vor­bei­fliegt, fliegt vor­bei, weil es nicht anders sein kann, aber bei aller Ergebenheit gewinnt ein unan­ge­nehmes Gefühl immer mehr Gewalt, als ob man über das Ziel hinaus­ge­fah­ren oder auf eine falsche Strecke gera­ten wäre. Und eines Tages ist das stür­mische Bedürfnis da : Aussteigen ! Abspringen ! Ein Heimweh nach Aufgehaltenwerden, Nichtsichentwickeln, Steckenbleiben, Zurückkehren zu einem Punkt, der vor der fal­schen Abzweigung liegt ! Und in der guten alten Zeit, als es das Kaisertum Österreich noch gab, konnte man in einem sol­chen Falle den Zug der Zeit ver­las­sen, sich in einen gewöhn­li­chen Zug einer gewöhn­li­chen Eisenbahn set­zen und in die Heimat zurückfahren.

Dort, in Kakanien, die­sem sei­ther unter­ge­gan­ge­nen, unvers­tan­de­nen Staat, der in so vie­lem ohne Anerkennung vor­bild­lich gewe­sen ist, gab es auch Tempo, aber nicht zuviel Tempo. So oft man in der Fremde an dieses Land dachte, schwebte vor den Augen die Erinnerung an die weißen, brei­ten, wohl­ha­ben­den Straßen aus der Zeit der Fußmärsche und Extraposten, die es nach allen Richtungen wie Flüsse der Ordnung, wie Bänder aus hei­lem Soldatenzwillich dur­ch­zo­gen und die Länder mit dem papier­weißen Arm der Verwaltung umschlan­gen. Und was für Länder ! Gletscher und Meer, Karst und böh­mische Kornfelder gab es dort, Nächte an der Adria, zir­pend von Grillenunruhe, und slo­wa­kische Dörfer, wo der Rauch aus den Kaminen wie aus auf­gestülp­ten Nasenlöchern stieg und das Dorf zwi­schen zwei klei­nen Hügeln kauerte, als hätte die Erde ein wenig die Lippen geöff­net, um ihr Kind daz­wi­schen zu wär­men. Natürlich roll­ten auf die­sen Straßen auch Automobile ; aber nicht zuviel Automobile ! Man berei­tete die Eroberung der Luft vor, auch hier ; aber nicht zu inten­siv. Man ließ hie und da ein Schiff nach Südamerika oder Ostasien fah­ren ; aber nicht zu oft. Man hatte kei­nen Weltwirtschafts- und Weltmachtehrgeiz ; man saß im Mittelpunkt Europas, wo die alten Weltachsen sich schnei­den ; die Worte Kolonie und Übersee hörte man an wie etwas noch gänz­lich Unerprobtes und Fernes. Man ent­fal­tete Luxus ; aber bei­leibe nicht so über­fei­nert wie die Franzosen. Man trieb Sport ; aber nicht so när­risch wie die Angelsachsen. Man gab Unsummen für das Heer aus ; aber doch nur gerade so viel, daß man sicher die zweit­schwächste der Großmächte blieb. Auch die Hauptstadt war um einiges klei­ner als alle andern größ­ten Städte der Welt, aber doch um ein Erkleckliches größer, als es bloß Großstädte sind. Und ver­wal­tet wurde dieses Land in einer auf­geklär­ten, wenig fühl­ba­ren, alle Spitzen vor­sich­tig bes­ch­nei­den­den Weise von der bes­ten Bürokratie Europas, der man nur einen Fehler nach­sa­gen konnte : sie emp­fand Genie und geniale Unternehmungssucht an Privatpersonen, die nicht durch hohe Geburt oder einen Staatsauftrag dazu pri­vi­le­giert waren, als vor­lautes Benehmen und Anmaßung. Aber wer ließe sich gerne von Unbefugten drein­re­den ! Und in Kakanien wurde über­dies immer nur ein Genie für einen Lümmel gehal­ten, aber nie­mals, wie es anders­wo vor­kam, schon der Lümmel für ein Genie.

