Le choix faussement qualitatif du conspirateur qui en poussant ce dernier à « fuir » la condition commune du non-vécu pour se construire une image fantasmatique de « héros » d”« avant-gardiste », de « nouveau résistant » non seulement surgèle, en se cristallisant, la passion latente mais transforme religieusement le sens vivant en un « signifié » liturgique, en symbologie. La vraie révolution sera toujours pour après sa mort : salut chrétien. Et les « masses » et le « peuple », les « majorités » rêvées, auxquelles la personnalité du conspirateur (devenue de façon ambiguë, d’autant plus clandestine qu’elle est plus affichée) s’adresse en tant que message publicitaire électrisant, devraient οu se mettre, fascinées, à suivre ses pas pour tenter l’ultime auto-valorisation possible en s’évadant à leur tour de la vraie guerre quotidienne contre l’intériorisation organisée du fictif, οu, et pour la plus grande part, vivre en songe ses « aventures », en réitérant la condition d’impuissance dont on aurait voulu les faire sortir, ainsi, à bon compte.
Citations
La participation militante au référendum trace la ligne de démarcation à l’intérieur de « l’extrême-gauche ». C’est ici le lieu d’un premier règlement de compte : tandis que Lotta continua, Avanguardia Operaia et autres s’alignent sur la « politique » institutionnelle dans la mystification de la mystification et parlent de « victoire prolétarienne » cherchant ainsi à occuper le vide historique déjà occupé par le PCI (l’opposition fictive) les Brigades rouges et autres font irruption sur le marché en tant qu’opposition créditrice de la future opposition réelle, pour l”« alternative » dans la gestion de l’existant au nom de l’idéologie du contre-pouvoir (préliminaire à la « dictature du prolétariat »). Les formations militantes se distinguent des formations « militaires » de l’ultra-gauche – prenant réciproquement leurs distances – surtout dans leur manière de se définir face à la crise du système. Les premières essentiellement social-démocrates jouent le rôle immédiatiste d’instances rationalisatrices, moralisatrices et démagogiquement populistes, nient l’évidence considérée de la crise structurelle, dénonçant l’apocalypse capitaliste, comme une mise en scène sans vouloir οu savoir y reconnaître le déguisement d’une réalité socialement explosive ; les secondes, néo-léninistes voient dans la crise la désagrégation du système capitaliste bourgeois, comme s’il s’agissait encore et seulement de ce dernier, et en mettent en évidence les aspects les plus spectaculairement scandaleux par leurs actions d’efficacité « managériale », mais se plaçant dans l’optique des « théories révolutionnaires » tiers-mondistes, anticipant, dans les méthodes et les analyses sur le rôle qu’ils s’attribuent d’héritiers du pouvoir, au nom d’une « dictature du prolétariat » parodiée et de toute façon obligatoire à toutes les idéologies de la « transition ». Leur retard théorique leur permet de s’enticher de toute la fascination romanesque émanant des idéologies du passé, vaincues par la contre-révolution et dépassées par le mouvement réel. Les distances prises par les militants par rapport aux « militaires » traduit d’ailleurs, particulièrement dans leurs « distinctions » circonspectes le secret d’une envie-crainte, haine-amour, qui préfigure un possible transfert de forces, au fur et à mesure que la destruction purement verbale laissera plus que jamais insatisfaites les nostalgies « héroïques » des militants, et que les rêves interdits d’une « ostentation » phallique (phallophories) meurtrière promettent d’échanger une mortification de trappiste contre un sacrifice de kamikaze.
