La chambre est toute petite. Ya un cana­pé rouge, une télé et une grande fenetre qui done sur un tout petit bal­con avec deux chaises en plas­tique. Du bal­con on voit un gros mor­ceau de la ville. Colons, pré­si­dents, ministres, maires, plein de vieux mecs avec un kink euro­péen en com­mun ont tout don­né pour que la ville res­semble le plus pos­sible au conti­nent de leurs fan­tasmes. Avant la guer­rilla, quand la dic­ta­ture de droite était prete a sor­tir du four, quand le peuple cre­vait de faim, quand le syn­di­cat de la canne a sucre a mar­ché tout le fuking pays allée retour allée retour alée retour pour sin­di­ca­li­ser toul­monde et niker les patrons, quand les terres des gros pro­prié­taires étaient squa­tées sous le dra­peau De La Terre Pour Les Persones Qui La Travaillent, le gou­ver­ne­ment s est dit que ce serait cool, vu les géno­cides contre les popu­la­tions ori­gi­naires et noires qui avaient si bien mar­ché, faire de la bonne pub du pays pour le vendre encore plus a l Europe et aux etats unis. La police tuait les pauvres, les pri­sons se mul­ti­pliaient plus facile que la table de 2 des per­sones dis­pa­rais­saient du jour au len­de­main et l Uruguay était conu comme La Suisse de l Amerique du Sud. Stylé. Quand on regarde la ville du bal­con on voit ce petit coté soeur moche et pauvre de Paris. La suisse de l Amérique du Sud en mode mala­die terminale.

Ca fait quelques anées que j habite plus dans cete chambre. Apres moi ca a été la chambre de ma seur et mon neu­veu, puis ma grand mere, puis main­te­nant c est la chambre du can­cer de ma mere. C est la ou elle passe ses jour­nées, elle a tous ses trucs la. Ses aiguilles, sa laine, la télé. Elle passe toute la jour­née tous les jours sur le cana­pé rouge.
Le cana­pé rouge a tou­jours exis­té mais il a pas tou­jours été rouge. Avant il était gris. Et les chats lont détruit avec leurs grifes et on lui a mis un truc rouge. Ma mere aus­si a chan­gé de cou­leur. A cause de la mala­die elle est jaune main­te­nant, comme un Simpson. Je la trouve sty­lée en jaune.
Aussi elle est chauve de la chi­mio. Ma mere était connue pour ses beaux poils. Une che­ve­lure de god­desse. Comme yen a qui ont des culs, des yeux, ma mere avait sa cri­niere. C est une des seules fois ou je lai vu pleu­rer, quand je lai acom­pañé se raser au Salon de Sheila. Sheila tenait la ton­deuse avec une main, et elle avait l autre posée sur la tete de ma mere. Elles se regar­daient a tra­vers le miroir. Je tenais une des mains de ma mere et une autre coi­feuse toute petite tenait l autre. On pleu­rait toutes les quatre. Bon, a dit Sheila. On a pleure. Maintenant c est fini, Et la ton­deuse s est allu­mé et les yeux de ma mere se sont fer­més, Ses cheu­veux se décro­chaient de sa tete et elle fai­sait une gri­mace come si on lui cou­pait ses membres mais qu elle encais­sait la dou­leur sans se plaindre.

Ma mere va mou­rir dans deux jours.
Ce sera a cause de ma déci­sion de l eme­ner a l hopi­tal pour lui enle­ver plein de liquide de l abdo­men qui est la a cause du can­cer de pan­créas qui main­te­nant s étale par­tout dans son corps.
Ceci déclen­che­ra un bor­del de sub­stances, iones, pla­quetes, machin. Son cer­veau va etre intoxi­qué par son foi, en méde­cin ca s appelle encé­fa­lo­pa­tie hépa­tique. Ses yeux regar­de­ront plus, elle par­le­ra plus, elle com­pren­dra plus. Elle sera com­ple­te­ment ailleur sauf pour dire non a la piqure de mor­fine et a mettre des couches. La pre­miere chose qu elle m a dit quand elle a su qu elle était malade : vous me tuez pas avec des drogues, vous me metez pas de couches.
Ma mere va mou­rir et elle est pas d accord. Elle refuse Les méde­cins me parlent de fases des mala­dies ter­mi­nales d accep­ta­tion. Mon cul. Cette per­sonne va s acro­cher a cette vie come moi au sol de mon ancienne maison.

