Citations
Un organe de la classe ouvrière avait, comme se fût exprimé le comte Leinsdorf, déversé une salive destructrice sur la Grande Idée en affirmant que celle-ci n’était qu’une nouvelle sensation pour les classes dirigeantes, succédant au dernier crime sadique ; et un brave ouvrier qui avait un peu trop bu se sentit enflammé par ces déclarations. Il avait frôlé en passant deux bourgeois qui, satisfaits des affaires de la journée, exprimaient à voix assez haute, dans la conscience que les bons sentiments ont toujours le droit d’être exprimés, leur plein accord avec l’Action patriotique. Il s’ensuivit un échange de « mots » ; comme la proximité d’un agent de police n’encourageait pas moins les bien-pensants qu’elle n’excitait l’attaquant, la scène prit une forme de plus en plus violente. L’agent l’observa d’abord par-dessus son épaule, puis il se retourna, et enfin s’approcha ; il y assista en observateur, comme une sorte de levier avancé de la machine appelée État, qui s’achève en boutons et autres éléments de métal. Il faut dire qu’un séjour continuel dans un État bien organisé a quelque chose d’absolument fantômal ; on ne peut sortir dans la rue, boire un verre d’eau ou monter dans le tram sans toucher aux leviers subtilement équilibrés d’un gigantesque appareil de lois et de relations, les mettre en branle ou se faire maintenir par eux dans la tranquillité de son existence ; on n’en connaît qu’un très petit nombre, ceux qui pénètrent profondément dans l’intérieur et se perdent à l’autre bout dans un réseau dont aucun homme, jamais, n’a débrouillé l’ensemble ; c’est d’ailleurs pourquoi on le nie, comme le citadin nie l’air, affirmant qu’il n’est que du vide ; mais il semble que ce soit justement parce que tout ce que l’on nie, tout ce qui est incolore, inodore, insipide, sans poids et sans mœurs, comme l’eau, l’air, l’espace, l’argent et la fuite du temps, est en réalité l’essentiel, que la vie prend ce caractère spectral. Il peut arriver que la panique saisisse un homme, comme dans les rêves où la volonté est impuissante, une tempête de coups et de ruades en tous sens comme d’un animal tombé dans l’incompréhensible mécanisme d’un filet. Ce fut une influence de cet ordre qu’exercèrent sur l’ouvrier les boutons de l’uniforme de l’agent, et c’est alors que le représentant de l’ordre, considérant qu’on lui manquait de respect, procéda à l’arrestation.
Elle ne se fit pas sans résistance et manifestation réitérée d’opinions séditieuses. Des badauds s’émurent, l’ivrogne en fut flatté, et une aversion résolue pour son semblable, restée jusque-là soigneusement cachée, éclata alors au grand jour. Un combat passionné pour l’honneur commença. Une fierté accrue affronta le sentiment inquiétant de ne plus bien tenir dans sa peau. Le monde lui non plus n’était pas ferme ; c’était un souffle incertain qui ne cessait de se déformer et de changer d’aspect. Les maisons étaient de guingois, comme expulsées de l’espace ; les gens, là, au milieu, étaient un grouillement de pauvres types ridicules, mais tous parents. Je suis appelé à y mettre ordre, voilà ce que sentait cet ivrogne exceptionnel. La scène tout entière était remplie d’une sorte de vacillement, un fragment de ce qui se passait lui apparut clairement comme un bout de chemin, puis de nouveau les murs tournèrent. Les axes des yeux lui sortaient de la tête comme des tiges, cependant que la plante de ses pieds retenait de toutes ses forces la terre. Un étrange ruissellement avait commencé dans sa bouche ; des mots sortaient, remontant de l’intérieur, dont il était impossible de savoir comme ils avaient pu y entrer. C’étaient peut-être des injures. Il était malaisé de le préciser. Le dedans et le dehors se ruaient l’un dans l’autre. Cette colère n’était pas une colère profonde, mais seulement l’habitacle corporel de la colère, exaspéré jusqu’à la frénésie, et le visage d’un agent de police s’approcha avec une extrême lenteur d’un poing fermé, avant de se mettre à saigner.
Mais l’agent lui aussi, entre-temps, avait triplé ; avec les gardiens de la paix accourus aussitôt, des gens s’étaient attroupés, l’ivrogne s’était jeté à terre et ne voulait pas se laisser prendre. Ulrich commit alors une imprudence. Il avait entendu dans l’attroupement le mot « Lèse-majesté », et observa qu’un homme dans cet état n’était pas en mesure de commettre un tel crime, qu’il fallait l’envoyer se coucher. Il avait dit cela sans y accorder beaucoup d’importance, mais il tombait mal. L’homme se mit à crier qu’Ulrich, autant que Sa Majesté, pouvaient aller se faire… – et un agent qui rejeta évidemment la faute de cette récidive sur l’intervention d’Ulrich, invita celui-ci, non sans brusquerie, à vider les lieux. Ulrich n’était pas habitué à voir dans l’État autre chose qu’un hôtel où l’on a droit à être servi poliment. Il se plaignit du ton sur lequel on lui parlait ; chose inattendue, la police en déduisit qu’un seul ivrogne ne suffisait pas à justifier la présence de trois agents, et sans plus attendre, on emmena Ulrich à son tour.
