Je m’étais tou­jours repré­sen­té, et sans doute non sans rai­son, cette cavi­té comme la plus belle demeure qui puisse exis­ter pour moi. Se sus­pendre à la voûte, y grim­per, glis­ser jusqu’en bas, culbu­ter et retrou­ver le sol sous ses pieds, et exé­cu­ter tous ces jeux lit­té­ra­le­ment sur le corps de la place forte, cepen­dant sans être dans son espace pro­pre­ment dit ; pou­voir évi­ter la place forte, pou­voir repo­ser ses yeux de la vue de celle-ci, remettre à plus tard le plai­sir de la voir sans pour autant être pri­vé d’elle ; la tenir au contraire fer­me­ment entre ses griffes, ce qui est impos­sible, si l’on n’a qu’un accès ordi­naire ouvert vers elle ; mais sur­tout pou­voir la sur­veiller ; on serait alors pri­vé de sa vue, mais, si la com­pen­sa­tion devait être de choi­sir entre le séjour dans la place forte et le séjour dans la cavi­té, on choi­si­rait la cavi­té pour toute la durée de sa vie, pour y aller et venir constam­ment et pro­té­ger la place forte. Alors, il n’y aurait plus de bruit dans les murs, plus de fouis­se­ments impor­tuns presque jusqu’à la place ; alors, la paix y serait garan­tie et je serais son gar­dien, je n’aurais plus le déplai­sir d’écouter les fouis­se­ments du menu gibier, mais j’écouterais avec ravis­se­ment ce dont je suis aujourd’hui entiè­re­ment pri­vé, le mur­mure du silence dans la place forte.

In die­sem Hohlraum hatte ich mir immer, und wohl kaum mit Unrecht, den schöns­ten Aufenthaltsort vor­ges­tellt, den es für mich geben konnte. Auf die­ser Rundung hän­gen, hinauf sich zie­hen, hinab zu glei­ten, sich über­schla­gen und wie­der Boden unter den Füßen haben, und alle diese Spiele förm­lich auf dem Körper des Burgplatzes spie­len und doch nicht in sei­nem eigent­li­chen Raum ; den Burgplatz mei­den kön­nen, die Augen aus­ru­hen las­sen kön­nen von ihm, die Freude, ihn zu sehen, auf eine spä­tere Stunde ver­schie­ben und doch ihn nicht ent­beh­ren müs­sen, son­dern ihn förm­lich fest zwi­schen den Krallen hal­ten, etwas was unmö­glich ist, wenn man nur den einen gewöhn­li­chen offe­nen Zugang zu ihm hat ; vor allem aber ihn bewa­chen kön­nen, für die Entbehrung seines Anblicks also derart ent­schä­digt wer­den, daß man gewiß, wenn man zwi­schen dem Aufenthalt im Burgplatz oder im Hohlraum zu wäh­len hätte, den Hohlraum wählte für alle Zeit seines Lebens, nur immer dort auf- und abzu­wan­dern und den Burgplatz zu schüt­zen. Dann gäbe es keine Geräusche in den Wänden, keine fre­chen Grabungen bis an den Platz heran, dann wäre dort der Friede gewähr­leis­tet und ich wäre sein Wächter ; nicht die Grabungen des klei­nen Volkes hätte ich mit Widerwillen zu behor­chen, son­dern mit Entzücken, etwas, was mir jetzt völ­lig ent­geht : das Rauschen der Stille auf dem Burgplatz.

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trad.  Jean-Pierre Verdet
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p. 92–93

En de telles occa­sions, c’est habi­tuel­le­ment le pro­blème tech­nique qui m’attire ; je me repré­sente, par exemple, d’après le bruit que mon oreille est assez exer­cée pour dis­cer­ner dans toutes ses nuances et enre­gis­trer exac­te­ment, quelle a pu en être l’origine, ce qui me pousse alors à véri­fier si la réa­li­té le confirme. J’ai pour cela une bonne rai­son, car aus­si long­temps qu’une véri­fi­ca­tion n’est pas effec­tuée, je ne peux pas me sen­tir en sécu­ri­té, même s’il ne s’agit que de savoir où rou­le­ra un grain de sable qui tombe d’un mur : et même un tel bruit, à cet égard, n’est pas du tout une affaire insi­gni­fiante. Mais impor­tante ou insi­gni­fiante, si fort que je cherche, je ne trouve rien, ou plu­tôt je trouve trop.

