Vous m’avez fait venir pour que je vous raconte quelque chose sur un poète de ce temps ou bien encore sur quelques poètes ou sur la poésie en général. Vous aimez entendre, pense-t-on certainement, ce dont j’aime parler. Nous sommes tous jeunes et ainsi, rien ne saurait apparemment être plus commode et plus anodin. Je crois réellement qu’il ne me serait pas très difficile d’assembler quelques centaines d’adjectifs et de verbes de telle façon qu’ils nous feraient plaisir un quart d’heure. En premier lieu, je le crois précisément parce que je sais que nous sommes tous jeunes et que je peux à peu près m’imaginer par qui vous aimez être menés. Il est passablement facile d’entrer par la flatterie dans les bonnes grâces de la génération à laquelle on appartient. « Nous » est une belle parole, les pays des contemporains de notre vie se déroulent comme de grands arrière-plans jusqu’aux océans et même jusqu’aux étoiles et, sous nos pieds, reposent les passés, allongés dans des abîmes transparents comme des prisonniers. Et de parler de la littérature de notre temps, il y a différentes façons qui sont plaisantes.
Citations
L’adjonction de l’adjectif « vrai » à des opinions politiques était d’ailleurs un des moyens qu’il avait de se reconnaître dans un monde qui, bien que créé par Dieu, ne le renie que trop souvent. Il était fermement convaincu que le vrai socialisme était en harmonie avec ses conceptions ; son idée la plus personnelle avait même toujours été, mais il n’osait encore se l’avouer tout entière à lui-même, de jeter un pont grâce auquel les socialistes pourraient passer dans son propre camp. Il est bien clair qu’aider les pauvres est un devoir de chevalerie, et qu’il ne peut y avoir une grande différence pour la vraie haute noblesse, entre un bourgeois directeur de fabrique et ses ouvriers ; « au fond, nous sommes tous intimement socialistes » était une de ses phrases favorites, qui revenait à peu près à dire, ni plus ni moins, qu’il n’y a plus de différences sociales dans l’Au-delà. Dans le monde, en revanche, il les tenait pour des réalités nécessaires et attendait de la classe ouvrière qu’elle renonçât, pour peu qu’on lui fît quelques avances sur le plan du bien-être matériel, aux slogans déraisonnables qu’on lui avait inculqués, et reconnût cet ordre naturel du monde dans lequel chacun trouve, à la place qui lui est destinée, son devoir et ses chances de réussite. C’est pourquoi le vrai noble lui paraissait aussi important que le vrai ouvrier, et la solution des problèmes politiques et économiques se ramenait au fond pour lui à une vision harmonieuse qu’il appelait « le Pays ».
Überhaupt war der Zusatz »der wahre« zu politischen Gesinnungen eine seiner Hilfen, um sich in einer von Gott geschaffenen, aber ihn zu oft verleugnenden Welt zurechtzufinden. Er war fest überzeugt, daß sogar der wahre Sozialismus mit seiner Auffassung übereinstimme ; ja es war von Anfang an seine persönlichste Idee, die er sogar sich selbst noch teilweise verbarg, eine Brücke zu schlagen, auf der die Sozialisten in sein Lager marschieren sollten. Es ist ja klar, daß den Armen zu helfen eine ritterliche Aufgabe ist und daß für den wahren Hochadel eigentlich kein so großer Unterschied zwischen einem bürgerlichen Fabrikanten und seinem Arbeiter bestehen kann ; »wir alle sind ja im Innersten Sozialisten« war ein Lieblingsausspruch von ihm und hieß ungefähr so viel und nicht mehr, wie daß es im Jenseits keine sozialen Unterschiede gibt. In der Welt hielt er sie aber für notwendige Tatsachen und erwartete von der Arbeiterschaft, wenn man ihr bloß in den Fragen des materiellen Wohlbefindens entgegenkomme, daß sie von unvernünftigen, in sie hineingetragenen Schlagworten abstehn und die natürliche Weltordnung einsehn werde, wo jeder in dem ihm bestimmten Kreis Pflicht und Gedeihen findet. Der wahre Adelige erschien ihm darum so wichtig wie der wahre Handwerker, und die Lösung der politischen und wirtschaftlichen Fragen lief für ihn eigentlich auf eine harmonische Vision hinaus, die er Vaterland nannte.