Denn ein Arbeiterblatt hatte, wie Graf Leinsdorf das nennen würde, destruktiven Speichel über die Große Idee ergossen, indem es behauptete, daß diese sich bloß als eine neue Sensation der Herrschenden an den letzten Lustmord reihe, und ein braver Arbeiter, der ein wenig viel getrunken hatte, fühlte sich dadurch gereizt. Er war an zwei Bürger gestreift, die sich mit den Geschäften des Tages zufrieden fühlten und im Bewußtsein, daß gute Gesinnung sich jederzeit zeigen dürfe, ziemlich laut ihr Einverständnis mit der vaterländischen Aktion austauschten, von der sie in ihrer Zeitung gelesen hatten. Es entstand ein Wortwechsel, und weil die Nähe eines Schutzmanns die Gutgesinnten ebenso ermutigte, wie sie den Angreifer reizte, nahm dieser Auftritt immer heftigere Formen an. Der Schutzmann betrachtete ihn erst über die Schulter, später von vorn und dann aus der Nähe ; er wohnte ihm beobachtend bei wie ein hervorstehender Ausläufer des eisernen Hebelwerks Staat, der in Knöpfen und andren Metallteilen endet. Nun hat der ständige Lebensaufenthalt in einem wohlgeordneten Staat aber durchaus etwas Gespenstisches ; man kann weder auf die Straße treten, noch ein Glas Wasser trinken oder die Elektrische besteigen, ohne die ausgewogenen Hebel eines riesigen Apparats von Gesetzen und Beziehungen zu berühren, sie in Bewegung zu setzen oder sich von ihnen in der Ruhe seines Daseins erhalten zu lassen ; man kennt die wenigsten von ihnen, die tief ins Innere greifen, während sie auf der anderen Seite sich in ein Netzwerk verlieren, dessen ganze Zusammensetzung überhaupt noch kein Mensch entwirrt hat ; man leugnet sie deshalb, so wie der Staatsbürger die Luft leugnet und von ihr behauptet, daß sie die Leere sei, aber scheinbar liegt gerade darin, daß alles Geleugnete, alles Farb‑, Geruch‑, Geschmack‑, Gewicht- und Sittenlose wie Wasser, Luft, Raum, Geld und Dahingehn der Zeit in Wahrheit das Wichtigste ist, eine gewisse Geisterhaftigkeit des Lebens ; es kann den Menschen zuweilen eine Panik erfassen wie im willenlosen Traum, ein Bewegungssturm tollen Umsichschlagens wie ein Tier, das in den unverständlichen Mechanismus eines Netzes geraten ist. Eine solche Wirkung übten die Knöpfe des Schutzmanns auf den Arbeiter aus, und in diesem Augenblick schritt das Staatsorgan, das sich nicht in der gebührenden Weise geachtet fühlte, zur Verhaftung.
Sie verlief nicht ohne Widerstand und wiederholte Kundgebungen aufrührerischer Gesinnung. Das erregte Aufsehen schmeichelte dem Betrunkenen, und eine bis dahin verheimlichte völlige Abneigung gegen das Mitgeschöpf zeigte sich entfesselt. Ein leidenschaftlicher Kampf um Geltung begann. Ein höheres Gefühl von seinem Ich setzte sich mit einem unheimlichen Gefühl auseinander, als wäre er nicht fest in seiner Haut. Auch die Welt war nicht fest ; sie war ein unsicherer Hauch, der sich immerzu deformierte und die Gestalt wechselte. Häuser standen schief aus dem Raum gebrochen ; lächerliche, wimmelnde, doch geschwisterliche Tröpfe waren dazwischen die Menschen. Ich bin berufen, bei ihnen Ordnung zu machen, fühlte der ungewöhnlich Betrunkene. Der ganze Schauplatz war von etwas Flimmerndem ausgefüllt, irgendein Stück Weg des Geschehens kam klar auf ihn zu, aber dann drehten sich wieder die Wände. Die Augenachsen standen wie Stiele aus dem Kopf, während die Fußsohlen die Erde festhielten. Ein wundersames Strömen aus dem Mund hatte begonnen ; Worte kamen aus dem Inneren herauf, von denen nicht zu begreifen war, wie sie vorher hineingekommen waren, möglicherweise waren es Schimpfworte. Das ließ sich nicht so genau unterscheiden. Außen und Innen stürzten ineinander. Der Zorn war kein innerer Zorn, sondern bloß das bis zum Rasen erregte leibliche Gehäuse des Zorns, und das Gesicht eines Schutzmanns näherte sich ganz langsam einer geballten Faust, bis es blutete.
Aber auch der Schutzmann hatte sich inzwischen verdreifacht ; mit den hinzueilenden Sicherheitsbeamten waren Menschen zusammengelaufen, der Betrunkene hatte sich zur Erde geworfen und wollte sich nicht festnehmen lassen. Da beging Ulrich eine Unvorsichtigkeit. Er hatte aus dem Auflauf das Wort »Majestätsbeleidigung« vernommen und bemerkte nun, daß dieser Mensch in seinem Zustand nicht imstande sei, eine Beleidigung zu begehen, und daß man ihn schlafen schicken solle. Er dachte sich nicht viel dabei, aber er kam an die Unrechten. Der Mann schrie nun, daß ihn sowohl Ulrich wie die Majestät …! und ein Schutzmann, der die Schuld an diesem Rückfall offenbar der Einmischung zuschrieb, forderte Ulrich barsch auf, sich weiterzuscheren. Nun war es dieser aber ungewohnt, den Staat anders zu betrachten als ein Hotel, in dem man Anspruch auf höfliche Bedienung hat, und verbat sich den Ton, in dem man zu ihm sprach, was unerwarteterweise die Schutzmannschaft zu der Einsicht brachte, daß ein Betrunkener für die Anwesenheit von drei Schutzleuten nicht genüge, so daß sie Ulrich gleich auch mitnahmen.
Tout ce qui le peut s’orne d’esprit, s’en chamarre. L’esprit, combiné avec autre chose, est ce qu’il y a de plus répandu au monde. « L’esprit de fidélité », « l’esprit d’amour », un « esprit viril », un « esprit cultivé », « le plus grand esprit de notre temps », « nous voulons sauvegarder l’esprit de telle ou telle chose », « nous voulons agir dans l’esprit de notre mouvement » : ah ! le beau son décent de tout cela jusque dans les plus b…asses classes ! Tout le reste, à côté, le crime quotidien, la cupidité assidue, apparaît alors comme l’inavouable crasse que Dieu enlève aux ongles de ses orteils.