Überhaupt, wie vieles Merkwürdige ließe sich über dieses ver­sun­kene Kakanien sagen ! Es war zum Beispiel kai­ser­lich-köni­glich und war kai­ser­lich und köni­glich ; eines der bei­den Zeichen k.k. oder k.u.k. trug dort jede Sache und Person, aber es bedurfte trotz­dem einer Geheimwissenschaft, um immer sicher unter­schei­den zu kön­nen, welche Einrichtungen und Menschen k.k. und welche k.u.k. zu rufen waren. Es nannte sich schrift­lich Österreichisch-Ungarische Monarchie und ließ sich münd­lich Österreich rufen ; mit einem Namen also, den es mit feier­li­chem Staatsschwur abge­legt hatte, aber in allen Gefühlsangelegenheiten bei­be­hielt, zum Zeichen, daß Gefühle eben­so wich­tig sind wie Staatsrecht und Vorschriften nicht den wirk­li­chen Lebensernst bedeu­ten. Es war nach sei­ner Verfassung libe­ral, aber es wurde kle­ri­kal regiert. Es wurde kle­ri­kal regiert, aber man lebte frei­sin­nig. Vor dem Gesetz waren alle Bürger gleich, aber nicht alle waren eben Bürger. Man hatte ein Parlament, welches so gewal­ti­gen Gebrauch von sei­ner Freiheit machte, daß man es gewöhn­lich ges­chlos­sen hielt ; aber man hatte auch einen Notstandsparagraphen, mit des­sen Hilfe man ohne das Parlament aus­kam, und jedes­mal, wenn alles sich schon über den Absolutismus freute, ord­nete die Krone an, daß nun doch wie­der par­la­men­ta­risch regiert wer­den müsse. Solcher Geschehnisse gab es viele in die­sem Staat, und zu ihnen gehör­ten auch jene natio­na­len Kämpfe, die mit Recht die Neugierde Europas auf sich zogen und heute ganz falsch dar­ges­tellt wer­den. Sie waren so hef­tig, daß ihret­we­gen die Staatsmaschine mehr­mals im Jahr stockte und stil­l­stand, aber in den Zwischenzeiten und Staatspausen kam man aus­ge­zeich­net mitei­nan­der aus und tat, als ob nichts gewe­sen wäre. Und es war auch nichts Wirkliches gewe­sen. Es hatte sich bloß die Abneigung jedes Menschen gegen die Bestrebungen jedes andern Menschen, in der wir heute alle einig sind, in die­sem Staat schon früh, und man kann sagen, zu einem subli­mier­ten Zeremoniell aus­ge­bil­det, das noch große Folgen hätte haben kön­nen, wenn seine Entwicklung nicht durch eine Katastrophe vor der Zeit unter­bro­chen wor­den wäre.

Denn nicht nur die Abneigung gegen den Mitbürger war dort bis zum Gemeinschaftsgefühl ges­tei­gert, son­dern es nahm auch das Mißtrauen gegen die eigene Person und deren Schicksal den Charakter tie­fer Selbstgewißheit an. Man han­delte in die­sem Land – und mitun­ter bis zu den höchs­ten Graden der Leidenschaft und ihren Folgen immer anders, als man dachte, oder dachte anders, als man han­delte. Unkundige Beobachter haben das für Liebenswürdigkeit oder gar für Schwäche des ihrer Meinung nach öster­rei­chi­schen Charakters gehal­ten. Aber das war falsch ; und es ist immer falsch, die Erscheinungen in einem Land ein­fach mit dem Charakter sei­ner Bewohner zu erklä­ren. Denn ein Landesbewohner hat min­des­tens neun Charaktere, einen Berufs‑, einen National‑, einen Staats‑, einen Klassen‑, einen geo­gra­phi­schen, einen Geschlechts‑, einen bewuß­ten, einen unbe­wuß­ten und viel­leicht auch noch einen pri­va­ten Charakter ; er verei­nigt sie in sich, aber sie lösen ihn auf, und er ist eigent­lich nichts als eine kleine, von die­sen vie­len Rinnsalen aus­ge­wa­schene Mulde, in die sie hinein­si­ckern und aus der sie wie­der aus­tre­ten, um mit andern Bächlein eine andre Mulde zu fül­len. Deshalb hat jeder Erdbewohner auch noch einen zehn­ten Charakter, und die­ser ist nichts als die pas­sive Phantasie unaus­gefüll­ter Räume ; er ges­tat­tet dem Menschen alles, nur nicht das eine : das ernst zu neh­men, was seine min­des­tens neun andern Charaktere tun und was mit ihnen ges­chieht ; also mit andern Worten, gerade das nicht, was ihn ausfül­len sollte. Dieser, wie man zuge­ben muß, schwer zu bes­chrei­bende Raum ist in Italien anders gefärbt und geformt als in England, weil das, was sich von ihm abhebt, andre Farbe und Form hat, und ist doch da und dort der gleiche, eben ein lee­rer, unsicht­ba­rer Raum, in dem die Wirklichkeit darins­teht wie eine von der Phantasie ver­las­sene kleine Steinbaukastenstadt.

