Je n’aperçois dans ce qu’on nomme noblement confession que le très coupable et très coûteux exercice d’une faiblesse et personne ne m’empêchera de tenir pour particulièrement suspecte une amitié où chacun s’applique sans cesse à provoquer chez l’autre de précieuses confidences. Je ne me souviens pas d’avoir assisté au spectacle trop fréquent de deux hommes au teint congestionné qui se penchent l’un vers l’autre avec des airs attentifs, émus et souriants par dessus une table où refroidissent, parmi un lot de bouteilles vides, les reliefs d’un repas substantiel, voyez vous-mêmes comme ils jouent à se sentir compris et, la tête échauffée par la nourriture et le bon vin, avec quelle impudeur pleine d’ingénuité ils se livrent l’un à l’autre et ils s’en donnent à cœur joie et ils ont le cœur illuminé ainsi qu’en témoignent leurs visages radieux comme une aurore ; je ne me souviens pas non plus d’être passé par hasard auprès d’un confessionnal où, dans une obscurité propice, bourdonnaient tour à tour confesseur et pénitent, interminable chuchotement, questions et réponses, sans avoir ressenti comme une sorte de malaise quand ce n’était pas une formidable colère qui, aussi rapide qu’un tourbillon, me montait inexplicablement au cerveau ; j’ai observé qu’en moi la vue d’exercices aussi bas, légitimés pourtant par l’approbation des uns et l’indifférence des autres, ne manquait jamais de susciter un violent dégoût auquel se substituait, si par malheur j’avais été moi-même en cause, le sentiment intolérable de ma propre déchéance.
Citations
Quoi qu’il en soit, il y avait ceci de bien clair : tandis qu’en pénétrant dans ce dancing, je n’étais qu’un personnage obscur et négligeable, je jouissais maintenant d’une certaine considération de la part de gens qui généralement ne respectent et n’admirent que plus puissant qu’eux, et je tirais de cette constatation un sentiment d’orgueil démesuré qui n’est sans doute pas étranger au fait que ma crise, à l’encontre des précédentes, revêtait un caractère d’ostentation d’autant plus surprenant que j’ai toujours jugé insoutenable l’exhibitionnisme chez autrui. Mais en société, quand je ne m’inquiète pas de passer inaperçu et de voir sans être vu, il m’arrive presque toujours de prétendre à jouer un rôle ; le plus souvent, il me plairait qu’on me crût de cette espèce d’hommes dont nul ne peut jamais prévoir ce qu’il sortira (réactions, œuvres, attitudes devant une situation donnée, etc.), de sorte que chaque nouveau rapport avec eux implique un changement total de perspective ; mon admiration allant aux êtres dont je dois sans cesse retarder le classement, il est naturel que je sois désireux de les prendre pour modèles. Au sein d’un groupe, et mieux encore s’il est composé de quelques femmes, j’éprouve une joie aiguë à jouer mon rôle, non pas dans un but concerté d’hypocrisie, mais par besoin instinctif de prendre du volume et de me couvrir d’une ombre flatteuse ; d’ailleurs, en pareil cas, ce qui me grise n’est pas tant le parfum de rouerie né de cette comédie qu’une étrange sensation de libération : il me semble qu’après une longue privation, les circonstances me permettent enfin de reprendre possession de ce qui m’est dû, d’incarner mon propre personnage. De là, qu’en dépit du souvenir horrifié que je garde de la vie de collège et de régiment, je m’y reporte quelquefois avec un sentiment de nostalgie analogue à celui d’une vieille actrice évoquant l’immense théâtre croulant sous les applaudissements où elle connut ses plus grands succès.
