Il croyait ses enfants sur parole : l’Amérique était la terre de Dieu, New York la ville des miracles et l’anglais la plus belle langue. Les Américains étaient sains, les Américaines belles, les sport important, le temps précieux, la pauvreté un vice, la richesse un mérite, la vertu la moitié de la réussite, la foi en soi-même une réussite totale, la danse hygiénique, le patinage à roulette un devoir, la bienfaisance un investissement, l’anarchisme un crime, les grévistes les ennemis de l’humanité, les agitateurs les alliés du diable, les machines modernes une bénédiction du Ciel, Edison le plus grand génie. Bientôt les hommes voleront comme des oiseaux, nageront comme des poissons, verront l’avenir comme des prophètes, vivront dans une paix éternelle et bâtiront dans une harmonie parfaite des gratte-ciel jusqu’aux étoiles.
Er glaubte seinen Kindern aufs Wort, daß Amerika das Land Gottes war, New York die Stadt der Wunder und Englisch die schönste Sprache. Die Amerikaner waren gesund, die Amerikanerinnen schön, der Sport wichtig, die Zeit kostbar, die Armut ein Laster, der Reichtum ein Verdienst, die Tugend der halbe Erfolg, der Glaube an sich selbst ein ganzer, der Tanz hygienisch, Rollschuhlaufen eine Pflicht, Wohltätigkeit eine Kapitalanlage, Anarchismus ein Verbrechen, Streikende die Feinde der Menschheit, Aufwiegler Verbündete des Teufels, moderne Maschinen Segen des Himmels, Edison das größte Genie. Bald werden die Menschen fliegen wie Vögel, schwimmen wie Fische, die Zukunft sehn wie Propheten, im ewigen Frieden leben und in vollkommener Eintracht bis zu den Sternen Wolkenkratzer bauen.
Citations
Tous trois sentirent sur Sam le savon à barbe qui avait l’odeur du muguet et un peu aussi celle du phénol. Cela leur fit penser à un jardin et en même temps à un hôpital.
Alle drei rochen an Sam Rasierseife, die nach Schneeglöckchen duftete und auch ein wenig wie Karbol. Er erinnerte sie an einen Garten und gleichzeitig an ein Spital.
Non, Deborah n’appelait plus Miriam. Deborah s’approcha de Miriam. Deborah, dans son vieux châle, était vieille, laide et craintive devant Miriam baignée de lumière et d’or ; elle s’arrêta au bord du trottoir de bois, comme si elle obéissait à une ancienne loi qui commandait aux mères laides de se tenir au moins à une demi-verste au-dessous de leurs filles jolies.
Nein, Deborah rief Mirjam nicht mehr. Deborah kam zu Mirjam. Deborah, in einem alten Schal, stand alt, häßlich, ängstlich vor der goldüberglänzten Mirjam, hielt ein am Rande des hölzernen Bürgersteigs, als befolgte sie ein altes Gesetz, das den häßlichen Müttern befahl, einen halben Werst tiefer zu stehen als die schönen Töchter.
À Dubno, on y va avec la charrette de Sameschkin ; à Moscou, on y va avec le chemin de fer ; en Amérique, on n’y va seulement en bateau mais aussi avec des papiers. Et, pour les obtenir, on doit aller à Dubno.
Aussi Deborah se rendit-elle chez Sameschkin. Sameschkin n’est plus assis sur le banc du poêle, il n’est même pas chez lui, c’est jeudi, jour de marché aux cochons, Sameschkin ne rentrera pas avant une heure.
Deborah va et vient, va et vient devant la bicoque de Sameschkin, elle ne pense qu’à l’Amérique.
Un dollar vaut plus que deux roubles, un rouble vaut cent kopecks, deux roubles font deux cents kopecks, combien, pour l’amour de Dieu, un dollar fait-il de kopecks ? Combien de dollars de plus Schemariah enverra-t-il ? L’Amérique est un pays béni.
Miriam va avec un cosaque ; en Russie, elle peut bien le fait ; en Amérique, il n’y a pas de cosaques.
La Russie est un pays triste, l’Amérique est un pays libre, un pays joyeux. Mendel ne sera plus maître d’école, il sera le père d’un fils riche.