Ulrich, après son faux pas, avait perdu un instant sa présence d’esprit ; mais, chose curieuse, cette faute ne fit pas mauvaise impression sur Son Excellence. Certes, le comte Stallburg en éprouva d’abord quelque stupeur, comme si quelqu’un avait quitté sa veste en sa présence ; mais ensuite, cette spontanéité lui parut, chez un homme aussi bien recommandé, pleine d’ardeur et d’énergie, et il fut heureux d’avoir trouvé ces deux mots, car son désir était de se former une bonne impression d’Ulrich. Il les consigna donc aussitôt (« Nous pouvons espérer avoir trouvé un collaborateur plein d’ardeur et d’énergie ») dans le mot d’introduction qu’il composait à l’adresse du premier rôle de la grande Action patriotique.
Ulrich war durch seine Entgleisung einen Augenblick geistesungegenwärtig geworden, aber merkwürdigerweise hatte dieser Fehler auf Exzellenz keinen schlechten Eindruck gemacht. Graf Stallburg war zwar anfangs beinahe sprachlos gewesen, so als ob man in seiner Gegenwart den Rock ausgezogen hätte ; dann aber kam ihm diese Unmittelbarkeit an einem so gut empfohlenen Mann tatkräftig und feurig vor, und er war froh, diese zwei Worte gefunden zu haben, denn er war des Willens, sich einen guten Eindruck zu bilden. Er schrieb sie (»Wir dürfen hoffen, einen tatkräftigen und feurigen Helfer gefunden zu haben«) sogleich in das Einführungsschreiben, das er an die Hauptperson der großen vaterländischen Aktion aufsetzte.
Ce juge réunissait tous les éléments, à partir des rapports de police et de l’accusation de vagabondage, en un seul tout dont il chargeait l’inculpé ; mais pour Moosbrugger, ce n’était qu’une série d’incidents tout à fait distincts qui n’avaient rien à voir les uns avec les autres et dépendaient chacun d’une autre cause, laquelle était à chercher en dehors de lui, quelque part dans l’univers. Aux yeux du juge, ses actes provenaient de lui, mais aux yeux de Moosbrugger, ils étaient plutôt revenus sur lui comme des oiseaux reviennent de migration. Pour le juge, Moosbrugger était un cas particulier ; pour soi-même, il était un monde, et il est très difficile de dire quelque chose de convaincant sur un monde.
Dieser Richter faßte alles in eins zusammen, ausgehend von den Polizeiberichten und der Landstreicherei, und gab es als Schuld Moosbrugger ; für den aber bestand es aus lauter einzelnen Vorfällen, die nichts miteinander zu tun hatten und jeder eine andere Ursache besaßen, die außerhalb Moosbruggers und irgendwo im Ganzen der Welt lag. In den Augen des Richters gingen seine Taten von ihm aus, in den seinen waren sie auf ihn zugekommen wie Vögel, die herbeifliegen. Für den Richter war Moosbrugger ein besonderer Fall ; für sich war er eine Welt, und es ist sehr schwer, etwas Überzeugendes über eine Welt zu sagen.
Moosbrugger avait été dans sa jeunesse un pauvre gars, un petit berger vivant dans une commune si petite qu’elle n’avait même pas une rue de village, et il était si pauvre qu’il ne parlait jamais aux filles. Il ne pouvait jamais que les voir ; il en fut de même plus tard durant son temps d’apprentissage, et jusque dans ses tournées de journalier. Qu’on se représente un peu ce que cela veut dire. Quelque chose qu’on convoite aussi naturellement que le pain et l’eau, et qu’on a seulement le droit de voir. Au bout de quelque temps, la convoitise qui avait été naturelle cesse de l’être. Ça vous passe devant, les jupes bougent sur les mollets. Ça grimpe sur une barrière, et on voit jusqu’aux genoux. On regarde ça dans les yeux, et ils deviennent opaques. On entend ça rire, vite on se retourne, et on voit un visage aussi rond, aussi muet qu’un trou dans la terre, quand une souris vient de s’y engouffrer.
Moosbrugger war als Junge ein armer Teufel gewesen, ein Hüterbub in einer Gemeinde, die so klein war, daß sie nicht einmal eine Dorfstraße hatte, und er war so arm, daß er niemals mit einem Mädel sprach. Er konnte Mädels immer nur sehn ; auch später in der Lehre und dann gar auf den Wanderungen. Nun braucht man sich ja bloß vorzustellen, was das heißt. Etwas, wonach man so natürlich begehrt wie nach Brot oder Wasser, darf man immer nur sehn. Man begehrt es nach einiger Zeit unnatürlich. Es geht vorüber, die Röcke schwanken um seine Waden. Es steigt über einen Zaun und wird bis zum Knie sichtbar. Man blickt ihm in die Augen, und sie werden undurchsichtig. Man hört es lachen, dreht sich rasch um und sieht in ein Gesicht, das so reglos rund wie ein Erdloch ist, in das eben eine Maus schlüpfte.
