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Mode : ÉcritGenre : Texte

Ce mouvement s’appelle l’émotte

C’est pendant le béchage que le jeune reçoit sa première éducation, car dès ce moment la mère et ses oisillons conversent et l’on dit alors des jeunes qu’ils chantent en coquilles. Le jeune sort tout mouillé de sa coquille et pendant vingt-quatre heures reste sous la mère pour se sécher. C’est la période du séchage. Le jeune non encore adulte s’appelle aussi pouillard.

La perdrix piète quand elle fuit à pied sans voler, mais si elle vole au ras du sol, on dit qu’elle rase. Lorsqu’une poule perdrix qui a pondu voit ses œufs détruits ou disparus par un fait quelconque, elle recommence une autre ponte et cela s’appelle un recoquetage. Quand les perdreaux suivent leurs parents sans pouvoir encore voler, ils sont à la traîne. Si la perdrix se cache derrière une motte de terre, cette action s’appelle s’amotter.

La femelle appelle le mâle par son chant spécial et on lui donne à ce moment le nom de chanterelle, en disant d’elle qu’elle rappelle. D’une perdrix accouplée, on dit qu’elle est adouée.

(Cynégétique de la perdrix par un expert en agriculture (chasse, gibier) près les tribunaux.)

Savoir par qui on est chassé, et comment, passe peut-être par débusquer dans la langue des assignations politiques ces indicatifs cynégétiques qui naturalisent les formes de vie, en déterminent les rythmes, en scandent l’existence par la discrétisation des actions et des attitudes, n’en considèrent que ce qui a trait à la croissance ou la reproduction : on dit de lui qu’il chante en coquille, on dit d’elle qu’elle est à la traîne ; c’est la période du séchage ; on dira d’eux qu’ils ont adoués ; on fera remarquer que celui-ci rase tandis que celle-là recoquette.

L’opération par laquelle un lexique emprunté aux patois se conserve intact et s’entretient comme langue de cour (à la fois d’expertise et de connivence) est à mettre en regard de celle par laquelle la langue tribunale, inepte à dialectiser, trouve à s’affermir miraculeusement dans l’égrènement des faits et le sentencieux des sentences.

Le monopole du feu seul offre aux chasseurs une vue flatteuse sur un monde rangé comme un diorama, tenu en respect dans ce genre de légalité organique qui fait les histoires naturelles, avec leurs misérables taxons : « agriculture (chasse, gibier) ».

Quand les petits s’écoquillent seuls, on dit qu’ils cassent. Quand ils cessent de se cacher pour surgir en nombre des mottes, ce mouvement s’appelle l’émotte.

 

vignette parue dans la revue Hex et diffusée sous forme de tract

Mode : ÉcritGenre : Texte

Quelque chose qui ne se voit pas
dans un endroit où il n’y a personne

Le 30 avril dernier, pour Artichoke, une reading series perlinoise, Nathalie Quintane a lu un texte intitulé On va faire quelque chose qui ne se verra pas dans un endroit où il n’y a personne. Traduit en ENG et DE et couché sur PDF, format de propriétaire, le texte est augmenté d’une introduction (reproduite ci-dessous) et d’un appareil de notes qui ne manquent pas de produire leur petit effet French Civ 101. Claquer l’img pour accéd àl’ pdf.

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La France, autrefois, c’était un nom de pays ; prenons garde que ce ne soit, en 1961, le nom d’une névrose.


Sartre, préface aux Damnés de la Terre de Fanon


Le 8 mai 1945, la France célèbre la fin de la Guerre. À Sétif (Algérie), les célébrations prennent la forme d’émeutes indépendantistes dont la répression fait pour cette seule journée plusieurs milliers de morts. Le jour-même où la France éternelle célèbre une nouvelle victoire des Lumières sur la barbarie, elle poursuit l’air de rien une mission civilisatrice dont la législation et les méthodes ont inspiré tous les fascismes (ainsi du code de l’indigénat de 1881, premier « état d’exception » décrété par la République, qui instaure une citoyenneté de second rang et autorise les sanctions collectives et les déportations à l’écart du droit métropolitain). En Algérie comme en métropole, les méthodes contre-insurrectionnelles reprendront les méthodes protogénocidaires : liquidations, tortures, corps jetés dans la Seine ou entassés au stade.

C’est cette perméabilité historique et la porosité des mémoires en charge de cette histoire que le texte de Nathalie Quintane ici publié explore, s’appuyant sur un corpus de paroles dont l’origine parfois obscure ne fait que souligner qu’elles appartiennent à l’air du temps, un air de rien, une petite musique suggestive qui entretient des rapport étroits avec le style français, celui qui jouit, au boudoir comme au comptoir, de n’être jamais univoque. Celui qui, parlant à « tous », s’adresse à certains.