Nach Dubno fährt man mit Sameschkins Fuhre ; nach Moskau fährt man mit der Eisenbahn ; nach Amerika fährt man nicht nur auf einem Schiff, sondern auch mit Dokumenten. Um diese zu bekommen, muß man nach Dubno.
Also begibt sich Deborah zu Sameschkin. Sameschkin sitzt nicht mehr auf der Ofenbank, er ist überhaupt nicht zu Hause, es ist Donnerstag und Schweinemarkt, Sameschkin kann erst in einer Stunde heimkehren.
Deborah geht auf und ab, auf und ab vor Sameschkins Hütte, sie denkt nur an Amerika.
Ein Dollar ist mehr als zwei Rubel, ein Rubel hat hundert Kopeken, zwei Rubel enthalten zweihundert Kopeken, wieviel, um Gottes willen, enthält ein Dollar Kopeken ? Wieviel Dollar ferner wird Schemarjah schicken ? Amerika ist ein gesegnetes Land.
Mirjam geht mit einem Kosaken, in Rußland kann sie es wohl, in Amerika gibt es keine Kosaken. Rußland ist ein trauriges Land, Amerika ist ein freies Land, ein fröhliches Land. Mendel wird kein Lehrer mehr sein, der Vater eines reichen Sohnes wird er sein.
Je m’étais d’ailleurs toujours préoccupé fort peu de l’opinion publique, parce que j’avais toujours le plus grand mal avec ma propre opinion et n’avais donc aucun temps à consacrer à l’opinion publique, je ne l’acceptais pas et aujourd’hui encore je ne l’accepte pas et je ne l’accepterai jamais. Cela m’intéresse, ce que les gens disent, mais avant toute chose, il ne faut pas les prendre au sérieux. C’est comme ça que j’avance le mieux.
Ce n’est pas aussi absurde que cela semble à première vue quand je dis que le monde doit ses guerres les plus atroces au prétendu amour des bêtes de ses dirigeants. Tout cela est confirmé par des documents et il faudrait qu’on s’en rende compte une bonne fois. Ces gens, les politiciens, les dictateurs, sont gouvernés par un chien et ainsi précipitent des millions d’êtres humains dans le malheur et dans la ruine, ils aiment un chien et déclenchent une guerre dans laquelle des millions de gens sont tués à cause de ce seul chien. Qu’on se demande seulement quel serait l’aspect du monde si on réduisait ne serait-ce que de quelques ridicules pour cent ce prétendu amour des bêtes au profit de l’amour des gens qui n’est aussi, naturellement, que prétendu. La question ne peut même pas se poser, aurai-je un chien ou n’aurai-je pas un chien, dans ma tête je ne suis absolument pas en état d’avoir un chien dont je sais bien, du reste, qu’il faut lui donner une attention et des soins assez intensifs, comme à tout être humain, plus de soins et d’attention que je n’en exige moi-même, mais le genre humain, tous continents confondus, ne voit rien d’étonnant à donner de meilleurs soins et beaucoup plus d’attention aux chiens qu’à ses semblables, oui, dans le cas de tous ces milliards de chiens, il leur donne des meilleurs soins et plus d’attention qu’à soi-même. Je me permets de qualifier ce monde-là de monde en vérité pervers et inhumain au plus haut degré et totalement fou. Si je suis ici, le chien est ici aussi, si je suis là, le chien est là aussi. Si le chien doit sortir, je dois sortir avec le chien, et caetera. Je ne tolère pas la comédie du chien à laquelle nous assistons chaque jour si nous ouvrons les yeux pour peu qu’avec notre aveuglement de chaque jour nous ne nous y soyons pas encore habitués. Dans cette comédie du chien, un chien entre en scène et agace un être humain, l’exploite et, au cours d’un certain nombre d’actes, chasse son innocente humanité. La pierre tombale la plus haute et la plus chère et positivement la plus précieuse qui ait jamais été érigée au cours de l’histoire a été élevée, paraît-il, pour un chien. […] En ce monde, depuis longtemps la question n’est pas de savoir combien quelqu’un est humain, mais chien, sauf que jusqu’à présent, alors qu’il faudrait, en fait, pour rendre hommage à la vérité, dire à quel point l’homme est chien, on dit : comme il est humain. Et c’est cela qui est répugnant. Pas question d’avoir un chien.
