– Qu’est-ce qui fait un bon cours magis­tral, comme ici ? Je dirais que ce qui fait un bon cours magis­tral, c’est d’abord un cli­mat d’hostilité. Si le public est d’avance conquis, si aucune dis­tance ne se creuse entre ce qui sera dit et ce qu’on est dans l’attente d’en-tendre (et je ne parle pas là de sur­prise, je ne parle pas là d’offrande), alors nous demeu­rons dans la flat­te­rie, flat­tons, c’est cette flat­te­rie qui foca­li­se­ra notre atten­tion et non ce qu’elle dit (ou elle plus net­te­ment que ce qu’elle dit). Ici, en ce moment, ce n’est pas l’empathie qu’il faut favo­ri­ser mais un cli­mat d’hostilité.

(…)

C’est pour­quoi nous devons nous pré­mu­nir de toute décep­tion : nous ne devons pas, une fois le cours magis­tral ache­vé, nous plaindre de ce que le public ren­voie une insa­tis­fac­tion, un mécon­ten­te­ment, ni de ce que l’in­ter­mé­diaire entre le public et nous dise que le public n’est pas content, qu’il atten­dait autre chose, etc. Nous devons nous pré­pa­rer à être déçu et même etc. Nous devons nous pré­pa­rer à être déçu et même nous devons être heu­reux de cette décep­tion. Nous ne devons pas sim­ple­ment répri­mer le sou­rire qui vient après un com­pli­ment, nous devons inter­dire le com­pli­ment. Il ne s’a­git pas – ce serait facile – de « ne pas faire comme les autres », c’est-à-dire d’op­po­ser à la quête géné­rale du com­pli­ment, aux dis­po­si­tifs de flat­te­rie, aux cours « par­ti­ci­pa­tifs », de leur oppo­ser ce qui serait sup­po­sé­ment le contraire ; il s’a­git, dans la manière même dont nous pro­cé­dons, d’an­ti­ci­per l’ins­tant où nous céderions.

(…)

Nous bru­ta­li­sons tout signe de conni­vence. Par exemple, nous détour­nons le regard froi­de­ment. Nous lais­sons peser un silence de plus de sept secondes (c’est beau­coup). Nous sommes immo­biles pen­dant ce silence. Je crois que le corps, les gestes, sont les pro­duc­teurs du cli­mat d’hos­ti­li­té néces­saire au cours magis­tral que nous don­nons ici. Je crois que le corps, le texte et les gestes sont les outils, où devraient l’être, du cli­mat d’hos­ti­li­té sans lequel il n’y a pas de poé­sie. J’entends qu’une voix agréable, posée, grave ou non-sur­aigüe, sou­tient. Ce type de voix serait en lui-même une gra­ti­fi­ca­tion. Quand la voix est gra­ti­fiante, c’est moins le pro­blème de la voix que le pro­blème de la gra­ti­fi­ca­tion. Hostilité est le timbre de l’a­dresse ; « cli­mat d’hos­ti­li­té » quand l’a­dresse est bien timbrée.

(…)

Parler depuis le bord, ce qu’on fait habi­tuel­le­ment, ce n’est pas seule­ment se tendre de pré­fé­rence vers ce qui est au-delà du bord, c’est pro­té­ger le bord. Il n’est pas indif­fé­rent que ce soit au moment-même où le bord est en dan­ger qu’on décide d’en brouiller les contours en fai­sant mine de le fran­chir, de sau­ter par-des­sus. En cli­mat d’hos­ti­li­té, il y a un bord depuis lequel voir, c’est-à-dire sur­veiller le poids pesant des regards. Sous le poids pesant des regards nous conti­nuons notre cours – nous savons qu’un cours com­men­cé ne doit pas s’ar­rê­ter, ne peut pas s’ar­rê­ter. Le cours conti­nue donc dans un coup de force, tou­jours ; c’est un coup de force (et non un tour de force) que de pour­suivre dans ces condi­tions. Cette peur du relâ­che­ment, et que nos pau­pières s’en­trouvrent et qu’on dis­tingue sous nos cils une catas­trophe fran­gée, nous la connais­sons bien, cher­chant à l’an­ti­ci­per, inven­tant mille ruses depuis des siècles, l’empire romain, pour en livrer une ver­sion ama­douée. Nous croyons être comme de cou­tume, avoir comme de cou­tume, avan­cer et pro­duire nos gestes cou­tu­miers, mais le moindre recul, pas glis­sé, dos redres­sé, forge et ren­force l’hostilité.