Bei sol­chen Gelegenheiten ist es gewöhn­lich das tech­nische Problem, das mich lockt, ich stelle mir zum Beispiel nach dem Geräusch, das mein Ohr in allen sei­nen Feinheiten zu unter­schei­den die Eignung hat, ganz genau auf­zei­chen­bar, die Veranlassung vor, und nun drängt es mich nach­zu­prü­fen, ob die Wirklichkeit dem ents­pricht. Mit gutem Grund, denn solange hier eine Feststellung nicht erfolgt ist, kann ich mich auch nicht sicher füh­len, selbst wenn es sich nur darum han­deln würde, zu wis­sen, wohin ein Sandkorn, das eine Wand herabfällt, rol­len wird. Und gar ein solches Geräusch, das ist in die­ser Hinsicht eine gar nicht unwich­tige Angelegenheit. Aber wich­tig oder unwich­tig, wie sehr ich auch suche, ich finde nichts, oder viel­mehr ich finde zuviel.

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trad.  Jean-Pierre Verdet
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p. 84–87

Je ne suis pas loin de prendre la déci­sion de gagner le large, de reprendre encore une fois cette ancienne vie déses­pé­rante qui ne m’as­su­rait aucune sécu­ri­té, qui n’é­tait qu’une suite inin­ter­rom­pue de périls et ne me per­met­tait par consé­quent ni de voir ni de redou­ter chaque dan­ger par­ti­cu­lier, comme ne cesse de me l’en­sei­gner la com­pa­rai­son entre mon ter­rier pro­té­gé et la vie vagabonde.

Ich bin nicht ganz fern von dem Entschluß, in die Ferne zu gehen, das alte, trost­lose Leben wie­der auf­zu­neh­men, das gar keine Sicherheit hatte, das eine ein­zige unun­ter­scheid­bare Fülle von Gefahren war und infol­ge­des­sen die ein­zelne Gefahr nicht so genau sehen und fürch­ten ließ, wie es mich der Vergleich zwi­schen mei­nem siche­ren Bau und dem sons­ti­gen Leben immer­fort lehrt.

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trad.  Jean-Pierre Verdet
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p. 58–61

Le prin­cipe d’une répar­ti­tion des pro­vi­sions est juste en soi, mais en fait seule­ment lorsqu’on a plu­sieurs places du genre de ma place forte. Plusieurs sem­blables places ! Évidemment ! Mais qui peut les bâtir ? D’ailleurs, il n’est plus pos­sible à pré­sent de les inté­grer dans le plan d’ensemble de mon ter­rier. Je veux bien concé­der qu’il découle de là un défaut du ter­rier, comme c’est géné­ra­le­ment tou­jours un défaut de ne pos­sé­der qu’un seul exem­plaire de quoi que ce soit.

Der Grundgedanke einer Verteilung der Vorräte ist ja rich­tig, aber eigent­lich nur dann, wenn man meh­rere Plätze von der Art meines Burgplatzes hat. Mehrere solche Plätze ! Freilich ! Aber wer kann das schaf­fen ? Auch sind sie im Gesamtplan meines Baus jetzt nach­trä­glich nicht mehr unter­zu­brin­gen. Zugeben aber will ich, daß darin ein Fehler des Baus liegt, wie übe­rhaupt dort immer ein Fehler ist, wo man von irgend etwas nur ein Exemplar besitzt.

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trad.  Jean-Pierre Verdet
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p. 39

