Quant à mon hon­neur, j’en­tends bien que per­sonne ne s’en sou­cie plus que moi, main­te­nant qu’il est trop tard pour le faire. Si seule­ment mes parents s’en étaient sou­ciés quand ils m’ont don­née à vous ! S’ils ne l’ont pas fait alors, je n’en­tends pas me pré­oc­cu­per du leur à pré­sent. Si je vis en état de péché mor­tier, j’y res­te­rai, aujourd’­hui et demain, bien bêchée par ce pilon : n’en soyez pas plus sou­cieux que moi ! Et puis, je vous le déclare : ici, j’ai l’im­pres­sion d’être l’é­pouse de Paganino, tan­dis qu’à Pise, j’a­vais l’im­pres­sion d’être votre putain, quand je songe que la conjonc­tion de nos pla­nètes était fonc­tion des posi­tions de la lune et des qua­dra­tures, alors qu’i­ci, Paganino me tient dans ses bras toute la nuit, et il me presse, et il me mord ! Quant à la façon dont il m’ar­range, Dieu seul peut vous le dire à ma place. Vous ferez des efforts, dites-vous : mais pour quoi ? Pour faire par­tie nulle et pour lever la canne ? Je sais que vous êtes deve­nu bon che­vau­cheur depuis que je ne vous ai vu ! Allez-vous-en, et effor­cez-vous de vivre, car j’ai plu­tôt l’im­pres­sion que vous êtes en loca­tion en ce monde, tant vous m’a­vez l’air poi­tri­naire et gringalet.

Je ne suis et tu n’es, dans les vastes flux des choses, qu’un point d’arrêt favo­rable au rejaillis­se­ment. Ne tarde pas à prendre une exacte conscience de cette posi­tion angois­sante : s’il t’arrivait de t’attacher à des buts enfer­més dans ces limites où per­sonne n’est en jeu que toi, ta vie serait celle du grand nombre, elle serait pri­vée de mer­veilleux. Un court moment d’arrêt : le com­plexe, le doux, le violent mou­ve­ment des mondes se fera de ta mort une écume écla­bous­sante. Les gloires, la mer­veille de ta vie tiennent à ce rejaillis­se­ment du flot qui ne nouait en toi dans l’immense bruit de cata­racte du ciel.

Les fra­giles parois de ton iso­le­ment où se com­po­saient les mul­tiples arrêts, les obs­tacles de la conscience, n’auront ser­vi qu’à réflé­chir un ins­tant l’éclat de ces uni­vers au sein des­quels tu ne ces­se­ras jamais d’être perdu.

S’il n’y avait que ces uni­vers mou­vants, qui ne ren­con­tre­raient jamais de remous cap­tant les cou­rants trop rapides d’une conscience indis­tincte, quand elle lie nous ne savons quel brillant inté­rieur, infi­ni­ment vague, aux plus aveugles mou­ve­ments de la nature, faute d’obstacles, ces mou­ve­ments seraient moins ver­ti­gi­neux. L’ordre sta­bi­li­sé des appa­rences iso­lées est néces­saire à la conscience angois­sée des crues tor­ren­tielles qui l’emportent. Mais s’il est pris pour ce qu’il paraît, s’il enferme dans un atta­che­ment peu­reux, il n’est plus que l’occasion d’une erreur risible, une exis­tence étio­lée de plus marque un point mort, un absurde petit tas­se­ment, oublié, pour peu de temps, au milieu de la bac­cha­nale céleste.
D’un bout à l’autre de cette vie humaine, qui est notre lot, la conscience du peu de sta­bi­li­té, même du pro­fond manque de toute véri­table sta­bi­li­té, libère les enchan­te­ments du rire. Comme si brus­que­ment cette vie pas­sait d’une soli­di­té vide et triste à l’heureuse conta­gion de la cha­leur et de la lumière, aux libres tumultes que se com­mu­niquent les eaux et les airs : les éclats et les rebon­dis­se­ments du rire suc­cèdent à la pre­mière ouver­ture, à la per­méa­bi­li­té d’aurore du sou­rire. Si un ensemble de per­sonnes rit d’une phrase déce­lant une absur­di­té ou d’un geste dis­trait, il passe en elles un cou­rant d’intense com­mu­ni­ca­tion. Chaque exis­tence iso­lée sort d’elle-même à la faveur de l’image tra­his­sant l’erreur de l’isolement figé. Elle sort d’elle-même en une sorte d’éclat facile, elle s’ouvre en même temps à la conta­gion d’un flot qui se réper­cute, car les rieurs deviennent ensemble comme les vagues de la mer, il n’existe plus entre eux de cloi­son tant que dure le rire, ils ne sont pas plus sépa­rés que deux vagues, mais leur uni­té est aus­si indé­fi­nie, aus­si pré­caire que celle de l’agitation des eaux.