(…)

On se modère. On se moder­nise. Heureusement ça ne marche pas. Qu’est-ce qu’un cours modé­ré ? C’est un cours de réforme qui ne vend que de la réforme, se vend comme réforme. On vous fait croire d’a­bord que cette bru­ta­li­té de réforme vient de vous, a été vali­dée par vous, même si vous ne vous sou­ve­nez pas de l’é­poque à laquelle vous l’a­vez vali­dée ni même de l’a­voir vali­dée. En fait, vous ne vous sou­ve­nez de rien, et la façon dont s’est insi­nuée l’i­dée de cette réforme comme le cœur de quelque chose, vous ne vous en sou­ve­nez pas non plus, mais en revanche la bru­ta­li­té, qui n’est pas qu’un sen­ti­ment, ça vous la savez, vous vous l’im­po­sez à vous-même en l’im­po­sant aux autres – quelle parade.

(…)

Toutes les formes forment un réper­toire et ce réper­toire, là, main­te­nant, nous nous aper­ce­vons que nous ne nous le sommes pas appro­prié, que c’est une greffe, que nous sommes si pleins de pro­thèses que nous sommes pro­thé­tiques ; l’en­semble des ensei­gnants est pro­thé­tique, flat­teur, gra­ti­fié. Il ne s’a­git pas de flon­flon­ner mais d’in­di­quer, et pas besoin de cher­cher à convaincre qui­conque puisque l’in­flexion géné­rale se charge de le faire. Du coup, vous décou­vrez qu’in­vi­té ou en situa­tion de cours, on vous réclame l’hos­ti­li­té, on sou­haite ça de vous, on attend du répon­dant et pas seule­ment la fer­me­té lin­guis­tique de l’en­sei­gnant.? On désire l’é­pi­pha­nie d’une langue pleine de gibbosités.

– Il arrive, il est là.
– Il est en costume.
– C’est un adulte.
– Bien sûr. Dans cette ins­ti­tu­tion, il n’y a que des adultes.
– Vous m’étonnez.
– Vous croyez que des gosses seraient capables de res­ter assis sept heures par jour ?
– Vous avez rai­son, je n’y avais pas pen­sé. Donc il est en cos­tume ; costume-costume ?
– Légèrement relâ­ché. Velours prune. Et une moumoute.
– Une moumoute ?
– Cheveux gri­son­nants qui fri­sottent, ce sont les siens. Il y a, dans sa coif­fure, une façon d’au­then­ti­ci­té social-démocrate.
– Il y a une authen­ti­ci­té social-démo­crate. Il y a, dans la social-démo­cra­tie, une absence réso­lue de second degré ou, quand il y a second degré, une foi en lui. Nous sommes dans une ins­ti­tu­tion pra­ti­quante à la foi agissante.
– Qui n’est pas quiétiste ?
– Voilà. Qui ne vit que par ses œuvres.
– C’est stu­pé­fiant comme cette ver­sion a infu­sé dans le monde, quand on y pense.
– It rules the world.
– Il faut faire.
– Il faut faire. Soit une pré­pon­dé­rance de la valeur déon­tique, dont l’exemple-type est d’ailleurs : « Si vous vou­lez avoir votre exa­men vous devez le préparer. »
– Et donc, vous voyez ça dans sa coiffure ?
– Dans son cos­tume prune. Et dans sa coif­fure. Il n’a­dop­ta pas l’al­lure bleu sombre frin­gante. Il est d’un monde où ce type de frin­gance-là, que nous connais­sons bien, n’a­vait pas droit de cité ou plu­tôt : encore incon­nue. Quelque chose d’un velours vieilli était neuf à l’é­poque. C’est en mémoire de cette époque qu’il porte encore ce costume.
– C’est patrimonial.
– C’est le vête­ment patri­mo­nial, et la coif­fure libre, dont les che­veux de lon­gueurs inégales fri­sottent et des­sinent des boucles d’ombre dans la lumière électrique.
– Et alors ?
– Il pénètre.
– Et alors ?
– Il te secoue la main.
– Et alors ?
– Chaleureusement. Il te secoue la main chaleureusement.
– Et alors ?
– Il s’ins­talle au fond de la classe, comme il se doit, entre deux autres adultes.
– Toi, tu es où ?
– Debout, debout, c’est-à-dire couchée.
– Que tout est compliqué !
– Je suis debout phyi­si­que­ment, mais cou­chée dans ma tête. C’est la posi­tion ins­ti­tu­tion­nelle clas­sique. Ensuite, j’a­gis. Je suis prise par la foi pra­tique. Après un démar­rage inva­ria­ble­ment lent, ou hési­tant, tu te sens peu à peu pos­sé­dé par la foi ins­ti­tu­tion­nelle, qui n’est pas « jouer le jeu ».
– Vous ne jouez pas le jeu ?
– Si. Ensemble on joue le jeu. Mais sépa­ré­ment, on est pris par la foi.
– Ah.
– Par exemple, au moment où il me secoue la main, je joue le jeu. Il joue le jeu de me secouer la main, et moi je joue le jeu de ma main secouée par lui. De même, pen­dant l’en­tre­tien, il joue le jeu de m’en­tre­te­nir, et moi je joue le jeu d’être entre­te­nue par lui. Mais entre les deux, nous sommes cha­cun pris par la foi.
– Enfin, toi. Lui, il en a peut-être rien à secouer. Il attend la retraite.
– Non. Les velours de cette époque sont pris par la foi. Le rési­du d’é­lan modeste issu du Grand Enthousiasme don­na une foi qui per­du­ra jus­qu’à nos jours, presque.
– Sans contradiction ?
– Tu les prends pour des imbé­ciles ? Le Grand Enthousiasme s’est ouvert en deux : soit la radia­tion, soit l’in­clu­sion. Les cas d’in­clu­sion volon­taire ont bu la contra­dic­tion ; ils l’ont vomie ensuite jus­qu’en 78/79 en com­pen­sant par des blucs théâtre ; enfin, la foi est revenue.
– Je com­prends pas : « en com­pen­sant par des clubs théâtre ». Je trouve ça très méprisant.
– Eh bien, pas­sé le Grand Enthousiasme, en pre­mier tu penses à faire du théâtre. Tu te dis, je sais pas, moi, qu’il faut tout rexpliquer.
– C’est sûr. Il faut tou­jours tout rexpliquer.
– Mais il faut rex­pli­quer autrement.
– On est dans la rexplication.
– Tu ne méprises pas la rexplication ?
– Non. Personne ne peut se per­mettre de mépri­ser la rex­pli­ca­tion. Tu vois tu vois ?
– Je vois je vois.