Le capital parvenu à la domination réelle de toute forme de production et de reproduction de l’existant résume en lui l’histoire entière des sociétés de classe et, débordant la sphère spécifique de l’économie politique, soumet à sa propre valorisation devenue autonome toutes les sphères autrefois séparées de l’être individuel et social devenu en totalité le produit de son organisation. Le capital aujourd’hui dominant se définit par son caractère fictif : l’essence virtuelle et créditrice de toute « propriété ». « Dans le crédit, à la place du métal et du papier c’est l’homme lui-même qui devient l’intermédiaire de l’échange, non certes comme homme mais bien comme existence d’un capital et des intérêts… Dans le système du crédit ce n’est pas l’argent qui est aboli, mais c’est l’homme lui-même qui se transforme en argent, en d’autres termes l’argent se personnifie dans l’homme » (Marx). Le caractère fictif se généralisant, l’anthropomorphose du capital est un fait accompli. Ici, se révèle le mystérieux sortilège grâce auquel le crédit généralisé, par lequel est atteint tout échange (qui est constamment échange d’apparences dilatoires : du billet de banque à la traite, du contrat de travail au contrat nuptial, aux rapports « humains » et familiaux, aux études et aux divers diplômes et carrières qui leur sont liés, aux promesses de toute idéologie), imprime à l’image de son vide uniforme le « cœur de ténèbres » de toute « personnalité » et de tout « caractère ».
La contradiction qui affecte beaucoup de ces rackets politiques dérive du fait qu’ils théorisent en même temps l’autonomie du prolétariat (vu, dans certains cas, comme l’ouvrier collectif ). Or, réclamer l’autonomie, c’est-à-dire la séparation vis-à-vis du capital – sinon cela ne veut rien dire – c’est réclamer une abstraction, puisque le prolétariat ne peut exister que si le capital est posé en même temps. L’autonomisation ne peut être envisagée qu’en tant que phase initiale du processus de négation du prolétariat, donc destruction du capital. Constatant son rôle toujours moindre dans le procès de valorisation, le prolétariat en tire la conclusion de l’inutilité de son esclavage salarié et brise les liens qui l’unissent au capital. Il pousse sa propre négation – déjà opérante sous le règne du capital, mais sous forme mystifiée avec la généralisation de la forme salariale – dans toute la réalité sociale et sa disparition est la disparition des classes. La séparation d’avec le capital implique que le prolétariat se constitue en parti personnifiant sa propre négation, car elle implique la formation de la Gemeinwesen (communauté) qui dominera l’ensemble automatisé et le fera fonctionner pour la satisfaction des besoins humains.
La théorie du parti – théorie du prolétariat – ne peut être saisie uniquement dans les textes dits politiques de Marx et d’Engels, tel le Manifeste, les résolutions de l’A.I.T., etc., parce que ces œuvres considèrent le prolétariat surtout dans se réalité immédiate et envisagent le parti formel, à l’époque, possible. Alors, le prolétariat devait encore généraliser son existence, pousser au développement du capital et, s’il prenait le pouvoir se constituait en classe dominante, il avait à réaliser des tâches qui le furent par la suite de la part du capital. Aujourd’hui seul le parti historique est possible. Tout parti formel n’est qu’une organisation rapidement résorbée sous forme de racket ; il en est d’ailleurs de même pour tout groupe structuré ou non qui pense œuvrer à la reformation du parti ou à la création des conseils. Le parti historique ne peut être réalisé que par le mouvement du prolétariat se constituant en classe. On ne peut comprendre un tel mouvement que par l’étude des œuvres de Marx (Le Capital, les Fondements) où celui-ci examine de façon approfondie le mode de production capitaliste. C’est là qu’est expliqué intégralement ce qu’est le prolétariat et son devenir en liaison avec celui du capital.
Toute autre conception de la formation du parti, telle celle fondée sur la théorie de la conscience venant de l’extérieur repose sur la négation implicite de la proposition : le prolétariat sera le réalisateur de la théorie.