Soweit das nun übe­rhaupt allen Augen sicht­bar wer­den kann, war es in Kakanien ges­che­hen, und darin war Kakanien, ohne daß die Welt es schon wußte, der fort­ges­chrit­tenste Staat ; es war der Staat, der sich selbst irgend­wie nur noch mit­machte, man war nega­tiv frei darin, stän­dig im Gefühl der unzu­rei­chen­den Gründe der eige­nen Existenz und von der großen Phantasie des Nichtgeschehenen oder doch nicht unwi­der­ru­flich Geschehenen wie von dem Hauch der Ozeane umspült, denen die Menschheit entstieg.

Es ist pas­siert, sagte man dort, wenn andre Leute anders­wo glaub­ten, es sei wun­der was ges­che­hen ; das war ein eige­nar­tiges, nir­gend­wo sonst im Deutschen oder einer andern Sprache vor­kom­mendes Wort, in des­sen Hauch Tatsachen und Schicksalsschläge so leicht wur­den wie Flaumfedern und Gedanken. Ja, es war, trotz vie­lem, was dage­gen spricht, Kakanien viel­leicht doch ein Land für Genies ; und wahr­schein­lich ist es daran auch zugrunde gegangen.

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t. 1
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chap. 8  : « La Cacanie »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 38–43

Debout der­rière l’une des fenêtres, il regar­dait la rue bru­nâtre à tra­vers le filtre vert tendre de l’air du jar­din et comp­tait depuis dix minutes, montre en main, les autos, les voi­tures, les tram­ways et les visages, déla­vés par la dis­tance, des pié­tons qui emplis­saient le filet du regard de leur hâte mous­seuse ; il éva­luait les vitesses, les angles, le dyna­misme des masses en mou­ve­ment les unes devant les autres qui, le temps d’un éclair, attirent l’œil, le retiennent et le relâchent et qui, pen­dant une durée échap­pant à toute mesure, contraignent l’attention à s’appuyer sur elles, à s’en déta­cher pour sau­ter sur la sui­vante et se jeter à ses trousses ; enfin, après avoir cal­cu­lé un ins­tant de tête, il remit sa montre dans sa poche, écla­ta de rire et consta­ta qu’il avait per­du son temps. Si l’on pou­vait mesu­rer les sauts de l’attention, l’activité des muscles ocu­laires, les oscil­la­tions pen­du­laires de l’âme et tous les efforts qu’un homme doit s’imposer pour se main­te­nir debout dans le flot de la rue, on obtien­drait pro­ba­ble­ment (avait-il son­gé, essayant comme par jeu de cal­cu­ler l’incalculable) une gran­deur en com­pa­rai­son de laquelle la force dont Atlas a besoin pour por­ter le monde n’est rien, et l’on pour­rait mesu­rer l’extraordinaire acti­vi­té déployée de nos jours par celui-là même qui ne fait rien. C’était, pour l’instant, le cas de l’Homme sans qualités.