Le rire com­mun sup­pose l’absence d’une véri­table angoisse, et pour­tant il n’a pas d’autre source que l’angoisse. Ce qui l’engendre jus­ti­fie ta peur. On ne peut conce­voir que chu, tu ne sais d’où, dans cette immen­si­té incon­nue, aban­don­né à l’énigmatique soli­tude, condam­né pour finir à som­brer dans la souf­france, tu ne sois pas sai­si d’angoisse. Mais de l’isolement où tu vieillis au sein d’univers voués à ta perte, il t’est loi­sible de tirer cette conscience ver­ti­gi­neuse de ce qui a lieu, conscience, ver­tige, aux­quels tu ne par­viens que noué par cette angoisse. Tu ne pour­rais deve­nir le miroir d’une réa­li­té déchi­rante si tu ne devais te briser…

Dans la mesure où tu opposes un obs­tacles à des forces débor­dantes, tu es voué à la dou­leur, réduit à l’inquiétude. Mais il t’est loi­sible encore d’apercevoir le sens de cette angoisse en toi : de quelle façon l’obstacle que tu es doit se nier lui-même et se vou­loir détruit, du fait qu’il est par­tie des forces qui le brisent. Ce n’est pos­sible qu’à cette condi­tion : que ta déchi­rure n’empêche pas ta réflexion d’avoir lieu, ce qui demande qu’un glis­se­ment se pro­duise (que la déchi­rure soit seule­ment reflé­tée, et laisse pour un temps le miroir intact). Le rire com­mun, sup­po­sant l’angoisse écar­tée, quand il en tire au même ins­tant des rebon­dis­se­ments, est sans doute, de cette tri­che­rie, la forme cava­lière : ce n’est pas le rieur que le rire frappe, mais l’un de ses sem­blables – encore est-ce sans excès de cruauté.

Les forces qui tra­vaillent à nous détruire trouvent en nous des com­pli­ci­tés si heu­reuses – et par­fois si vio­lentes – que nous ne pou­vons nous détour­ner d’elles sim­ple­ment comme l’intérêt qui nous y porte. Nous sommes conduits à faire la part du feu ». Rarement des hommes sont en état de se don­ner la mort – et non comme le déses­pé­ré mais l’Hindou, se jetant roya­le­ment sous un char de fête. Mais sans aller jusqu’à nous livrer, nous pou­vons livrer, de nous-mêmes, une part : nous sacri­fions des bien qui nous appar­tiennent ou – ce qui nous lie par tant de liens, dont nous dis­tin­guons mal : notre sem­blable. Assurément, ce mot, sacri­fice, signi­fie ceci : que des hommes, du fait de leur volon­té, font entrer quelques biens dans une région dan­ge­reuse, où sévissent des forces détrui­santes. Ainsi sacri­fions-nous celui dont nous rions, l’abandonnant sans nulle angoisse, à quelque déchéance qui nous semble légère (le rire sans doute n’a pas la gra­vi­té du sacrifice).

Nous ne pou­vons décou­vrir qu’en autrui com­ment dis­pose de nous l’exubérance légère des choses. A peine sai­sis­sons-nous la vani­té de notre oppo­si­tion que nous sommes empor­tés par le mou­ve­ment ; il suf­fit que nous ces­sions de nous oppo­ser, nous com­mu­ni­quons avec le monde illi­mi­té des rieurs. Mais nous com­mu­ni­quons sans angoisse, pleins de joie, ima­gi­nant ne pas don­ner prise nous-mêmes au mou­ve­ment qui dis­po­se­ra pour­tant de nous, quelque jour, avec une rigueur définitive.

