how are you feeling in ancient September
I am feeling like a truck on a wet highway
how can you
you were made in the image of god
I was not
I was made in the image of a sissy truck-driver
and Jean Dubuffet painting his cows
« with a likeness burst in the memory«
apart from love (don’t say it)
I am ashamed of my century
for being so entertaining
but I have to smile
Citations
La frénésie joyeuse était à son plus haut point ; on n’entendait plus que des soupirs convulsifs, des gloussements inarticulés. Le rire avait perdu son timbre et tournait au grognement, le spasme succédait au plaisir ; le refrain de Daucus-Carota allait devenir vrai.
Déjà plusieurs haschischins anéantis avaient roulé à terre avec cette molle lourdeur de l’ivresse qui rend les chutes peu dangereuses ; des exclamations telles que celles-ci : « Mon Dieu, que je suis heureux ! quelle félicité ! je nage dans l’extase ! je suis en paradis ! je plonge dans les abîmes de délices ! » se croisaient, se confondaient, se couvraient.
Des cris rauques jaillissaient des poitrines oppressées ; les bras se tendaient éperdument vers quelque vision fugitive ; les talons et les nuques tambourinaient sur le plancher. Il était temps de jeter une goutte d’eau froide sur cette vapeur brûlante, ou la chaudière eût éclaté.
L’enveloppe humaine, qui a si peu de force pour le plaisir, et qui en a tant pour la douleur, n’aurait pu supporter une plus haute pression de bonheur.
Un des membres du club, qui n’avait pas pris part à la voluptueuse intoxication afin de surveiller la fantasia et d’empêcher de passer par les fenêtres ceux d’entre nous qui se seraient cru des ailes, se leva, ouvrit la caisse du piano et s’assit. Ses deux mains, tombant ensemble, s’enfoncèrent dans l’ivoire du clavier, et un glorieux accord résonnant avec force fit taire toutes les rumeurs et changea la direction de l’ivresse.
Le thème attaqué était, je crois, l’air d’Agathe dans le Freyschütz ; cette mélodie céleste eut bientôt dissipé, comme un souffle qui balaye des nuées difformes, les visions ridicules dont j’étais obsédé. Les larves grimaçantes se retirèrent en rampant sous les fauteuils où elles se cachèrent entre les plis des rideaux en poussant de petits soupirs étouffés, et de nouveau il me sembla que j’étais seul dans le salon.
L’orgue colossal de Fribourg ne produit pas, à coup sûr, une masse de sonorité plus grande que le piano touché par le voyant (on appelle ainsi l’adepte sobre). Les notes vibraient avec tant de puissance qu’elles m’entraient dans la poitrine comme des flèches lumineuses ; bientôt l’air joué me parut sortir de moi-même ; mes doigts s’agitaient sur un clavier absent ; les sons en jaillissaient bleus et rouges, en étincelles électriques ; l’âme de Weber s’était incarnée en moi.
Le morceau achevé, je continuai par des improvisations intérieures, dans le goût du maître allemand, qui me causaient des ravissements ineffables ; quel dommage qu’une sténographie magique n’ait pu recueillir ces mélodies inspirées, entendues de moi seul, et que je n’hésite pas, c’est bien modeste de ma part, à mettre au-dessus des chefs‑d’œuvre de Rossini, de Meyerbeer, de Félicien David.
Ô Pillet ! ô Vatel ! un des trente opéras que je fis en dix minutes vous enrichirait en six mois.
À la gaieté un peu convulsive du commencement avait succédé un bien-être indéfinissable, un calme sans bornes.
J’étais dans cette période bienheureuse du haschisch que les Orientaux appellent le kief. Je ne sentais plus mon corps ; les liens de la matière et de l’esprit étaient déliés ; je me mouvais par ma seule volonté dans un milieu qui n’offrait pas de résistance.
C’est ainsi, je l’imagine, que doivent agir les âmes dans le monde aromal où nous irons après notre mort.