Mais quand l’esprit demeure tout seul, substantif nu, glabre comme un fantôme à qui l’on aimerait prêter un suaire, qu’en est-il donc ? On peut lire les poètes, étudier les philosophes, acheter des tableaux, discuter toute la nuit : mais ce que l’on y gagne, est-ce de l’esprit ? En admettant même qu’on en gagne, le possédera-t-on pour autant ? Cet esprit-là est si étroitement lié à la forme fortuite qu’il a prise pour entrer en scène ! Il passe à travers celui qui aimerait l’accueillir, ne lui laissant qu’un ébranlement léger. Qu’allons-nous faire de tout cet esprit ? On ne cesse d’en produire en quantités proprement astronomiques sur des tonnes de papier, de pierre et de toile, on ne cesse pas davantage d’en ingérer et d’en consommer dans une gigantesque dépense d’énergie nerveuse : qu’en advient-il ensuite ? Disparaît-il comme un mirage ? Se dissout-il en particules ? Se soustrait-il à la loi terrestre de la conservation de la matière ? Les parcelles de poussière qui descendent au fond de nous et lentement s’y immobilisent n’ont aucun rapport avec la dépense faite. Où est-il parti ? Où est-il, qu’est-il ? Peut-être se formerait-il autour de ce mot « esprit », si l’on en savait davantage, un cercle de silence angoissé…
[…]L’esprit sait que la beauté rend bon, mauvais, bête ou séduisant. Il dissèque un mouton et un pénitent, et trouve dans l’un et l’autre humilité et patience. Il analyse une substance et constate que, prise en grandes quantités, elle devient un poison, en petites doses, un excitant. Il sait que la muqueuse des lèvres est apparentée à celle de l’intestin, mais il sait aussi que l’humilité de ces mêmes lèvres est apparentée à celle du sacré. Il mélange, il dissout, il recompose différemment. Pour lui, le bien et le mal, le haut et le bas ne sont pas comme pour le sceptique des notions relatives, mais les termes d’une fonction, des valeurs qui dépendent du contexte dans lequel elles se trouvent. Les siècles lui ont enseigné que les vices peuvent devenir des vertus, et réciproquement ; il tient pour pure maladresse que l’on ne réussisse pas encore, dans le temps d’une vie, à récupérer un criminel. Il n’admet rien de licite ou d’illicite, parce que toute chose peut avoir une qualité qui la fera participer un jour à un nouveau grand système. Il hait secrètement comme la mort tout ce qui feint d’être immuable, les grands idéaux, les grandes lois, et leur petite copie pétrifiée, l’homme satisfait. Il n’est rien qu’il considère comme ferme, aucune personne, aucun ordre ; parce que nos connaissances peuvent se modifier chaque jour, il ne croit à aucune liaison, et chaque chose ne garde sa valeur que jusqu’au prochain acte de la création, comme un visage auquel on parle et qui s’altère avec les mots.
L’esprit est donc l’opportuniste par excellence, mais on ne peut le saisir nulle part, et l’on serait tenté de croire qu’il ne demeure de son action que décadence. Tout progrès constitue un gain de détail, mais une coupure dans l’ensemble ; c’est un accroissement de puissance qui débouche dans un progressif accroissement d’impuissance, et c’est une chose à quoi l’on ne peut rien. Cela rappela à Ulrich ce corps de faits et de découvertes, grossissant presque d’heure en heure, dont l’esprit est contraint aujourd’hui de détourner ses regards s’il veut examiner avec précision quelque problème que ce soit. Ce corps grossit en s’éloignant de l’être intérieur. D’innombrables conceptions, opinions, systèmes provenant de toutes les régions du monde et de toutes les époques, de toutes les espèces de cerveaux, sains ou malades, en état de veille ou de rêve, ont beau le sillonner comme des milliers de petits cordons nerveux, il manque le centre où ses rayons pourraient converger. L’homme se sent menacé de reproduire le destin de ces races d’animaux géants de la préhistoire, qui sont morts de leur grandeur même ; mais il ne peut pas abdiquer.
Cela fit ressouvenir Ulrich d’une idée fort douteuse à laquelle il avait cru longtemps et qu’il n’avait pas encore pu extirper de son cerveau : que seul un sénat d’hommes évolués, doués de vastes connaissances, pouvait gouverner le monde. Il est très naturel de penser que l’homme qui, malade, se confie aux soins de médecins spécialisés plutôt qu’à des bergers, n’a aucune raison, lorsqu’il est en bonne santé, de se faire traiter par des bavards beaucoup moins qualifiés que des bergers, comme c’est le cas dans ses affaires publiques ; c’est pourquoi les jeunes gens, qui s’attachent à l’essentiel, commencent par juger secondaire tout ce qui, dans le monde, n’est ni beau, ni vrai, ni bon, par exemple le Ministère des Finances ou, justement, un débat parlementaire. Du moins étaient-ils tels autrefois : aujourd’hui, grâce à l’éducation politique et économique, ils doivent avoir changé. Mais, alors déjà, quand on avait pris de l’âge et fréquenté assez longtemps ces fumoirs de l’esprit où le monde fume le jambon des affaires, on apprenait à s’accommoder de la réalité. En fin de compte, l’homme cultivé en venait ordinairement à se limiter à sa spécialité en adoptant pour le reste de sa vie la conviction que, si les choses pouvaient évidemment être différentes dans l’ensemble, il n’en était pas moins inutile d’y penser trop. Tel apparaît à peu près l’équilibre intérieur des travailleurs de l’esprit. Et soudain, tout le problème apparut à Ulrich sous la forme assez comique d’une question : le mal ne viendrait-il pas, en fin de compte, puisqu’on ne peut douter qu’il n’y ait de l’esprit en suffisance, de ce que l’esprit n’a pas d’esprit ?