Le monde de ceux qui écrivent et doivent écrire est plein de grands mots et de grandes notions qui ont per­du leur conte­nu. Les attri­buts des grands hommes et des grands enthou­siasmes sur­vivent à leurs pré­textes, c’est pour­quoi il y a tou­jours une quan­ti­té d’attributs de reste. Ils ont été créés un beau jour par un grand homme pour un autre grand homme, mais ces hommes sont morts depuis long­temps, et il faut uti­li­ser ces notions sur­vi­vantes. C’est pour­quoi l’on passe son temps à cher­cher des hommes pour les épi­thètes. La « puis­sante plé­ni­tude » de Shakespeare, l’« uni­ver­sa­li­té » de Goethe, la « pro­fon­deur psy­cho­lo­gique » de Dostoïevski et toutes les autres images qu’une longue évo­lu­tion lit­té­raire nous a léguées flottent par cen­taines dans la tête de ceux qui écrivent, et s’ils écrivent aujourd’hui d’un stra­tège du ten­nis qu’il est « inson­dable », ou d’un poète à la mode qu’il est « grand », c’est sim­ple­ment pour écou­ler ces stocks. On com­prend donc qu’ils soient recon­nais­sants lorsqu’ils peuvent pla­cer sans perte chez quelqu’un les mots de leur assor­ti­ment. Mais ce doit être un homme dont l’importance est déjà un fait éta­bli, afin que l’on puisse com­prendre que ces mots trouvent sur lui leur place, même s’il n’importe nul­le­ment de savoir où. Arnheim était un de ces hommes : car Arnheim était Arnheim, et sur Arnheim c’était encore Arnheim qu’on voyait ; étant l’héritier de son père, il était né évé­ne­ment, et il n’était pas ques­tion de mettre en doute l’actualité de ses pro­pos. Il lui suf­fi­sait de faire le petit effort de dire n’importe quoi que l’on pût, avec un peu de bonne volon­té, juger impor­tant. Et c’est encore Arnheim lui-même qui tra­dui­sit cela en un juste prin­cipe : « Savoir se faire com­prendre de ses contem­po­rains, de là dépend pour une grande part l’importance réelle d’un homme », aimait-il à dire.

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chap. 77  : « Arnheim en ami des journalistes »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 410

« Tant de gens ignorent encore à quel point l’esprit manque d’ordre ! ajou­ta-t-il en guise de déve­lop­pe­ment. Je suis même per­sua­dé, avec la per­mis­sion de Votre Excellence, que la plu­part des gens s’imaginent vivre chaque jour un nou­veau pro­grès de l’ordre uni­ver­sel. Ils voient l’ordre par­tout : dans les usines, les indi­ca­teurs de che­mins de fer, les ins­ti­tu­tions sco­laires (et je me per­met­trai de citer éga­le­ment, non sans fier­té, nos casernes qui, mal­gré des moyens modestes, évoquent la dis­ci­pline d’un excellent orchestre). De quelque côté que le regard se tourne, ce n’est qu’ordre, ordon­nance, règle et règle­ment : règle­ments de trans­port, règle­ments de police, règle­ments des débits de bois­son, etc. Aussi suis-je per­sua­dé que tout le monde ou presque, de nos jours, consi­dère notre époque comme la plus ordon­née qui fût jamais. Votre Excellence, tout au fond d’elle-même, n’en a‑t-elle pas aus­si le sen­ti­ment ? Moi du moins, je l’éprouve. Oui, pour peu que mon atten­tion se relâche un ins­tant, je crois trou­ver l’esprit même des temps modernes dans cet accrois­se­ment d’ordre, et que les empires de Ninive et de Rome ont dû leur chute à quelque gâchis. C’est là, je crois, le sen­ti­ment com­mun : cha­cun pré­sume, taci­te­ment, que si le pas­sé est pas­sé, c’est en puni­tion de quelque man­que­ment à l’ordre. Et pour­tant, cette idée n’est sans doute qu’un leurre auquel des hommes culti­vés ne devraient pas se lais­ser prendre ! D’où, hélas ! la néces­si­té de la force, et des voca­tions militaires ! »

»Es gibt ja viele Menschen, die gar nicht wis­sen, wie wenig Ordnung der Geist hat!« führte er aus. »Ich bin sogar, wenn Exzellenz ges­tat­ten, über­zeugt, daß die meis­ten Menschen glau­ben, täglich einen Fortschritt der all­ge­mei­nen Ordnung zu erle­ben. Sie sehen alles voll von Ordnung ; die Fabriken, die Büros, die Eisenbahnfahrpläne und Unterrichtsanstalten, – ich darf da wohl auch mit Stolz unsere Kasernen erwäh­nen, die mit bes­chei­de­nen Mitteln gera­de­zu an die Disziplin eines guten Musikorchesters erin­nern –, und man kann hin­schaun, wo man will, so sieht man eine Ordnung, eine Geh‑, Fahr‑, Steuer‑, Kirchen‑, Geschäfts‑, Rang‑, Ball‑, Sittenordnung und so wei­ter. Also ich bin über­zeugt, daß fast jeder Mensch heute unser Zeitalter für das geord­netste hält, was es je gege­ben hat. Haben Exzellenz nicht auch, so im Innersten, dieses Gefühl ? Ich wenig­stens hab” es. Also ich, wenn ich nicht sehr auf­passe, habe ich sofort das Gefühl, daß der Geist der Neuzeit eben in die­ser größe­ren Ordnung liegt und daß die Reiche von Ninive und Rom an irgen­dei­ner Schlamperei zugrunde gegan­gen sein müs­sen. Ich glaube, die meis­ten Menschen emp­fin­den so und set­zen stil­l­sch­wei­gend voraus, daß die Vergangenheit zur Strafe ver­gan­gen ist, für irgen­det­was, das nicht in Ordnung war. Aber diese Vorstellung ist ja frei­lich eine Täuschung, der sich gebil­dete Menschen nicht hin­ge­ben soll­ten. Und darin liegt lei­der die Notwendigkeit der Macht und des Soldatenberufs!«