Une vapeur bleuâtre, un jour élyséen, un reflet de grotte azurine, formaient dans la chambre une atmosphère où je voyais vaguement trembler des contours indécis ; cette atmosphère, à la fois fraîche et tiède, humide et parfumée, m’enveloppait, comme l’eau d’un bain, dans un baiser d’une douceur énervante ; si je voulais changer de place, l’air caressant faisait autour de moi mille remous voluptueux ; une langueur délicieuse s’emparait de mes sens et me renversait sur le sofa, où je m’affaissais comme un vêtement qu’on abandonne.
Je compris alors le plaisir qu’éprouvent, suivant leur degré de perfection, les esprits et les anges en traversant les éthers et les cieux, et à quoi l’éternité voulait s’occuper dans les paradis.
Rien de matériel ne se mêlait à cette extase ; aucun désir terrestre n’en altérait la pureté. D’ailleurs, l’amour lui-même n’aurait pu l’augmenter, Roméo haschischin eût oublié Juliette. La pauvre enfant, se penchant dans les jasmins, eût tendu en vain du haut du balcon, à travers la nuit, ses beaux bras d’albâtre, Roméo serait resté au bas de l’échelle de soie, et, quoique je sois éperdument amoureux de l’ange de jeunesse et de beauté créé par Shakspeare, je dois convenir que la plus belle fille de Vérone, pour un haschischin, ne vaut pas la peine de se déranger.
Aussi je regardais d’un œil paisible, bien que charmé, la guirlande de femmes idéalement belles qui couronnaient la frise de leur divine nudité ; je voyais luire des épaules de satin, étinceler des seins d’argent, plafonner de petits pieds à plantes roses, onduler des hanches opulentes, sans éprouver la moindre tentation. Les spectres charmants qui troublaient saint Antoine n’eussent eu aucun pouvoir sur moi.
Par un prodige bizarre, au bout de quelques minutes de contemplation, je me fondais dans l’objet fixé et je devenais moi-même cet objet.
Ainsi je m’étais transformé en nymphe syrinx, parce que la fresque représentait en effet la fille du Ladon poursuivie par Pan.
J’éprouvais toutes les terreurs de la pauvre fugitive, et je cherchais à me cacher derrière des roseaux fantastiques pour éviter le monstre à pieds de bouc.
Houses & buildings were not just left as they were : all doors are large, none are revolving, there are no cagelike places, elevators are transparent, all windows can open, places open out onto other places, hallways are generous, there is no rent, backyards behind city buildings are joined without fences so you could ride a horse behind the streets, some pavements have turned back to dirt, there isnt any money, money became so physically large that to accumulate five dollars it would take a whole old-fashioned room full of these big metal things ellipsoid in shape, all the sewage of the world makes fuel plus a generous contribution from the stars, the ex-oil companies take care of that, we clean the streets, the schools are an essay on schools, you can get what you need from the stores and storehouses, if you act greedy no one will look at you, drugs are dispensed by old people, if you want dope you have to go to the museum, when you die there’s no hospital, it’s safe to be born and safe to die at home, there’s no accidents, hideous things have ceased to befall you, various women and men come to your house when you need them to work against these things, often old people say, “I have never suffered pain,” old people run the newspapers and storehouses, they meet in conventions to plan the free travelling all over the world of the 18–25 year-olds in place of the ancient colleges, they run the nursery schools, it is to your greatest disadvantage to live in a house without an old person, you have no influence then, the whales are farmers for the humans, we cat their underwater potato baked with a steak of shark & seaweed salad in America, poets and artists entertain the people in the neighborhood, there are contests and exchanges with other parts of the world, neighborhoods publish books, the printing costs are paid by Ex-Landlords Inc. (Ex-Publishers Inc lost all their money investing in solid-state computer systems and are seeking to re-invest in literature), there are still cockroaches in the cities, they live in a museum built on top of the Frick called the Watt on Fifth Avenue (no children allowed) named after former Secretary of the Interior James Watt who had an out-of-the-body experience at the opening and after that he wasted away in a noisy wilderness somewhere, there are no dentists, dentists had to admit at last there were herbs that cured toothaches without any pain at all, for years the dentists were held in the jails for sadists, now they are released and live among us, there are still doctors whom you never have to wait to see, when patients (the