Il eut envie de rire : n’était-il pas lui-même un de ces résignés ? Mais l’ambition déçue, vivante encore cependant, le traversa comme une épée. En cet instant, deux Ulrich marchaient côte à côte. L’un regardait en souriant autour de lui et pensait : « Ainsi donc, j’ai voulu jouer un rôle dans des coulisses comme celles-là ! Je me suis éveillé un jour, non point mou comme dans le corbillon maternel, mais fermement persuadé que j’avais quelque chose à réaliser. On m’a donné mes répliques, et j’ai senti qu’elles ne me concernaient pas. Toutes choses alors étaient emplies, comme par le scintillement du trac, de mes attentes et de mes desseins propres. Entre-temps, la scène a tourné imperceptiblement, j’ai avancé de quelques pas, et me voici déjà, peut-être, au seuil du dénouement. Sous peu, la scène tournante m’aura jeté dehors, et tout ce que j’aurai dit de mon grand rôle sera : “Les chevaux sont sellés. Le diable vous emporte tous !” » Mais tandis que l’un des deux Ulrich, pensant ainsi et souriant, marchait dans le flottement du soir, l’autre tenait les poings fermés, dans la colère et la souffrance. C’était des deux le moins visible, ne pensant qu’à trouver une formule de conjuration, une poignée que l’on pût saisir, le véritable esprit de l’esprit, le morceau manquant, tout petit peut-être, qui permettrait de fermer le cercle interrompu. Ce second Ulrich n’avait pas de mots à sa disposition. Les mots sautent d’arbre en arbre comme des singes, mais dans l’obscur domaine où l’on prend racine, on est privé de leur amicale entremise. Le sol ruisselait sous ses pieds. Il pouvait à peine ouvrir les yeux. Un sentiment peut-il souffler en tempête sans être le moins du monde un sentiment tempétueux ?
Was kann, schmückt sich mit Geist, verbrämt sich. Geist ist, in Verbindung mit irgendetwas, das Verbreitetste, das es gibt. Der Geist der Treue, der Geist der Liebe, ein männlicher Geist, ein gebildeter Geist, der größte Geist der Gegenwart, wir wollen den Geist dieser und jener Sache hochhalten, und wir wollen im Geiste unserer Bewegung handeln : wie fest und unanstößig klingt das bis in die untersten Stufen. Alles übrige, das alltägliche Verbrechen oder die emsige Erwerbsgier, erscheint daneben als das Uneingestandene, der Schmutz, den Gott aus seinen Zehennägeln entfernt.
Aber wenn Geist allein dasteht, als nacktes Hauptwort, kahl wie ein Gespenst, dem man ein Leintuch borgen möchte, – wie ist es dann ? Man kann die Dichter lesen, die Philosophen studieren, Bilder kaufen und nächteweise Gespräche führen : aber ist es Geist, was man dabei gewinnt ? Angenommen, man gewönne ihn : aber besitzt man ihn dann ? Dieser Geist ist so fest verbunden mit der zufälligen Gestalt seines Auftretens ! Er geht durch den Menschen, der ihn aufnehmen möchte, hindurch und läßt nur ein wenig Erschütterung zurück. Was fangen wir mit all dem Geist an ? Er wird auf Massen von Papier, Stein, Leinwand in geradezu astronomischen Ausmaßen immer von neuem erzeugt, wird ebenso unablässig unter riesenhaftem Verbrauch von nervöser Energie aufgenommen und genossen : Aber was geschieht dann mit ihm ? Verschwindet er wie ein Trugbild ? Löst er sich in Partikel auf ? Entzieht er sich dem irdischen Gesetz der Erhaltung ? Die Staubteilchen, die in uns hinabsinken und langsam zur Ruhe kommen, stehen in keinem Verhältnis zu dem Aufwand. Wohin, wo, was ist er ? Vielleicht würde es, wenn man mehr davon wüßte, beklommen still werden um dieses Hauptwort Geist?!
[…]Der Geist hat erfahren, daß Schönheit gut, schlecht, dumm oder bezaubernd macht. Er zerlegt ein Schaf und einen Büßer und findet in beiden Demut und Geduld. Er untersucht einen Stoff und erkennt, daß er in großen Mengen ein Gift, in kleineren ein Genußmittel sei. Er weiß, daß die Schleimhaut der Lippen mit der Schleimhaut des Darms verwandt ist, weiß aber auch, daß die Demut dieser Lippen mit der Demut alles Heiligen verwandt ist. Er bringt durcheinander, löst auf und hängt neu zusammen. Gut und bös, oben und unten sind für ihn nicht skeptisch-relative Vorstellungen, wohl aber Glieder einer Funktion, Werte, die von dem Zusammenhang abhängen, in dem sie sich befinden. Er hat es den Jahrhunderten abgelernt, daß Laster zu Tugenden und Tugenden zu Lastern werden können, und hält es im Grunde bloß für eine Ungeschicklichkeit, wenn man es noch nicht fertigbringt, in der Zeit eines Lebens aus einem Verbrecher einen nützlichen Menschen zu machen. Er anerkennt nichts Unerlaubtes und nichts Erlaubtes, denn alles kann eine Eigenschaft haben, durch die es eines Tages teil hat an einem großen, neuen Zusammenhang. Er haßt heimlich wie den Tod alles, was so tut, als stünde es ein für allemal fest, die großen Ideale und Gesetze und ihren kleinen versteinten Abdruck, den gefriedeten Charakter. Er hält kein Ding für fest, kein Ich, keine Ordnung ; weil unsre Kenntnisse sich mit jedem Tag ändern können, glaubt er an keine Bindung, und alles besitzt den Wert, den es hat, nur bis zum nächsten Akt der Schöpfung, wie ein Gesicht, zu dem man spricht, während es sich mit den Worten verändert.