Ma soeur Alicia c est la reine du plas­tique. Elle a plein de petits per­so­nages de Star Wars, et play mobile. Des acces­soires de bar­bie de toutes sortes. Avec ma mere on dis­cute presque pas. On est d acord sur presque tout. A chaque fois qu elle parle je pense qu elle a rai­son. Et moi quand je parle elle me dit tou­jours que j ai rai­son. Sauf pour le plas­tique. Moi j adore le plas­tique, ca brille ca peut se mouiller ca se casse pas ca a une odeur incroyable. Ma mere déteste. C est de la merde. C est du putain de pétrole. C est la mon­naie de l impé­ria­lisme elle dit. Je sais que le pétrole c est hor­rible et l impé­ria­lisme aus­si. L impé­ria­lisme c est les états unis et on déteste les états unis. Elle répete tou­jours C est a cause des états unis qu on est ou on est. Europe d abord. Europe et les états unis. Moi j aime bien ou on est mais je sais pas ou on serait si on était pas la.

Je dis rien je pense rien mais je vois. Je vois dans les os de son dos je vois dans les poils bébés de son crane je vois dans les larmes qui se fau­filent entre mes orteils. Je vois l his­toire se répé­ter et se répé­ter et Se répé­ter. Toutes les pistes du pas­sé que J ai pu prendre, une dizaine de toutes petites pieces me font voir clair le résul­tat du puzzle 1000 pieces. Je la vois kid­na­per des membres des forces armées je la vois enfon­cer une mitraillette dans le conduc­teur d un camion rem­plit d armes je la vois rem­plir son sac de mater­ni­té d armes. Je la vois a la rue avec son pre­mier bébé. Je la vois perdre son pre­mier bébé aux mains des flics. Dormir a la rue. Seule dans la rue. Crever de faim dans la rue. Enceinte de bébé numé­ro 2, cher­chant toutes les nuits un nou­veau refuge dans un nou­veau petit coin caché de la rue. Partir enceinte au Chili. Acoucher cachée dér­riere un mate­las pour se pro­té­ger des balles. Crever de faim dans le refuge. Partir se réfu­gier en France avec un bebé maigre et un bébé en moins.
Les méde­cins ont rai­son pour une putain de fois.
Elle a grave dépas­sé la moyenne de survie.
Je la vois dans le hlm a Nanterre s enfer­mant dans les toi­letes la tete enfon­cée dans une ser­viete atten­dant que ses yeux arretent de pleu­rer pour se maquiller les bleus pour par­tir tra­vailler dans l ate­lier de cou­ture pour don­ner a man­ger au gamin qui est son fils qu elle a vu la der­niere fois quand il avait dix mois qui vient d arri­ver en France apres huit ans et a sa meilleure amie, sa gamine de sept ans, qui veut etre dan­seuse de bal­let et s ache­ter des fouets et faire tout ce que font les autres gamines de sept ans et au mec qui étu­die la filo donc pas le temps de tra­vailler qui est son mari qui lui a mit les coups qui l ont ren­du experte en silence et maquillage.
Je des­sine des petites vagues
Sur son crane jaune.
Mes petites vagues essayent
D absor­ber un peu la douleur
De me la partager
Sil vous plait sil te plait sil nous plait
Qu elles absorbent
Qu elles absorbent
Qu elles absorbent