word patients was changed to people, or, colloquially, leeks) go to a doctor’s office (the word office was changed to house) they are given tea and perhaps lessons and ointments, acupuncture is practiced to prevent diseases, operations are rare, they are performed in operation cathedrals, most diseases and chronic debilitating disorders disappeared after people began to stop being paid salaries for their work and the medical profession (the word profession has been changed to chore or inspiration) became so predominantly female for a while, there was a comedy show you could still go to for a long time where some man would stick his hand into some part of your body and say, “I’m the doctor, I know what’s best for you and my time is precious,” all over the world it was good news to know at last that by gently and aggressively rubbing the tip of the penis and the penis all over before what they used to call sexual intercourse with a great big hot sponge soaked in honey and karkade you have a 100% chance of avoiding getting pregnant, actually the sponge doesnt even have to be hot and it doesnt have to be a sponge, you can do it any way, and when this method of birth control was first discovered it marked the beginning of the death of both capitalism and armies : people all over the world fled from misplaced tasks, there is no useless work, nobody has a job contributing to the making of money by somebody else jobs are either in the community or in the world, nobody works to sell things and it didnt take long to find out that with people working at useful things all the time to provide themselves and other people with what they need, and with no manipulations of currencies or power or land, there was enough food and shelter for everybody in the world, though some in the world wound up having fewer of the luxuries than they were used to having, crime is fading away, there are still courts and much of what the courts have to do has to do with the rest of crime and the rest of land there is still bad feeling about all this sharing of property and land, maps have become much more complex than they used to be, everyplace is smaller and there are more places than before, there is at this moment no longer such a thing (though it is being worked on) as a map of the world, the air is clear, it is golden, in summer it is iced, there is a little store on the avenue where you can stop if you want for a draft of elixir, it is golden, in summer it is iced, remedies become opaque in moonlight if you’re nervous, have lost love, there are the mesmeric tobaccos and the aphrodisiac ones, there are the work tobaccos, take this if you cant sleep, take this cure for the pains of childbirth, it’s a mixture that must be stolen from a neighbor and stand in a glass in the room next to you emitting a light of all the colors, go to the store of help to get some, there are the histories of all the individuals of the world, everyone adds to this part of the book.
I had been wanting to keep a journal of one week of living in New York and every detail of everything that happened at work, home and in the community, to see if recording everything about living in the city would be illuminating funny or useful because it would be about money, work, politics and sex.
Everything you or I or anybody says always seems 100% wrong sometimes, unless you keep forcing it to be closer to the truth, kids have sharper memories till they learn to use the language well and then there is always all that prevaricating and the language begins to lie loosely once more : can I say this ? I got very angry…
Certaine manière quasi de délire et, en tout cas, de ridicule consiste en le développement d’objections telles qu’elles ne viendraient à l’esprit de personne, du moins lisant (et écrivant – personne n’irait écrire cela), en telle sorte que l’on peut se permettre de passer outre, et même qu’on le doit ; néanmoins l’objet de ces objections est, c’est à savoir le plus souvent un illogisme dans l’énoncé, l’inaperçue capacité d’illogisme des énoncés. En ce sens, mes objections sont parfaitement sérieuses, elles sont même terrifiantes, et elles constituent – en effet, elles se répètent – une large part de ma difficulté d’écrire.
Des auteurs, apparemment simples, disant combien écrire est difficile me faisaient dédaigneusement sourire dans un moment où je me trouvais moi-même aux prises (je ne sache pas avoir jamais écrit « aux prises » jusqu’à ce jour, ni je ne sache l’avoir jamais dit à voix haute) avec un texte à structure diaboliquement complexe ; mais, en réalité, ce n’est pas nécessairement devant les textes spécialement complexes, si je puis dire, « en eux-mêmes » que je me heurte le plus à de telles difficultés.