DER GROSSE : Das Bier ist kein Bier, was dadurch aus­ge­gli­chen wird, daß die Zigarren keine Zigarren sind, aber der Paß muß ein Paß sein, damit sie einen in das Land hereinlassen.

DER UNTERSETZTE :Der Paß ist der edel­ste Teil von einem Menschen. Er kommt auch nicht auf so ein­fache Weise zus­tand wie ein Mensch. Ein Mensch kann übe­rall zus­tand­kom­men, auf die leicht­sin­nig­ste Art und ohne ges­chei­ten Grund, aber ein Paß nie­mals. Dafür wird er auch aner­kannt, wenn er gut ist, wäh­rend ein Mensch noch so gut sein kann und doch nicht aner­kannt wird.

DER GROSSE :Man kann sagen, der Mensch ist nur der mecha­nische Halter eines Passes. Der Paß wird ihm in die Brusttasche ges­teckt wie die Aktienpakete in das Safe ges­teckt wer­den, das an und für sich kei­nen Wert hat, aber Wertgegenstände enthält.

DER UNTERSETZTE :Und doch könnt man behaup­ten, daß der Mensch in gewis­ser Hinsicht für den Paß not­wen­dig ist. Der Paß ist die Hauptsach, Hut ab vor ihm, aber ohne dazu­gehö­ri­gen Menschen war er nicht möglich oder min­des­tens nicht ganz voll. Es ist wie mit dem Chirurg, er braucht den Kranken, damit er ope­rie­ren kann, inso­fern ist er unselbstän­dig, eine halbe Sach mit sei­ner gan­zen Studiertheit, und in einem moder­nen Staat ist es eben­so ; die Hauptsach ist der Führer oder Duce, aber sie brau­chen auch Leut zum Führen. Sie sind groß, aber irgend jemand muß dafür auf­kom­men, sonst gehts nicht.

DER GROSSE :Die bei­den Namen, die Sie erwähnt haben, erin­nern mich an das Bier und die Zigarren hier. Ich möcht sie als füh­rende Marken anse­hen, das Beste was hier zu haben ist, und ich seh einen glü­ck­li­chen Umstand darin, daß das Bier kein Bier ist und die Zigarre keine Zigarre, denn wenn da zufäl­lig keine Übereinstimmung bestände, war das Restaurant kaum zu füh­ren. Ich nehm an, daß der Kaffee auch kein Kaffee ist.

DER UNTERSETZTE :Wie mei­nen Sie das, glü­ck­li­cher Umstand ?

DER GROSSE :Ich mein, das Gleichgewicht ist wie­der her­ges­tellt. Sie brau­chen den Vergleich mitei­nan­der nicht zu scheun und kön­nen Seit an Seit die ganze Welt heraus­for­dern, kei­ner von ihnen find einen bes­sern Freund, und ihre Zusammenkünfte ver­lau­fen har­mo­nisch. Anders, wenn der Kaffee z. B. ein Kaffee und nur das Bier kein Bier war, möchte die Welt leicht das Bier min­der­wer­tig schimp­fen, und was dann ? Aber ich halt Sie von Ihrem Thema ab, dem Paß.

DER UNTERSETZTE :Das ist kein so glü­ck­liches Thema, daß ich mich nicht von ihm abhal­ten las­sen möcht. Ich wun­der mich nur, daß sie grad jetzt so aufs Zählen und Einregistrieren der Leut aus sind, als ob ihnen einer ver­lo­ren gehen könnt, sonst sind sie jetzt doch nicht so. Aber sie müs­sen ganz genau wis­sen, daß man der und kein ande­rer ist, als obs nicht völ­lig gleich war, wens verhun­gern lassen.