Y a un truc chez moi avec la france et le fran­cais. Pas chez mes potes du quar­tier, pas a l école, ya de la france et du fran­cais nule part ailleurs. Mes seurs plein de fois parlent en fran­cais avec ma mere, qui leur répond en español. Des fois quand elles veulent par­ler de moi, ou d un truc qu elles veulent me cacher, elles comencent a par­ler en fran­cais bou­bou­bou dada­da grgr­gr pou­ti pou­tou. Moi je com­prend rien mais je com­prend. Ya bea­coup de livres chez moi qui sont en fran­cais. Je les ouvre et je lis et c est trop drole.Ca n a rien avoir avec coment mes seurs et ma mere parlent quand elles parlent en fran­cais. Ya plein de petits trucs mignons sur les letres, des accents a l envers, des petits toits de mai­son, des machins sous les c, des doubles par­tou pp tt mm ss ff ee 11 nn.

Quand je joue a la secré­taire je pré­pare d abord bien mon bureau. Je mets un tas de livres en fran­cais, des cahiers de l école et une banane.
Ring ring. La banane sonne. Oui alo ? Oui mon­sieur je fais ca tout de suite.
Et la je prends un livre en fran­cais et je le récite a voix haute :

EH BIÊNN ! MONNSSIÉOURR DÉ RASTIGGNAK, TRAHITÉSS CÉ MONNdÉ CoMÉ il MÉrItÉ dÉ LeTRE

Et le job est fait, Je passe a la tache sui­vante. Ring ring. Je suis une bone secrétaire

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« La Frranss » Tupamadre
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p. 41

On prend le bus. Blindé. Puant. Bien sur le son a fond sur le pro­grame de radio de Petinati. Tous les conduc­teurs de bus tou­jours écoutent Petinati. C est un mec qui apelle des couples pour regler leurs dra­ma d amour en live. Les mecs il leur parle nor­mal, les meufs il leur parle come des enfants de cinq ans qu il veut bai­ser. Ma mere des qu elle rentre dans les bus, avant de payer le tiket elle insulte Petinati. J ai la tunique de l école trem­pée de trans­pi­ra­tion. Des que la porte du bus s ouvre pour lais­ser des gens des­cendre ou mon­ter, ma mere me fait un geste de poule pour me dire de ven­ti­ler mes aisselles.
Ya tou­jours des per­so­nages dans le bus. La y a un vieux mon­sieur qui pue la pisse et mar­mone des trucs. Un bour­ré qui chante des chan­sons de peña­rol. Une dame folle qui crie SUSANA ! SUSANA ! au fond du bus. Une mere qui tape son enfant parce quil arete pas de bou­ger. Les gens col­lés au fenetres qui ouvrent que un cen­ti­metre. La radio a fond. Raconte a oncle Petinati, tu fais quoi quand tu te sens toute seule dans ton lit avec tes petits dou­dous ? Une masse de gens des­cend. Air. Place. Un siege. Assied toi ma petite. Je m assoi dan les sieges qui sont a l envers et regardent vers le fond. Je vois la vitre pous­sié­reuse de l arriere du bus et un autre bus der­riere. On dirait a chaque arret qu il va défon­cer notre bus. La cha­leur m endort tout en me donant un peu la gerbe. Mes yeux von en arriere tous seuls, mes pau­pieres s entre­ferment. Je me réveille a chaque fois a cause de la folle qui arrete pas de crier SUSANA !
On se leve pour des­cendre. La dame qui crie SUSANA ! prend ma mere par le poiñet et la retient dans le bus. J ai peur, je crie NO ! MAMA !. La folle regarde ma mere dans les yeux et crie SUSANA !. Ma mere fait rien, elle la regarde juste. Je prend ma mere de l autre poiñet et la tire vers moi. MAMA ! De l autre coté la folle tire aus­si et crie SUSANA ! Le conduc­teur du bus cri DEGAGEZ MA PORTE ! La folle raproche sa tete de ma mere. SUSANA ! JE PENSAIS QUE T ETAIS MORTE. C EST TOI ! T AS PAS CHANGÉ SUSANA ! JE PEUX PAS CROIRE ! La folle se jete dans les bras de ma mere. Ma mere me lache et met ses bras autour de la folle. La folle se calme. Elles se séparent La folle me regarde. Ta mere était la meilleure. Bien sur elle est vivante je savais moi. Qui aurait pu la tuer ?
On des­cend du bus. Ma mere dit rien.
Je lui demande Cest qui Susana ?
Elle me regarde.
Rien.
C est toi ?
Rien.