So ist der Geist der große Jenachdem-Macher, aber er selbst ist nirgends zu fassen, und fast könnte man glauben, daß von seiner Wirkung nichts als Zerfall übrigbleibe. Jeder Fortschritt ist ein Gewinn im Einzelnen und eine Trennung im Ganzen ; es ist das ein Zuwachs an Macht, der in einen fortschreitenden Zuwachs an Ohnmacht mündet, und man kann nicht davon lassen. Ulrich fühlte sich an diesen fast stündlich wachsenden Leib von Tatsachen und Entdeckungen erinnert, aus dem der Geist heute herausblicken muß, wenn er irgendeine Frage genau betrachten will. Dieser Körper wächst dem Inneren davon. Unzählige Auffassungen, Meinungen, ordnende Gedanken aller Zonen und Zeiten, aller Formen gesunder und kranker, wacher und träumender Hirne durchziehen ihn zwar wie Tausende kleiner empfindlicher Nervenstränge, aber der Strahlpunkt, wo sie sich vereinen, fehlt. Der Mensch fühlt die Gefahr nahe, wo er das Schicksal jener Riesentierrassen der Vorzeit wiederholen wird, die an ihrer Größe zugrundegegangen sind ; aber er kann nicht ablassen. – Dadurch wurde nun Ulrich wieder an jene recht fragwürdige Vorstellung erinnert, die er lange Zeit geglaubt und selbst heute noch nicht ganz in sich ausgemerzt hatte, daß die Welt am besten von einem Senat der Wissenden und Vorgeschrittenen gelenkt würde. Es ist ja sehr natürlich, zu denken, daß der Mensch, der sich von fachlich gebildeten Ärzten behandeln läßt, wenn er krank ist, und nicht von Schafhirten, keinen Grund hat, wenn er gesund ist, sich von hirtenähnlichen Schwätzern behandeln zu lassen, wie er es in seinen öffentlichen Angelegenheiten tut, und junge Menschen, denen an den wesenhaften Inhalten des Lebens gelegen ist, halten darum anfangs alles auf der Welt, was weder wahr, noch gut, noch schön ist, also zum Beispiel auch eine Finanzbehörde oder eben eine Parlamentsdebatte, für nebensächlich ; wenigstens waren sie damals so, denn heute sollen sie ja dank der politischen und wirtschaftlichen Erziehung anders sein. Aber auch damals lernte man, wenn man älter wurde und bei längerer Bekanntschaft mit der Räucherkammer des Geistes, in der die Welt ihren geschäftlichen Speck selcht, sich der Wirklichkeit anzupassen, und der endgültige Zustand eines geistig angebildeten Menschen war ungefähr der, daß er sich auf sein »Fach« beschränkte und für den Rest seines Lebens die Überzeugung mitnahm, das Ganze sollte ja vielleicht anders sein, aber es habe gar keinen Zweck, darüber nachzudenken. So ungefähr sieht das innere Gleichgewicht der Menschen aus, die geistig etwas leisten. Und mit einemmal stellte sich Ulrich das Ganze komischer Weise in der Frage dar, ob es nicht am Ende, da es doch sicher genug Geist gebe, bloß daran fehle, daß der Geist selbst keinen Geist habe ?
Er wollte darüber lachen. Er war ja selbst einer von diesen Verzichtenden. Aber enttäuschter, noch lebendiger Ehrgeiz fuhr durch ihn wie ein Schwert. Zwei Ulriche gingen in diesem Augenblick. Der eine sah sich lächelnd um und dachte : »Da habe ich also einmal eine Rolle spielen wollen, zwischen solchen Kulissen wie diesen. Ich bin eines Tages erwacht, nicht weich wie in Mutters Körbchen, sondern mit der harten Überzeugung, etwas ausrichten zu müssen. Man hat mir Stichworte gegeben, und ich habe gefühlt, sie gehen mich nichts an. Wie von flimmerndem Lampenfieber war damals alles mit meinen eigenen Vorsätzen und Erwartungen ausgefüllt gewesen. Unmerklich hat sich aber inzwischen der Boden gedreht, ich bin ein Stück meines Weges voran gekommen und stehe vielleicht schon beim Ausgang. Über kurz wird es mich hinausgedreht haben, und ich werde von meiner großen Rolle gerade gesagt haben : ›Die Pferde sind gesattelt.‹ Möge euch alle der Teufel holen!« Aber während der eine mit diesen Gedanken lächelnd durch den schwebenden Abend ging, hielt der andre die Fäuste geballt, in Schmerz und Zorn ; er war der weniger sichtbare, und woran er dachte, war, eine Beschwörungsformel zu finden, einen Griff, den man vielleicht packen könnte, den eigentlichen Geist des Geistes, das fehlende, vielleicht nur kleine Stück, das den zerbrochenen Kreis schließt. Dieser zweite Ulrich fand keine Worte zu seiner Verfügung. Worte springen wie die Affen von Baum zu Baum, aber in dem dunklen Bereich, wo man wurzelt, entbehrt man ihrer freundlichen Vermittlung. Der Boden strömte unter seinen Füßen. Er konnte die Augen kaum öffnen. Kann ein Gefühl blasen wie ein Sturm und doch ganz und gar kein stürmisches Gefühl sein ?