Sans nul doute, le rieur est lui-même risible et, dans le sens pro­fond, plus que sa vic­time, mais il importe peu qu’une faible erreur – un glis­se­ment – déverse la joie au royaume du rire. Ce qui rejette les hommes de leur iso­le­ment vide et les mêle aux mou­ve­ments illi­mi­tés – par quoi ils com­mu­niquent entre eux, pré­ci­pi­tés avec bruit l’un vers l’autre comme les flots – ne pour­rait être que la mort si l’horreur de ce moi qui s’est replié sur lui-même était pous­sée à des consé­quences logiques. La conscience d’une réa­li­té exté­rieure – tumul­tueuse et déchi­rante – qui naît dans les replis de la conscience de soi – demande à l’homme d’apercevoir la vani­té de ces replis – de les savoir » dans un pres­sen­ti­ment, déjà détruits – mais elle demande aus­si qu’ils durent. L’écume qu’elle est au som­met de la vague demande ce glis­se­ment inces­sant : la conscience de la mort (et des libé­ra­tions qu’à l’immensité des êtres elle apporte) ne se for­me­rait pas si l’on n’approchait la mort, mais elle cesse d’être aus­si­tôt que la mort a fait son œuvre. Et c’est pour­quoi cette ago­nie, comme figée, de tout ce qui est, qu’est l’existence humaine au sein des cieux – sup­pose la mul­ti­tude spec­ta­trice de ceux qui sur­vivent un peu (la mul­ti­tude sur­vi­vante ampli­fie l’agonie, la réflé­chit sans les facettes infi­nies de consciences mul­tiples, où la len­teur figée coexiste avec une rapi­di­té de bac­cha­nale, où la foudre et la chute des morts sont contem­plées): il faut au sacri­fice non seule­ment des vic­times, mais des sacri­fiants ; le rire ne demande pas seule­ment les per­son­nages risibles que nous sommes, il veut la foule incon­sé­quente des rieurs…