Mais celui qui fait quelque chose ?…

« On en peut tirer deux conclu­sions », se dit-il.

L’activité mus­cu­laire d’un bour­geois qui va tran­quille­ment son che­min tout un jour est consi­dé­ra­ble­ment supé­rieure à celle d’un ath­lète sou­le­vant, une fois par jour, un énorme poids ; ce fait a été confir­mé par la phy­sio­lo­gie ; ain­si donc, même ses petites acti­vi­tés quo­ti­diennes, dans leur somme sociale et par la facul­té qu’elles ont d’être som­mées, pro­duisent infi­ni­ment plus d’énergie que les actes héroïques ; l’activité héroïque finit même par sem­bler abso­lu­ment déri­soire, grain de sable posé sur une mon­tagne avec l’illusion de l’extraordinaire. L’Homme sans qua­li­tés fut enchan­té par cette idée.

Il est tou­te­fois néces­saire d’ajouter que si elle lui plai­sait, ce n’était pas qu’il aimât la vie bour­geoise ; mais sim­ple­ment qu’il aimait contre­car­rer un peu ses pen­chants, naguère tout autres. Peut-être est-ce pré­ci­sé­ment le petit-bour­geois qui pressent l’aurore d’un nou­vel héroïsme, énorme et col­lec­tif, à l’exemple des four­mis. On le bap­ti­se­ra « héroïsme ratio­na­li­sé » et on le trou­ve­ra fort beau. Qui pour­rait, aujourd’hui déjà, le savoir ? De telles ques­tions, toutes de la plus grande impor­tance, et qui demeu­raient sans réponse, il y en avait alors à foi­son. Elles étaient dans l’air, elles vous brû­laient les pieds. Le temps se dépla­çait. Ceux qui n’ont pas vécu à cette époque se refu­se­ront à le croire, mais le temps, alors déjà, se dépla­çait avec la rapi­di­té d’un cha­meau : cela n’est pas d’aujourd’hui. Seulement, on ne savait pas où il allait. Puis, on ne pou­vait pas dis­tin­guer clai­re­ment ce qui était en haut de ce qui était en bas, ce qui avan­çait de ce qui recu­lait. « On peut faire ce qu’on veut, se dit l’Homme sans qua­li­tés en haus­sant les épaules, dans cet imbro­glio de forces, cela n’a aucune impor­tance ! » Il se détour­na, comme un homme qui a dû apprendre à renon­cer, presque comme un malade que tout contact bru­tal effraie ; et quand, tra­ver­sant le cabi­net de toi­lette conti­gu, il pas­sa devant un pun­ching-ball qui y était sus­pen­du, il lui don­na un coup d’une rapi­di­té et d’une vio­lence telles qu’on n’en voit guère dans une humeur rési­gnée ou dans un état de faiblesse.

Er stand hin­ter einem der Fenster, sah durch den zart­grü­nen Filter der Gartenluft auf die bräun­liche Straße und zählte mit der Uhr seit zehn Minuten die Autos, die Wagen, die Trambahnen und die von der Entfernung aus­ge­wa­sche­nen Gesichter der Fußgänger, die das Netz des Blicks mit quir­len­der Eile füll­ten ; er schätzte die Geschwindigkeiten, die Winkel, die leben­di­gen Kräfte vorü­ber­be­weg­ter Massen, die das Auge blitz­sch­nell nach sich zie­hen, fes­thal­ten, los­las­sen, die wäh­rend einer Zeit, für die es kein Maß gibt, die Aufmerksamkeit zwin­gen, sich gegen sie zu stem­men, abzu­reißen, zum nächs­ten zu sprin­gen und sich die­sem nach­zu­wer­fen ; kurz, er steckte, nach­dem er eine Weile im Kopf gerech­net hatte, lachend die Uhr in die Tasche und stellte fest, daß er Unsinn getrie­ben habe. – Könnte man die Sprünge der Aufmerksamkeit mes­sen, die Leistungen der Augenmuskeln, die Pendelbewegungen der Seele und alle die Anstrengungen, die ein Mensch voll­brin­gen muß, um sich im Fluß einer Straße aufrecht zu hal­ten, es käme ver­mut­lich – so hatte er gedacht und spie­lend das Unmögliche zu berech­nen ver­sucht – eine Größe heraus, mit der ver­gli­chen die Kraft, die Atlas braucht, um die Welt zu stem­men, gering ist, und man könnte ermes­sen, welche unge­heure Leistung heute schon ein Mensch voll­bringt, der gar nichts tut.