Ce qui est un peu intéressant, c’est que de telles objections (j’emploie « objection » pour faire court, il ne s’agit pas seulement d’objections, ou ce sont objections à toutes sortes d’échelles), les manifester, effectivement les énoncer et y répondre en cours de rédaction, donne, comme je l’ai dit ci-dessus, à l’arrivée, un texte nécessairement délirant et/ou ridicule, en telle sorte que, du point de vue du livre, je ne puis me le permettre que sous la prétendue plume d’un personnage lui-même ridicule, ou complètement fou, ou bien encore parfaitement idiot.
Nous qui écrivons pour nos morts – et ceux-là sont comme les morts des rêves : ils ne doivent pas savoir qu’ils sont morts ; il ne convient pas de leur montrer un monde dont ils sachent trop qu’ils ne l’ont pas connu : pas de supermarchés, dans nos livres, de Réseau Express Régional, peu de tags sur le béton. Quoi de neuf ? Rien de neuf, ou guère, ou lentement : que nos morts s’habituent.
Et le dîner, j’y pense ?
Dernière en grec (septième ex æquo). Devant ma honte, ma stupeur. Je n’avais donc jamais eu honte ? J’avais vu la honte des autres, je les avais vus être en situation honteuse. Et maintenant, mon tour était venu. La douleur, toutefois – c’était la douleur qui m’étonnait : que ce fût une douleur, et qu’elle montât en moi, fût en moi, fût moi, au lieu que je m’étais attendue à porter ma honte comme un vêtement peu seyant. L’expérience, disons, des chaussettes hautes (beaucoup de jeunes filles, à l’âge que j’avais alors, portaient des bas) : je réprouvais qu’on condamnât quelqu’un à porter des chaussettes hautes quand ses jambes étaient devenues trop longues ; les regards ironiques, toutefois, d’ailleurs les chaussettes elles-mêmes, encore que collant à la peau, tout cela, c’était du dehors. Voici que tout à coup quelque chose était dedans, quoique étranger, et dont je ne voulais pas. Ou plus justement : je voulais bien avoir honte, je ne voulais pas être honte. Or je l’étais. J’avais même le sentiment de n’avoir jamais réellement été avant d’être honte : j’ai honte, donc je suis.
Essai de reconstitution : pour mes condisciples, il y a quelqu’un qui n’est aucune d’elles (hors l’ex æquo, mais c’est son habitude), et qui est dernière en grec ; tout spécialement, il y a un corps qui n’est pas le leur qui est le corps de celle qui est dernière en grec, et un nom n’est pas le leur qui est le nom qui va avec ce corps ; mais moi seule j’éprouve ce que c’est qu’être celle qui est celle-là (je ne dis pas seulement être celle-là ; ce que j’entends par être celle qui est celle-là, c’est n’avoir pas refuge hors d’elle ; c’est être celle qui est, quoique persistant à l’éprouver comme étrangère, emprisonnée dans (celle qui est) cette honte).
Tout le monde sait que qui a mon corps et porte mon nom, celle-là est dernière en grec, mais il n’y a que moi qui sache que c’est moi qui ai ce corps et qui porte ce nom (m’éprouve ayant l’un, portant l’autre). Qu’est-ce que cela pourrait me faire de savoir que c’est qui a mon corps et qui porte mon nom qui est dernière en grec, n’était qu’il n’y a personne hors moi pour avoir ce corps et pour porter ce nom ? (Le raisonnement que, quadragénaire, j’essaie de reconstituer tant bien que mal, et qui avait pour fin de me dissocier de ma honte, ce raisonnement semblait imparable à mes quatorze ans, bien que d’une totale inefficacité pratique.)
Et : ce n’est pas de chance, pensaient à peu près mes quatorze ans, moi qui, d’ordinaire, suis si peu qui porte mon nom, qu’il me faille justement me trouver l’être pleinement (ou presque), lorsque porter mon nom n’est qu’être la honte de qui porte mon nom.
Quelles qu’en soient les raisons, les bonnes, les mauvaises, les gravement soupçonnables, les hautement condamnables, quoique ne parlant que de moi ou, du moins, qu’à partir de moi, je n’ai pas envie de parler de moi.