À l’exception des membres de l’Église catholique romaine, plus personne aujourd’hui n’a l’aspect qu’il devrait avoir, parce que nous faisons de notre tête un usage aussi impersonnel que de nos mains ; mais le mathématicien, c’est le comble de tout : un mathématicien sait presque aussi peu de choses sur lui-même que les gens n’en sauront sur les prairies, les poules, les jeunes veaux, quand les pilules vitaminées auront remplacé pain et viande !
Mit Ausnahme der römisch-katholischen Geistlichen sieht heute überhaupt niemand mehr so aus, wie er sollte, weil wir unseren Kopf noch unpersönlicher gebrauchen als unsere Hände ; aber Mathematik, das ist der Gipfel, das weiß bereits so wenig von sich selbst, wie die Menschen, wenn sie sich dereinst statt von Fleisch und Brot von Kraftpillen nähren werden, noch von Wiesen und jungen Kälbern und Hühnern wissen dürften !
Il lui semblait parfois qu’il fût né avec des dons pour lesquels, provisoirement, il n’y avait pas d’emploi.
Es war ihm zuweilen geradeso zumute, als wäre er mit einer Begabung geboren, für die es gegenwärtig kein Ziel gab.
Personne ne savait exactement ce qui était en train : personne ne pouvait dire si ce serait un art nouveau, un homme nouveau, une nouvelle morale, ou encore un reclassement de la société. […] On ne forcera donc personne à surestimer contre son gré ce « mouvement » passé. Il ne se produisit d’ailleurs que dans cette couche mince et instable de l’humanité que forment les intellectuels, méprisés d’un commun accord par les hommes dont la conception du monde, en dépit de toutes les nuances, est garantie inusable, et qui ont aujourd’hui, grâce à Dieu, repris le dessus ; il n’agit donc pas sur la masse. Néanmoins, même si ce ne fut pas un événement historique, ce fut tout de même un « petit événement ». Lorsqu’ils étaient jeunes, Walter et Ulrich, les deux amis, en avaient encore aperçu le reflet. À travers la confusion des croyances, quelque chose avait passé, comme quand beaucoup d’arbres se courbent sous un seul et même coup de vent, un esprit de secte et de réformation, la conscience bienheureuse d’une apparition et d’une éclosion, une petite renaissance, une petite réforme comme n’en connaissent que les meilleures époques ; et quand on entrait dans le monde, on sentait l’esprit, dès le premier coin de rue, qui vous soufflait sur les joues.
Niemand wußte genau, was im Werden war ; niemand vermochte zu sagen, ob es eine neue Kunst, ein neuer Mensch, eine neue Moral oder vielleicht eine Umschichtung der Gesellschaft sein solle. […] Wenn man nicht will, braucht man also diese vergangene »Bewegung« nicht zu überschätzen. Sie vollzog sich ohnehin nur in jener dünnen, unbeständigen Menschenschicht der Intellektuellen, die von den heute Gott sei Dank wieder obenauf gekommenen Menschen mit unzerreißbarer Weltanschauung, trotz aller Unterschiede dieser Weltanschauung, einmütig verachtet wird, und wirkte nicht in die Menge. Aber immerhin, wenn es auch kein geschichtliches Ereignis geworden ist, ein Ereignislein war es doch, und die beiden Freunde Walter und Ulrich hatten, als sie jung waren, gerade noch einen Schimmer davon erlebt. Durch das Gewirr von Glauben ging damals etwas hindurch, wie wenn viele Bäume sich in einem Wind beugen, ein Sekten- und Besserergeist, das selige Gewissen eines Auf- und Anbruchs, eine kleine Wiedergeburt und Reformation, wie nur die besten Zeiten es kennen, und wenn man damals in die Welt eintrat, fühlte man schon an der ersten Ecke den Hauch des Geistes um die Wangen.
L’exigence d’idéal pesait sur toutes les manifestations de la vie comme une préfecture de police.
Die Forderung des Idealen waltete in der Art eines Polizeipräsidiums über allen Äußerungen des Lebens.