Si le capital domine tout au point de pouvoir s’identifier avec l’être social, il semble, sur cette base, disparaître. Tel est le fétichisme le plus aveuglant jamais produit par la valeur d’échange dans l’histoire de sa propre autonomisation. Sur cette base en effet peut surgir une catégorie « neutre » comme celle de société industrielle, et son rejeton la société de consommation. Alors peut disparaître et disparaît dans les faits toute distinction possible entre le travail abstrait qui valorise le capital (le prolétariat), ou qui rend possible la vie totale de son être (nouvelles classes moyennes), et l’activité humaine en général telle qu’elle se déroulait aux époques pré-capitalistes.
Il n’existe pas de comportement ou de ligne de conduite qui ne se définissent comme révolutionnaires en soi. Dès que cette pure stylisation de la conflictualité s’établit et qu’elle devient donc « réalisation de l’art », tout comportement, toute ligne de conduite va s’arranger pour présenter l’événement comme un de ses accidents particuliers.
Personne n’a l’exclusivité du malheur ; aucun hasard causal n’est à la racine d’une péripétie singulière. C’est au contraire, la privation, organisée sur une échelle sociale, de toute aventure concrète et subjective qui déterminé a priori les malchances de chacun. Les infortunes de la passion ne prennent pas leur source ailleurs que dans l’impossibilité universellement sanctionnée, de vivre la qualité de se passionner. Le poison qui intoxique toute volonté de s’affirmer, de s’affirmer comme qualité en être vis-à-vis de la quantité en procès – et qui la fait ressembler à un rêve démesuré, destiné par force à se renverser en un cauchemar mesuré par la quantité de vivant qui meurt – ce poison c’est la volonté impersonnelle du pouvoir qui le distille. Cette volonté impersonnelle vénéneuse est l’ennemi intime de tout vouloir-être isolé ; c’est l’universalité du non-être, qui, dans l’enceinte close du destin privé, prend l’apparence d’une particularité singulière. En isolant en chacun la qualité qui est latente en tous, la quantité fait en sorte que chacun désespère de soi.
Tout rapport humain est donc une partie jouée « pour l’argent » (en vue d’obtenir valeur symbolique) et, comme toute partie, ou bien survient concrètement dans un tripot, un cercle, une secte, une initiation, une ambiance de conjurés, une mafia, une maçonnerie, ou en évoque fortement l’image. La force de la partie est dans la règle qui la régit. Pour cette raison, sur tout jeu règne, comme étant son sens, la règle qui le régit, et pour cette raison tout rapport humain est non seulement une représentation, c’est-à-dire une transcription de symboles, non seulement il comporte un appât symbolique et une liturgie substituée aux actes réels, mais il est surtout un acte public, duquel les participants « en personne » ne sont que les spectateurs les plus proches.
Démasqué comme gestionnaire de la mort, le capital répond en se confessant ; mais immédiatement avare de tout geste et de tout être, il s’affirme comme mort repentie, il se désigne comme unique force capable de se dépasser ; initié à la dialectique, il domestique le règne de la logique, ne craignant pas de se poser comme ce paradoxe : être le défenseur d’autant plus résolu de la survie qu’il a plus puissamment produit la destruction ; être reconnu le gestionnaire le plus accrédité du sauvetage qu’il a été l’artisan le plus dénoncé du désastre.
Why was it important that the modern individual be conceptualized in terms of this internal struggle between passion/sentiments and reason ? Timothy Mitchell’s discussion of Durkheim in Colonising Egypt offers a suggestive answer. The very conception of modern individual, Mitchell says in discussing Durkheim’s texts, poses a threat to the conception of the social and the general, for if individuals are endowed with infinite individuality (which is what the drama of passions is supposed to reveal—each person his or her own novelist and analysand at the same time), what is there to guarantee the unity of the social ? What would prevent the social realm, made up of such individuals (that is, people not simply subject to social practice, as they were supposed to be in primitive societies), from collapsing into the nightmare of anomie ? The answer, at the level of the individual, would be : reason. Reason, by focusing the mind on the general and the universal, would guide the individual’s passion into its rightful place in the social realm. This thought, taken by itself, was not necessarily modern, but its generalization through society, one could argue, marks the coming of modernity.