[Q]ue la séance s’achevât par une réso­lu­tion était dans l’ordre. En effet, que le cou­teau mette le point final à une rixe, qu’à la fin d’un mor­ceau de musique les dix doigts frappent les touches tous ensemble une ou deux fois, que le dan­seur s’incline devant sa cava­lière ou que l’on vote une réso­lu­tion : si on agit ain­si, c’est que le monde ne serait pas ras­su­rant, où les évé­ne­ments tout bon­ne­ment s’esquiveraient, sans avoir dûment cer­ti­fié d’abord qu’ils sont réel­le­ment advenus.
[D]aß die Sitzung mit einer Resolution schloß, war in Ordnung. Denn ob man bei einer Rauferei mit dem Messer den Schlußpunkt setzt oder am Ende eines Musikstücks alle zehn Finger ein paar­mal glei­ch­zei­tig in die Tasten schlägt, oder ob der Tänzer sich vor sei­ner Dame ver­beugt, oder ob man eine Resolution bes­chließt : es wäre eine unheim­liche Welt, wenn die Geschehnisse sich ein­fach davon­schli­chen und nicht am Ende noch ein­mal gehö­rig ver­si­chern wür­den, daß sie ges­che­hen seien ; und darum tut man es.
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vol. 1
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chap. 44  : « Suite et fin de la grande séance. Ulrich trouve de l’agrément à Rachel, et Rachel à Soliman. L’Action paral­lèle est dotée d’une orga­ni­sa­tion solide »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 229

Un organe de la classe ouvrière avait, comme se fût expri­mé le comte Leinsdorf, déver­sé une salive des­truc­trice sur la Grande Idée en affir­mant que celle-ci n’était qu’une nou­velle sen­sa­tion pour les classes diri­geantes, suc­cé­dant au der­nier crime sadique ; et un brave ouvrier qui avait un peu trop bu se sen­tit enflam­mé par ces décla­ra­tions. Il avait frô­lé en pas­sant deux bour­geois qui, satis­faits des affaires de la jour­née, expri­maient à voix assez haute, dans la conscience que les bons sen­ti­ments ont tou­jours le droit d’être expri­més, leur plein accord avec l’Action patrio­tique. Il s’ensuivit un échange de « mots » ; comme la proxi­mi­té d’un agent de police n’encourageait pas moins les bien-pen­sants qu’elle n’excitait l’attaquant, la scène prit une forme de plus en plus vio­lente. L’agent l’observa d’abord par-des­sus son épaule, puis il se retour­na, et enfin s’approcha ; il y assis­ta en obser­va­teur, comme une sorte de levier avan­cé de la machine appe­lée État, qui s’achève en bou­tons et autres élé­ments de métal. Il faut dire qu’un séjour conti­nuel dans un État bien orga­ni­sé a quelque chose d’absolument fan­tô­mal ; on ne peut sor­tir dans la rue, boire un verre d’eau ou mon­ter dans le tram sans tou­cher aux leviers sub­ti­le­ment équi­li­brés d’un gigan­tesque appa­reil de lois et de rela­tions, les mettre en branle ou se faire main­te­nir par eux dans la tran­quilli­té de son exis­tence ; on n’en connaît qu’un très petit nombre, ceux qui pénètrent pro­fon­dé­ment dans l’intérieur et se perdent à l’autre bout dans un réseau dont aucun homme, jamais, n’a débrouillé l’ensemble ; c’est d’ailleurs pour­quoi on le nie, comme le cita­din nie l’air, affir­mant qu’il n’est que du vide ; mais il semble que ce soit jus­te­ment parce que tout ce que l’on nie, tout ce qui est inco­lore, inodore, insi­pide, sans poids et sans mœurs, comme l’eau, l’air, l’espace, l’argent et la fuite du temps, est en réa­li­té l’essentiel, que la vie prend ce carac­tère spec­tral. Il peut arri­ver que la panique sai­sisse un homme, comme dans les rêves où la volon­té est impuis­sante, une tem­pête de coups et de ruades en tous sens comme d’un ani­mal tom­bé dans l’incompréhensible méca­nisme d’un filet. Ce fut une influence de cet ordre qu’exercèrent sur l’ouvrier les bou­tons de l’uniforme de l’agent, et c’est alors que le repré­sen­tant de l’ordre, consi­dé­rant qu’on lui man­quait de res­pect, pro­cé­da à l’arrestation.

Elle ne se fit pas sans résis­tance et mani­fes­ta­tion réité­rée d’opinions sédi­tieuses. Des badauds s’émurent, l’ivrogne en fut flat­té, et une aver­sion réso­lue pour son sem­blable, res­tée jusque-là soi­gneu­se­ment cachée, écla­ta alors au grand jour. Un com­bat pas­sion­né pour l’honneur com­men­ça. Une fier­té accrue affron­ta le sen­ti­ment inquié­tant de ne plus bien tenir dans sa peau. Le monde lui non plus n’était pas ferme ; c’était un souffle incer­tain qui ne ces­sait de se défor­mer et de chan­ger d’aspect. Les mai­sons étaient de guin­gois, comme expul­sées de l’espace ; les gens, là, au milieu, étaient un grouille­ment de pauvres types ridi­cules, mais tous parents. Je suis appe­lé à y mettre ordre, voi­là ce que sen­tait cet ivrogne excep­tion­nel. La scène tout entière était rem­plie d’une sorte de vacille­ment, un frag­ment de ce qui se pas­sait lui appa­rut clai­re­ment comme un bout de che­min, puis de nou­veau les murs tour­nèrent. Les axes des yeux lui sor­taient de la tête comme des tiges, cepen­dant que la plante de ses pieds rete­nait de toutes ses forces la terre. Un étrange ruis­sel­le­ment avait com­men­cé dans sa bouche ; des mots sor­taient, remon­tant de l’intérieur, dont il était impos­sible de savoir comme ils avaient pu y entrer. C’étaient peut-être des injures. Il était mal­ai­sé de le pré­ci­ser. Le dedans et le dehors se ruaient l’un dans l’autre. Cette colère n’était pas une colère pro­fonde, mais seule­ment l’habitacle cor­po­rel de la colère, exas­pé­ré jusqu’à la fré­né­sie, et le visage d’un agent de police s’approcha avec une extrême len­teur d’un poing fer­mé, avant de se mettre à sai­gner.

Mais l’agent lui aus­si, entre-temps, avait tri­plé ; avec les gar­diens de la paix accou­rus aus­si­tôt, des gens s’étaient attrou­pés, l’ivrogne s’était jeté à terre et ne vou­lait pas se lais­ser prendre. Ulrich com­mit alors une impru­dence. Il avait enten­du dans l’attroupement le mot « Lèse-majes­té », et obser­va qu’un homme dans cet état n’était pas en mesure de com­mettre un tel crime, qu’il fal­lait l’envoyer se cou­cher. Il avait dit cela sans y accor­der beau­coup d’importance, mais il tom­bait mal. L’homme se mit à crier qu’Ulrich, autant que Sa Majesté, pou­vaient aller se faire… – et un agent qui reje­ta évi­dem­ment la faute de cette réci­dive sur l’intervention d’Ulrich, invi­ta celui-ci, non sans brus­que­rie, à vider les lieux. Ulrich n’était pas habi­tué à voir dans l’État autre chose qu’un hôtel où l’on a droit à être ser­vi poli­ment. Il se plai­gnit du ton sur lequel on lui par­lait ; chose inat­ten­due, la police en dédui­sit qu’un seul ivrogne ne suf­fi­sait pas à jus­ti­fier la pré­sence de trois agents, et sans plus attendre, on emme­na Ulrich à son tour.