Je me regarde souvent dans la glace. Mon plus grand désir a toujours été de me découvrir quelque chose de pathétique dans le regard. Je crois que je n’ai jamais cessé de préférer aux femmes qui, soit par aveuglement amoureux, soit pour me retenir près d’elles, inventaient que j’étais un vraiment bel homme ou que j’avais des traits énergiques, celles qui me disaient presque tout bas, avec une sorte de retenue craintive, que je n’étais pas tout à fait comme les autres. En effet, je me suis longtemps persuadé que ce qu’il devait y avoir en moi de plus attirant, c’était la singularité. C’est dans le sentiment de ma différence que j’ai trouvé mes principaux sujets d’exaltation. Mais aujourd’hui où j’ai perdu quelque peu de ma suffisance, comment me cacher que je ne me distingue en rien ? Je fais la grimace en écrivant ceci. Que je connaisse enfin une aussi intolérable vérité, passe encore, mais vous autres ! A vrai dire, il se glisse dans ma gêne ce léger sentiment de plaisir acide qu’on éprouve à proclamer une de ses tares, même si celle-ci n’a pas la moindre chance d’intéresser le public. On me demandera peut-être si j’ai entrepris de me confesser pour éprouver cette sorte de plaisir un peu morbide dont je parle et que je comparerais volontiers à celui que recherchent quelques personnes raffinées qui, avec une lenteur étudiée, caressent du bout de l’index une légère égratignure qu’elles se sont faite sciemment à la lèvre inférieure ou qui piquent de la pointe de la langue la pulpe d’un citron à peine mûr. A cela je suis obligé de sourire et c’est en souriant que je vous réponds que je me flatte d’avoir peu de goût pour les aveux ; mes amis disent que je suis le silence même, ils ne nieront pas qu’en dépit de leur extrême habileté, ils n’ont jamais su me tirer ce que j’avais à cœur de tenir secret. On a même convenu de voir dans cette impossibilité à me livrer une insuffisance assez grave qui excitait la pitié et je ne résiste pas au plaisir, identique à celui décrit plus haut, d’ajouter qu’une vanité sournoise me poussait à tirer profit de cette croyance en simulant ou seulement en exagérant la souffrance que me causait cette infirmité déplorable, comme si j’avais eu quelque grand secret que j’eusse été soulagé de confier si je ne l’avais tenu, à cause de son caractère à la fois exceptionnel et intime, pour absolument inavouable.
Parmi les façades, en taches alternées d’ombre et de lumière — ou plutôt, de lumière et de moindre lumière — le matin se déverse sur la ville. Il semble qu’il ne jaillisse pas du soleil, mais de la ville elle-même, et que ce soit des murs et des toits que la lumière déferle — non pas d’eux physiquement, mais plutôt de leur présence en cet endroit.
J’éprouve, à la voir, comme une grande espérance : mais je reconnais que cette espérance est toute littéraire. Matin, printemps, espoir — ils se trouvent liés musicalement par une même intention mélodique ; ils se trouvent liés dans mon âme par le même souvenir d’une même intention. Non pas : si je m’observe moi-même comme j’observe la ville, je reconnais que tout ce que je peux espérer, c’est que ce jour prenne fin, comme tous les autres jours. La raison voit elle aussi l’aurore. Si j’ai placé en elle quelque espoir, ce n’était pas le mien, mais celui des hommes vivant simplement l’heure qui passe, et dont j’ai incarné, sans le vouloir, la façon tout extérieure dont ils comprennent cet instant.
Espérer ? Qu’ai-je donc à espérer ? Le jour ne me promet rien d’autre que lui-même, et je sais bien qu’il aura un cours et une fin. La lumière me ranime sans me faire aucun bien, car je quitterai cette journée tel que je l’ai trouvée, plus vieux de quelques heures, plus gai d’une sensation, plus triste d’une pensée. Dans tout ce qui naît, nous pouvons aussi bien sentir ce qui naît que songer à ce qui va mourir. Maintenant, sous la lumière haute et vaste, le panorama de la ville est semblable à un champ de maisons — c’est une chose naturelle, étendue et calculée. Mais, même au centre de cette vision, comment oublier que j’existe ? Cette conscience que j’ai de la ville est, au-dedans, la conscience que j’ai de moi-même.
Por entre a casaria, em intercalações de luz e sombra — ou, antes, de luz e de menos luz — a manhã desata-se sobre a cidade. Parece que não vem do sol mas da cidade, e que é dos muros e dos telhados que a luz do alto se desprende — não deles fisicamente, mas deles por estarem ali.