LE GRAND : Cette bière n’est pas de la bière, mais les cigares non plus ne sont pas des cigares, ça s’é­qui­libre ; par contre, pour y entrer dans ce pays, il vous faut un pas­se­port qui soit un passeport.

LE TRAPU : Le pas­se­port est la par­tie la plus noble de l’homme. D’ailleurs, un pas­se­port ne se fabrique pas aus­si sim­ple­ment qu’un homme. On peut faire un homme n’im­porte où, le plus dis­trai­te­ment du monde et sans motif rai­son­nable ; un pas­se­port, jamais. Aussi recon­naît-on la valeur d’un bon pas­se­port, tan­dis que la valeur d’un homme, si grande qu’elle soit, n’est pas for­cé­ment reconnue.

LE GRAND : Disons que l’homme n’est que le véhi­cule maté­riel du pas­se­port. On lui fourre le pas­se­port dans la poche inté­rieure du ves­ton, tout comme à la banque, on met un paquet d’ac­tions dans un coffre-fort. En soi, le coffre n’a aucune valeur, mais il contient des objets de valeur.

LE TRAPU : Et pour­tant on pour­rait sou­te­nir qu’à cer­tains égards l’homme est indis­pen­sable au pas­se­port. Sans homme qui aille avec, pas de pas­se­port pos­sible ou, en tout cas, il lui man­que­rait quelque chose. Non ce qui m’é­tonne un peu, c’est qu’ils aient pris subi­te­ment la manie de comp­ter les gens et de les enre­gis­trer, comme s’ils avaient peur d’en perdre : d’ha­bi­tude ils ne sont pas comme ça. Mais voi­là : ils tiennent à savoir très exac­te­ment qu’on est bien X et non pas Y, comme si ça avait la moindre impor­tance de savoir qui lais­ser cre­ver de faim.

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«  Flüchtlingsgespräche  » Gesammelte Werke in 20 Bänden [1967 (1961)]
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t. 14 : « Prosa 4 »
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chap. 1  : « Über Pässe / Über die Ebenbürtigkeit von Bier und Zigarre / Über die Ordnungsliebe »
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p. 1383–1385
, trad. G. Badia et J. Baudrillard, L’Arche, 1965 (p. 9–13)

Que signi­fie l’ex­pres­sion « culture de droite » ?
La culture au sein de laquelle le pas­sé est une sorte de bouillie homo­gène que l’on peut mode­ler et à laquelle on peut don­ner la forme que l’on consi­dère la plus utuile. La culture dans laquelle pré­vaut une reli­gion de la mort ou plu­tôt une reli­gion des morts exem­plaires. La culture dans laquelle on déclare qu’il existe des valeurs indis­cu­tables, indi­quées par des mots dont la pre­mière lettre est tou­jours une majus­cule, avant tout Tradition et Culture mais aus­si Justice, Liberté, Révolution. Bref, une culture faite d’au­to­ri­té, de sécu­ri­té mytho­lo­gique quant aux normes du savoir, de l’en­sei­gne­ment, du com­man­de­ment et de l’o­béis­sance. La majeure par­tie du patri­moins cultu­rel, y com­pris de ceux qui aujourd’­hui ne veulent abso­lu­ment pas être de droite, est un rési­du culture de la droite. Dans les siècles pas­sés, la culture conser­vée et ensei­gnée a sur­tout été la culture des plus puis­sants et des plus riches, ou plus exac­te­ment, elle n’a pas été, si ce n’est de manière mar­gi­nale, la culture des plus faibles et des plus pauvres. Être scan­da­li­sé par la pré­sence de ces rési­dus est ridi­cule et irra­tion­nel, mais il n’en reste pas moins néces­saire de cher­cher à savoir d’où ils proviennent.

[…]

Peut-on faire la dis­tinc­tion aujourd’­hui, en Italie, entre une culture de droite et une culture de gauche ?
Je nour­ris quelque doute quant à la pos­si­bi­li­té d’ap­pli­quer, aujourd’­hui, en Italie, la dis­tinc­tion entre droite et gauche, non que je la jue infon­dée en théo­rie mais parce que je ne sau­rais guère citer d’exemples de gauche (si la droite cor­res­pond effec­ti­ve­ment à ce que j’indiquais).