J’ai, dès l’enfance, accordé une attention démesurée, moins toutefois à ma personne qu’à la question de savoir quelle attention il convenait que j’accordasse à ma personne.
J’ai, conjointement, accordé mon attention moins à mes vêtements qu’à la question de savoir quelle attention il convenait que j’accordasse à mes vêtements.
J’ai, par la suite, résolu de la sorte, l’une et l’autre de ces questions : il convient d’accorder et à sa personne et à ses vêtements exactement ce qu’il faut d’attention pour être en mesure de n’y plus penser.
J’ai fait un pas de plus : les vêtements et la personne sont une seule et même chose, ce que je peux choisir d’énoncer en latin : enim est unum uestis cum uestito ; « l’habit fait le moi », formule qu’on a pu lire ailleurs sous ma plume, n’exprime en revanche qu’une part d’une pensée plus solidement tenue sous la forme : la personne, cette défroque.
Chacun est, ou peut être, sur la considération de la personne qu’il est à même de se savoir ne pas être, le critère de la négation de toute personne.
L’expérience, toutefois, persiste à démentir la presque certitude, la forte présomption intellectuelle : personne n’est une personne.
De la non-personne que l’on se mesure être – d’une incommensurabilité à tout nommable –, ne devrait-il pas s’ensuivre le non-être personne de tout autre ?
Je vous crois, je vais vous croire, ou, du moins, je vais faire comme si je vous croyais, lorsque vous croyez que je suis une personne, puisque je vois bien que je crois que vous-mêmes êtes des personnes, puisque je parviens à le croire, et alors même que je crois que je ne fais que le croire, alors même que je sais, ou que je crois savoir, sur mon exemple, qu’une personne, que ce qui paraît sous ce jour, est d’abord tout autre chose, est principalement tout autre chose.
C’est cela, une personne. Ou : et moi aussi, je suis une personne.
(L’excès logique des étapes est nécessaire à une adhésion qui demeure menacée.)
Quelle personne, auprès, est une question très secondaire.
La honte est habile à faire son trou : quelqu’un que je vois, devenu une épave, et que j’ai connu dans sa dignité, je ne suis pas absolument certaine de ne pas devoir avoir honte de n’être pas moi-même devenue cette épave (ainsi, ici, toutefois, essentialiser la honte – ce qui me vient aisément : la honte, je la vois volontiers figure, debout, solennelle, ectoplasmique, à la fois, avec d’amples gestes hagards, et insistante ; faisant son trou, cependant, c’est larvaire, plutôt ; ou étant ce trou –, voilà qui déborde et déforme ce qui accepte de se dire d’un devoir et de manquements demeurés incertains y ayant eu à vivre, y ayant eu le fait de vivre ; ne peut, en effet, s’exclure la question : fallait-il vivre ?).
La troisième personne produit d’autres effets que d’illusoire dédouanement. La troisième personne se sert de moi pour produire un personnage. Elle ne vise pas à tant de précision que je n’en requiers tentant de poser pour moi un problème non pas, au reste, exactement privé, mais très largement impliquant qui je suis. Encore ne me posé-je ce problème qu’en vue, et plutôt que de le résoudre (comme je l’ai laissé entendre, je tiens de la vie, et de sa durée, que la durée de la vie le résout ; la vie est exemplaire), de distinguer jusqu’où ce problème est le mien, n’est que moi ; jusqu’où il me dépasse, et quels choix s’ensuivent.
La troisième personne se satisfait d’un premier énoncé sitôt que se donne plausible quiconque (soit cette troisième personne même) de qui il pourrait apparaître comme vrai. De ce que je suis, dit-elle par exemple, sous le seul chapitre de ma dignité, je n’éprouve pas de honte. Elle n’ira pas jusqu’à penser que celle-là, si digne, donc, et si satisfaite de soi, fasse un personnage, sans doute, d’une belle portée romanesque, de quoi elle ne s’inquiète pas, tablant sur la fiction, et qu’elle viendra pour lui régler son compte (or la fiction, regrettablement, tarde).