…D’une par­ti­cule simple à l’autre, il n’y a pas de dif­fé­rence de nature, il n’y a pas non plus de dif­fé­rence entre celle-ci et celle-là. Il y a de ceci qui se pro­duit ici ou là, chaque fois sous forme d’unité, mais cette uni­té ne per­sé­vère pas en elle-même. Des ondes, des vagues, des par­ti­cules simples ne sont peut-être que les mul­tiples mou­ve­ments d’un élé­ment homo­gène ; elles ne pos­sèdent que l’unité fuyante et ne brisent pas l’homogénéité de l’ensemble.
Les groupes com­po­sés de nom­breuses par­ti­cules simples pos­sèdent seuls ce carac­tère hété­ro­gène qui me dif­fé­ren­cie de toi et isole nos dif­fé­rences dans le reste de l’univers. Ce qu’on appelle un être » n’est jamais simple, et s’il a seul l’unité durable, il ne la pos­sède qu’imparfaite : elle est tra­vaillée par sa pro­fonde divi­sion inté­rieure, elle demeure mal fer­mée et, en cer­tains points, atta­quable du dehors.
Il est vrai que cet être » iso­lé, étran­ger à ce qui n’est pas lui, est la forme sous laquelle te sont appa­rues d’abord l’existence et la véri­té. C’est à cette dif­fé­rence irré­duc­tible – que tu es – que tu dois rap­por­ter le sens de chaque objet. Pourtant l’unité qui est toi te fuit et s’échappe : cette uni­té ne serait qu’un som­meil sans rêves si le hasard en dis­po­sait selon ta volon­té la plus anxieuse.
Ce que tu es tient à l’activité qui lie les élé­ments sans nombre qui te com­posent, à l’intense com­mu­ni­ca­tion de ces élé­ments entre eux. Ce sont des conta­gions d’énergie, de mou­ve­ment, de cha­leur ou des trans­ferts d’éléments, qui consti­tuent inté­rieu­re­ment la vie de ton être orga­nique. La vie n’est jamais située en un point par­ti­cu­lier : elle passe rapi­de­ment d’un point à l’autre (ou de mul­tiples points à d’autres points), comme un cou­rant ou comme une sorte de ruis­sel­le­ment élec­trique. Ainsi, où tu vou­drais sai­sir ta sub­stance intem­po­relle, tu ne ren­contres qu’un glis­se­ment, que les jeux mal coor­don­nés de tes élé­ments périssables.
Plus loin, ta vie ne se borne pas à cet insai­sis­sable ruis­sel­le­ment inté­rieur ; elle ruis­selle aus­si au dehors et s’ouvre inces­sam­ment à ce qui s’écoule ou jaillit vers elle. Le tour­billon durable qui te com­pose se heurte à des tour­billons sem­blables avec les­quels il forme une vaste figure ani­mée d’une agi­ta­tion mesu­rée. Or vivre signi­fie pour toi non seule­ment les flux et les jeux fuyants de lumière qui s’unifient en toi, mais les pas­sages de cha­leur ou de lumière d’un être à l’autre, de toi à ton sem­blable ou de ton sem­blable à toi (même à l’instant où tu me lis la conta­gion de ma fièvre qui t’atteint): les paroles, les livres, les monu­ments, les sym­boles, les rires ne sont qu’autant de che­mins de cette conta­gion, de ces pas­sages. Les êtres par­ti­cu­liers comptent peu et ren­ferment d’inavouables points de vue, si l’on consi­dère ce qui s’anime, pas­sant de l’un à l’autre sans amour, dans de tra­giques spec­tacles, dans des mou­ve­ments de fer­veur. Ainsi nous ne sommes rien, ni toi ni moi, auprès des paroles brû­lantes qui pour­raient aller de moi vers toi, impri­mées sur un feuillet : car je n’aurai vécu que pour les écrire, et, s’il est vrai qu’elles s’adressent à toi, tu vivras d’avoir eu la force de les entendre.

L’angoisse, évi­dem­ment, ne s’ap­prend pas. On la pro­vo­que­rait ? C’est pos­sible : je n’y crois guère. On peut en agi­ter la lie… Si quel­qu’un avoue de l’an­goisse, il faut mon­trer le néant de ses rai­sons. Il ima­gine l’is­sue de ses tour­ments : s’il avait plus d’argent, une femme, une autre vie… La niai­se­rie de l’an­goisse est infi­nie. Au lieu d’al­ler à la pro­fon­deur de son angoisse, l’an­xieux babille, se dégrade et fuit. Pourtant l’an­goisse était sa chance : il fut choi­si dans la mesure de ses pres­sen­ti­ments. Mais quel gâchis s’il élude : il souffre autant et s’hu­mi­lie, il devient bête, faux, super­fi­ciel. L’angoisse élu­dée fait d’un homme un jésuite agi­té, mais à vide.

Il existe en fait une double volon­té de bon­heur, une dia­lec­tique du bon­heur. Une figure hym­nique et une figure élé­giaque du bon­heur. L’une : l’i­nouï, ce qui n’a encore jamais exis­té, le som­met de la féli­ci­té. L’autre : l’é­ter­nel retour, l’é­ter­nelle res­tau­ra­tion du pre­mier bon­heur, du bon­heur ori­gi­nel. Cette idée élé­giaque du bon­heur, qu’on pour­rait éga­le­ment qua­li­fier d’é­léa­tique, est celle qui, pour Proust, trans­forme l’exis­tence en forêt enchan­tée du sou­ve­nir. C’est à elle qu’il a sacri­fié, non seule­ment amis et socié­té dans sa vie, mais aus­si intrigue, uni­té de la per­sonne, cours du récit, jeu de l’i­ma­gi­na­tion dans son oeuvre. Un de ses lec­teurs – et pas le pire, puis­qu’il s’a­git de Max Unold – a pris pré­texte du carac­tère « ennuyeux » de celle-ci pour la com­pa­rer à des « his­toires de contrô­leurs de tram­way » et a trou­vé cette for­mule : « [Proust] a réus­si à rendre inté­res­santes des his­toires de contrô­leurs de tram­way. Il dit : « Figurez-vous, cher lec­teur, qu’­hier, en trem­pant ma made­leine dans mon thé, je me suis sou­ve­nir que, pen­dant mon enfance, je vivais à la cam­pagne » – il raconte cela sur quatre-vingts pages et c’est si pas­sion­nant qu’on ne croit plus être l’au­di­teur, mais le rêveur éveillé lui-même. »