Denn ein Arbeiterblatt hatte, wie Graf Leinsdorf das nen­nen würde, des­truk­ti­ven Speichel über die Große Idee ergos­sen, indem es behaup­tete, daß diese sich bloß als eine neue Sensation der Herrschenden an den letz­ten Lustmord reihe, und ein bra­ver Arbeiter, der ein wenig viel getrun­ken hatte, fühlte sich dadurch gereizt. Er war an zwei Bürger ges­treift, die sich mit den Geschäften des Tages zufrie­den fühl­ten und im Bewußtsein, daß gute Gesinnung sich jeder­zeit zei­gen dürfe, ziem­lich laut ihr Einverständnis mit der vaterlän­di­schen Aktion aus­tau­sch­ten, von der sie in ihrer Zeitung gele­sen hat­ten. Es ents­tand ein Wortwechsel, und weil die Nähe eines Schutzmanns die Gutgesinnten eben­so ermu­tigte, wie sie den Angreifer reizte, nahm die­ser Auftritt immer hef­ti­gere Formen an. Der Schutzmann betrach­tete ihn erst über die Schulter, spä­ter von vorn und dann aus der Nähe ; er wohnte ihm beo­bach­tend bei wie ein her­vors­te­hen­der Ausläufer des eiser­nen Hebelwerks Staat, der in Knöpfen und andren Metallteilen endet. Nun hat der stän­dige Lebensaufenthalt in einem wohl­geord­ne­ten Staat aber dur­chaus etwas Gespenstisches ; man kann weder auf die Straße tre­ten, noch ein Glas Wasser trin­ken oder die Elektrische bes­tei­gen, ohne die aus­ge­wo­ge­nen Hebel eines rie­si­gen Apparats von Gesetzen und Beziehungen zu berüh­ren, sie in Bewegung zu set­zen oder sich von ihnen in der Ruhe seines Daseins erhal­ten zu las­sen ; man kennt die wenig­sten von ihnen, die tief ins Innere grei­fen, wäh­rend sie auf der ande­ren Seite sich in ein Netzwerk ver­lie­ren, des­sen ganze Zusammensetzung übe­rhaupt noch kein Mensch ent­wirrt hat ; man leu­gnet sie deshalb, so wie der Staatsbürger die Luft leu­gnet und von ihr behaup­tet, daß sie die Leere sei, aber schein­bar liegt gerade darin, daß alles Geleugnete, alles Farb‑, Geruch‑, Geschmack‑, Gewicht- und Sittenlose wie Wasser, Luft, Raum, Geld und Dahingehn der Zeit in Wahrheit das Wichtigste ist, eine gewisse Geisterhaftigkeit des Lebens ; es kann den Menschen zuwei­len eine Panik erfas­sen wie im willen­lo­sen Traum, ein Bewegungssturm tol­len Umsichschlagens wie ein Tier, das in den unverständ­li­chen Mechanismus eines Netzes gera­ten ist. Eine solche Wirkung übten die Knöpfe des Schutzmanns auf den Arbeiter aus, und in die­sem Augenblick schritt das Staatsorgan, das sich nicht in der gebüh­ren­den Weise geach­tet fühlte, zur Verhaftung.

Sie ver­lief nicht ohne Widerstand und wie­de­rholte Kundgebungen aufrüh­re­ri­scher Gesinnung. Das erregte Aufsehen schmei­chelte dem Betrunkenen, und eine bis dahin verheim­lichte völ­lige Abneigung gegen das Mitgeschöpf zeigte sich ent­fes­selt. Ein lei­den­schaft­li­cher Kampf um Geltung begann. Ein höheres Gefühl von sei­nem Ich setzte sich mit einem unheim­li­chen Gefühl ausei­nan­der, als wäre er nicht fest in sei­ner Haut. Auch die Welt war nicht fest ; sie war ein unsi­che­rer Hauch, der sich immer­zu defor­mierte und die Gestalt wech­selte. Häuser stan­den schief aus dem Raum gebro­chen ; lächer­liche, wim­melnde, doch ges­ch­wis­ter­liche Tröpfe waren daz­wi­schen die Menschen. Ich bin beru­fen, bei ihnen Ordnung zu machen, fühlte der ungewöhn­lich Betrunkene. Der ganze Schauplatz war von etwas Flimmerndem aus­gefüllt, irgen­dein Stück Weg des Geschehens kam klar auf ihn zu, aber dann dreh­ten sich wie­der die Wände. Die Augenachsen stan­den wie Stiele aus dem Kopf, wäh­rend die Fußsohlen die Erde fes­thiel­ten. Ein wun­der­sames Strömen aus dem Mund hatte begon­nen ; Worte kamen aus dem Inneren herauf, von denen nicht zu begrei­fen war, wie sie vorher hinein­ge­kom­men waren, mögli­cher­weise waren es Schimpfworte. Das ließ sich nicht so genau unter­schei­den. Außen und Innen stürz­ten inei­nan­der. Der Zorn war kein inne­rer Zorn, son­dern bloß das bis zum Rasen erregte lei­bliche Gehäuse des Zorns, und das Gesicht eines Schutzmanns näherte sich ganz lang­sam einer geball­ten Faust, bis es blutete.

Aber auch der Schutzmann hatte sich inz­wi­schen ver­drei­facht ; mit den hin­zuei­len­den Sicherheitsbeamten waren Menschen zusam­men­ge­lau­fen, der Betrunkene hatte sich zur Erde gewor­fen und wollte sich nicht fest­neh­men las­sen. Da beging Ulrich eine Unvorsichtigkeit. Er hatte aus dem Auflauf das Wort »Majestätsbeleidigung« ver­nom­men und bemerkte nun, daß die­ser Mensch in sei­nem Zustand nicht imstande sei, eine Beleidigung zu bege­hen, und daß man ihn schla­fen schi­cken solle. Er dachte sich nicht viel dabei, aber er kam an die Unrechten. Der Mann schrie nun, daß ihn sowohl Ulrich wie die Majestät …! und ein Schutzmann, der die Schuld an die­sem Rückfall offen­bar der Einmischung zuschrieb, for­derte Ulrich barsch auf, sich wei­ter­zu­sche­ren. Nun war es die­ser aber unge­wohnt, den Staat anders zu betrach­ten als ein Hotel, in dem man Anspruch auf höfliche Bedienung hat, und ver­bat sich den Ton, in dem man zu ihm sprach, was uner­war­te­ter­weise die Schutzmannschaft zu der Einsicht brachte, daß ein Betrunkener für die Anwesenheit von drei Schutzleuten nicht genüge, so daß sie Ulrich gleich auch mitnahmen.