Jadis, l’on avait meilleure conscience à être une personne qu’aujourd’hui. Les hommes étaient semblables à des épis dans un champ ; ils étaient probablement plus violemment secoués qu’aujourd’hui par Dieu, la grêle, l’incendie, la peste et la guerre ; mais c’était dans l’ensemble, municipalement, nationalement, c’était en tant que champ, et ce qui restait à l’épi isolé de mouvements personnels était quelque chose de clairement défini dont on pouvait aisément prendre la responsabilité. De nos jours, au contraire, le centre de gravité de la responsabilité n’est plus en l’homme, mais dans les rapports des choses entre elles. N’a‑t‑on pas remarqué que les expériences vécues se sont détachées de l’homme ? Elles sont passées sur la scène, dans les livres, dans les rapports des laboratoires et des expéditions scientifiques, dans les communautés, religieuses ou autres, qui développent certaines formes d’expérience aux dépens des autres comme dans une expérimentation sociale. Dans la mesure où les expériences vécues ne se trouvent pas, précisément, dans le travail, elles sont, tout simplement, dans l’air. Qui oserait encore prétendre, aujourd’hui, que sa colère soit vraiment la sienne, quand tant de gens se mêlent de lui en parler et de s’y retrouver mieux que lui-même ? Il s’est constitué un monde de qualités sans homme, d’expériences vécues sans personne pour les vivre ; on en viendrait presque à penser que l’homme, dans le cas idéal, finira par ne plus pouvoir disposer d’une expérience privée et que le doux fardeau de la responsabilité personnelle se dissoudra dans l’algèbre des significations possibles. Il est probable que la désagrégation de la conception anthropomorphique qui, pendant si longtemps, fit de l’homme le centre de l’univers, mais est en passe de disparaître depuis plusieurs siècles déjà, atteint enfin le Moi lui-même ; la plupart des hommes commencent à tenir pour naïveté l’idée que l’essentiel, dans une expérience, soit de la faire soi-même, et dans un acte, d’en être l’acteur. Sans doute y a‑t‑il encore des gens qui ont une vie tout à fait personnelle ; ils disent : « Nous étions hier chez tel et tel », ou bien : « Nous faisons aujourd’hui ceci ou cela », et ils s’en réjouissent sans qu’il soit même nécessaire que ces phrases aient encore un contenu et un sens. Ils aiment tout ce qui entre en contact avec leurs doigts, ils sont aussi « personne privée » qu’il est possible ; le monde, aussitôt qu’ils ont affaire à lui, devient « monde privé » et scintille comme un arc-en-ciel. Peut-être sont-ils très heureux ; mais d’ordinaire, cette sorte de gens paraît déjà absurde aux autres, sans qu’on sache encore bien pourquoi. Et tout d’un coup, devant ces considérations, Ulrich fut obligé de s’avouer, dans un sourire, qu’il était malgré tout ce qu’on appelle un « caractère », même s’il n’en avait aucun.
Man ist früher mit besserem Gewissen Person gewesen als heute. Die Menschen glichen den Halmen im Getreide ; sie wurden von Gott, Hagel, Feuersbrunst, Pestilenz und Krieg wahrscheinlich heftiger hin und her bewegt als jetzt, aber im ganzen, stadtweise, landstrichweise, als Feld, und was für den einzelnen Halm außerdem noch an persönlicher Bewegung übrig blieb, das ließ sich verantworten und war eine klar abgegrenzte Sache. Heute dagegen hat die Verantwortung ihren Schwerpunkt nicht im Menschen, sondern in den Sachzusammenhängen. Hat man nicht bemerkt, daß sich die Erlebnisse vom Menschen unabhängig gemacht haben ? Sie sind aufs Theater gegangen ; in die Bücher, in die Berichte der Forschungsstätten und Forschungsreisen, in die Gesinnungs- und Religionsgemeinschaften, die bestimmte Arten des Erlebens auf Kosten der anderen ausbilden wie in einem sozialen Experimentalversuch, und sofern die Erlebnisse sich nicht gerade in der Arbeit befinden, liegen sie einfach in der Luft ; wer kann da heute noch sagen, daß sein Zorn wirklich sein Zorn sei, wo ihm so viele Leute dreinreden und es besser verstehen als er?! Es ist eine Welt von Eigenschaften ohne Mann entstanden, von Erlebnissen ohne den, der sie erlebt, und es sieht beinahe aus, als ob im Idealfall der Mensch überhaupt nichts mehr privat erleben werde und die freundliche Schwere der persönlichen Verantwortung sich in ein Formelsystem von möglichen Bedeutungen auflösen solle. Wahrscheinlich ist die Auflösung des anthropozentrischen Verhaltens, das den Menschen so lange Zeit für den Mittelpunkt des Weltalls gehalten hat, aber nun schon seit Jahrhunderten im Schwinden ist, endlich beim Ich selbst angelangt ; denn der Glaube, am Erleben sei das wichtigste, daß man es erlebe, und am Tun, daß man es tue, fängt an, den meisten Menschen als eine Naivität zu erscheinen. Es gibt wohl noch Leute, die ganz persönlich leben ; sie sagen »Wir waren gestern bei dem und dem« oder »Wir machen heute das und das«, und ohne daß es sonst noch Inhalt und Bedeutung zu haben brauchte, freuen sie sich darüber. Sie lieben alles, was mit ihren Fingern in Berührung tritt, und sind so rein Privatperson, wie das nur möglich ist ; die Welt wird Privatwelt, sobald sie mit ihnen zu tun bekommt, und leuchtet wie ein Regenbogen. Vielleicht sind sie sehr glücklich ; aber diese Art Leute erscheint den anderen gewöhnlich schon absurd, obgleich es noch keineswegs sicher ist, warum. – Und mit einemmal mußte sich Ulrich angesichts dieser Bedenken lächelnd eingestehn, daß er mit alledem ja doch ein Charakter sei, auch ohne einen zu haben.
L’Action parallèle, toutefois, n’avait pas encore la moindre existence réelle, et le comte Leinsdorf lui-même ne savait pas encore en quoi elle consisterait. Tout ce qu’on peut dire avec certitude, c’est que la seule chose précise qui fût encore venue à l’esprit de celui-ci était une liste de noms.
C’était déjà considérable. De la sorte, il existait dès ce moment, sans que quiconque eût besoin d’une représentation plus objective, un filet de disponibilité tendu autour d’un vaste complexe d’idées ; l’on est sans doute en droit d’affirmer que c’est bien dans cet ordre qu’il faut procéder. Pour que l’humanité apprît à manger convenablement, il fallut d’abord qu’on inventât le couteau et la fourchette ; c’était du moins ce que disait le comte Leinsdorf.