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« Dames bizarres 2 » Tupamadre
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p. 39–40

On marche main dans la main, come tou­jours. Elle me caresse la main avec son énorme pouce. Moi ce que j aime c est sen­tir son doigt déforme. Son doigt du milieu qu elle s est cas­sé une fois avant, quand j étais pas née. Le bout du doigt il pen­dait, presque déco­lé du reste du doigt. On a réus­si a le coudre. Maintenant il a des cica­trices et une cou­leur un peu vio­lete. Une tex­ture de soie un peu. J adore le cares­ser. A chaque fois essaye de me sou­ve­nir dans quelle main il est. Je dis a ma mere que j oublie tou­jours sur quel main il est son doigt déforme que j aime. Elle me dit oui, nor­mal, c est parce qu il change de main. C est vrai.

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« Dames bizarres 1 » Tupamadre
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p. 37

Tu écri­ras, me dis-je, mais com­ment écrire des livres qui se lisent ? Et sur quels sujets assez pres­ti­gieux et assez bien connus de toi pour pou­voir espé­rer des lec­teurs ? Et avec quel style, quelle élé­gance dans la langue pour évi­ter de les las­ser ? Admettons qu’il y ait des lec­teurs. Le temps pas­sant, les livres ne s’ajoutent-ils pas de jour en jour aux livres au point de faire dédai­gner, pour ne pas dire négli­ger, les plus anciens ? Ils dure­ront bien quelques années ? Combien ? Cent ? Mille ? Dix mille ? Donne-moi l’exemple d’un seul, par­mi tant de mil­liers ? Et comme tout doit finir, que le monde se renou­velle par cycles, comme le veut l’Académie, ou qu’il doive avoir un début et une fin, quelle impor­tance après le dixième jour ou dix mille myriades d’années ? Aucune : dans l’un ou l’autre cas, c’est la même chose au regard de l’éternité. Et pen­dant ce temps, tu te seras tor­tu­ré d’espoir, tour­men­té de crainte, épui­sé sous le tra­vail, et tu auras man­qué tout ce que la vie réserve d’agréable. […]

Rien d’étonnant, donc, à ce que j’aie dû m’enflammer d’une pareille pas­sion. Il est en revanche éton­nant qu’après avoir com­pris tout cela, je le puisse encore ; et pour­tant cet appé­tit insen­sé a per­sis­té. Les aspi­ra­tions de César et de tous ces hommes étaient stu­pides, mais mon appé­tit de gloire, au milieu de tant d’embarras et d’obstacles, était insen­sé, et pas seule­ment stu­pide. Et je n’ai cepen­dant jamais dési­ré gloire ou hon­neurs ; je les ai même mépri­sés. J’aurais en effet envie qu’on sache que je suis mais je ne sou­haite pas qu’on sache quel je suis.

Scribes, inquam, quo­mo­do legen­da ? Et de qua re prae­cla­ra et adeo tibi nota ut desi­de­rare legentes pos­sint ? quo sty­lo, qua ser­mo­nis ele­gan­tia, ut legere sus­ti­neant ? Sit ut legant ? nonne aeuo prae­ter­la­bente, in sin­gu­los dies fiet auc­tio, ut prius scrip­ta contem­nan­tur, nedum negli­gan­tur ? At dura­bunt ali­quot annis ? quot ? cen­tum ? mille ? decies mille ? ostende exem­plum, uel unum inter tot mil­lia ? Atque omni­no cum desi­tu­ra sint etiam, si per redi­tus mun­dus renoua­re­tur, ut Academici uolunt, non minus quam si, ut ini­tium habuit, et finem accep­tu­rus est, nil inter­est an post deci­mam diem, an decem mil­lia myria­dum anno­rum ? Nihil utrumque, et ex aequo ad aeter­ni­ta­tis spa­tium. Interim tu dis­cru­cia­be­ris spe, metu tor­que­be­ris, labo­ri­bus ene­rua­be­ris ? quic­quid uitae est reli­quum suauis amittes. […] 