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vol. 1
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chap. 40  : « Un homme a toutes les qua­li­tés, mais elles lui sont indif­fé­rentes. Un prince de l’esprit est arrê­té, et l’Action paral­lèle trouve un secré­taire d’honneur »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 196–198

Tout ce qui le peut s’orne d’esprit, s’en cha­marre. L’esprit, com­bi­né avec autre chose, est ce qu’il y a de plus répan­du au monde. « L’esprit de fidé­li­té », « l’esprit d’amour », un « esprit viril », un « esprit culti­vé », « le plus grand esprit de notre temps », « nous vou­lons sau­ve­gar­der l’esprit de telle ou telle chose », « nous vou­lons agir dans l’esprit de notre mou­ve­ment » : ah ! le beau son décent de tout cela jusque dans les plus b…asses classes ! Tout le reste, à côté, le crime quo­ti­dien, la cupi­di­té assi­due, appa­raît alors comme l’inavouable crasse que Dieu enlève aux ongles de ses orteils.

Mais quand l’esprit demeure tout seul, sub­stan­tif nu, glabre comme un fan­tôme à qui l’on aime­rait prê­ter un suaire, qu’en est-il donc ? On peut lire les poètes, étu­dier les phi­lo­sophes, ache­ter des tableaux, dis­cu­ter toute la nuit : mais ce que l’on y gagne, est-ce de l’esprit ? En admet­tant même qu’on en gagne, le pos­sé­de­ra-t-on pour autant ? Cet esprit-là est si étroi­te­ment lié à la forme for­tuite qu’il a prise pour entrer en scène ! Il passe à tra­vers celui qui aime­rait l’accueillir, ne lui lais­sant qu’un ébran­le­ment léger. Qu’allons-nous faire de tout cet esprit ? On ne cesse d’en pro­duire en quan­ti­tés pro­pre­ment astro­no­miques sur des tonnes de papier, de pierre et de toile, on ne cesse pas davan­tage d’en ingé­rer et d’en consom­mer dans une gigan­tesque dépense d’énergie ner­veuse : qu’en advient-il ensuite ? Disparaît-il comme un mirage ? Se dis­sout-il en par­ti­cules ? Se sous­trait-il à la loi ter­restre de la conser­va­tion de la matière ? Les par­celles de pous­sière qui des­cendent au fond de nous et len­te­ment s’y immo­bi­lisent n’ont aucun rap­port avec la dépense faite. Où est-il par­ti ? Où est-il, qu’est-il ? Peut-être se for­me­rait-il autour de ce mot « esprit », si l’on en savait davan­tage, un cercle de silence angoissé…

[…]

L’esprit sait que la beau­té rend bon, mau­vais, bête ou sédui­sant. Il dis­sèque un mou­ton et un péni­tent, et trouve dans l’un et l’autre humi­li­té et patience. Il ana­lyse une sub­stance et constate que, prise en grandes quan­ti­tés, elle devient un poi­son, en petites doses, un exci­tant. Il sait que la muqueuse des lèvres est appa­ren­tée à celle de l’intestin, mais il sait aus­si que l’humilité de ces mêmes lèvres est appa­ren­tée à celle du sacré. Il mélange, il dis­sout, il recom­pose dif­fé­rem­ment. Pour lui, le bien et le mal, le haut et le bas ne sont pas comme pour le scep­tique des notions rela­tives, mais les termes d’une fonc­tion, des valeurs qui dépendent du contexte dans lequel elles se trouvent. Les siècles lui ont ensei­gné que les vices peuvent deve­nir des ver­tus, et réci­pro­que­ment ; il tient pour pure mal­adresse que l’on ne réus­sisse pas encore, dans le temps d’une vie, à récu­pé­rer un cri­mi­nel. Il n’admet rien de licite ou d’illicite, parce que toute chose peut avoir une qua­li­té qui la fera par­ti­ci­per un jour à un nou­veau grand sys­tème. Il hait secrè­te­ment comme la mort tout ce qui feint d’être immuable, les grands idéaux, les grandes lois, et leur petite copie pétri­fiée, l’homme satis­fait. Il n’est rien qu’il consi­dère comme ferme, aucune per­sonne, aucun ordre ; parce que nos connais­sances peuvent se modi­fier chaque jour, il ne croit à aucune liai­son, et chaque chose ne garde sa valeur que jusqu’au pro­chain acte de la créa­tion, comme un visage auquel on parle et qui s’altère avec les mots.

L’esprit est donc l’opportuniste par excel­lence, mais on ne peut le sai­sir nulle part, et l’on serait ten­té de croire qu’il ne demeure de son action que déca­dence. Tout pro­grès consti­tue un gain de détail, mais une cou­pure dans l’ensemble ; c’est un accrois­se­ment de puis­sance qui débouche dans un pro­gres­sif accrois­se­ment d’impuissance, et c’est une chose à quoi l’on ne peut rien. Cela rap­pe­la à Ulrich ce corps de faits et de décou­vertes, gros­sis­sant presque d’heure en heure, dont l’esprit est contraint aujourd’hui de détour­ner ses regards s’il veut exa­mi­ner avec pré­ci­sion quelque pro­blème que ce soit. Ce corps gros­sit en s’éloignant de l’être inté­rieur. D’innombrables concep­tions, opi­nions, sys­tèmes pro­ve­nant de toutes les régions du monde et de toutes les époques, de toutes les espèces de cer­veaux, sains ou malades, en état de veille ou de rêve, ont beau le sillon­ner comme des mil­liers de petits cor­dons ner­veux, il manque le centre où ses rayons pour­raient conver­ger. L’homme se sent mena­cé de repro­duire le des­tin de ces races d’animaux géants de la pré­his­toire, qui sont morts de leur gran­deur même ; mais il ne peut pas abdiquer.

Cela fit res­sou­ve­nir Ulrich d’une idée fort dou­teuse à laquelle il avait cru long­temps et qu’il n’avait pas encore pu extir­per de son cer­veau : que seul un sénat d’hommes évo­lués, doués de vastes connais­sances, pou­vait gou­ver­ner le monde. Il est très natu­rel de pen­ser que l’homme qui, malade, se confie aux soins de méde­cins spé­cia­li­sés plu­tôt qu’à des ber­gers, n’a aucune rai­son, lorsqu’il est en bonne san­té, de se faire trai­ter par des bavards beau­coup moins qua­li­fiés que des ber­gers, comme c’est le cas dans ses affaires publiques ; c’est pour­quoi les jeunes gens, qui s’attachent à l’essentiel, com­mencent par juger secon­daire tout ce qui, dans le monde, n’est ni beau, ni vrai, ni bon, par exemple le Ministère des Finances ou, jus­te­ment, un débat par­le­men­taire. Du moins étaient-ils tels autre­fois : aujourd’hui, grâce à l’éducation poli­tique et éco­no­mique, ils doivent avoir chan­gé. Mais, alors déjà, quand on avait pris de l’âge et fré­quen­té assez long­temps ces fumoirs de l’esprit où le monde fume le jam­bon des affaires, on appre­nait à s’accommoder de la réa­li­té. En fin de compte, l’homme culti­vé en venait ordi­nai­re­ment à se limi­ter à sa spé­cia­li­té en adop­tant pour le reste de sa vie la convic­tion que, si les choses pou­vaient évi­dem­ment être dif­fé­rentes dans l’ensemble, il n’en était pas moins inutile d’y pen­ser trop. Tel appa­raît à peu près l’équilibre inté­rieur des tra­vailleurs de l’esprit. Et sou­dain, tout le pro­blème appa­rut à Ulrich sous la forme assez comique d’une ques­tion : le mal ne vien­drait-il pas, en fin de compte, puisqu’on ne peut dou­ter qu’il n’y ait de l’esprit en suf­fi­sance, de ce que l’esprit n’a pas d’esprit ?