,
« L’image prous­tienne » Œuvres
,
vol. 2
, ,
p. 139

À la fin de Matière et mémoire, Bergson déve­loppe l’i­dée selon laquelle la per­cep­tion serait une fonc­tion du temps. Si nous vivions, peut-on dire, selon un autre rythme, plus serein, il n’y aurait plus rien de « per­ma­nent » pour nous ; tout advien­drait sous nos yeux, tout vien­drait nous frap­per. C’est pré­ci­sé­ment ce qui se passe dans le rêve. Pour com­prendre ce que sont, au fond, les pas­sages, nous les enfouis­sons dans la plus pro­fonde couche du rêve et nous en par­lons comme s’ils étaient venus nous frap­per. Un col­lec­tion­neur consi­dère les choses de la même façon. Les choses viennent frap­per le col­lec­tion­neur. La façon dont il cherche et trouve une nou­velle pièce, la façon dont sa pré­sence modi­fie les autres, tout cela l’in­vite à regar­der les objets de sa col­lec­tion comme dis­sous – à la manière du réel dans le rêve – dans un flux permanent.

, ,
trad.  Christophe David
, ,

L’ennui est une étoffe grise et chaude recou­verte, à l’in­té­rieur, d’une dou­blure de soie aux cou­leurs vives et cha­toyantes. Quand nous rêvons, nous nous rou­lons dans cette étoffe. Nous nous sen­tons chez nous dans les ara­besques de sa dou­blure. Mais, enve­lop­pé dans son étoffe grise, le dor­meur a l’air de s’en­nuyer. La plu­part du temps, lors­qu’il se réveille et veut racon­ter le conte­nu de son rêve, il com­mu­nique cet ennui. Qui est capable de retour­ner d’un geste la dou­blure du temps ? Pourtant, racon­ter ses rêves ne signi­fie rien d’autre. On ne peut par­ler autre­ment des pas­sages, ces archi­tec­tures dans les­quelles nous revi­vons en rêve la vie de nos parents et grands-parents tout comme l’embryon dans le ventre de la mère répète la phy­lo­ge­nèse. Dans les pas­sages, l’exis­tence s’é­coule sans accen­tua­tion par­ti­cu­lière, comme les épi­sodes dans les rêves. C’est la flâ­ne­rie qui donne son rythme à cette som­no­lence. En 1839, une mode des tor­tues avait enva­hi Paris. On peut faci­le­ment ima­gi­ner que les élé­gants eurent moins de mal à imi­ter le rythme de ces créa­tures dans les pas­sages que sur les bou­le­vards. L’ennui est tou­jours la face externe des évé­ne­ments incons­cients. C’est pour­quoi les grands dan­dys l’ont trou­vé si distingué.

, ,
trad.  Christophe David
, ,

Le réveil est la forme exem­plaire du sou­ve­nir : c’est la forme impor­tance, capi­tale, dans laquelle nous par­ve­nons à nous sou­ve­nir de ce qu’il y a de plus récent (de plus proche). Lorsqu’il déplace expé­ri­men­ta­le­ment les meubles, Proust vise la même chose que Bloch sous le nom d”  »obs­cu­ri­té de l’ins­tant vécu ».

, ,
trad.  Christophe David
, ,

Nous construi­sons le réveil théo­ri­que­ment, ce qui veut dire que nous repro­dui­sons, au niveau du lan­gage, le stra­ta­gème qui, au niveau phy­sio­lo­gique, est l’élé­ment déci­sif du réveil. Le réveil opère par la ruse. C’est par la ruse, non sans elle, que nous nous arra­chons au domaine du rêve.

, ,
trad.  Christophe David
, ,