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Mode : ÉcritGenre : Explication

Dépatouille (eng)

This text is an ENG version of PAM552 booklet. It has been translated by LottoThiessen, Joel Scott and Marty Hiatt for Artichoke 4.

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dépatouiller qqch : to cope with sth, to manage sth
se dépatouiller : to disentangle oneself

- Get up and walk. Dépatouille is a game for two players, in which A gives B orders that should lead her to complete a simple action (stand, walk, drink a glass of water…). The constraint lies in the fact that B is entirely ignorant of the gestural repertoire of social domestication : thus, nothing can be achieved by ordering B to « stand up, walk over there and drink that glass of water », because the actions of standing up, walking, drinking, the deixes « over there » and « that », and the pragmatic « glass of water » are completely unfamiliar to her. B’s competence refers exclusively to parts of her body and to absolute positions in relation to these. So if B, slouched on a couch, must manage to stand up and drink a glass of water, « apply a 35° bend to your left arm along the floor » is a kind of acceptable start to setting her right. B is called l’empatouillée; A la dépatouilleuse.

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- Starting Position. The empatouillée chooses her starting position ; this involves the greatest possible relaxation. This starting position is the empatouillée’s expressive moment, in which possibilities of slackness, the feeling comfortable and the make yourself comfortable, are extended beyond the boundaries of hospitality. The empatouillée doesn’t only play the docile host of the dépatouilleuse, she is also the guest who chooses where and how she loses consciousness, laying out the crime scene from which she will be rescued.

- Where does dépatouille come from ? Dépatouille was born in a moment of failure, of frustration, of latent conflict making relations tense. Authoritarian statements had replaced negotiation about what is to be done. On reflection, it became clear that these statements were modelled on the cop, the pimp, the gangster, the doctor, the parent – all of whose discourses are simultaneously calls to order in the form of preemptive threats (« you better take some time and be careful about that »), and the expression of particular affects which, within that order, are brandished as canonical attributes (« i’m not a violent man but you should be aware that… »).

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Mode : ParléGenre : Discours

Le mystère familier des récents archaïsmes

1. I Ching
2. Trying to be David Antin
3. Unwritten texts (incl. autopathography)
4. Random insights into personal neurosis
5. The guéridon Louis-XV dream
6. Alexandrin workshop
7. Ça va
5. Chaleur et technicité du burrow
6. Dancing to a Georges Simenon interview
7. Friends applause, guts shiver

Mode : ÉcritGenre : Avis

Antique stuff

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Antique stuff retrempé à la force des lourds internets, VierSomes 003 (The Berlin Edition) contient mon commentaire composé d’Une Vie de Maupassant sous le titre Flood season 3, un truc antique retrempé par la grâce d’un anglais qui consacre. Coquilles, marges maigres, grafimse, démembrement.

And in fact, all the same, in the end the whole thing
tends to look
like blocks of prose powdering
hacking about
the prosimetric temptation
like a cancer you might learn about
always one day too late
or so, already
reduced to verboseness about what dying is
or may be
might be
the statistical language
of probabblities overadjectivates loosely
suffixates, moral, sententious, urban
planning reconstructions
bring up a new balls :dignity ratio
adverse to both.
A baked tourist resembles their victims,
belly just differently bloated
disorder spreads to people’s names, manes
variegated climates appear
mad animals get cooked
look
the future and all
was all ready to be written
as only creation attunes
groans
this sleep
for all we care
for all we know
might as well last forever
and we would never report ourselves missing
yet, all this while,
our names & manes disseminate leisurely
the flood lasting more than a year
among others
and being already written
greeks & latins
the ancient historians
ancestors missing at the mall
dubious walk, suspect sprawl :
geeks on latrines, prophecies
in shapes of shit & cloud
the loo fasting more than a year
the same thing applies to groupers
and other missing animals
for which dignity’s not a dressing
cook ! mal ! add ! animals !
under the russety light of fire
history’s oozing things.