Mais j’ai toujours eu le sens de ce qu’il faut ou ne faut pas publier, bien que j’aie toujours pensé que publier est une pure folie, sinon même un crime de l’esprit, mieux encore, un crime capital contre l’esprit. Oui, nous ne publions que pour satisfaire notre désir de gloire, pour nulle autre raison, quand ce n’est pas pour la raison encore beaucoup plus vile de l’argent, qui, toutefois, vu les conditions dans lesquelles je suis né, peut être écartée en ce qui me concerne, Dieu merci ! […] Toute publication est une bêtise et une preuve de médiocrité. Faire paraître l’esprit est le plus honteux de tous les crimes et je n’ai pas craint de commettre à plusieurs reprises ce crime le plus honteux de tous. Et ce n’avait même pas été la grossière envie de communiquer, puisque je n’ai jamais voulu me communiquer à quiconque, je n’avais rien à voir avec cela, c’était le pur désir de gloire, rien d’autre.
Un ami, je n’avais jamais voulu en avoir depuis mes vingt ans, où tout à coup je me suis mis à penser par moi-même. Les seuls amis que j’aie sont les morts qui m’ont légué leur littérature, je n’en ai pas d’autres. D’ailleurs, il m’a toujours été difficile rien que d’avoir quelqu’un, alors je ne songe même pas à un mot aussi galvaudé par tout le monde et aussi peu appétissant que le mot d’amitié. Et déjà, très tôt, par périodes je n’ai absolument eu personne, tout le monde avait quelqu’un, moi je n’avais personne, au moins je savais que je n’avais personne, tandis que les autres ne cessaient de prétendre que j’avais quelqu’un, disaient tu as quelqu’un, alors que j’étais pourtant tout à fait sûr de n’avoir personne, et peut-être cette pensée était-elle la pensée décisive, la plus destructrice, de n’avoir besoin de personne. Je me suis persuadé que je n’avais besoin de personne, je m’en persuade encore aujourd’hui. Je n’avais besoin de personne, donc je n’avais personne. Mais nous avons naturellement besoin de quelqu’un, sinon nous devenons inéluctablement tel que je suis devenu : pénible, insupportable, malade, impossible au sens le plus fort du terme. J’ai toujours cru ne pouvoir accomplir mon travail de l’esprit qu’entièrement seul, sans personne, ce qui devait se révéler une erreur, mais que nous ayons vraiment besoin de quelqu’un, c’est aussi une erreur, pour cela nous avons besoin de quelqu’un et nous n’avons besoin de personne, et tantôt nous avons besoin de quelqu’un en même temps que nous n’avons besoin de personne, cette chose la plus absurde de toutes, à présent je m’en suis de nouveau rendu compte ces jours-ci ; jamais, à aucun moment, nous ne savons si nous avons besoin de quelqu’un ou si nous n’avons besoin de personne ou si nous avons besoin en même temps de quelqu’un et de personne, et parce que jamais, au grand jamais, nous ne savons ce dont nous avons effectivement besoin, nous sommes malheureux et, dès lors, incapables de commencer un travail de l’esprit au moment où nous le voulons, au moment où cela nous paraît indiqué.
Un jour, j’avais dix ans, j’ai été enfermé dans la morgue de Sophiahemmet. Le gardien de l’hôpital s’appelait Algit. C’était un grand pataud avec des cheveux blonds presque blancs coupés ras et des petits yeux bleus perçants sous des sourcils blancs, des mains grasses et violacées. Algot transportait les cadavres et il parlait volontiers de la mort, des morts, des agonies, des morts qui n’étaient morts qu’en apparence.
La morgue se composait de deux pièces, il y avait, devant, une chapelle où les parents prenaient une dernière fois congé des leurs et, derrière, une pièce où l’on arrangeait les cadavres après une autospie.