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trad.  A. Savona
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p. 227–228

On per­çoit [dans le pre­mier des deux éloges – l’un « éso­té­rique », l’autre « exo­té­rique » – pro­non­cés en mars 1907, par la même per­sonne, à la mort de Giosuè Carducci, et que Jesi ana­lyse et com­pare dans ces pages] la néces­si­té idéo­lo­gique d’a­pla­tir les dif­fé­rences que l’his­toire éta­blit au sein du pas­sé afin de dis­po­ser d’une valeur com­pacte, uni­forme, essen­tiel­le­ment indif­fé­ren­ciée. Et l’on per­çoit éga­le­ment la convic­tion qu’il est pos­sible d’en­trer en rap­port abvec cette valeur en ayant recours à des locu­tions et des figures de style qui devien­dront non sans rai­son ceux de la rhé­to­rique fas­ciste : « un visage mâle », « une fier­té virile », des « ins­tants his­to­riques fati­diques »… ain­si qu’à ce qui appa­raît comme une décan­ta­tion des formes caduc­ciennes, qui furent sou­vent tout sauf banales, afin d’en extraire la quin­tes­sence de la bana­li­té : « l’éner­gie indomp­table de ce grand », son esprit ailé vole », « la lignée des grands qui ont his­sé si haut le nom de l’Italie », « ardente flamme du jeune peuple ita­lien », « mille et mille épées s’en­tre­choquent »… Tout cela est pré­sen­té comme étant le mode légi­time de liai­son avec le pas­sé, en oppo­si­tin au « bavar­dage poé­tique des nou­veaux Arcadiens », à la mytho­lo­gie « ornée de fio­ri­tures arca­diennes ». Il existe en somme la convic­tion que par­ler de cette manière est tout sauf conven­tion­nel­le­ment rhé­to­rique (ce qui carac­té­rise en revanche les Arcadiens) ou pla­te­ment aca­dé­mique (mon­trons « que les Italiens ne sont pas sis­co­laires qu’on veut bien le croire, et que nos com­mé­mo­ra­tions ne se résument pas à de grands dis­cours décla­més aujourd’­hui pour être dès demain jetés aux oubliettes). Ces bana­li­tés sont consi­dé­rées comme un par­ler juste, noble et tran­chant, pré­ci­sé­ment parce que der­rière elles réside no pas l’his­toire de la langue et de la lit­té­ra­ture ita­lienne, mais quelque chose de valeur, empi­lé et indif­fé­ren­cié comme l’est tout ce qui appar­tient essen­tiel­le­ment au sacré. Mais le sacré n’a ici rien d’é­so­té­rique : tout le public du cercle de culture devant lequel eut lieu la com­mé­mo­ra­tion connaît cette façon de par­ler l’ap­pré­cie comme un par­ler juste, noble et tran­chant, évident et extrê­me­ment cou­rant. Si l’on met de côté les divers degrés de talent ora­toire dont cha­cun dis­pose, chaque audi­teur pré­sent pour­rait se lever, prendre la parole et pour­suivre sur le même ton.
Il n’y a aucun éso­té­risme dans cette sacra­li­té, si ce n’est en un sens très large, qu’il ne faut cepen­dant pas négli­ger : ce sont les Italiens, et non les étran­gers, « les bar­bares », qui par­ti­cipent au rap­port avec cet objet de valeur qu’est le pas­sé ; et en réa­li­té, quoi­qu’en dise la théo­rie, pas tous les Italiens mais seule­ment ceux dis­po­sant de la culture adé­quate pour se trou­ver à leur aise dans les formes de dis­cours conven­tion­nelles de l’o­ra­teur. Aux autres, aux igno­rants, il fau­dra donc ensei­gner les formes récur­rentes de ce type de dis­cours : on appren­dra aux enfants, dès l’é­cole pri­maire, que le par­ler juste est bien celui-ci, afin de faire croître le plus pos­sible le nombre d’Italiens ayant en guise de culture le rap­port avec cette pile indif­fé­ren­ciée et sacrée d’ob­jets de valeur qu’est le pas­sé de la patrie. Eux-mêmes devien­dront tou­jours plus cultu­rel­le­ment indif­fé­ren­ciés, et feront masse. Le rituel du culte du Soldat Inconnu repré­sente un sacre­ment typique de cette com­mu­nion avec la valeur indif­fé­ren­ciée. Il appa­raît comme emblé­ma­tique dans la mesuire où il affirme pré­ci­sé­ment la cor­res­pon­dance entre l’a­no­ny­mat et la mort. Sur ce sujet, les textes offi­ciels des années 1920 et des célé­bra­tions qui sui­virent valent la peine d’être lus. Le motif de la valeur (pas seule­ment au sens de « valeur » mili­taire mais éga­le­ment d”« objet de valeur ») indif­fé­ren­ciée dans la mort appa­raît comme évident dans ces écrits, à l’ins­tar des tombes de Santa Croce, consi­dé­rées comme un patri­moine de valeur. Tout l’ap­pa­reil mis en œuvre pour le choix de la dépouille à inhu­mer sous l”« Autel de la Patrie » four­nit un exemple de ritua­lisme éso­té­rique illus­trant bien le pas­sage du « luxe spi­ri­tuel » natio­na­liste et mili­ta­riste à celui du fas­cisme pro­pre­ment dit, sans trop de scru­pules. De ce point de vue, la sys­té­ma­ti­ci­té des réfé­rences sym­bo­liques et des hié­rar­chies, déci­dées avec une minu­tie d’ex­pert-com­table ès sym­bole, est édi­fiante. Une com­mis­sion fut consti­tuée pour le choix deu corps, com­po­sée de deux offi­ciers supé­rieurs (un géné­ral et un colo­nel), d’un offi­cier subal­terne (un lieu­te­nant) et d’un sous-offi­cier (un ser­gent), tous déco­rés de la médaille d’or, assis­tés d’un capo­ral-chef et d’un simple sol­dat (qui, étant don­née leur appar­te­nance aux hommes du rang, n’é­taient déco­rés que de la médaille d’argent). Ces mes­seiurs dési­gnèrent un cadavre pour cha­cune des onze zones de guerre ; pour le choix des corps, on employa la méthode des petits papiers, mélan­gés dans une douille de pro­jec­tile d’ar­tille­rie. Quatre offi­ciers (tous déco­rés de la médaille d’or) accom­pa­gnèrent ensuite le long de la nef de la Basilique d’Aquilée la mère d’un homme tom­bé au com­bat, qui choi­sit par­mi les onze cer­cueils celui des­ti­né à l”« Autel de la Patrie ». Au moment de l’in­hu­ma­tion, une médaille d’or, embras­sées par Victor Emmanuel III, fut clouée au cer­cueil à l’aide d’un mar­teau, lui aus­si d’or.