Sinto, ao senti-la, uma grande esperança ; mas reconheço que a esperança é literária. Manhã, primavera, esperança — estão ligados em música pela mesma intenção melódica ; estão ligados na alma pela mesma memória de uma igual intenção. Não : se a mim mesmo observo, como observo à cidade, reconheço que o que tenho que esperar é que este dia acabe, como todos os dias. A razão também vê a aurora. A esperança que pus nela, se a houve não foi minha : foi a dos homens que vivem a hora que passa, e a quem encarnei sem querer, o entendimento exterior neste momento.
Esperar ? Que tenho eu que espere ? O dia não me promete mais que o dia, e eu sei que ele tem decurso e fim. A luz anima-me mas não me melhora, pois [?] sairei de aqui como para aqui vim — mais velho em horas, mais alegre uma sensação, mais triste um pensamento. No que nasce tanto podemos sentir o que nasce como pensar o que há de morrer. Agora, à luz ampla e alta, a paisagem da cidade é como de um campo de casas — é natural, é extensa, é combinada. Mas, ainda no ver disto tudo, poderei eu esquecer que existo ? A minha consciência da cidade é, por dentro, a minha consciência de mim.
Tout le mal du romantisme provient de la confusion entre ce qui nous est nécessaire et ce que nous désirons. Nous avons tous besoin de choses indispensables à la vie, à son maintien et à sa continuité ; et nous désirons tous une vie plus parfaite, un bonheur total, la réalisation de nos rêves […]
Il est humain de vouloir ce qui nous est nécessaire, et il est humain aussi de désirer, non ce qui nous est nécessaire, mais ce que nous trouvons désirable. Ce qui est maladif, c’est de désirer avec la même intensité le nécessaire et le désirable, et de souffrir de notre manque de perfection comme on souffrirait du manque de pain. Le mal romantique, le voilà : c’est vouloir la lune tout comme s’il existait un moyen de l’obtenir.
Je relis passivement – et j’en retire comme une inspiration, comme une délivrance – ces phrases toutes simples de Caeiro, parlant tout naturellement des dimensions modestes de son village, et de ce qui en découle. De là, dit-il, et parce que son village est tout petit, on peut voir davantage de l’univers que depuis la ville ; c’est en quoi le village est plus grand que la ville :
« Parce que j’ai la dimension de ce que je vois,
Et non pas celle de ma taille »
Des phrases comme celles-là, qui semblent pousser toutes seules, sans être dictées par une volonté quelconque, me lavent de toute la métaphysique que j’ajoute spontanément à la vie. Après les avoir lues, je m’en vais à ma fenêtre, qui donne sur une rue étroite, je regarde le vaste ciel et ses astres nombreux, et je me sens libre, porté par une splendeur ailée dont la vibration frémit dans mon corps tout entier.
« J’ai la dimension de ce que je vois » ! Chaque fois que je médite cette phrase, avec l’attention de tous mes nerfs, elle me semble, toujours davantage, destinée à rebâtir astralement l’univers. « J’ai la dimension de ce que je vois » ! Quelle puissance mentale sans limites, que celle qui va du puits de nos émotions les plus profondes jusqu’aux étoiles les plus lointaines, qui s’y reflètent et, d’une certaine manière, s’y trouvent ainsi à leur tour.
Dès lors, conscient d’avoir appris à voir, je contemple la vaste métaphysique objective des cieux infinis, avec une assurance qui me donne envie de mourir en chantant. « J’ai la dimension de ce que je vois » ! Et la vague clarté lunaire, totalement mienne, commence à abîmer de sa lueur indécise le bleu à demi noir de l’horizon.
J’ai envie de lever les bras en criant des choses d’une sauvagerie inconnue, de lancer des phrases aux mystères hauteurs, d’affirmer une nouvelle et vaste personnalité face aux grands espaces de la matière vide.
Mais je reviens à moi, et je m’apaise. « J’ai le dimension de ce que je vois » ! Et cette phrase devient mon âme tout entière, j’y appuie toutes mes émotions, et voici que descend sur moi, au-dedans, comme sur la ville au-dehors, la paix indéchiffrable d’un clair de lune à l’éclat dur qui s’élargit avec la tombée de la nuit.