Il eut envie de rire : n’était-il pas lui-même un de ces rési­gnés ? Mais l’ambition déçue, vivante encore cepen­dant, le tra­ver­sa comme une épée. En cet ins­tant, deux Ulrich mar­chaient côte à côte. L’un regar­dait en sou­riant autour de lui et pen­sait : « Ainsi donc, j’ai vou­lu jouer un rôle dans des cou­lisses comme celles-là ! Je me suis éveillé un jour, non point mou comme dans le cor­billon mater­nel, mais fer­me­ment per­sua­dé que j’avais quelque chose à réa­li­ser. On m’a don­né mes répliques, et j’ai sen­ti qu’elles ne me concer­naient pas. Toutes choses alors étaient emplies, comme par le scin­tille­ment du trac, de mes attentes et de mes des­seins propres. Entre-temps, la scène a tour­né imper­cep­ti­ble­ment, j’ai avan­cé de quelques pas, et me voi­ci déjà, peut-être, au seuil du dénoue­ment. Sous peu, la scène tour­nante m’aura jeté dehors, et tout ce que j’aurai dit de mon grand rôle sera : “Les che­vaux sont sel­lés. Le diable vous emporte tous !” » Mais tan­dis que l’un des deux Ulrich, pen­sant ain­si et sou­riant, mar­chait dans le flot­te­ment du soir, l’autre tenait les poings fer­més, dans la colère et la souf­france. C’était des deux le moins visible, ne pen­sant qu’à trou­ver une for­mule de conju­ra­tion, une poi­gnée que l’on pût sai­sir, le véri­table esprit de l’esprit, le mor­ceau man­quant, tout petit peut-être, qui per­met­trait de fer­mer le cercle inter­rom­pu. Ce second Ulrich n’avait pas de mots à sa dis­po­si­tion. Les mots sautent d’arbre en arbre comme des singes, mais dans l’obscur domaine où l’on prend racine, on est pri­vé de leur ami­cale entre­mise. Le sol ruis­se­lait sous ses pieds. Il pou­vait à peine ouvrir les yeux. Un sen­ti­ment peut-il souf­fler en tem­pête sans être le moins du monde un sen­ti­ment tempétueux ?

Was kann, schmückt sich mit Geist, ver­brämt sich. Geist ist, in Verbindung mit irgen­det­was, das Verbreitetste, das es gibt. Der Geist der Treue, der Geist der Liebe, ein männ­li­cher Geist, ein gebil­de­ter Geist, der größte Geist der Gegenwart, wir wol­len den Geist die­ser und jener Sache hoch­hal­ten, und wir wol­len im Geiste unse­rer Bewegung han­deln : wie fest und unanstößig klingt das bis in die unters­ten Stufen. Alles übrige, das alltä­gliche Verbrechen oder die emsige Erwerbsgier, erscheint dane­ben als das Uneingestandene, der Schmutz, den Gott aus sei­nen Zehennägeln entfernt.

Aber wenn Geist allein das­teht, als nacktes Hauptwort, kahl wie ein Gespenst, dem man ein Leintuch bor­gen möchte, – wie ist es dann ? Man kann die Dichter lesen, die Philosophen stu­die­ren, Bilder kau­fen und näch­te­weise Gespräche füh­ren : aber ist es Geist, was man dabei gewinnt ? Angenommen, man gewönne ihn : aber besitzt man ihn dann ? Dieser Geist ist so fest ver­bun­den mit der zufäl­li­gen Gestalt seines Auftretens ! Er geht durch den Menschen, der ihn auf­neh­men möchte, hin­durch und läßt nur ein wenig Erschütterung zurück. Was fan­gen wir mit all dem Geist an ? Er wird auf Massen von Papier, Stein, Leinwand in gera­de­zu astro­no­mi­schen Ausmaßen immer von neuem erzeugt, wird eben­so una­bläs­sig unter rie­sen­haf­tem Verbrauch von nervö­ser Energie auf­ge­nom­men und genos­sen : Aber was ges­chieht dann mit ihm ? Verschwindet er wie ein Trugbild ? Löst er sich in Partikel auf ? Entzieht er sich dem irdi­schen Gesetz der Erhaltung ? Die Staubteilchen, die in uns hinab­sin­ken und lang­sam zur Ruhe kom­men, ste­hen in kei­nem Verhältnis zu dem Aufwand. Wohin, wo, was ist er ? Vielleicht würde es, wenn man mehr davon wüßte, bek­lom­men still wer­den um dieses Hauptwort Geist?!

[…]

Der Geist hat erfah­ren, daß Schönheit gut, schlecht, dumm oder bezau­bernd macht. Er zer­legt ein Schaf und einen Büßer und fin­det in bei­den Demut und Geduld. Er unter­sucht einen Stoff und erkennt, daß er in großen Mengen ein Gift, in klei­ne­ren ein Genußmittel sei. Er weiß, daß die Schleimhaut der Lippen mit der Schleimhaut des Darms ver­wandt ist, weiß aber auch, daß die Demut die­ser Lippen mit der Demut alles Heiligen ver­wandt ist. Er bringt dur­chei­nan­der, löst auf und hängt neu zusam­men. Gut und bös, oben und unten sind für ihn nicht skep­tisch-rela­tive Vorstellungen, wohl aber Glieder einer Funktion, Werte, die von dem Zusammenhang abhän­gen, in dem sie sich befin­den. Er hat es den Jahrhunderten abge­lernt, daß Laster zu Tugenden und Tugenden zu Lastern wer­den kön­nen, und hält es im Grunde bloß für eine Ungeschicklichkeit, wenn man es noch nicht fer­tig­bringt, in der Zeit eines Lebens aus einem Verbrecher einen nütz­li­chen Menschen zu machen. Er aner­kennt nichts Unerlaubtes und nichts Erlaubtes, denn alles kann eine Eigenschaft haben, durch die es eines Tages teil hat an einem großen, neuen Zusammenhang. Er haßt heim­lich wie den Tod alles, was so tut, als stünde es ein für alle­mal fest, die großen Ideale und Gesetze und ihren klei­nen ver­stein­ten Abdruck, den gefrie­de­ten Charakter. Er hält kein Ding für fest, kein Ich, keine Ordnung ; weil unsre Kenntnisse sich mit jedem Tag ändern kön­nen, glaubt er an keine Bindung, und alles besitzt den Wert, den es hat, nur bis zum nächs­ten Akt der Schöpfung, wie ein Gesicht, zu dem man spricht, wäh­rend es sich mit den Worten verändert.

