• Jean-Marie Gleize ⋅ « Costumes » ⋅ Sorties 23 11 14

    Les poètes savent (vague­ment) que ce ne sont pas les poètes qui désor­mais habillent les poètes. Le cos­tume des poètes est dans les lunettes de l’habitant non-lec­teur, consom­ma­teur de mou­tarde et de spots en prime time. En plus, ce poète en cos­tume n’est même pas un poète. Donc, c’est une image de rien.…

  • Jean-Marie Gleize ⋅ « Costumes » ⋅ Sorties

    2. L’œuvre poé­tique contem­po­raine est d’ailleurs, à ma connais­sance, très peu consa­crée à l’évocation de la per­sonne du poète et de ses cos­tumes pos­sibles. Il est ques­tion d’autre chose, d’autres choses. Ce que l’on appelle « réflexi­vi­té », dans la poé­sie moderne, semble être (ten­dan­ciel­le­ment) réflexi­vi­té lit­té­rale. Il s’agit tou­jours moins de la réflexion d’un ou du poète que de la confec­tion, réfec­tion, défec­tion, etc., de la poé­sie telle que lit­té­ra­le­ment elle s’avance, recule, appa­raît, s’expose, s’efface, boite, bute, ricoche, etc.…

  • Jean-Marie Gleize ⋅ « Costumes » ⋅ Sorties

    Il y a des poètes qui enseignent. Beaucoup. Je m’en tiens ici à ce cos­tume, exem­plaire : ins­ti­tu­teurs (mot péri­mé, je crois, mais très beau), pro­fes­seurs de col­lège, pro­fes­seurs de lycée, pro­fes­seurs de col­lege au sens amé­ri­cain (pre­mier cycle uni­ver­si­taire), pro­fes­seurs d’université, et même (for­cé­ment un seul à la fois), pro­fes­seur au Collège de France. Dans ce der­nier état : cos­tume (appa­rem­ment) simple (Bonnefoy). Je crois que tous ceux-là (les Guglielmi, Stéfan, Sacré, Prigent, Deguy, etc.) croient (je crois avec eux, bien sûr) qu’il y a un lien entre le tra­vail de poé­sie et le tra­vail de trans­mis­sion, trans­fu­sion, trans­la­tion, « méta­phore » des…

  • Jean-Marie Gleize ⋅ « Costumes » ⋅ Sorties

    La leçon de Rimbaud, ce serait : essayage intense et rapide de tous les cos­tumes, d’un maxi­mum de cos­tumes (pour voir) (cette der­nière paren­thèse pro­non­cée en pres­sant plus ou moins for­te­ment sur le verbe voir). Le cos­tume de l’enfant, ce serait fina­le­ment (du moins, c’est à ce point de la leçon que je crois être par­ve­nu) l’absence de cos­tume vers quoi il s’agit de se diri­ger, de se déga­ger. Celui qui ne parle pas encore, qui est en puis­sance de parole. Il claque la porte. Il se retrouve debout dehors. Il « tourne ses bras ». J’imagine qu’il est nu. Le para­doxe très…

  • Jean-Marie Gleize ⋅ « Intégralement et dans un cer­tain sens » ⋅ Sorties

    Être réa­liste en poé­sie, c’est recon­naître que la poé­sie n’est rien, et qu’elle n’a qu’à s’enfoncer dans le trente-sixième des­sous qui est son séjour nor­mal et où on ne manque pas de la ren­voyer lorsque l’occasion s’en pré­sente. J’ai appris il y a quelques jours qu’un débat sur la poé­sie, com­man­dé par Le Monde des Débats et pré­vu pour décembre, puis jan­vier, puis février, ne serait en défi­ni­tive pas publié : il a paru aux res­pon­sables du jour­nal que ce débat ne répon­dait pas aux bonnes ques­tions, celles que le lec­teur est cen­sé se poser – À quoi ça sert, la…

  • Jean-Marie Gleize ⋅ « Intégralement et dans un cer­tain sens » ⋅ Sorties

    1. J’ai besoin d’une cer­taine défi­ni­tion mini­male de la poé­sie comme la seule pra­tique ver­bale, lit­té­raire, échap­pant (ou ten­dant à échap­per) aux contraintes et aux dogmes de la repré­sen­ta­tion : la poé­sie comme bran­che­ment direct (ah ! ah!) de la langue sur du réel (de l’inconscient, du phy­sique, du pul­sion­nel), la poé­sie comme bran­che­ment direct (!) de la langue sur de la réa­li­té « objec­tive » (du réel rugueux à étreindre, du réel sans nom et sans images et dénué de sens, etc.); la poé­sie comme pra­tique inté­gra­le­ment (!) objec­tive et « réa­liste » en ce sens-là (qui est un peu le contraire du sens hérité…

  • Jean-Marie Gleize ⋅ « Intégralement et dans un cer­tain sens » ⋅ Sorties

    Dernier point : C’est parce que je donne à la poé­sie pour tâche de dire le réel ou la réa­li­té. Alors que la réa­li­té est sans nom. Alors que la réa­li­té est innom­mable. Alors que la réa­li­té est hors d’atteinte. Alors que la réa­li­té est sans com­mune mesure avec le lan­gage. Alors que la langue ne peut que figu­rer le réel, que le ren­ver­ser, que le conver­tir en image, etc. C’est parce que je donne à la poé­sie la tâche impos­sible de dire le réel, ou de me conduire au réel, à l’étreinte du réel, que je pense la poé­sie elle-même…