Ergo nil mirum est me illo amore coac­tum fla­grare ; at nunc mirum est, his intel­lec­tis, posse ; et tamen man­sit haec sto­li­da cupi­di­tas. Nam Caesaris et illo­rum stul­tum fuit consi­lium ; at cupi­di­tas mea glo­riae, inter tot, et aduer­sa, et impe­di­men­ta, sto­li­da non tan­tum stul­ta. Non tamen unquam concu­piui glo­riam aut honores, imo spreui : cupe­rem notum esse quod sim, non opto ut scia­tur qua­lis sim.

 

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Le livre de ma vie [De Vita Propria, 1575–1576]
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chap. 9  : « Réflexions sur la manière de per­pé­tuer son nom »
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trad.  Jean-Yves Boriaud
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p. 50–52

J’avais cou­tume, au grand éton­ne­ment de beau­coup, de me cau­ser de la dou­leur, […] parce que je pen­sais que le plai­sir consis­tait dans l’apaisement de la dou­leur pré­cé­dente : si, donc, la dou­leur est volon­taire, il est facile de l’apaiser. Et parce que je sais d’expérience que je ne peux jamais être tota­le­ment exempt de dou­leur, et que si d’aventure cela se pro­duit, me pénètre l’esprit un élan­ce­ment tel­le­ment pénible que rien ne peut être plus gênant, si bien qu’une dou­leur est un moindre mal, ou bien une cause de dou­leur dépour­vue de honte ou de dan­ger, j’ai ima­gi­né de me mordre les lèvres, de me tordre les doigts de me pin­cer jusqu’aux larmes la peau et le muscle déli­cat du bras gauche ; et grâce à ces pré­cau­tions, j’ai vécu jusqu’à pré­sent dans la dignité.

Naturellement, je crains les lieux éle­vés, même très ouverts et ceux où je pour­rais soup­çon­ner la pré­sence de chiens enra­gés. J’ai aus­si souf­fert de temps à autre d’amour héroïque, au point de pen­ser me sui­ci­der ; je soup­çonne que cela doit arri­ver aus­si à d’autres, bien qu’ils ne le men­tionnent pas dans leurs livres.

Fuit mihi mos (de quo plures admi­ra­ban­tur) ut cau­sas dolo­ris, si non habe­rem, quae­re­rem […], quod arbi­tra­rer uolup­ta­tem consis­tere in dolore prae­ce­den­ti seda­to : si ergo uolun­ta­rius sit dolor, facile seda­ri pote­rit. Et quo­niam expe­rior me nun­quam posse pror­sus carere dolore, et si modo contin­gat, subit in ani­mum impe­tus qui­dam adeo moles­tus, ut nihil pos­sit esse grauius, ut mul­to minus malus sit dolor, aut dolo­ris cau­sa, in qua nul­la pror­sus inest tur­pi­tu­do per­icu­lu­mue. Itaque ob hoc, mor­sum labii, et digi­to­rum dis­tor­sio­nem, et com­pres­sio­nem cutis ac tenuis mus­cu­li bra­chii sinis­tri usque ad lachri­mas exco­gi­taui ; quo prae­si­dio sine calum­nia adhuc uiuo.
Natura, alta loca timeo quam­quam latis­si­ma ; et ea ubi sus­pi­cio­nem rabiei canis habue­rim. Laboraui inter­dum etiam amore heroi­co, ut me ipsum tru­ci­dare cogi­ta­rem ; uerum talia etiam aliis acci­dere sus­pi­cor, licet hi in libros non referant.

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Le livre de ma vie [De Vita Propria, 1575–1576]
,
chap. 6  : « Ma san­té »
,
trad.  Jean-Yves Boriaud
, , ,
p. 38