Mode : Parlé

Oniro​-​critie (PAM4952)

Le rêve ’écran-veille’ (1’30) Expression d’une activité mentale réduite (qui n’est jamais totalement à l’arrêt), il constitue un intermezzo pendant lequel le « je » rêve peut-être encore, mais ne se souvient de rien, sinon de recherches angoissantes et de rues obscures. Un organique confit de minéralité et végétalité précieusement altérées : du louis-xv, du marbre, Mensch Menge, Mensch unbestimmter Menge. Il est impossible de donner à ce genre de rêves une quelconque signification, si tant est qu’on parvienne jamais à les traduire en mots, leur message nous parvenant pour l’essentiel sous la forme de cheatcodes pour MegaDrive : ABBA BBA AABB (cependant, il n’est pas sûr que ces rêves n’aient pas une fonction biologique voire même psychologique - rééquilibrage énergétique par mise en ordre des informations : sauter un niveau, revenir au précédent, s’étoffer artificiellement pour bien figurer au dernier niveau).
Je regarde en haut. Il fait une poudre noire sur la ville. Alors sous mon chapeau et dans la bouche j’entends un goût d’encre (avec de minuscules étuis métalliques). Je vois. Aussi comme une cloche sur la poudre noire. Du cercueil umbestimmten Menschen, puis j’entends des pièces nautiques du sommeil (sur chevaux marins). Ravi je songe : un sanctuaire microscopique. Et je traîne mon butin.

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Mode : Parlé

22 novembre 2014 (PAM4652)

Bernard est né le 30 novembre 1928 et mort le 22 novembre 2014, tout à Paris, comme d’un seul segment mais avec beaucoup de voyages sur le segment [né – mort].

On loue Bernard pour son phrasé. Son articulation.

La photo la plus iconique de Bernard le représente à genoux, en bourgeois avili lisant de la poésie-debout. La poésie debout dit la sortie de la page. Elle dit aussi le hiératisme.

On célèbre la beauté, l’élégance, la classe de Bernard de son vivant comme à sa mort. Sa rectitude est physique ; moralement souple, Bernard ne refuse rien, critique peu, aime universellement.

Tout le monde appelle Bernard Bernard.

Bernard admet qu’on l’appelle Bernard, qu’on le dise écrivain réaliste, poète expérimental, artiste d’avant-garde, haut-fonctionnaire de l’apréguerre.

L’œuvre de Bernard elle-même se laisse intégrer au corpus des légendes critiques qui font les écoles, les chapelles, les histoires et généalogies sélectives ; c’est souvent en ce sens qu’on dit les œuvres « incontournables » – mot de la critique FOMO.

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Mode : Parlé

Tirez sur – mais plutôt dans les jambes de – le médium (PAM4352)

Dans L’Efficacité Symbolique, Levi-Strauss rapproche le chamane et le psychanalyste. Il décrit leur double efficace, qui est aussi celle des incantations médiumniques : d’un côté, l’efficace rhétorique (« relation immédiate avec la conscience »), de l’autre l’efficace magique (« relation médiate avec l’inconscient »). En un sens, L-S fait du chamane à la fois l’auteur du chant et le héros de l’épopée. Choeur et quêteur (L-S dit : « le protagoniste réel du conflit »).

Chantant sa propre action, dramatisant son propre effet – comme on se donne de l’entrain en se frappant les joues, ou comme on appelle des orgasmes réels en les feignant d’abord, en les simulant pour les faire monter, ou comme les enfants qui se fouettent la cuisse pour faire avancer le cheval absent de leur crotch – c’est comme si le médium, le médium monologuant, était l’acteur et le doubleur, doublait ses propres prédictions de commentaires rhétoriques précautionneux (corrections, retouches, méticules contradictoires qui se donnent comme des précisions : left, or right, i’m saying left but i’m feeling it can be the right side as well). Le commentaire sur ses propres gestes fait d’ailleurs partie du trésor stylistique du mentisme décrit par Mounier (« énonciation des gestes,‭ ‬énonciation des intentions et des commentaires sur les actes »).

Il y a donc une prise en charge, par le médium – en son discours, en sa rhétorique même – de la confusion, de toute la confusion, ce qui peut-être libère le lecturé de sa propre confusion, le dégage des approximations et le place dans la position à la fois passive et maîtresse de récepteur, réactive une attention sélective (seuls certains noms, certains mots, sont perçus comme signifiants). Et qui sélectionne domine son sujet, somehow. Et sort de la confusion. Le médium lit une liste de noms, de relations, de mots, de faits vagues (accident, mort, âges de la vie) et dans sa litanie se glissent souvent des voilà, je vois tout ça, j’ai tout ça qui me vient, prenez ce que vous voulez, servez-vous, accommodez-vous avec ça, un seul mot de vous et j’explore cette piste plus avant, un seul mot de vous et je l’abandonne pour toujours, pas de problème, c’est votre choix, après tout « c’est vous qui voyez ». Le médium assume les errements, les approximations, et cette assomption vaut pour compétence qui augmente celle du lecturé, le dégageant. Ce savoir-faire lui fait savoir ce qu’il savait déjà et lui fait faire ce qu’il aurait fait de toute façon (mode psychanalytique).

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