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Culture de droite [2011 (1975–1978)]
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trad.  A. Savona
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p. 126–128
[L]e cœur, le noyau dur de l’Exposition de la Révolution fas­ciste (1932–1935) était le Sacrario dei Martiri (Mémorial des Martyrs) qui récu­pé­rait au ser­vice du régime l’au­ra sépul­crale de la rhé­to­rique du Soldat Inconnu, mais qui, en même temps, par manque de style et, si l’on peut dire, de « cha­leur » mytho­lo­gique, res­sem­blait fina­le­ment beau­coup plus à un stand de foire, amé­na­gé avec un sens du détail digne d’un cho­ré­graphe, qu’à un sanc­tuaire ou à une crypte d’une véri­table reli­gion de la mort :

C’est une immense salle, noire comme un cata­falque, sur­plom­bée d’une voûte étoi­lée à inter­valles régu­liers, dont chaque étoile repré­sen­tait un mar­tyr, un mar­tyr fas­ciste. Leurs noms n’é­taient ins­crits nulle part […]. Désormais au ciel, deve­nus légion ano­nyme et sacrée, ils repo­saient sous cette cou­pole de bitume, tan­dis qu’au centre de la salle un pho­no­graphe cou­vert de dra­pe­rie, comme le sont les che­vaux des cor­billards, répé­tait à l’in­fi­ni et en sour­dine « Jeunesse, jeu­nesse ».1

Si l’on s’en tient aux ques­tions de style, il suf­fi­ra de noter que l’hôte offi­ciel du Sacrario trou­vait « génial et déli­cat » le concept (« dont le mérite est à attri­buer au Duce lui-même ») « de rap­pe­ler par l’u­sage du mot « Présent » les grandes ombres des Martyrs, plu­tôt que les réduire aux fron­tières étroites de leurs nom mor­tels ». « Génial » : il s’a­git avant tout d’une « trou­vaille » ; « déli­cat » : la « trou­vaille » est telle qu’elle per­met de com­prendre que le Duce pos­sède non seule­ment un cer­veau brillant, mais éga­le­ment un cœur sen­sible et raf­fi­né. Cette hybri­da­tion entre sté­réo­types héroïques et déli­cates atten­tions est dif­fi­ci­le­ment conci­liable avec les exi­gences d’une mys­tique radi­cale de la mort : encore une fois appa­raît ici cette qua­li­té petite-bour­geoise de la culture fas­ciste qui explique sa fri­lo­si­té envers la mytho­lo­gie. Cela peut sem­bler para­doxal, puisque le fas­cisme a évi­dem­ment fait un usage de maté­riaux mytho­lo­giques ; mais la tech­ni­ci­sa­tion des images mythiques (héroïques, romaines, etc.) opé­rée par le fas­cisme ita­lien a pré­ci­sé­ment toutes les carac­té­ris­tiques d’une fri­lo­si­té fon­da­men­tale, d’une non-par­ti­ci­pa­tion, d’une atti­tude de consom­ma­tion plu­tôt que de dévo­tion : autant d’as­pects en har­mo­nie avec le refus radi­cal, ou du moins l’i­gno­rance radi­cale, de l’es­sence secrète impli­cite dans la pro­duc­tion mytho­lo­gique, quelle que soit sa forme. Le lan­gage mytho­lo­gique du fas­cisme ita­lien – à la dif­fé­rence de ceux d’autres sec­teurs de la droite euro­péenne – est qua­si exclu­si­ve­ment exo­té­rique : il est consti­tué de « trou­vailles » plu­tôt que de rituels à pro­pre­ment parler.