Indes bestand die Parallelaktion eigentlich damals noch gar nicht, und worin sie bestehen werde, wußte selbst Graf Leinsdorf noch nicht. Wie sich mit Sicherheit sagen läßt, war das einzige Bestimmte, was ihm bis zu jenem Zeitpunkt eingefallen war, eine Reihe von Namen.
Aber auch das ist ungemein viel. Denn so bestand in diesem Zeitpunkt, ohne daß irgend jemand eine sachliche Vorstellung zu haben brauchte, schon ein Netz von Bereitschaft, das einen großen Zusammenhang umspannte ; und man darf wohl behaupten, daß dies die richtige Reihenfolge ist. Denn erst mußten Messer und Gabel erfunden werden, und dann lernte die Menschheit anständig essen ; so erklärte es Graf Leinsdorf.
Pour peu qu’on soit attentif, on pourra toujours deviner, dans le dernier avenir entré en scène, les présages du futur « bon vieux temps ».
Und wenn man bloß ein bißchen achtgibt, kann man wohl immer in der soeben eingetroffenen letzten Zukunft schon die kommende Alte Zeit sehen.
Dans leur jeunesse, la vie était encore devant eux comme un matin inépuisable, de toutes parts débordante de possibilités et de vide, et à midi déjà voici quelque chose devant vous qui est en droit d’être désormais votre vie, et c’est aussi surprenant que le jour où un homme est assis là tout à coup, avec qui l’on a correspondu pendant vingt ans sans le connaître, et qu’on s’était figuré tout différent. Mais le plus étrange est encore que la plupart des hommes ne s’en aperçoivent pas ; ils adoptent l’homme qui est venu à eux, dont la vie s’est acclimatée en eux, les événements de sa vie leur semblent désormais l’expression de leurs qualités, son destin est leur mérite ou leur malchance. Il leur est arrivé ce qui arrive aux mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s’est accroché à eux, ici agrippant un poil, là entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillotés jusqu’à ce qu’ils soient ensevelis dans une housse épaisse qui ne correspond plus que de très loin à leur forme primitive. Dès lors, ils ne pensent plus qu’obscurément à cette jeunesse où il y avait eu en eux une force de résistance : cette autre force qui tiraille et siffle, qui ne veut pas rester en place et déclenche une tempête de tentatives d’évasion sans but ; l’esprit moqueur de la jeunesse, son refus de l’ordre établi, sa disponibilité à toute espèce d’héroïsme, au sacrifice comme au crime, son ardente gravité et son inconstance, tout cela n’est que tentatives d’évasion.
So lag in der Jugend das Leben noch wie ein unerschöpflicher Morgen vor ihnen, nach allen Seiten voll von Möglichkeiten und Nichts, und schon am Mittag ist mit einemmal etwas da, das beanspruchen darf, nun ihr Leben zu sein, und das ist im ganzen doch so überraschend, wie wenn eines Tags plötzlich ein Mensch dasitzt, mit dem man zwanzig Jahre lang korrespondiert hat, ohne ihn zu kennen, und man hat ihn sich ganz anders vorgestellt. Noch viel sonderbarer aber ist es, daß die meisten Menschen das gar nicht bemerken ; sie adoptieren den Mann, der zu ihnen gekommen ist, dessen Leben sich in sie eingelebt hat, seine Erlebnisse erscheinen ihnen jetzt als der Ausdruck ihrer Eigenschaften, und sein Schicksal ist ihr Verdienst oder Unglück. Es ist etwas mit ihnen umgegangen wie ein Fliegenpapier mit einer Fliege, es hat sie da an einem Härchen, dort in ihrer Bewegung festgehalten und hat sie allmählich eingewickelt, bis sie in einem dicken Überzug begraben liegen, der ihrer ursprünglichen Form nur ganz entfernt entspricht. Und sie denken dann nur noch unklar an die Jugend, wo etwas wie eine Gegenkraft in ihnen gewesen ist. Diese andere Kraft zerrt und schwirrt, sie will nirgends bleiben und löst einen Sturm von ziellosen Fluchtbewegungen aus ; der Spott der Jugend, ihre Auflehnung gegen das Bestehende, die Bereitschaft der Jugend zu allem, was heroisch ist, zu Selbstaufopferung und Verbrechen, ihr feuriger Ernst und ihre Unbeständigkeit, – alles das bedeutet nichts als ihre Fluchtbewegungen.
Walter avait toujours eu une capacité toute particulière de vivre intensément les choses. Il n’obtenait jamais ce qu’il voulait parce qu’il était trop émotif. Il semblait porter en lui, pour son petit bonheur et son petit malheur, un très mélodieux amplificateur. Il émettait toujours de la petite monnaie de sentiment, mais c’était de l’or et de l’argent, alors qu’Ulrich opérait plus en grand, avec des sortes de chèques intellectuels, sur lesquels étaient écrits d’immenses chiffres ; mais ce n’était jamais en fin de compte que du papier.
Walter hatte immer eine ganz besondere Fähigkeit besessen, heftig zu erleben. Er kam nie zu dem, was er wollte, weil er so viel empfand. Er schien einen sehr melodischen Schallverstärker für das kleine Glück und Unglück in sich zu tragen. Er gab stets kleine Gefühlsmünze in Gold und Silber aus, während Ulrich mehr im großen operierte, mit Gedankenschecks sozusagen, auf denen gewaltige Ziffern standen ; aber schließlich war das nur Papier.