N’ajouterait romanesquement rien qu’elle croie devoir se demander en outre : non, vraiment ? jamais ? pas de honte ? Et cette ampleur, jadis, des ciels nocturnes, quand tu croyais que tu risquais ta vie, que vivre était risquer, moins bravant la mort, encore que la bravant, que t’imaginant brûler tes vaisseaux, quoique ce fût ne brûler rien, brûler si peu, titres à peine de menue gloire, ni que ce ne fussent vaisseaux, sombrer t’imaginant, jadis, et te perdre (car c’est l’intention qui compte), et face à l’épave, aujourd’hui, au moins soupçonnant – pour, non moins, tôt, arguer, d’ailleurs probables, continuées, de quelque veulerie, ou passivité de victime –, antérieure, l’héroïque.
Il s’écria :
« Ce n’est pas ça la vie, tu t’éloignes, tout ça n’a plus rien à voir avec la réalité.
— C’est de la poésie, répondit-il.
— Précisément, rétorqua-t-il, le poète c’est le rythme, c’est Solar, c’est le rythme de la vie. Tu sais les emmerdements arrivent à tout instant, se répercutent, il faut garder le tempo. Le poème ne te plaît pas ? demanda-t-il. – Non, ça ne va pas, ça ne va pas, y entend-on les bruits de la rue, non, on n’y voit rien de vrai, c’est de la littérature ! s’exclama-t-il. La poésie, pourtant, est dans la vie… s’excusa-t-il.
— Et, là, il y a une séparation monumentale entre l’éparpillement des sensations de la vie et ce que tu mets là de faible, on dirait un filet de voix maladif, c’est plus dur que ça, ton tempo est trop mou, on n’y croit pas, ça ne donne pas envie de vivre, ça ne donne pas le rythme, franchement, un texte comme ça ne donne pas de plaisir à l’entendre ou à le lire, on se demande même pourquoi il existe, c’est rien et c’est loin de ce qui fait notre réalité, notre réalité crisse, expliqua-t-il.
— Crisse ? s’étonna-t-il. ‑Oui, elle grince, elle est chahutée, elle est cabossée, ça vient de partout et ça ne laisse pas tranquille un instant, il faut tenir, et ne pas perdre de temps, tu vois encore une histoire de tempo et de force de conviction, il faut pouvoir te faire entendre, avec des mots plus rudes, précisa-t-il. C’est le bruit, maintenant, affirma-t-il.
— Comme une chanson, comme un raggamuffin, comme un chant de combat, comme une affiche déchirée ? suggéra-t-il.
— Je ne sais pas, mais tu écoutes le texte et ça se voit tout de suite si c’est du vrai. Tu me montres là une chose qui ne sert à rien et qui n’exprime rien de la vie, ça me dégoûte, je ne le supporte plus, excuse-moi, ça suffit ces conneries », avoua-t-il.