Denn der Mann ohne Eigenschaften war augen­bli­ck­lich ein sol­cher Mensch.

Und einer der tut ?

»Man kann zwei Schlüsse daraus zie­hen« sagte er sich.

Die Muskelleistung eines Bürgers, der ruhig einen Tag lang seines Weges geht, ist bedeu­tend größer als die eines Athleten, der ein­mal im Tag ein unge­heures Gewicht stemmt ; das ist phy­sio­lo­gisch nach­ge­wie­sen wor­den, und also set­zen wohl auch die klei­nen Alltagsleistungen in ihrer gesell­schaft­li­chen Summe und durch ihre Eignung für diese Summierung viel mehr Energie in die Welt als die heroi­schen Taten ; ja die heroische Leistung erscheint gera­de­zu win­zig, wie ein Sandkorn, das mit unge­heu­rer Illusion auf einen Berg gelegt wird. Dieser Gedanke gefiel ihm.

Aber es muß hin­zu­gefügt wer­den, daß er ihm nicht etwa deshalb gefiel, weil er das bür­ger­liche Leben liebte ; im Gegenteil, es beliebte ihm bloß, sei­nen Neigungen, die einst­mals anders gewe­sen waren, Schwierigkeiten zu berei­ten. Vielleicht ist es gerade der Spießbürger, der den Beginn eines unge­heu­ren neuen, kol­lek­ti­ven, amei­sen­haf­ten Heldentums vorau­sahnt ? Man wird es ratio­na­li­siertes Heldentum nen­nen und sehr schön fin­den. Wer kann das heute schon wis­sen ? Solcher unbeant­wor­te­ter Fragen von größ­ter Wichtigkeit gab es aber damals hun­derte. Sie lagen in der Luft, sie brann­ten unter den Füßen. Die Zeit bewegte sich. Leute, die damals noch nicht gelebt haben, wer­den es nicht glau­ben wol­len, aber schon damals bewegte sich die Zeit so schnell wie ein Reitkamel ; und nicht erst heute. Man wußte bloß nicht, wohin. Man konnte auch nicht recht unter­schei­den, was oben und unten war, was vor und zurück ging. »Man kann tun, was man will;« sagte sich der Mann ohne Eigenschaften ach­zel­zu­ckend »es kommt in die­sem Gefilz von Kräften nicht im gering­sten darauf an!« Er wandte sich ab wie ein Mensch, der ver­zich­ten gelernt hat, ja fast wie ein kran­ker Mensch, der jede starke Berührung scheut, und als er, sein angren­zendes Ankleidezimmer durch­schrei­tend, an einem Boxball, der dort hing, vor­bei­kam, gab er die­sem einen so schnel­len und hef­ti­gen Schlag, wie es in Stimmungen der Ergebenheit oder Zuständen der Schwäche nicht gerade üblich ist.

