Le sym­bo­lisme des Huichol admet une iden­ti­té entre le blé et le cerf ; M. Levy-Bruhl ne veut pas qu’on parle ici de sym­bole, mais plu­tôt de pen­sée pré­lo­gique. Mais la logique du Huichol ne serait pré­lo­gique que le jour où il pré­pa­re­rait une bouillie de blé en croyant faire un ragoût de cerf.

Disons qu’une oeuvre d’art est, à sa manière, tenue pour vraie, même là où elle passe pour de la fic­tion ; car la véri­té est un mot homo­nyme qui ne devrait s’employer qu’au plu­riel : il n’existe que des pro­grammes hété­ro­gènes de véri­té. […] Il en est de la véri­té comme de l’Être selon Aristote : elle est homo­ny­mique et ana­lo­gique, car toutes les véri­tés nous semblent ana­logues entre elles, si bien que Racine nous semble avoir peint la véri­té du coeur humain.
Un monde ne sau­rait être fic­tif par lui-même, mais seule­ment selon qu’on y croit ou pas. […] L’objet n’est jamais incroyable en lui-même et son écart avec « la » réa­li­té ne sau­rait nous cho­quer, car nous ne l’a­per­ce­vons même pas, les véri­tés étant toutes analogiques.
[…] Nous chan­geons de véri­té quand, de notre quo­ti­dien­ne­té, nous pas­sons à Racine, mais nous ne nous en aper­ce­vons pas. Nous venons d’é­crire une lettre de jalou­sie confuse et inter­mi­nable, que nous avons démen­tie pré­ci­pi­tam­ment une heure plus tard, par télé­gramme, et nous pas­sons à Racine et Catulle, où un cri de jalou­sie, dense comme l’en-soi [cf Sartre], dure quatre vers, sans un faux pli : nous trou­vons que ce cri est com­bien vrai !

Ce monde supé­rieur [le monde mythique, celui du temps des héros] est-il un modèle ou une leçon de modes­tie ? L’un ou l’autre, selon l’u­sage qu’un ser­mon­neur en ferait, et Pindare, qui n’est pas un ser­mon­neur, en fait, lui un pié­des­tal ; il rehausse la fête et le vain­queur en se rehaus­sant lui-même. C’est pré­ci­sé­ment parce que le monde mythique est défi­ni­ti­ve­ment autre, inac­ces­sible, dif­fé­rent et écla­tant, que le pro­blème de son authen­ti­ci­té reste en sus­pens et que les audi­teurs de Pindare flot­taient entre l’é­mer­veille­ment et la cré­du­li­té. On ne donne pas de fée­rie en exemple : si Persée était don­né comme modèle, à la manière de Bayard, ce monde hété­ro­gène se dénon­ce­rait aus­si­tôt comme pure fic­tion et seuls les Don Quichottes y croi­raient encore.

Ces mondes de légende étaient crus vrais, en ce sens qu’on n’en dou­tait pas, mais on n’y croyait pas comme on croit aux réa­li­tés qui nous entourent. Pour le peuple des fidèles, les vies de mar­tyrs rem­plies de mer­veilleux se situaient dans un pas­sé sans âge, dont on savait seule­ment qu’il était anté­rieur, exté­rieur et hété­ro­gène au temps actuel.
[…] [Pour les Grecs], le monde mythique n’é­tait pas empi­rique : il était noble. Ce n’est pas à dire qu’il ait incar­né ou sym­bo­li­sé les « valeurs » : on ne voit pas que les géné­ra­tions héroïques aient davan­tage culti­vé les ver­tus que les hommes d’au­jourd’­hui ; mais elles avaient plus de « valeur » que ceux-ci : un héros est plus qu’un homme, de même qu’aux yeux de Proust une duchesse a plus de valeur qu’une bourgeoise.