Qu’Ulrich pût penser avoir obtenu quelques résultats dans le domaine scientifique n’était pas absolument sans importance pour lui. Ses travaux lui avaient même valu une certaine estime. De l’admiration eût été trop demander, car l’admiration, même au royaume de la vérité, est réservée aux aînés dont il dépend que l’on obtienne ou non l’agrégation ou une chaire. À strictement parler, il était resté ce qu’on appelle un espoir ; on nomme espoirs, dans la république des esprits, les républicains proprement dits, c’est-à-dire ceux qui s’imaginent qu’il faut consacrer à son travail la totalité de ses forces, au lieu d’en gaspiller une grande part pour assurer son avancement social ; ils oublient que les résultats de l’homme isolé sont peu de chose, alors que l’avancement est le rêve de tous, et négligeant ce devoir social qu’est l’arrivisme, ils oublient que l’on doit commencer par être un arriviste pour pouvoir offrir à d’autres, dans les années du succès, un appui à la faveur duquel ils puissent arriver à leur tour.
Or, un beau jour, Ulrich renonça même à vouloir être un espoir. Alors déjà, l’époque avait commencé où l’on se mettait à parler des génies du football et de la boxe ; toutefois, les proportions demeuraient raisonnables : pour une dizaine, au moins, d’inventeurs, écrivains et ténors de génie apparus dans les colonnes des journaux, on ne trouvait encore, tout au plus, qu’un seul demi-centre génial, un seul grand tacticien du tennis. L’esprit nouveau n’avait pas encore pris toute son assurance. Mais c’est précisément à cette époque-là qu’Ulrich put lire tout à coup quelque part (et ce fut comme un coup de vent flétrissant un été trop précoce) ces mots : « un cheval de course génial ». Ils se trouvaient dans le compte rendu d’une sensationnelle victoire aux courses, et son auteur n’avait peut-être même pas eu conscience de la grandeur de l’idée que l’esprit du temps lui avait glissée sous la plume. Ulrich comprit dans l’instant quel irrécusable rapport il y avait entre toute sa carrière et ce génie des chevaux de course. Le cheval, en effet, a toujours été l’animal sacré de la cavalerie ; dans sa jeunesse encasernée, Ulrich n’avait guère entendu parler que de femmes et de chevaux, il avait échappé à tout cela pour devenir un grand homme, et voilà qu’au moment même où, après des efforts divers, il eût peut-être pu se sentir proche du but de ses aspirations, le cheval, qui l’y avait précédé, de là-bas le saluait…
Le fait a sans doute sa justification historique : il n’y a pas si longtemps encore, un homme digne d’admiration était un être dont le courage est un courage moral, la force une force de conviction, la fermeté celle du cœur et de la vertu, un être qui juge la rapidité puérile, les feintes illicites, la mobilité et l’élan contraires à la dignité. Cet être, il est vrai, a fini par ne plus subsister que dans le corps enseignant secondaire et dans toute espèce de déclarations purement littéraires ; c’était devenu un fantôme idéologique, et la vie a dû se trouver un nouveau type de virilité. Comme elle le cherchait des yeux autour d’elle, elle découvrit que les prises et les ruses dont se sert un esprit inventif pour résoudre un problème logique ne diffèrent réellement pas beaucoup des prises d’un lutteur bien entraîné ; et il existe une combativité psychique que les difficultés et les improbabilités rendent froide et habile, qu’il s’agisse de deviner le point faible d’un problème ou celui d’un ennemi en chair et en os. Si l’on devait analyser un grand esprit et un champion national de boxe du point de vue psychotechnique, il est probable que leur astuce, leur courage, leur précision, leur puissance combinatoire comme la rapidité de leurs réactions sur le terrain qui leur importe, seraient en effet les mêmes ; bien plus, il est à prévoir que les vertus et les capacités qui font leur succès à chacun ne les distingueraient pas beaucoup de tel célèbre steeple-chaser ; on ne doit pas sous-estimer les qualités considérables qu’il faut mettre en jeu pour sauter une haie. Puis, un cheval et un champion de boxe ont encore cet autre avantage sur un grand esprit, que leurs exploits et leur importance peuvent se mesurer sans contestation possible et que le meilleur d’entre eux est véritablement reconnu comme tel ; ainsi donc, le sport et l’objectivité ont pu évincer à bon droit les idées démodées qu’on se faisait jusqu’à eux du génie et de la grandeur humaine.
Es ist nicht unwesentlich, daß sich Ulrich sagen durfte, in seiner Wissenschaft nicht wenig geleistet zu haben. Seine Arbeiten hatten ihm auch Anerkennung eingebracht. Bewunderung wäre zu viel verlangt gewesen, denn selbst im Reiche der Wahrheit hegt man Bewunderung nur für ältere Gelehrte, von denen es abhängt, ob man die Habilitation und Professur erreicht oder nicht. Genau gesprochen, er war das geblieben, was man eine Hoffnung nennt, und Hoffnungen nennt man in der Republik der Geister die Republikaner, das sind jene Menschen, die sich einbilden, man dürfe seine ganze Kraft der Sache widmen, statt einen großen Teil von ihr auf das äußere Vorwärtskommen zu verwenden ; sie vergessen, daß die Leistung des Einzelnen gering, das Vorwärtskommen dagegen ein Wunsch aller ist, und vernachlässigen die soziale Pflicht des Strebens, bei der man als ein Streber beginnen muß, damit man in den Jahren des Erfolgs eine Stütze und Strebe abgeben kann, an deren Gunst sich andere emporarbeiten.