So ist der Geist der große Jenachdem-Macher, aber er selbst ist nir­gends zu fas­sen, und fast könnte man glau­ben, daß von sei­ner Wirkung nichts als Zerfall übrig­bleibe. Jeder Fortschritt ist ein Gewinn im Einzelnen und eine Trennung im Ganzen ; es ist das ein Zuwachs an Macht, der in einen fort­schrei­ten­den Zuwachs an Ohnmacht mün­det, und man kann nicht davon las­sen. Ulrich fühlte sich an die­sen fast stünd­lich wach­sen­den Leib von Tatsachen und Entdeckungen erin­nert, aus dem der Geist heute heraus­bli­cken muß, wenn er irgen­deine Frage genau betrach­ten will. Dieser Körper wächst dem Inneren davon. Unzählige Auffassungen, Meinungen, ord­nende Gedanken aller Zonen und Zeiten, aller Formen gesun­der und kran­ker, wacher und träu­men­der Hirne dur­ch­zie­hen ihn zwar wie Tausende klei­ner emp­find­li­cher Nervenstränge, aber der Strahlpunkt, wo sie sich verei­nen, fehlt. Der Mensch fühlt die Gefahr nahe, wo er das Schicksal jener Riesentierrassen der Vorzeit wie­de­rho­len wird, die an ihrer Größe zugrun­de­ge­gan­gen sind ; aber er kann nicht ablas­sen. – Dadurch wurde nun Ulrich wie­der an jene recht fragwür­dige Vorstellung erin­nert, die er lange Zeit geglaubt und selbst heute noch nicht ganz in sich aus­ge­merzt hatte, daß die Welt am bes­ten von einem Senat der Wissenden und Vorgeschrittenen gelenkt würde. Es ist ja sehr natür­lich, zu den­ken, daß der Mensch, der sich von fachlich gebil­de­ten Ärzten behan­deln läßt, wenn er krank ist, und nicht von Schafhirten, kei­nen Grund hat, wenn er gesund ist, sich von hir­tenähn­li­chen Schwätzern behan­deln zu las­sen, wie er es in sei­nen öffent­li­chen Angelegenheiten tut, und junge Menschen, denen an den wesen­haf­ten Inhalten des Lebens gele­gen ist, hal­ten darum anfangs alles auf der Welt, was weder wahr, noch gut, noch schön ist, also zum Beispiel auch eine Finanzbehörde oder eben eine Parlamentsdebatte, für nebensä­chlich ; wenig­stens waren sie damals so, denn heute sol­len sie ja dank der poli­ti­schen und wirt­schaft­li­chen Erziehung anders sein. Aber auch damals lernte man, wenn man älter wurde und bei län­ge­rer Bekanntschaft mit der Räucherkammer des Geistes, in der die Welt ihren ges­chäft­li­chen Speck selcht, sich der Wirklichkeit anzu­pas­sen, und der endgül­tige Zustand eines geis­tig ange­bil­de­ten Menschen war ungefähr der, daß er sich auf sein »Fach« bes­chränkte und für den Rest seines Lebens die Überzeugung mit­nahm, das Ganze sollte ja viel­leicht anders sein, aber es habe gar kei­nen Zweck, darü­ber nach­zu­den­ken. So ungefähr sieht das innere Gleichgewicht der Menschen aus, die geis­tig etwas leis­ten. Und mit einem­mal stellte sich Ulrich das Ganze komi­scher Weise in der Frage dar, ob es nicht am Ende, da es doch sicher genug Geist gebe, bloß daran fehle, daß der Geist selbst kei­nen Geist habe ?

Er wollte darü­ber lachen. Er war ja selbst einer von die­sen Verzichtenden. Aber enttäu­sch­ter, noch leben­di­ger Ehrgeiz fuhr durch ihn wie ein Schwert. Zwei Ulriche gin­gen in die­sem Augenblick. Der eine sah sich lächelnd um und dachte : »Da habe ich also ein­mal eine Rolle spie­len wol­len, zwi­schen sol­chen Kulissen wie die­sen. Ich bin eines Tages erwacht, nicht weich wie in Mutters Körbchen, son­dern mit der har­ten Überzeugung, etwas aus­rich­ten zu müs­sen. Man hat mir Stichworte gege­ben, und ich habe gefühlt, sie gehen mich nichts an. Wie von flim­mern­dem Lampenfieber war damals alles mit mei­nen eige­nen Vorsätzen und Erwartungen aus­gefüllt gewe­sen. Unmerklich hat sich aber inz­wi­schen der Boden gedreht, ich bin ein Stück meines Weges voran gekom­men und stehe viel­leicht schon beim Ausgang. Über kurz wird es mich hinaus­ge­dreht haben, und ich werde von mei­ner großen Rolle gerade gesagt haben : ›Die Pferde sind gesat­telt.‹ Möge euch alle der Teufel holen!« Aber wäh­rend der eine mit die­sen Gedanken lächelnd durch den schwe­ben­den Abend ging, hielt der andre die Fäuste geballt, in Schmerz und Zorn ; er war der weni­ger sicht­bare, und woran er dachte, war, eine Beschwörungsformel zu fin­den, einen Griff, den man viel­leicht packen könnte, den eigent­li­chen Geist des Geistes, das feh­lende, viel­leicht nur kleine Stück, das den zer­bro­che­nen Kreis schließt. Dieser zweite Ulrich fand keine Worte zu sei­ner Verfügung. Worte sprin­gen wie die Affen von Baum zu Baum, aber in dem dunk­len Bereich, wo man wur­zelt, ent­behrt man ihrer freund­li­chen Vermittlung. Der Boden strömte unter sei­nen Füßen. Er konnte die Augen kaum öff­nen. Kann ein Gefühl bla­sen wie ein Sturm und doch ganz und gar kein stür­misches Gefühl sein ?

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chap. 40  : « Un homme a toutes les qua­li­tés, mais elles lui sont indif­fé­rentes. Un prince de l’esprit est arrê­té, et l’Action paral­lèle trouve un secré­taire d’honneur »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 190–195

