Le but de l’art, avec les moyens du maté­riau, c’est d’ar­ra­cher le per­cept aux per­cep­tions d’ob­jet et aux états d’un sujet per­ce­vant, d’ar­ra­cher l’af­fect aux affec­tions comme pas­sage d’un état de l’un à l’autre.

Ce sont des ath­lètes : pas des ath­lètes qui auraient bien for­mé leurs corps et culti­vé le vécu, quoique beau­coup d’é­cri­vains n’aient pas résis­té à voir dans les sports un moyen d’ac­croître l’art et la vie, mais plu­tôt des ath­lètes bizarres du type « cham­pion du jeûne » ou « grand Nageur » qui ne savait pas nager. Un Athlétisme qui n’est pas orga­nique ou mus­cu­laire, mais « un ath­lé­tisme affec­tif », qui serait le double inor­ga­nique de l’autre, un ath­lé­tisme du deve­nir qui révèle seule­ment des forces qui ne sont pas les siennes, « spectre plastique ».

Composition, com­po­si­tion, c’est la seule défi­ni­tion de l’art. […] On ne confon­dra pas tou­te­fois la com­po­si­tion tech­nique, tra­vail du maté­riau qui fait sou­vent inter­ve­nir la science (mathé­ma­tiques, phy­sique, chi­mie ana­to­mie) et la com­po­si­tion esthé­tique, qui est le tra­vail de la sensation.

Il est faux de voir dans Don Quichotte la fin du roman de che­va­le­rie, en invo­quant les hal­lu­ci­na­tions, les fuites d’i­dées, les états hyp­no­tiques ou cata­lep­tiques du héros. Il est faux de voir dans les romans de Beckett la fin du roman en géné­ral, en invo­quant les trous noirs, la ligne de déter­ri­to­ria­li­sa­tion des per­son­nages, les pro­me­nades schi­zo­phré­niques de Molloy ou de l’Innommable, leur perte de nom, de sou­ve­nir ou de projet.

Deleuze et Guattari, Mille Plateaux