  1. Barbara Allason, Mémorie di una anti­fas­cis­ta, 1919–1940, Milan, Edizioni Avanti !, p. 29–30
,
Culture de droite [2011 (1975–1978)]
,
trad.  A. Savona
, , ,
p. 51–52

Il n’est pas pos­sible de dire à quel point nous sommes peu capables de pos­sé­der et de vivre. Tout glisse d’instants en ins­tants, glisse vers l’hors de por­tée, vers le sou­ve­nir et vers l’espoir. C’est donc ça, vivre ? c’est à ça que ça res­semble de l’intérieur : être soi-même ce qu’on a vu devant soi quand on était enfant ou ado­les­cent ; c’est à ça que res­semble la vue depuis « je », depuis « moi » : avoir trente, qua­rante, cin­quante ans, l’âge qu’avaient maman ou les invi­tés, tous les adultes vus objec­ti­ve­ment ? Ne jamais être là, à moi­tié et com­plè­te­ment endor­mi, même au plus fort des secousses qui s’efforcent en vain de bri­ser le quo­ti­dien obs­cur et cou­lant ; c’est donc cela la vraie vie de cette femme, de cet homme – encore vingt ans et c’est bon, ce sera fait ? Quand vit-on, en fait ? Quand est-on soi-même consciem­ment pré­sent dans la région de ses ins­tants ou de ses réa­li­sa­tions, de ses réalités ?

Es ist nicht zu sagen, wie wenig wir ganz eigent­lich zu besit­zen und zu erle­ben imstande sind. Alles glei­tet und ist augen­bli­ck­lich, glei­tet in das nicht Erreichen, in Erinnern und Hoffen hinein. Also das ist zu leben ? so sieht das von innen aus, wenn man es selbst ist, was man als Kind und Jüngling vor sich war­ten sah ; so sieht das als ich sel­ber aus, wenn man dreißig, vier­zig, fünf­zig Jahre alt wird, so alt wie damals die Mutter war, die frem­den Gäste, alle die objek­tiv gese­he­nen Erwachsenen ? Nie dabei zu sein, halb und ganz ver­schla­fen, auch nicht bei den stärks­ten Erschütterungen, die sich ver­ge­bens bemü­hen, den Alltag des Fließens und Dunkels zu bre­chen, das also ist das wirk­liche Leben die­ser Frau, dieses Mannes, noch zwan­zig Jahre und es war die gesamte Verwirklichung gewe­sen ? Wann lebt man eigent­lich, wann ist man sel­ber in der Gegend sei­ner Augenblicke oder Verwirklichungen, Wirklichkeiten bewußt anwe­send ? Aber, so ein­drin­glich das auch zu füh­len ist, es ent­glei­tet immer wie­der, dieses Schattenhafte, wie das, was es meint.
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trad.  Antoine Hummel
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And with great fear I inha­bit the middle of the night
What wrecks of the mind await me, what drugs
to dull the senses, what lit­tle I have left,
what more can be taken away ?

The fear of tra­vel­ling, of the future without hope
or buoy. I must get away from this place and see
that there is no fear without me : that it is within
unless it be some sud­den act or calamity

to land me in the hos­pi­tal, a total wreck, without
memo­ry again ; or worse still, behind bars. If
I could just get out of the coun­try. Some place
where one can eat the lotus in peace.

For in this coun­try it is ter­ror, pover­ty awaits ; or
am I a mar­ked man, my life to be a lesson
or expe­rience to those young who would trod
the same path, without God

unless he be one of jus­tice, to wreak vengeance
on the acts com­mit­ted while young under un-
due influence or cir­cum­stance. Oh I have
always seen my life as dra­ma, patterned

after those who met with disas­ter or doom.
Is my mind being taken away me.
I have been over the abyss before. What
is that rin­ging in my ears that tells me

all is nigh, is naught but the roa­ring of the win­ter wind.
Woe to those home­less who are out on this night.
Woe to those crimes com­mit­ted from which we
can walk away unharmed.

So I turn on the light
And smoke rings rise in the air.
Do not think of the future ; there is none.
But the for­mu­la all great art is made of.

Pain and suf­fe­ring. Give me the strength
to bear it, to enter those places where the
great ani­mals are caged. And we can live
at peace by their side. A bride to the burden

that no god imposes but knows we have the means
to sus­tain its force unto the end of our days.
For that is what we are made for ; for that
we are crea­ted. Until the dark hours are done.

And we rise again in the dawn.
Infinite par­ticles of the divine sun, now
wor­ship­ped in the pitches of the night.