In die­sen Formulierungen kün­det sich eine cha­rak­te­ris­tische Tendenz des heroisch-völ­ki­schen Realismus an : die Depravierung der Geschichte zu einem nur zeit­li­chen Geschehen, in dem alle Gestaltungen der Zeit unter­wor­fen und deshalb »min­der­wer­tig« sind. Eine solche Entgeschichtlichung fin­det sich allen­thal­ben in der orga­ni­zis­ti­schen Theorie : als die Entwertung der Zeit gegenü­ber dem Räume, als die Erhöhung des Statischen über das Dynamische, des Konservativen über das Revolutionäre, als die Ablehnung aller Dialektik, als Preis der Tradition um der Tradition willen. Niemals ist die Geschichte weni­ger ernst genom­men wor­den als jetzt, wo sie primär auf die Erhaltung und Pflege des Erbes aus­ge­rich­tet wird, wo Revolutionen als »Nebengeräusche«, als »Störungen« der Naturgesetze gel­ten und wo natu­rhaf­ten Kräften des »Blutes« und des »Bodens« die Entscheidung über Menschenglück und Menschenwürde aus­ge­lie­fert wird. In sol­cher Entgeschichtlichung des Geschichtlichen verrät sich eine Theorie, die das Interesse an der Stabilisierung einer vor der ges­chicht­li­chen Situation nicht mehr zu recht­fer­ti­gen­den Form der Lebensverhältnisse aus­drückt. Das wirk­liche Ernstnehmen der Geschichte könnte all­zu sehr an die Entstehung die­ser Form erin­nern und an die Möglichkeiten ihrer Veränderung, die sich aus ihrer Entstehungsgeschichte erge­ben – kurz : an ihre Vergänglichkeit und daran, daß »die Stunde ihrer Geburt… die Stunde ihres Todes ist« (Hegel). Sie wird ideo­lo­gisch vere­wigt, indem sie als »natür­liche Lebensordnung« in Anspruch genom­men wird.

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« Der Kampf gegen den Liberalismus in der tota­litä­ren Staatsauffassung »
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vol. 3
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Zeitschrift für Sozialforschung n° 2
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p. 161–195
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Ce que la phi­lo­so­phie trans­cen­dan­tale louait dans la sub­jec­ti­vi­té créa­trice, c’é­tait le sujet pri­son­nier de lui-même et qui se le cachait. Dans tout ce qu’il pense d’ob­jec­tif, il reste pri­son­nier, comme les ani­maux le sont de la cara­pace dont ils cherchent en vain à se débar­ras­ser ; sauf que ceux-ci n’ont pas idée de pro­cla­mer que leur pri­son est liberté.

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« Sujet et objet » Modèles cri­tiques : Interventions [1969]
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trad.  Marc Jimenez & Eliane Kaufholz
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La convic­tion géné­ra­le­ment répan­due selon laquelle les inner­va­tions, les points de vue, les connais­sances ne sont que « sub­jec­tives », ne tient plus dès qu’on per­çoit la sub­jec­ti­vi­té comme une forme de l’ob­jet. L’apparence c’est l’en­sor­cel­le­ment du sujet dans ses propres déter­mi­na­tions, le fait qu’il est posé comme être authen­tique. Il importe d’a­me­ner le sujet lui-même à l’ob­jec­ti­vi­té, et non pas d’ex­clure ses réac­tions de la connaissance.

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« Sujet et objet » Modèles cri­tiques : Interventions [1969]
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trad.  Marc Jimenez & Eliane Kaufholz
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C’est ain­si que la réduc­tion ad homi­nem entraîne la chute de l’an­thro­po­cen­trisme. Le fait que même l’homme tel qu’il est consti­tué st quelque chose de fait par l’homme, démys­ti­fie le carac­tère créa­teur de l’es­prit. Mais comme la pri­mau­té de l’ob­jet a besoin de la réflexion sur le sujet et de la réflexion sub­jec­tive, la sub­jec­ti­vi­té, elle, à la dif­fé­rence du maté­ria­lisme pri­mi­tif qui n’ad­met pas la dia­lec­tique, devient le moment qu’on a retenu.

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« Sujet et objet » Modèles cri­tiques : Interventions
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trad.  Marc Jimenez & Eliane Kaufholz
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Il est vrai qu’on ne peut les [sujet et objet] conce­voir l’un sans l’autre ; l’ap­pa­rence de la sépa­ra­tion s’ex­prime tou­te­fois dans le fait qu’ils se média­tisent, l’ob­jet par le sujet, plus encore et autre­ment, le sujet par l’ob­jet. Cette sépa­ra­tion devient idéo­lo­gie, pour ain­si dire sa forme nor­male, dès qu’on la fige sans média­tion. C’est alors que l’es­prit s’ar­roge le sta­tut de l’au­to­no­mie abso­lue, sta­tut qui n’est pas le sien : dans sa pré­ten­tion à l’au­to­no­mie pointe sa pré­ten­tion à la domination.

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« Sujet et objet » Modèles cri­tiques : Interventions
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trad.  Marc Jimenez & Eliane Kaufholz
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