Jadis, l’on avait meilleure conscience à être une per­sonne qu’aujourd’hui. Les hommes étaient sem­blables à des épis dans un champ ; ils étaient pro­ba­ble­ment plus vio­lem­ment secoués qu’aujourd’hui par Dieu, la grêle, l’incendie, la peste et la guerre ; mais c’était dans l’ensemble, muni­ci­pa­le­ment, natio­na­le­ment, c’était en tant que champ, et ce qui res­tait à l’épi iso­lé de mou­ve­ments per­son­nels était quelque chose de clai­re­ment défi­ni dont on pou­vait aisé­ment prendre la res­pon­sa­bi­li­té. De nos jours, au contraire, le centre de gra­vi­té de la res­pon­sa­bi­li­té n’est plus en l’homme, mais dans les rap­ports des choses entre elles. N’a‑t‑on pas remar­qué que les expé­riences vécues se sont déta­chées de l’homme ? Elles sont pas­sées sur la scène, dans les livres, dans les rap­ports des labo­ra­toires et des expé­di­tions scien­ti­fiques, dans les com­mu­nau­tés, reli­gieuses ou autres, qui déve­loppent cer­taines formes d’expérience aux dépens des autres comme dans une expé­ri­men­ta­tion sociale. Dans la mesure où les expé­riences vécues ne se trouvent pas, pré­ci­sé­ment, dans le tra­vail, elles sont, tout sim­ple­ment, dans l’air. Qui ose­rait encore pré­tendre, aujourd’hui, que sa colère soit vrai­ment la sienne, quand tant de gens se mêlent de lui en par­ler et de s’y retrou­ver mieux que lui-même ? Il s’est consti­tué un monde de qua­li­tés sans homme, d’expériences vécues sans per­sonne pour les vivre ; on en vien­drait presque à pen­ser que l’homme, dans le cas idéal, fini­ra par ne plus pou­voir dis­po­ser d’une expé­rience pri­vée et que le doux far­deau de la res­pon­sa­bi­li­té per­son­nelle se dis­sou­dra dans l’algèbre des signi­fi­ca­tions pos­sibles. Il est pro­bable que la désa­gré­ga­tion de la concep­tion anthro­po­mor­phique qui, pen­dant si long­temps, fit de l’homme le centre de l’univers, mais est en passe de dis­pa­raître depuis plu­sieurs siècles déjà, atteint enfin le Moi lui-même ; la plu­part des hommes com­mencent à tenir pour naï­ve­té l’idée que l’essentiel, dans une expé­rience, soit de la faire soi-même, et dans un acte, d’en être l’acteur. Sans doute y a‑t‑il encore des gens qui ont une vie tout à fait per­son­nelle ; ils disent : « Nous étions hier chez tel et tel », ou bien : « Nous fai­sons aujourd’hui ceci ou cela », et ils s’en réjouissent sans qu’il soit même néces­saire que ces phrases aient encore un conte­nu et un sens. Ils aiment tout ce qui entre en contact avec leurs doigts, ils sont aus­si « per­sonne pri­vée » qu’il est pos­sible ; le monde, aus­si­tôt qu’ils ont affaire à lui, devient « monde pri­vé » et scin­tille comme un arc-en-ciel. Peut-être sont-ils très heu­reux ; mais d’ordinaire, cette sorte de gens paraît déjà absurde aux autres, sans qu’on sache encore bien pour­quoi. Et tout d’un coup, devant ces consi­dé­ra­tions, Ulrich fut obli­gé de s’avouer, dans un sou­rire, qu’il était mal­gré tout ce qu’on appelle un « carac­tère », même s’il n’en avait aucun.

Man ist frü­her mit bes­se­rem Gewissen Person gewe­sen als heute. Die Menschen gli­chen den Halmen im Getreide ; sie wur­den von Gott, Hagel, Feuersbrunst, Pestilenz und Krieg wahr­schein­lich hef­ti­ger hin und her bewegt als jetzt, aber im gan­zen, stadt­weise, land­strich­weise, als Feld, und was für den ein­zel­nen Halm außer­dem noch an persön­li­cher Bewegung übrig blieb, das ließ sich verant­wor­ten und war eine klar abge­grenzte Sache. Heute dage­gen hat die Verantwortung ihren Schwerpunkt nicht im Menschen, son­dern in den Sachzusammenhängen. Hat man nicht bemerkt, daß sich die Erlebnisse vom Menschen unabhän­gig gemacht haben ? Sie sind aufs Theater gegan­gen ; in die Bücher, in die Berichte der Forschungsstätten und Forschungsreisen, in die Gesinnungs- und Religionsgemeinschaften, die bes­timmte Arten des Erlebens auf Kosten der ande­ren aus­bil­den wie in einem sozia­len Experimentalversuch, und sofern die Erlebnisse sich nicht gerade in der Arbeit befin­den, lie­gen sie ein­fach in der Luft ; wer kann da heute noch sagen, daß sein Zorn wirk­lich sein Zorn sei, wo ihm so viele Leute drein­re­den und es bes­ser vers­te­hen als er?! Es ist eine Welt von Eigenschaften ohne Mann ents­tan­den, von Erlebnissen ohne den, der sie erlebt, und es sieht bei­nahe aus, als ob im Idealfall der Mensch übe­rhaupt nichts mehr pri­vat erle­ben werde und die freund­liche Schwere der persön­li­chen Verantwortung sich in ein Formelsystem von mögli­chen Bedeutungen auflö­sen solle. Wahrscheinlich ist die Auflösung des anthro­po­zen­tri­schen Verhaltens, das den Menschen so lange Zeit für den Mittelpunkt des Weltalls gehal­ten hat, aber nun schon seit Jahrhunderten im Schwinden ist, end­lich beim Ich selbst ange­langt ; denn der Glaube, am Erleben sei das wich­tig­ste, daß man es erlebe, und am Tun, daß man es tue, fängt an, den meis­ten Menschen als eine Naivität zu erschei­nen. Es gibt wohl noch Leute, die ganz persön­lich leben ; sie sagen »Wir waren ges­tern bei dem und dem« oder »Wir machen heute das und das«, und ohne daß es sonst noch Inhalt und Bedeutung zu haben brauchte, freuen sie sich darü­ber. Sie lie­ben alles, was mit ihren Fingern in Berührung tritt, und sind so rein Privatperson, wie das nur möglich ist ; die Welt wird Privatwelt, sobald sie mit ihnen zu tun bekommt, und leuch­tet wie ein Regenbogen. Vielleicht sind sie sehr glü­ck­lich ; aber diese Art Leute erscheint den ande­ren gewöhn­lich schon absurd, obgleich es noch kei­nes­wegs sicher ist, warum. – Und mit einem­mal mußte sich Ulrich ange­sichts die­ser Bedenken lächelnd ein­ges­tehn, daß er mit alle­dem ja doch ein Charakter sei, auch ohne einen zu haben.

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chap. 39  : « Un homme sans qua­li­tés se com­pose de qua­li­tés sans homme »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 187–189

L’Action paral­lèle, tou­te­fois, n’avait pas encore la moindre exis­tence réelle, et le comte Leinsdorf lui-même ne savait pas encore en quoi elle consis­te­rait. Tout ce qu’on peut dire avec cer­ti­tude, c’est que la seule chose pré­cise qui fût encore venue à l’esprit de celui-ci était une liste de noms.

C’était déjà consi­dé­rable. De la sorte, il exis­tait dès ce moment, sans que qui­conque eût besoin d’une repré­sen­ta­tion plus objec­tive, un filet de dis­po­ni­bi­li­té ten­du autour d’un vaste com­plexe d’idées ; l’on est sans doute en droit d’affirmer que c’est bien dans cet ordre qu’il faut pro­cé­der. Pour que l’humanité apprît à man­ger conve­na­ble­ment, il fal­lut d’abord qu’on inven­tât le cou­teau et la four­chette ; c’était du moins ce que disait le comte Leinsdorf.

