Citations
Un soi sans attachements compassionnels relève de la fiction ou de la démence. [Pourtant,] la dépendance est méprisée, même dans les relations intimes, comme si elle était incompatible avec l’autonomie, alors qu’elle est la seule chose qui la rend possible. (Adam Phillips / Barbara Taylor)
J’ai appris ce mépris de ma propre mère ; peut-être était-il infusé dans mon lait. Par conséquent, il faut que je surveille ma tendance à considérer les besoins des autres comme dégoûtants. Habitude corollaire : fonder la majeure partie de mon estime personnelle sur un sentiment d’hyper-compétence, une croyance irrationnelle mais ardente en ma quasi totale autonomie.
The self without sympathetic attachments is either a fiction or a lunatic…. [Yet] dependence is scorned even in intimate relationships, as though dependence were incompatible with self-reliance rather than the only thing that makes it possible. (Adam Phillips / Barbara Taylor)
I learned this scorn from my own mother ; perhaps it laced my milk. I therefore have to be on the alert for a tendency to treat other people’s needs as repulsive. Corollary habit : deriving the bulk of my self-worth from a feeling of hypercompetence, an irrational but fervent belief in my near total self-reliance.
J’ai laissé entendre, une fois, que j’avais écrit la moitié d’un livre saoule et l’autre moitié sobre. Ici, j’estime que j’ai écrit à peu près les neuf dixièmes de ce livre « librement », l’autre dixième, attachée à un tire-lait de calibre hospitalier : les mots accumulés dans une machine, le lait siphonné dans l’autre.
Once I suggested that I had written half a book drunk, the other half sober. Here I estimate that about nine-tenths of the words in this book were written “free,” the other one-tenth, hooked up to a hospital-grade breast pump : words piled into one machine, milk siphoned out by another.
Peur de l’affirmation. Suis toujours en train d’essayer de sortir du langage totalisant, c’est-à-dire, du langage qui piétine effrontément la spécificité ; avant de me rendre compte que c’est une autre forme de paranoïa. Pour sortir de ce manège, Barthes s’est efforcé de se rappeler que « c’est le langage qui est assertif, non [moi] ». C’est absurde, dit Barthes, d’essayer de fuir la nature affirmative du langage en « ajout[ant] à chaque phrase quelque clausule d’incertitude, comme si quoi que ce soit venu du langage pouvait faire trembler le langage ».
Mon écriture est parcourue de tels tics d’incertitude. Je n’ai pas d’excuse ni de solution, à part de me permettre de tels tremblements, puis d’y retourner plus tard et de les raturer. De cette façon, je m’édite jusqu’à afficher une audace qui ne m’est ni naturelle ni étrangère.
Afraid of assertion. Always trying to get out of “totalizing” language, i.e., language that rides roughshod over specificity ; realizing this is another form of paranoia. Barthes found the exit to this merry-go-round by reminding himself that “it is language which is assertive, not he.” It is absurd, Barthes says, to try to flee from language’s assertive nature by “add[ing] to each sentence some little phrase of uncertainty, as if anything that came out of language could make language tremble.”
My writing is riddled with such tics of uncertainty. I have no excuse or solution, save to allow myself the tremblings, then go back in later and slash them out. In this way I edit myself into a boldness that is neither native nor foreign to me.
Pour ce que j’en sais, la plupart des plaisirs qui en valent la peine balancent entre satisfaire quelqu’un d’autre et se satisfaire soi-même. Certains appelleraient ça une éthique.
So far as I can tell, most worthwhile pleasures on this earth slip between gratifying another and gratifying oneself. Some would call that an ethics.
Impuissance, finitude, endurance. Tu fabriques le bébé, mais pas directement. Tu es responsable de son bien-être, mais incapable de contrôler les éléments fondamentaux. Tu dois lui permettre de se déployer, tu dois nourrir son déploiement, tu dois le veiller. Mais il va se déployer de la façon dont ses cellules ont prévu qu’il se déploierait. Tu ne peux pas contrecarrer une perturbation structurelle ou chromosomale en ingérant le bon thé bio.