[L]a solution d’un problème intellectuel, c’est un peu comme quand un chien tenant un bâton dans sa gueule essaie de passer par une étroite ouverture ; il tourne la tête de droite et de gauche jusqu’à ce qu’enfin le bâton glisse au travers ; nous agissons exactement de même, avec la seule différence que nous n’allons pas tout à fait au hasard, mais que nous savons plus ou moins, par habitude, comment nous y prendre. Et s’il est naturel qu’une tête pleine ait plus d’habileté et d’expérience à se mouvoir ainsi qu’une tête vide, le glissement au travers de la porte ne lui en paraît pas moins surprenant ; on y est tout d’un coup, et l’on peut percevoir très distinctement en soi une légère stupeur en constatant que les pensées, loin d’attendre leur auteur, se sont bel et bien faites toutes seules. Ce sentiment de stupeur légère, beaucoup de gens, de nos jours, l’ont baptisé « intuition », après l’avoir appelé « inspiration », et croient y voir quelque chose de supra-personnel, alors que c’est simplement quelque chose d’impersonnel, à savoir l’affinité et l’homogénéité des choses mêmes qui se rencontrent dans un cerveau.
Meilleur est ce cerveau, moins visibles sont ses actes. C’est pourquoi l’acte de penser, tant qu’il se prolonge, est un état proprement lamentable, une sorte de colique de toutes les circonvolutions du cerveau ; mais lorsqu’il est achevé, il a déjà perdu la forme du penser, sous laquelle il est vécu, pour prendre celle de la chose pensée ; et cette forme est, hélas, impersonnelle, car la pensée est alors tournée vers l’extérieur et destinée à la communication. Il est pour ainsi dire impossible, lorsqu’un homme pense, d’attraper le moment où il passe du personnel à l’impersonnel, et c’est évidemment pourquoi les penseurs donnent aux écrivains de tels soucis que ceux-ci préfèrent éviter ce genre de personnages.
In anderer Hinsicht wieder vollzieht sich die Lösung einer geistigen Aufgabe nicht viel anders, wie wenn ein Hund, der einen Stock im Maul trägt, durch eine schmale Tür will ; er dreht dann den Kopf solange links und rechts, bis der Stock hindurchrutscht, und ganz ähnlich tun wir’s, bloß mit dem Unterschied, daß wir nicht ganz wahllos darauf los versuchen, sondern schon durch Erfahrung ungefähr wissen, wie man es zu machen hat. Und wenn ein kluger Kopf natürlich auch weit mehr Geschick und Erfahrung in den Drehungen hat als ein dummer, so kommt das Durchrutschen doch auch für ihn überraschend, es ist mit einemmal da, und man kann ganz deutlich ein leicht verdutztes Gefühl darüber in sich wahrnehmen, daß sich die Gedanken selbst gemacht haben, statt auf ihren Urheber zu warten. Dieses verdutzte Gefühl nennen viele Leute heutigentags Intuition, nachdem man es früher auch Inspiration genannt hat, und glauben etwas Überpersönliches darin sehen zu müssen ; es ist aber nur etwas Unpersönliches, nämlich die Affinität und Zusammengehörigkeit der Sachen selbst, die in einem Kopf zusammentreffen.
Je besser der Kopf, desto weniger ist dabei von ihm wahrzunehmen. Darum ist das Denken, solange es nicht fertig ist, eigentlich ein ganz jämmerlicher Zustand, ähnlich einer Kolik sämtlicher Gehirnwindungen, und wenn es fertig ist, hat es schon nicht mehr die Form des Gedankens, in der man es erlebt, sondern bereits die des Gedachten, und das ist leider eine unpersönliche, denn der Gedanke ist dann nach außen gewandt und für die Mitteilung an die Welt hergerichtet. Man kann sozusagen, wenn ein Mensch denkt, nicht den Moment zwischen dem Persönlichen und dem Unpersönlichen erwischen, und darum ist offenbar das Denken eine solche Verlegenheit für die Schriftsteller, daß sie es gern vermeiden.
Mon cas, en bref, est celui-ci : j’ai complètement perdu la faculté de méditer ou de parler sur n’importe quoi avec cohérence.
D’abord il me devint peu à peu impossible de disputer d’une matière élevée ou assez générale, de fournir alors à ma bouche ces mots dont pourtant, d’habitude, tous les hommes font un usage spontané, sans hésiter. J’éprouvais un malaise inexplicable à seulement prononcer les mots « esprit », « âme », ou « corps ». J’étais empêché, au fond de moi, de porter un jugement sur les affaires de la cour, les incidents au Parlement, sur tout ce que vous pourriez imaginer. Et cela, non par égard d’aucune sorte, car vous connaissez ma franchise, allant jusqu’à l’étourderie : mais les termes abstraits, dont la langue pourtant doit se servir de façon naturelle pour prononcer n’importe quel verdict, se décomposaient dans ma bouche tels des champignons moisis.
[…]Je ne parvenais plus à les saisir avec le regard simplificateur de l’habitude. Tout se décomposait en fragments, et ces fragments à leur tour se fragmentaient, rien ne se laissait plus enfermer dans un concept. Les mots flottaient, isolés, autour de moi ; ils se figeaient, devenaient des yeux qui me fixaient et que je devais fixer en retour : des tourbillons, voilà ce qu’ils sont, y plonger mes regards me donne le vertige, et ils tournoient sans fin, et à travers eux on atteint le vide.
[…]Au cours de toutes les années que j’ai à vivre, celles qui vont venir bientôt et celles qui viendront ensuite, je n’écrirai aucun livre anglais ni latin : et ce, pour une unique raison, d’une bizarrerie si pénible pour moi que je laisse à l’esprit infiniment supérieur qu’est le vôtre le soin de la ranger à sa place dans ce domaine des phénomènes physiques et spirituels qui s’étale harmonieusement devant vous : parce que précisément la langue dans laquelle il me serait donné non seulement d’écrire mais encore de penser n’est ni la latine ni l’anglaise, non plus que l’italienne ou l’espagnole, mais une langue dont pas un seul mot ne m’est connu, une langue dans laquelle les choses muettes me parlent, et dans laquelle peut-être je me justifierai un jour dans ma tombe devant un juge inconnu.