Indes bes­tand die Parallelaktion eigent­lich damals noch gar nicht, und worin sie bes­te­hen werde, wußte selbst Graf Leinsdorf noch nicht. Wie sich mit Sicherheit sagen läßt, war das ein­zige Bestimmte, was ihm bis zu jenem Zeitpunkt ein­ge­fal­len war, eine Reihe von Namen.

Aber auch das ist unge­mein viel. Denn so bes­tand in die­sem Zeitpunkt, ohne daß irgend jemand eine sachliche Vorstellung zu haben brauchte, schon ein Netz von Bereitschaft, das einen großen Zusammenhang umspannte ; und man darf wohl behaup­ten, daß dies die rich­tige Reihenfolge ist. Denn erst muß­ten Messer und Gabel erfun­den wer­den, und dann lernte die Menschheit anstän­dig essen ; so erklärte es Graf Leinsdorf.

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chap. 36  : « Grâce au prin­cipe sus­nom­mé, l’Action paral­lèle devient quelque chose de tan­gible avant même qu’on sache ce qu’elle est »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 172

Pour peu qu’on soit atten­tif, on pour­ra tou­jours devi­ner, dans le der­nier ave­nir entré en scène, les pré­sages du futur « bon vieux temps ».

Und wenn man bloß ein biß­chen acht­gibt, kann man wohl immer in der soe­ben ein­ge­trof­fe­nen letz­ten Zukunft schon die kom­mende Alte Zeit sehen.

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chap. 34  : « Un rayon brû­lant et des murs refroidis »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 165

Dans leur jeu­nesse, la vie était encore devant eux comme un matin inépui­sable, de toutes parts débor­dante de pos­si­bi­li­tés et de vide, et à midi déjà voi­ci quelque chose devant vous qui est en droit d’être désor­mais votre vie, et c’est aus­si sur­pre­nant que le jour où un homme est assis là tout à coup, avec qui l’on a cor­res­pon­du pen­dant vingt ans sans le connaître, et qu’on s’était figu­ré tout dif­fé­rent. Mais le plus étrange est encore que la plu­part des hommes ne s’en aper­çoivent pas ; ils adoptent l’homme qui est venu à eux, dont la vie s’est accli­ma­tée en eux, les évé­ne­ments de sa vie leur semblent désor­mais l’expression de leurs qua­li­tés, son des­tin est leur mérite ou leur mal­chance. Il leur est arri­vé ce qui arrive aux mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s’est accro­ché à eux, ici agrip­pant un poil, là entra­vant leurs mou­ve­ments, quelque chose les a len­te­ment emmaillo­tés jusqu’à ce qu’ils soient ense­ve­lis dans une housse épaisse qui ne cor­res­pond plus que de très loin à leur forme pri­mi­tive. Dès lors, ils ne pensent plus qu’obscurément à cette jeu­nesse où il y avait eu en eux une force de résis­tance : cette autre force qui tiraille et siffle, qui ne veut pas res­ter en place et déclenche une tem­pête de ten­ta­tives d’évasion sans but ; l’esprit moqueur de la jeu­nesse, son refus de l’ordre éta­bli, sa dis­po­ni­bi­li­té à toute espèce d’héroïsme, au sacri­fice comme au crime, son ardente gra­vi­té et son incons­tance, tout cela n’est que ten­ta­tives d’évasion.

So lag in der Jugend das Leben noch wie ein uner­schöp­fli­cher Morgen vor ihnen, nach allen Seiten voll von Möglichkeiten und Nichts, und schon am Mittag ist mit einem­mal etwas da, das beans­pru­chen darf, nun ihr Leben zu sein, und das ist im gan­zen doch so über­ra­schend, wie wenn eines Tags plötz­lich ein Mensch dasitzt, mit dem man zwan­zig Jahre lang kor­res­pon­diert hat, ohne ihn zu ken­nen, und man hat ihn sich ganz anders vor­ges­tellt. Noch viel son­der­ba­rer aber ist es, daß die meis­ten Menschen das gar nicht bemer­ken ; sie adop­tie­ren den Mann, der zu ihnen gekom­men ist, des­sen Leben sich in sie ein­ge­lebt hat, seine Erlebnisse erschei­nen ihnen jetzt als der Ausdruck ihrer Eigenschaften, und sein Schicksal ist ihr Verdienst oder Unglück. Es ist etwas mit ihnen umge­gan­gen wie ein Fliegenpapier mit einer Fliege, es hat sie da an einem Härchen, dort in ihrer Bewegung fest­ge­hal­ten und hat sie allmäh­lich ein­ge­wi­ckelt, bis sie in einem dicken Überzug begra­ben lie­gen, der ihrer urs­prün­gli­chen Form nur ganz ent­fernt ents­pricht. Und sie den­ken dann nur noch unk­lar an die Jugend, wo etwas wie eine Gegenkraft in ihnen gewe­sen ist. Diese andere Kraft zerrt und schwirrt, sie will nir­gends blei­ben und löst einen Sturm von ziel­lo­sen Fluchtbewegungen aus ; der Spott der Jugend, ihre Auflehnung gegen das Bestehende, die Bereitschaft der Jugend zu allem, was heroisch ist, zu Selbstaufopferung und Verbrechen, ihr feu­ri­ger Ernst und ihre Unbeständigkeit, – alles das bedeu­tet nichts als ihre Fluchtbewegungen.

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chap. 34  : « Un rayon brû­lant et des murs refroidis »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 164

Walter avait tou­jours eu une capa­ci­té toute par­ti­cu­lière de vivre inten­sé­ment les choses. Il n’obtenait jamais ce qu’il vou­lait parce qu’il était trop émo­tif. Il sem­blait por­ter en lui, pour son petit bon­heur et son petit mal­heur, un très mélo­dieux ampli­fi­ca­teur. Il émet­tait tou­jours de la petite mon­naie de sen­ti­ment, mais c’était de l’or et de l’argent, alors qu’Ulrich opé­rait plus en grand, avec des sortes de chèques intel­lec­tuels, sur les­quels étaient écrits d’immenses chiffres ; mais ce n’était jamais en fin de compte que du papier.

Walter hatte immer eine ganz beson­dere Fähigkeit beses­sen, hef­tig zu erle­ben. Er kam nie zu dem, was er wollte, weil er so viel emp­fand. Er schien einen sehr melo­di­schen Schallverstärker für das kleine Glück und Unglück in sich zu tra­gen. Er gab stets kleine Gefühlsmünze in Gold und Silber aus, wäh­rend Ulrich mehr im großen ope­rierte, mit Gedankenschecks sozu­sa­gen, auf denen gewal­tige Ziffern stan­den ; aber schließ­lich war das nur Papier.