Powerlessness, finitude, endurance. You are making the baby but not directly. You are responsible for his welfare, but unable to control the core elements. You must allow him to unfurl, you must feed his unfurling, you must hold him. But he will unfurl as his cells are programmed to unfurl. You can’t reverse an unfolding structural or chromosomal disturbance by ingesting the right organic tea.
Je ne suis pas intéressée par une herméneutique, ni par une érotique, ni une poétique de mon anus. Je suis intéressée par le sexe anal.
I am not interested in a hermeneutics, or an erotics, or a metaphorics, of my anus. I am interested in ass-fucking.
Pour notre dernière nuit au Sheraton, nous mangeons sur place, au resto « mexicain sans prétention » beaucoup trop cher, le Dos Caminos. Tu passes pour un homme ; moi, pour une femme enceinte. Notre serveur nous parle joyeusement de sa famille, exprime son approbation vis-à-vis de la nôtre. En surface, on aurait pu dire que ton corps devenait de plus en plus « masculin » ; le mien, de plus en plus « féminin ». Mais nous ne nous sentions pas comme ça. À l’intérieur, nous étions deux animaux humains en cours de transformation l’un auprès de l’autre, témoins sans pression du changement de l’autre. En d’autres termes, nous prenions de l’âge.
Our last night at the Sheraton, we have dinner at the astoundingly overpriced “casual Mexican” restaurant on the premises, Dos Caminos. You pass as a guy ; I, as pregnant. Our waiter cheerfully tells us about his family, expresses delight in ours. On the surface, it may have seemed as though your body was becoming more and more “male,” mine, more and more “female.” But that’s not how it felt on the inside. On the inside, we were two human animals undergoing transformations beside each other, bearing each other loose witness. In other words, we were aging.
Si, petite fille, tu cherches des avant-goûts du sexe et que les seules options qui se présentent dépeignent le viol d’un enfant ou d’autres abus (donc, tous mes livres préférés de préadolescente : I Know Why the Caged Bird Sings, Clan of the Cave Bear, The World According to Garp, tout comme les quelques films cotés R qu’on me permettait de regarder : Fame, notamment, avec la scène indélébile d’Irene Cara à qui un photographe louche, qui a promis de faire d’elle une star, demande d’enlever sa chemise et de sucer son pouce), alors ta sexualité va se former autour de ça. Il n’y a pas de groupe témoin, à qui on aurait donné un placebo. Je ne veux même pas parler de « sexualité féminine » tant qu’on ne se dotera pas d’un groupe témoin. Et il n’y en aura jamais.
À l’école secondaire, un prof bien avisé nous a donné à lire Wild Swans d’Alice Munro. L’histoire a saisi mon esprit vicié par l’image du pénis-maïs et l’a nettoyé. En quelques pages, Munro couvre tout le sujet : comment la force de la curiosité adolescente et le désir latent doivent souvent entrer en guerre avec le besoin de se protéger de violeurs pernicieux et dégueulasses ; comment le plaisir peut coexister avec une dégradation affreuse, sans que ça signifie que la dégradation était justifiée ou qu’elle incarnait un fantasme inconscient ; comment on se sent lorsqu’on est à la fois complice et victime ; et comment de telles ambivalences peuvent perdurer dans une vie sexuelle adulte.
If you’re looking for sexual tidbits as a female child, and the only ones that present themselves depict child rape or other violations […], then your sexuality will form around that fact. There is no control group. I don’t even want to talk about “female sexuality” until there is a control group. And there never will be.
In high school, a wise teacher assigned the short story “Wild Swans” by Alice Munro. […] In just a few short pages, Munro lays it all out : how the force of one’s adolescent curiosity and incipient lust often must war with the need to protect oneself from disgusting and wicked violators, how pleasure can coexist with awful degradation without meaning the degradation was justified or a species of wish fulfillment ; how it feels to be both accomplice and victim ; and how such ambivalences can live on in an adult sexual life.
Je vise une écriture qui dramatise les façons dont nous sommes « pour un autre ou grâce à un autre », et pas seulement dans certaines circonstances, mais dès le début et pour toujours.
I mean writing that dramatizes the ways in which we are for another or by virtue of another, not in a single instance, but from the start and always.