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chap. 75  : « Le géné­ral Stumm von Bordwehr consi­dère qu’une visite à Diotime fait une fameuse diver­sion aux obli­ga­tions du service »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 403–404

Le fait était qu’ils ne s’aimaient pas. Souvent, autre­fois, ils avaient joué ensemble au ten­nis, ou s’étaient ren­con­trés dans des soi­rées, ils étaient sor­tis ensemble, avaient pris de l’intérêt l’un à l’autre et fran­chi ain­si imper­cep­ti­ble­ment la fron­tière qui sépare l’ami intime auquel on se montre dans le désordre de ses sen­ti­ments, de tous ceux pour les­quels on se fait beau. Sans y prendre garde, ils s’étaient trou­vés aus­si intimes que deux êtres qui s’aiment depuis long­temps, qui même bien­tôt ne s’aimeront plus ; mais ils s’étaient dis­pen­sés de l’amour. Ils se dis­pu­taient tant qu’on aurait pu croire qu’ils se détes­taient, mais ces dis­putes étaient à la fois un obs­tacle et un lien. Ils savaient qu’il suf­fi­rait d’une petite étin­celle pour mettre le feu à leurs rap­ports. Si la dif­fé­rence d’âge avait été moins grande ou si Gerda avait été une femme mariée, il est pro­bable que l’occasion eût fait le lar­ron et que le lar­cin, au moins rétros­pec­ti­ve­ment, eût fait la pas­sion : car on se met en amour comme on se met en colère, rien qu’en en fai­sant les gestes. Mais jus­te­ment parce qu’ils savaient cela, ils ne les fai­saient pas.

Die Sache war die, daß sie einan­der nicht lieb­ten. Sie hat­ten frü­her oft gemein­sam Tennis gespielt oder sich in Gesellschaft getrof­fen, waren mitei­nan­der gegan­gen, hat­ten Anteil anei­nan­der genom­men und auf diese Weise unmerk­lich die Grenze über­schrit­ten, die einen ver­trau­ten Menschen, dem man sich zeigt, wie man in sei­ner Gefühlsunordnung ist, von allen unter­schei­det, vor denen man sich fein macht. Sie waren unver­se­hens so ver­traut gewor­den wie zwei, die sich schon lange lie­ben, ja fast schon nicht mehr lie­ben, aber hat­ten sich dabei die Liebe erlas­sen. Sie zank­ten einan­der aus, so daß man glau­ben konnte, sie möch­ten einan­der nicht, aber das war zugleich Hindernis und Verbindung. Sie wuß­ten, daß nur ein klei­ner Funke fehlte, um daraus ein Feuer anzu­rich­ten. Wäre der Altersunterschied zwi­schen ihnen gerin­ger oder Gerda eine verhei­ra­tete Frau gewe­sen, so wäre wahr­schein­lich aus der Gelegenheit der Dieb und aus dem Diebstahl wenig­stens nach­trä­glich eine Leidenschaft gewor­den, denn man redet sich in die Liebe hinein wie in den Zorn, wenn man ihre Gebärden macht. Aber gerade weil sie das wuß­ten, taten sie es nicht.