Un jour de grand soleil, à la fin de l’hiver, Algot m’a attiré dans la pièce de derrière et il a soulevé le drap qui recouvrait un cadavre qu’on venait de livrer. Une jeune femme aux longs cheveux noirs, des lèvres pleines, un menton rond. Je l’ai longuement regardée tandis qu’Algot s’occupait d’autre chose. Tout à coup, j’ai entendu un grand bruit. La porte d’entrée venait de se refermer et je restai seul avec la morte, cette belle jeune femme, et cinq ou six autres cadavres entassés sur des draps tachés de jaune. Je frappai à la porte et j’appelai Algot, en vain. J’étais seuls avec les morts ou ces semblants de morts, à tout instant l’un ou l’autre pouvait se lever et venir s’agripper à moi. Le soleil brillait à travers les vitres d’un blanc laiteuxs, le silence s’accumulait au-dessus de ma tête, une chape de silence qui montait jusqu’au ciel. Mon coeur battait dans mes oreilles, je respirais avec difficulté, j’avais froid au creux de l’estomac et je frissonnais.
Je suis allé m’asseoir sur un tabouret dans la chapelle et j’ai fermé les yeux. C’était affreux, il fallait que je contrôle tout ce qui pouvait se passer exactement derrière moi ou bien là où je ne regardais pas. Le silence fut rompu par un sourd grognement. Je savais ce que c’était. Algot m’avait raconté que les morts pétaient diablement fort, le bruit ne me faisait pas directement peur. Quelques silhouettes passèrent devant la chapelle, j’entendais leurs voix, je les entrevoyais à travers les vitres dépolis. A mon propre étonnement, je n’ai pas crié, je suis resté immobile, je me suis tu. Les silhouettes disparurent, les voix s’éloignèrent.
Je venais d’être saisi par un désir violent qui me brûlait, me démangeait. Je me suis levé et je me suis senti pousser vers l’autre pièce avec les morts. La jeune femme qu’on venait de traiter était couchée sur une table en bois au milieu de la pièce. J’ai retiré le drap, et j’ai dénudé la femme. Elle était entièrement nue si l’on excepte un pansement qui allait de sa gorge au pubis. J’ai levé la main et je lui ai touché l’épaule. J’avais entendu parler du froid de la mort, mais la peau de la fille n’était pas froide, elle me brûlait. J’ai fait monter ma main jusqu’à son sein, un petit sein flasque avec une mamelon noir dressé. Un duvet noir poussait sur son ventre, elle respirait, non, elle ne respirait pas, mais sa bouche ne s’était-elle pas ouverte ? Je voyais ses dents blanches sous l’arrondi de ses lèvres. Je me déplaçai de façon à voir son sexe que j’aurais voulu toucher, seulement je n’osais pas.
Maintenant je voyais bien que sous ses paupières à moitié fermées, elle me regardait. Tout n’était plus que confusion, le temps s’arrêta et la forte lumière devint encore plus forte. Algot m’avait raconté l’histoire d’un de ses collègues qui avait voulu faire une plaisanterie à une jeune infirmière. Après une amputation, il avait placé une main sous la couverture de son lit. Comme l’infirmière n’arrivait pas à la prière du matin, on était allé la chercher dans sa chambre. Elle était assise, nue, en train de mâchonner la main, elle avait arraché le pouce et elle l’avait introduit dans son vagin. Et moi, j’allais maintenant devenir fou comme elle. Je me suis jeté sur la porte qui s’est ouverte toute seule. La jeune femme me laissait filer.
En cas que vous…
J’espère vivement que ma venue à Paris va approcher le jour où nous allons faire connaissance
J’espère, Monsieur, d’avoir bientôt de vos nouvelles.
Peut-être vous savez dès à présent vers quel temps vous serez à Paris ?
Pas plus tard qu’à Cannes j’ai demandé dans une pharmacie « l’aérophagyl » qui, d’un coup, a mis fin à mon état détestable. Mille fois merci !
Il me paraissait quelquefois que l’esprit capricieux et tourmenté du conteur allait trop en avant des événements dont le charme bizarre et lugubre aurait, par-ci, par-là, un relief plus puissant encore en se détachant d’un fond plus prosaïque.s