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chap. 29  : « Explication et inter­rup­tion d’un état de conscience normal »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 145

[L]a solu­tion d’un pro­blème intel­lec­tuel, c’est un peu comme quand un chien tenant un bâton dans sa gueule essaie de pas­ser par une étroite ouver­ture ; il tourne la tête de droite et de gauche jusqu’à ce qu’enfin le bâton glisse au tra­vers ; nous agis­sons exac­te­ment de même, avec la seule dif­fé­rence que nous n’allons pas tout à fait au hasard, mais que nous savons plus ou moins, par habi­tude, com­ment nous y prendre. Et s’il est natu­rel qu’une tête pleine ait plus d’habileté et d’expérience à se mou­voir ain­si qu’une tête vide, le glis­se­ment au tra­vers de la porte ne lui en paraît pas moins sur­pre­nant ; on y est tout d’un coup, et l’on peut per­ce­voir très dis­tinc­te­ment en soi une légère stu­peur en consta­tant que les pen­sées, loin d’attendre leur auteur, se sont bel et bien faites toutes seules. Ce sen­ti­ment de stu­peur légère, beau­coup de gens, de nos jours, l’ont bap­ti­sé « intui­tion », après l’avoir appe­lé « ins­pi­ra­tion », et croient y voir quelque chose de supra-per­son­nel, alors que c’est sim­ple­ment quelque chose d’impersonnel, à savoir l’affinité et l’homogénéité des choses mêmes qui se ren­contrent dans un cerveau.

Meilleur est ce cer­veau, moins visibles sont ses actes. C’est pour­quoi l’acte de pen­ser, tant qu’il se pro­longe, est un état pro­pre­ment lamen­table, une sorte de colique de toutes les cir­con­vo­lu­tions du cer­veau ; mais lorsqu’il est ache­vé, il a déjà per­du la forme du pen­ser, sous laquelle il est vécu, pour prendre celle de la chose pen­sée ; et cette forme est, hélas, imper­son­nelle, car la pen­sée est alors tour­née vers l’extérieur et des­ti­née à la com­mu­ni­ca­tion. Il est pour ain­si dire impos­sible, lorsqu’un homme pense, d’attraper le moment où il passe du per­son­nel à l’impersonnel, et c’est évi­dem­ment pour­quoi les pen­seurs donnent aux écri­vains de tels sou­cis que ceux-ci pré­fèrent évi­ter ce genre de personnages.

In ande­rer Hinsicht wie­der voll­zieht sich die Lösung einer geis­ti­gen Aufgabe nicht viel anders, wie wenn ein Hund, der einen Stock im Maul trägt, durch eine schmale Tür will ; er dreht dann den Kopf solange links und rechts, bis der Stock hin­dur­chrut­scht, und ganz ähn­lich tun wir’s, bloß mit dem Unterschied, daß wir nicht ganz wahl­los darauf los ver­su­chen, son­dern schon durch Erfahrung ungefähr wis­sen, wie man es zu machen hat. Und wenn ein klu­ger Kopf natür­lich auch weit mehr Geschick und Erfahrung in den Drehungen hat als ein dum­mer, so kommt das Durchrutschen doch auch für ihn über­ra­schend, es ist mit einem­mal da, und man kann ganz deut­lich ein leicht ver­dutztes Gefühl darü­ber in sich wahr­neh­men, daß sich die Gedanken selbst gemacht haben, statt auf ihren Urheber zu war­ten. Dieses ver­dutzte Gefühl nen­nen viele Leute heu­ti­gen­tags Intuition, nach­dem man es frü­her auch Inspiration genannt hat, und glau­ben etwas Überpersönliches darin sehen zu müs­sen ; es ist aber nur etwas Unpersönliches, näm­lich die Affinität und Zusammengehörigkeit der Sachen selbst, die in einem Kopf zusammentreffen.

Je bes­ser der Kopf, des­to weni­ger ist dabei von ihm wahr­zu­neh­men. Darum ist das Denken, solange es nicht fer­tig ist, eigent­lich ein ganz jäm­mer­li­cher Zustand, ähn­lich einer Kolik sämt­li­cher Gehirnwindungen, und wenn es fer­tig ist, hat es schon nicht mehr die Form des Gedankens, in der man es erlebt, son­dern bereits die des Gedachten, und das ist lei­der eine unpersön­liche, denn der Gedanke ist dann nach außen gewandt und für die Mitteilung an die Welt her­ge­rich­tet. Man kann sozu­sa­gen, wenn ein Mensch denkt, nicht den Moment zwi­schen dem Persönlichen und dem Unpersönlichen erwi­schen, und darum ist offen­bar das Denken eine solche Verlegenheit für die Schriftsteller, daß sie es gern vermeiden.

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chap. 28  : « Un cha­pitre que peut sau­ter qui­conque n’a pas d’opinion per­son­nelle sur le manie­ment des pensées »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 140

Mon cas, en bref, est celui-ci : j’ai com­plè­te­ment per­du la facul­té de médi­ter ou de par­ler sur n’importe quoi avec cohérence.

D’abord il me devint peu à peu impos­sible de dis­pu­ter d’une matière éle­vée ou assez géné­rale, de four­nir alors à ma bouche ces mots dont pour­tant, d’habitude, tous les hommes font un usage spon­ta­né, sans hési­ter. J’éprouvais un malaise inex­pli­cable à seule­ment pro­non­cer les mots « esprit », « âme », ou « corps ». J’étais empê­ché, au fond de moi, de por­ter un juge­ment sur les affaires de la cour, les inci­dents au Parlement, sur tout ce que vous pour­riez ima­gi­ner. Et cela, non par égard d’aucune sorte, car vous connais­sez ma fran­chise, allant jusqu’à l’étourderie : mais les termes abs­traits, dont la langue pour­tant doit se ser­vir de façon natu­relle pour pro­non­cer n’importe quel ver­dict, se décom­po­saient dans ma bouche tels des cham­pi­gnons moi­sis.

[…]

Je ne par­ve­nais plus à les sai­sir avec le regard sim­pli­fi­ca­teur de l’habitude. Tout se décom­po­sait en frag­ments, et ces frag­ments à leur tour se frag­men­taient, rien ne se lais­sait plus enfer­mer dans un concept. Les mots flot­taient, iso­lés, autour de moi ; ils se figeaient, deve­naient des yeux qui me fixaient et que je devais fixer en retour : des tour­billons, voi­là ce qu’ils sont, y plon­ger mes regards me donne le ver­tige, et ils tour­noient sans fin, et à tra­vers eux on atteint le vide.

[…]

Au cours de toutes les années que j’ai à vivre, celles qui vont venir bien­tôt et celles qui vien­dront ensuite, je n’écrirai aucun livre anglais ni latin : et ce, pour une unique rai­son, d’une bizar­re­rie si pénible pour moi que je laisse à l’esprit infi­ni­ment supé­rieur qu’est le vôtre le soin de la ran­ger à sa place dans ce domaine des phé­no­mènes phy­siques et spi­ri­tuels qui s’étale har­mo­nieu­se­ment devant vous : parce que pré­ci­sé­ment la langue dans laquelle il me serait don­né non seule­ment d’écrire mais encore de pen­ser n’est ni la latine ni l’anglaise, non plus que l’italienne ou l’espagnole, mais une langue dont pas un seul mot ne m’est connu, une langue dans laquelle les choses muettes me parlent, et dans laquelle peut-être je me jus­ti­fie­rai un jour dans ma tombe devant un juge inconnu.

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« Lettre de Lord Chandos » Lettre de Lord Chandos et autres textes [1902]
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trad.  Jean-Claude Schneider
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p. 42–51