Depuis le temps que vous vou­liez qu’on se parle et qu’on se tai­sait, cette fois on va par­ler. On sait bien que pour la plu­part d’entre vous, vous vou­lez sim­ple­ment nous aider. Chacun à votre manière, vous avez tout essayé. Vous avez été sévère, laxiste, patient, impa­tient, pré­ve­nant ou loin­tain ; vous avez réflé­chi, dis­cu­té entre vous, avec nous, avec l’administration.

Vous nous avez dit tel­le­ment de choses, nous on disait rien ou si peu, on se tai­sait, on sou­riait. Vous nous disiez : chez moi ça rigole pas on tra­vaille, ou bien ici on rigole mais on bosse, ou bien si vous ne faites rien ne déran­gez pas vos cama­rades qui eux… ou bien faites un effort ! ou bien Monsieur Untel vous croyez qu’au tra­vail vous pour­rez arri­ver en retard ? ou bien ah c’est toi va t’as­seoir, ou bien répon­dez ? per­sonne ne sait ? ou bien en dix ans de car­rière je n’ai jamais vu ça ! ou bien si vous avez un pro­blème pas­sez me voir à la fin du cours, ou bien allez‑y posez des ques­tions ! et aus­si j’ai une fille de votre âge, on se tait quand je parle, Messieurs, pre­nez une feuille, répé­tez ce que je viens de dire, allez me cher­cher un billet, je vous pré­viens avec moi ça ne sera pas comme avec Monsieur Machin.

Et bien si ! C’est pareil, vous avez tout essayé ça n’a rien chan­gé. Vous nous avez sou­te­nus au conseil, vous avez vu nos parents, vous vous êtes dit : « et si c’é­tait mon fils », vous avez tra­vaillé, recom­men­cé, pré­pa­ré des cours, des visites, des stages, des expo­sés, des sor­ties, on a bu des cafés ensemble, vous avez fait grève, vous avez gueu­lé, pleu­ré peut-être, ça n’a rien changé.

Années après années, nous étions ava­lés par le lami­noir social, les élèves que vous avez sau­vés, vous les por­tez comme des déco­ra­tions, elles sont méri­tées, quel bou­lot pour cha­cun d’eux ! Mais c’est pas pos­sible pour tout le monde !

Le pro­blème c’é­tait pas nous, c’é­tait pas vous, c’est tout le reste !

[pdf]

first glass bro­ken on patio no problem
for­got­ten sour cream for vege­tables no problem
Lewis MacAdam’s tough lower jaw no problem
cops arri­ving to watch bel­ly­dan­cer no problem
plas­tic bags of mel­ted ice no problem
wine on antique table­cloth no problem
scrat­chy ste­reo no problem
neigh­bor’s dog no problem
inter­vie­wer from Berkeley Barb no problem
absence of more beer no problem
too lit­tle dope no problem
lee­ring Naropans no problem
ciga­rette butts on the altars no problem
Marilyn vomi­ting in plan­ter box no problem
Phoebe renoun­cing love no problem
Lewis renoun­cing Phoebe no problem
hun­gry ghosts no problem
absence of chil­dren no problem
heat no problem
dark no problem
arni­ca scat­te­red in nylon rug no problem
ashes in bowl of blea­ched bone & Juniper ber­ries no problem
lost Satie tape no problem
loss of tem­per no problem
arro­gance no problem
boxes of emp­ty beer cans & wine bot­tles no problem
thou­sands of sty­ro­foam cups no problem
Gregory Corso no problem
Allen Ginsberg no problem
Diane di Prima no problem
Anne Waldman’s veins no problem
Dick Gallup’s bir­th­day no problem
Joanne Kyger’s peyote & rum no problem
wine no problem
coca-cola no problem
get­ting it on in the wet grass no problem
run­ning out of toi­let paper no problem
deci­ma­tion of pen­ny­royal no problem
des­truc­tion of hair clasp no problem
para­noia no problem
claus­tro­pho­bia no problem
gro­wing up on Brooklyn streets no problem
gro­wing up in Tibet no problem
gro­wing up in Chicano Texas no problem
bel­ly­dan­cing cer­tain­ly no problem
figu­ring it all out no problem
giving it all up no problem
giving it all away no problem
devou­ring eve­ry­thing in sight no problem
what else in Allen’s refrigerator ?
what else in Anne’s cupboard ?
what do you know that you haven’t told me yet ?

no pro­blem. no pro­blem. no problem.

staying ano­ther day no problem
get­ting out of town no problem
tel­ling the truth, almost no problem
easy to stay awake
easy to go to sleep
easy to sing the blues
easy to chant sutras
what’s all the fuss about ?

it decom­poses – no problem
we pack it in boxes – no problem
we swal­low it with water, lock in the trunk

make a quick gate­way     NO PROBLEM

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« No Problem Party Poem » Beat Attitude [1975]