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chap. 2  : « Comment était logé l’homme sans qualités »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 15

Nous te prions de ne pas essayer de punir l’auteur de ces lignes en pre­nant des airs, cela n’aurait aucun sens, cela ne ferait tout au plus que de te confé­rer une touche de pro­vin­cia­lisme. Tu ne veux tout de même pas paraître à tout prix une pro­vin­ciale à nos yeux de voya­geur ? Nous te prions d’y son­ger. Au bri­gand, l’autre, celle dont il recher­chait les faveurs, dit ceci : « Vous êtes vrai­ment trop gen­til. » C’était une très aimable, une recon­nais­sante. Un jour, dans cette autre petite salle, il a man­gé un pou­let, arro­sé de Dôle. Nous disons cela sim­ple­ment parce que rien de plus impor­tant pour le moment ne nous vient à l’esprit. Une plume pré­fère écrire une chose incon­grue plu­tôt que de se repo­ser ne fût-ce qu’un moment. Peut-être est-ce là un des secrets d’une écri­ture de qua­li­té, c’est-à-dire qu’il faut tou­jours que quelque chose d’impulsif entre dans l’écriture.

Wir bit­ten dich, vor dem Autor die­ser Zeilen nicht zu ver­su­chen, stra­fend drein­zu­schauen, was kei­nen Sinn hätte, was höchs­tens auf dich eine Art von Provinzialität wer­fen könnte. Du will­st doch nicht dur­chaus eine Provinzlerin in unse­ren wei­tum­her­ge­reis­ten Augen sein. Wir bit­ten dich, das zu beden­ken. Zum Räuber sprach jene andere, um deren Gunst er sich bewarb : « Sie sind gar zu artig. » Das war eine sehr Freundliche, Erkenntliche. Einmal hat er in jenem ande­ren Sälchen ein Huhn vers­peist und dazu Döle getrun­ken. Wir sagen das nur, weil uns im Moment nichts Erhebliches einfällt. Eine Feder redet lie­ber etwas Unstatthaftes, als daß sie auch nur einen Moment lang aus­ruht. Vielleicht ist dies eines der Geheimnisse bes­se­rer Schriftstellerei, eben ein Impulsives ins Schreiben d.h. es muß hineinkommen.

Bon es par­tit on va enfa­chil­har cer­taines per­sonnes, elles vont avoir mal à la tête sans rai­son, une sen­sa­tion de fièvre sans en avoir, des cour­ba­tures, l’obligation de dor­mir douze heures par jour, leurs appa­reils élec­tro­niques vont se vider de leur bat­te­rie ins­tan­ta­né­ment. Elles vont être dans l’impossibilité d’articuler de las pen­sa­das com­plexes sans être épui­sées, avoir une insta­bi­li­té affec­tive et un manque de confiance en soi mala­dir. Parfois en plein milieu de la jour­née lor vision se va escu­rir. Quand elles par­le­ront elles auront du mal à arti­cu­lar. Parfois un peu de salive s’échappera de leur bouche quand elles ten­te­ront de pro­non­cer les consonnes. Elles ne pour­ront plus se pro­je­ter dins lo futur. Aquela male­dic­cion va tou­cher les per­sonnes qui ne sont pas d’accord avec nous. Ceux qui ne veulent pas de moi, je les efface de mon exis­tence, d’un simple agach de mes­prètz. Je suis l’Inflexible, l’aînée des Parques, mais au lieu de copa lo fil, je fais una bocla.

Je suis la vieille femme arai­gnée, celle qui a inven­té l’artisanat.
Maintenant, vous n’avez plus besoin de moi pour adve­nir lo mal abso­lut, las gra­nas de la dis­corde sont plan­tés dans les dis­cords et tout le monde va s’entretuer dans la rue, à coup de mar­teaux et de voi­tures fami­liales lan­cées à pleine velo­ci­tat. Mais pour cela, les ondes doivent encore se rem­plir jusqu’à cra­quer, la 5G doit être satu­rée de mes­sages appe­lant al murtre et a l’insureccion. Je ne dis pas que vous devez le faire, je dis que vous devez l’accompanhar. Encore une fois il s’agit d’argent. L’edat s’apodera de nosau­tras per sus­pre­sa. Tout est tou­jours un pro­blème éco­no­mique, regar­dez, vous vous adres­sez à moi car votre eco­no­mia vous fait dou­ter de vous. Vous avez besoin d’un mes­sa­ger, d’un passe-temps, d’acrobacias qui vous font res­ter en vie. L’ombre et la lumière, on a tous besoin d’explication.