Und eines Tages hörte Ulrich auch auf, eine Hoffnung sein zu wollen. Es hatte damals schon die Zeit begonnen, wo man von Genies des Fußballrasens oder des Boxrings zu sprechen anhub, aber auf mindestens zehn geniale Entdecker, Tenöre oder Schriftsteller entfiel in den Zeitungsberichten noch nicht mehr als höchstens ein genialer Centrehalf oder großer Taktiker des Tennissports. Der neue Geist fühlte sich noch nicht ganz sicher. Aber gerade da las Ulrich irgendwo, wie eine vorverwehte Sommerreife, plötzlich das Wort »das geniale Rennpferd«. Es stand in einem Bericht über einen aufsehenerregenden Rennbahnerfolg, und der Schreiber war sich der ganzen Größe des Einfalls vielleicht gar nicht bewußt gewesen, den ihm der Geist der Gemeinschaft in die Feder geschoben hatte. Ulrich aber begriff mit einemmal, in welchem unentrinnbaren Zusammenhang seine ganze Laufbahn mit diesem Genie der Rennpferde stehe. Denn das Pferd ist seit je das heilige Tier der Kavallerie gewesen, und in seiner Kasernenjugend hatte Ulrich kaum von anderem sprechen hören als von Pferden und Weibern und war dem entflohn, um ein bedeutender Mensch zu werden, und als er sich nun nach wechselvollen Anstrengungen der Höhe seiner Bestrebungen vielleicht hätte nahefühlen können, begrüßte ihn von dort das Pferd, das ihm zuvorgekommen war.
Das hat wohl gewiß zeitlich seine Berechtigung, denn es ist noch gar nicht lange her, daß man sich unter einem bewunderungswürdigen männlichen Geist ein Wesen vorgestellt hat, dessen Mut sittlicher Mut, dessen Kraft die Kraft einer Überzeugung, dessen Festigkeit die des Herzens und der Tugend gewesen ist, das Schnelligkeit für etwas Knabenhaftes, Finten für etwas Unerlaubtes, Beweglichkeit und Schwung für etwas der Würde Zuwiderlaufendes gehalten hat. Zum Schluß ist dieses Wesen allerdings nicht mehr lebendig, sondern nur noch in den Lehrkörpern von Gymnasien und in allerhand schriftlichen Äußerungen vorgekommen, es war zu einem ideologischen Gespenst geworden, und das Leben mußte sich ein neues Bild der Männlichkeit suchen. Da es sich danach umsah, machte es aber die Entdeckung, daß die Griffe und Listen, die ein erfinderischer Kopf in einem logischen Kalkül anwendet, wirklich nicht sehr verschieden von den Kampfgriffen eines hart geschulten Körpers sind, und es gibt eine allgemeine seelische Kampfkraft, die von Schwierigkeiten und Unwahrscheinlichkeiten kalt und klug gemacht wird, ob sie nun die dem Angriff zugängliche Seite einer Aufgabe oder eines körperlichen Feindes zu erraten gewohnt ist. Sollte man einen großen Geist und einen Boxlandesmeister psychotechnisch analysieren, so würden in der Tat ihre Schlauheit, ihr Mut, ihre Genauigkeit und Kombinatorik sowie die Geschwindigkeit der Reaktionen auf dem Gebiet, das ihnen wichtig ist, wahrscheinlich die gleichen sein, ja sie würden sich in den Tugenden und Fähigkeiten, die ihren besonderen Erfolg ausmachen, voraussichtlich auch von einem berühmten Hürdenpferd nicht unterscheiden, denn man darf nicht unterschätzen, wieviele bedeutende Eigenschaften ins Spiel gesetzt werden, wenn man über eine Hecke springt. Nun haben aber noch dazu ein Pferd und ein Boxmeister vor einem großen Geist voraus, daß sich ihre Leistung und Bedeutung einwandfrei messen läßt und der Beste unter ihnen auch wirklich als der Beste erkannt wird, und auf diese Weise sind der Sport und die Sachlichkeit verdientermaßen an die Reihe gekommen, die veralteten Begriffe von Genie und menschlicher Größe zu verdrängen.