Les trente ans commencent à courir dans les servitudes le jour où l’on cesse d’en jouir les diverses espèces de servitude sont établies pendant trente ans la possession de la servitude est le droit absolu d’en jouir et d’en disposer de la manière la plus absolue l’obligation doit être accomplie exactement de la manière que le possesseur a voulu et entendu qu’elle le fût doit accorder tout ce qui lui est nécessaire pour en user et nul ne peut le contraindre de se détacher de sa servitude même si elle est non apparente même si elle est continue il continue d’en jouir tant qu’il n’y renonce pas il est de bonne foi tant qu’il en ignore les vices nul ne peut lui enlever la servitude pour violence faite sur l’objet quand depuis que la violence a cessé elle a été approuvée tacitement ou expressément ou en laissant passer le temps sans rien avoir demandé nul ne peut le destituer pour une erreur une erreur est cause de nullité que si elle tombe sur la substance même de la matière qui est l’objet de servitude sa servitude ne sera pas annulée même si elle demande de faire une chose impossible ou si elle demande de ne pas faire une chose impossible jusqu’à un événement futur incertain ou un événement arrivé mais inconnu ou un événement qui arrivera à une date fixe ou à une date incertaine s’il n’y a pas de date fixe elle n’est pas défaillie la condition peut encore être accomplie tant qu’il reste une chance que l’événement s’accomplisse elle n’est défaillie que s’il est devenu certain que l’événement n’arrivera jamais pendant trente ans tout ce qui s’unit s’incorpore à la chose lui appartient en tout quand le fonds à qui elle est due et le fonds qui la doit sont réunis dans la même main devient sa partie principale celle à laquelle l’autre partie n’a été unie que pour son usage même si la chose unie est de beaucoup plus précieuse que la chose principale même si elle a été employée à son insu il demande que la chose unie soit séparée pour lui être rendue même s’il en résulte une dégradation de la chose à laquelle elle a été jointe avant de lui être enlevée avant de lui être rendue même si les matières ne peuvent pas être séparées de la chose unie par leur mélange sans provoquer des dégradations même si sa matière est de beaucoup plus précieuse que la matière qui a été unie il demande la restitution de toute la chose formée par le mélange il demande la restitution de sa matière en même nature en même valeur en même quantité en même bonté à ceux qui auront employé sa matière à son insu à ceux qui emploient de la matière d’autrui à leur insu la simple possession le simple usage établit l’obligation absolue de servitude sur la chose qu’une personne s’oblige à donner ou qu’une personne s’oblige à faire ou qu’une personne s’oblige à ne pas faire la personne s’engage à donner et à faire est une chose regardée comme normale équivalente à ce qu’on lui a donné ou à ce qu’on a fait pour elle même si la chose est incertaine sans cause l’obligation absolue de donner l’emporte sur l’obligation de détenir ou de garder est l’objet même de la servitude est parfaite par le consentement tacite d’un premier accord a pour seule condition le hasard du gain ou de la perte de l’événement incertain qui l’éteint et qui annule tous les autres contrats aléatoire établis pendant ces trente ans la course à pied la course de chariot la course àcheval et les jeux qui tiennent de l’adresse et de l’exercice du corps.
1. Les gens sont cons
D’abord mes amis, parce qu’ils ont pour ami moi, faut être con,plus parce qu’ils sont mes amis et ne comprennent rien.
Puis les gens en général sont cons. Non dans leur comportement,comme un provincial sur un pont surplombant le périphérique évidemment saturé de dizaines de milliers de véhicules immobiles dirait au sujet des gens venus se faire engluer là comme chaque jour : qu’ils sont cons.
Non, dans un autre sens. Les gens sont cons. Quand ils se mettent à parler c’est pas comme si c’était un homme qui parlait mais un symptôme grotesque.
C’est une histoire d’odeur de famille probablement.
Mais pourquoi, à chaque fois qu’ils parlent, c’est pour dire une connerie ?
Une erreur logique ?
2. Plus cons que les gens, ma famille.
Car en plus de dire des erreurs, ce sont des criminels salauds pervers.
3. Comme toute famille, mais on ne peut pas être de toutes les familles.
4. Parmi les gens les cons sont hiérarchisés : d’abord, au sommet,les parisiens, puis la jeune, puis les doctes.
5. Nous ne parlerons pas des flics. Ils sont à part. Ils ne font pas parti[e] des cons. C’est à part.
6. Comment éduquer la jeunesse pour qu’elle se venge des flics ?
Je ne sais pas. Il faudrait des clubs anti-flic à la base qui s’organisent en une hiérarchie puissante et non détectée bien sûr par les rats.
7. Un flic mort est-il un bon flic. Je ne crois pas, car il a été flic. On ne suppose pas qu’il va faire des bêtises, il a déjà fait des bêtises ayant été flic.
8. Autant les gens sont conformes à la logique des choses quand ils sont acteurs, autant sont-ils inépuisablement idiots quand ils se mettent à parler – penser.
À parler.
Car à penser : cela nous ferait entrer dans une telle quantité de monstruosités nauséabondes qu’on en ressortirait aussitôt.
[…]