J’envie — sans bien savoir si je les envie vraiment — ces gens dont on peut écrire la biographie, ou qui peuvent l’écrire eux-mêmes. Dans ces impressions décousues, sans lien entre elles et ne souhaitant pas en avoir, je raconte avec indifférence mon autobiographie sans faits, mon histoire sans vie. Ce sont mes Confessions, et si je n’y dis rien, c’est que je n’ai rien à dire.
Que peut-on donc raconter d’intéressant ou d’utile ? Ce qui nous est arrivé, ou bien est arrivé à tout le monde, ou bien à nous seuls ; dans le premier cas ce n’est pas neuf, et dans le second cela demeure incompréhensible. Si j’écris ce que je ressens, c’est parce qu’ainsi je diminue la fièvre de ressentir. Ce que je confesse n’a pas d’intérêt, car rien n’a d’intérêt. Je fais des paysages de ce que j’éprouve. Je donne congé à mes sensations. Je comprends parfaitement les femmes qui font de la broderie par chagrin, et celles qui font du crochet parce que la vie existe. Ma vieille tante faisait des patiences pendant l’infini des soirées. Ces confessions de mes sensations, ce sont mes patiences à moi. Je ne les interprète pas, comme quelqu’un qui tirerait les cartes pour connaître l’avenir. Je ne les ausculte pas, parce que, dans les jeux de patience, les cartes, à proprement parler, n’ont aucune valeur. Je me déroule comme un écheveau multicolore, ou bien je me fais à moi-même de ces jeux de ficelle que les enfants tissent, en figures compliquées, sur leurs doigts écartés, et qu’ils se passent de main en main. Je prends soin seulement que le pouce ne lâche pas le brin qui lui revient. Puis je retourne mes mains, et c’est une nouvelle figure qui apparaît. Et je recommence.
Vivre, c’est faire du crochet avec les intentions des autres. Toutefois, tandis que le crochet avance, notre pensée reste libre, et tous les princes charmants peuvent se promener dans leurs parcs enchantés, entre deux passages de l’aiguille d’ivoire au bout crochu. Crochet des choses… Intervalles… Rien…
D’ailleurs, que puis-je tirer de moi-méme ? Que raconter ? Une acuité horrible de mes sensations, et la conscience profonde du fait même que je vis ces sensations… Une intelligence aiguë utilisée à me détruire, et une puissance de rêve avide de me distraire… Une volonté morte et une réflexion qui la berce, comme si c’était son enfant, bien vivant. Le crochet, oui…
Tout cela passe, et tout cela ne me dit absolument rien, tout est étranger à mon destin – et même étranger à son propre destin : un mélange d’inconscience, de ronds à la surface de l’eau quand le hasard y jette des cailloux, d’échos lointains de voix inconnues – salade collective de l’existence.
that if you can get enough to eat will sustain itself can move forward & can live till it dies at this moment in this world there are millions of others of your species who you could say in language eat stand & site, fuck & shit, ingest procreate & defecate on or near this same ground, whichever may you like it you sit stand or lie on a world globe orb or circumstance that’s a planet revolving on its axis in an orbit around so-called sun what else could you say that’s true ? You could begin to tell how often you remember you’re one of these sorts of beings in this sort of place you could say what it feels like with a memory and how often you feel the pull (not like being famous or considered beautiful) out of your self and place which is a place so little so parochial that if you lived in it withtout the past you might never even know the shape of the earth and not mich about the rest (someone said I love you I want to be you).
Je suis maladroite et bruyante en général. Mais pendant la sieste je suis un lynx. Je sais comment changer la facon de marcher comment gérer le poids de mon corps quand je passe du bois au granit du granit a la moquette de la moquette au fauteuil. Je conais la manie de chaque porte : Je sais faire les changements de vitesse exacte sur chacune pour les ouvrir zéro grincement. Je sais combien de temps ca prend a chaque personne de s endormir. Je sais ce que réveille chaque personne. Ma mere les tout petits bruits. Mon pere les grands bruits. Xeña le contact. Alicia la lumiere Mon frere je sais pas. J ai jamais habité avec lui. Il s est cassé quand je suis née, Y a juste quelques trucs que je gere pas. Le chat la sonnerie les bruits du bar et le téléfone.