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chap. 73  : « Gerda Fischel »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 390

Il nous faut main­te­nant ajou­ter quelques mots à pro­pos d’un sou­rire, et qui plus est, d’un sou­rire d’hommes, accom­pa­gné de la barbe indis­pen­sable à cette acti­vi­té d’homme qu’on appelle sou­rire-dans-sa-barbe : il s’agit du sou­rire des savants qui avaient don­né suite à l’invitation de Diotime et écou­taient par­ler les illustres beaux esprits. Quoiqu’ils sou­rissent, gar­dons-nous bien de croire que ce fût avec iro­nie. Tout au contraire, c’était leur façon d’exprimer la véné­ra­tion et l’incompétence dont on a déjà par­lé. Mais gar­dons-nous aus­si d’en être dupes. Dans leur conscience, c’était sans doute vrai, mais dans leur sub­cons­cient, pour user d’un terme deve­nu cou­rant, ou, pour mieux dire, dans leur état géné­ral, c’étaient des hommes chez qui gron­dait, comme le feu sous le chau­dron, une cer­taine ten­dance au Mal.

Bien enten­du, cette remarque semble para­doxale, et un pro­fes­seur d’Université en pré­sence duquel on la ris­que­rait répli­que­rait pro­ba­ble­ment qu’il se contente de ser­vir la Vérité et le Progrès, et ne veut rien savoir d’autre : c’est là l’idéologie de sa pro­fes­sion. Toutes les idéo­lo­gies de pro­fes­sion sont évi­dem­ment nobles ; les chas­seurs, par exemple, bien loin de s’intituler « bou­chers des forêts », se pro­clament très haut « Amis offi­ciels des ani­maux et de la nature », de même que les com­mer­çants défendent le prin­cipe du pro­fit hono­rable et que les voleurs, à leur tour, adoptent le dieu des com­mer­çants, à savoir le dis­tin­gué pro­mo­teur de la concorde uni­ver­selle, l’international Mercure. Il ne faut donc pas faire trop de cas de la forme que prend une acti­vi­té quel­conque dans la conscience de ceux qui l’exercent.

Si l’on se demande sans aucun par­ti pris com­ment la science a pu abou­tir à sa forme actuelle (chose impor­tante à tous points de vue, puisqu’elle nous domine et que l’analphabète lui-même n’en est pas pré­ser­vé, qui apprend à vivre dans la com­pa­gnie d’innombrables objets pro­duits scien­ti­fi­que­ment), on obtient déjà une image fort dif­fé­rente. Selon des tra­di­tions dignes de foi, ce serait au cours du XVIe siècle, période d’intense ani­ma­tion spi­ri­tuelle, que l’homme, renon­çant à vio­ler les secrets de la nature comme il l’avait ten­té jusqu’alors pen­dant vingt siècles de spé­cu­la­tion reli­gieuse et phi­lo­so­phique, se conten­ta, d’une façon que l’on ne peut qua­li­fier que de « super­fi­cielle », d’en explo­rer la sur­face. Le grand Galilée, par exemple, qui est tou­jours le pre­mier cité à ce pro­pos, renon­çant à savoir pour quelle rai­son intrin­sèque la Nature avait hor­reur du vide au point qu’elle obli­geait un corps en mou­ve­ment de chute à tra­ver­ser et rem­plir espace après espace jusqu’à ce qu’il attei­gnît enfin le sol, se conten­ta d’une consta­ta­tion beau­coup plus banale : il éta­blit sim­ple­ment à quelle vitesse ce corps tombe, quelle tra­jec­toire il rem­plit, quel temps il emploie pour la rem­plir et quelle accé­lé­ra­tion il subit. L’Église catho­lique a com­mis une grave faute en for­çant cet homme à se rétrac­ter sous peine de mort au lieu de le sup­pri­mer sans plus de céré­mo­nies : c’est parce que lui et ses frères spi­ri­tuels ont consi­dé­ré les choses sous cet angle que sont nés plus tard (et bien peu de temps après si l’on adopte les mesures de l’histoire) les indi­ca­teurs de che­min de fer, les machines, la psy­cho­lo­gie phy­sio­lo­gique et la cor­rup­tion morale de notre temps, toutes choses à quoi elle ne peut plus tenir tête. Sans doute est-ce par excès d’intelligence qu’elle a com­mis cette faute, car Galilée n’était pas seule­ment l’homme qui avait décou­vert la loi de la chute des corps et le mou­ve­ment de la terre, mais un inven­teur à qui le Grand capi­tal, comme on dirait aujourd’hui, s’intéressait ; de plus, il n’était pas le seul à son époque qu’eût enva­hi l’esprit nou­veau. Au contraire, les chro­niques nous apprennent que la sobrié­té d’esprit dont il était ani­mé se pro­pa­geait avec la vio­lence d’une épi­dé­mie ; si cho­quant qu’il soit aujourd’hui de dire de quelqu’un qu’il est ani­mé de sobrié­té, quand nous pen­se­rions plu­tôt en être satu­rés, le pas que l’homme fit à cette époque hors du som­meil méta­phy­sique vers la froide obser­va­tion des faits dut entraî­ner, si l’on en croit quan­ti­té de témoi­gnages, une véri­table ardeur, une véri­table ivresse de sobrié­té. Si l’on se demande com­ment l’humanité a pu pen­ser à se trans­for­mer ain­si, il faut répondre qu’elle a agi comme tous les enfants rai­son­nables quand ils ont essayé trop tôt de mar­cher ; elle s’est assise par terre, elle a tou­ché la terre avec une par­tie du corps peu noble sans doute, mais sur laquelle on peut se repo­ser. L’étrange est que la terre se soit mon­trée si sen­sible à ce pro­cé­dé et qu’elle se soit lais­sé arra­cher, depuis cette prise de contact, une telle foi­son de décou­vertes, de com­mo­di­tés et de connais­sances qu’on en crie­rait presque au miracle.

Cette pré­his­toire ter­mi­née, on serait en droit de pen­ser que nous vivons main­te­nant dans le miracle de l’Antéchrist ; car l’image du contact à quoi l’on vient de recou­rir ne doit pas être inter­pré­tée seule­ment dans le sens du confort et de la sécu­ri­té, mais aus­si dans celui de l’inconvenance et du défen­du. En effet, avant que les intel­lec­tuels ne décou­vrissent la volup­té des faits, seuls les guer­riers, les chas­seurs et les com­mer­çants, c’est-à-dire pré­ci­sé­ment les natures rusées et vio­lentes, l’avaient connue. Dans la lutte pour la vie, il n’y a pas de place pour le sen­ti­men­ta­lisme de la pen­sée, il n’y a que le désir de sup­pri­mer l’adversaire de la façon la plus rapide et la plus effec­tive ; tout le monde est posi­ti­viste ; tout de même, dans le com­merce, la ver­tu n’est point de s’en lais­ser conter mais de s’en tenir au solide, le pro­fit repré­sen­tant somme toute une vic­toire psy­cho­lo­gique rem­por­tée sur autrui et condi­tion­née par les cir­cons­tances. Si l’on consi­dère d’autre part quelles ver­tus per­mettent les grandes décou­vertes, on trouve l’absence de tout scru­pule tra­di­tion­nel et de toute inhi­bi­tion, le cou­rage, le plai­sir de détruire autant que celui d’entreprendre, l’exclusion de toute consi­dé­ra­tion morale, le mar­chan­dage patient des moindres béné­fices, l’attente tenace, quand il le faut, sur le che­min qui mène au but, enfin un res­pect du nombre et de la mesure qui est l’expression la plus aiguë de la défiance à l’égard de toute espèce d’imprécision ; en d’autres termes, rien, pré­ci­sé­ment, que les vieux vices des chas­seurs, sol­dats et mar­chands trans­po­sés dans le domaine intel­lec­tuel et méta­mor­pho­sés en ver­tus. Sans doute ces vices sont-ils ain­si affran­chis de la recherche d’un pro­fit per­son­nel et rela­ti­ve­ment bas, mais l’élément de Mal ori­gi­nel, comme on pour­rait le nom­mer, sur­vit à cette trans­for­ma­tion, étant appa­rem­ment indes­truc­tible et éter­nel, tout au moins aus­si éter­nel que les grands idéaux humains, puisqu’il n’est fina­le­ment rien de moins et rien de plus que le plai­sir de tendre un croc-en-jambe aux idéaux pour les voir se cas­ser le nez. Qui ne connaît la maligne ten­ta­tion qui vous vient à l’esprit devant un beau grand vase de cris­tal, à l’idée qu’un seul coup de canne le bri­se­rait en mille mor­ceaux ? Cette ten­ta­tion, exal­tée jusqu’à cet héroïsme amer né du fait que l’homme ne peut être sûr de rien, dans sa vie, sinon de ce qui tient à fer et à clou, est dans la sobrié­té spi­ri­tuelle de la science un sen­ti­ment de base ; si les conve­nances s’opposent à ce qu’on l’identifie avec le Diable, on ne peut nier tout de même qu’elle ne sente un peu le soufre.

On peut rap­pe­ler dès l’abord la sin­gu­lière pré­di­lec­tion de la pen­sée scien­ti­fique pour ces expli­ca­tions méca­niques, sta­tis­tiques et maté­rielles aux­quelles on dirait qu’on a enle­vé le cœur. Ne voir dans la bon­té qu’une forme par­ti­cu­lière de l’égoïsme ; rap­por­ter les mou­ve­ments du cœur à des sécré­tions internes ; consta­ter que l’homme se com­pose de huit ou neuf dixièmes d’eau ; expli­quer la fameuse liber­té morale du carac­tère comme un appen­dice auto­ma­tique du libre-échange ; rame­ner la beau­té à une bonne diges­tion et au bon état des tis­sus adi­peux ; réduire la pro­créa­tion et le sui­cide à des courbes annuelles qui révèlent le carac­tère for­cé de ce que l’on croyait le résul­tat des déci­sions les plus libres ; sen­tir la paren­té de l’extase avec l’aliénation men­tale ; mettre sur le même plan la bouche et l’anus, puisqu’ils sont les extré­mi­tés orale et rec­tale d’une même chose… : de telles idées, qui dévoilent en effet dans une cer­taine mesure les trucs de l’illusionnisme humain, béné­fi­cient tou­jours d’une sorte de pré­ju­gé favo­rable et passent pour par­ti­cu­liè­re­ment scien­ti­fiques. C’est sans doute la véri­té qu’on aime en elles ; mais tout autour de cet amour nu, il y a un goût de la dés­illu­sion, de la contrainte, de l’inexorable, de la froide inti­mi­da­tion et des sèches remon­trances, une maligne par­tia­li­té ou tout au moins l’exhalaison invo­lon­taire de sen­ti­ments analogues.

En d’autres termes, la voix de la véri­té est tou­jours accom­pa­gnée de para­sites assez sus­pects, mais ceux qui y sont le plus inté­res­sés n’en veulent rien savoir. Or, la psy­cho­lo­gie moderne connaît un bon nombre de ces « para­sites » refou­lés et nous en offre le remède : les faire sor­tir et les rendre aus­si clairs que pos­sible à la conscience pour annu­ler leur néfaste influence. Qu’adviendrait-il donc si l’on se déci­dait à faire l’expérience et qu’on se sen­tît ten­té de révé­ler publi­que­ment ce goût équi­voque de l’homme pour la véri­té et ses para­sites, misan­thro­pie et sata­nisme, et qu’on allât même jusqu’à l’introduire avec confiance dans la vie ? Eh bien ! il en résul­te­rait à peu près ce défaut d’idéalisme que l’on a déjà décrit sous le nom d’« uto­pie de la vie exacte », mode de pen­sée fon­dé sur la pos­si­bi­li­té de l’essai et de la rétrac­ta­tion, mais sou­mis néan­moins à l’implacable loi mar­tiale qui régit toute conquête intel­lec­tuelle. Cette manière de façon­ner sa vie n’est nul­le­ment faite, il est vrai, pour pré­ser­ver ou apai­ser celui qui l’adopte ; loin de consi­dé­rer ce qui est digne de vie avec un res­pect abso­lu, il n’y ver­rait plus qu’une simple ligne de démar­ca­tion que la lutte pour la véri­té inté­rieure ne cesse de dépla­cer. Il dou­te­rait du carac­tère sacré de chaque ins­tant du monde, non point par scep­ti­cisme, mais dans l’esprit du grim­peur qui sait que le pied le plus sûr est aus­si tou­jours le plus bas pla­cé. Dans le feu de cette Église mili­tante qui hait le dogme pour l’amour de ce qui demeure encore irré­vé­lé et repousse les lois et la tra­di­tion au nom d’un amour exi­geant de sa pro­chaine figure, le Diable retrou­ve­rait le che­min de Dieu, ou, pour par­ler plus sim­ple­ment, la véri­té rede­vien­drait la sœur de la ver­tu et ne serait plus ten­tée de lui jouer ces tours sour­nois qu’une jeune nièce réserve à une tante res­tée vieille fille.

Tout cela, un jeune homme l’enregistre plus ou moins consciem­ment dans les amphi­théâtres du Savoir ; il y découvre aus­si les élé­ments d’une vaste syn­thèse où des mondes aus­si éloi­gnés l’un de l’autre qu’une pierre qui tombe et un astre qui gra­vite se voient comme par jeu rap­pro­chés, où un phé­no­mène qui sem­blait abso­lu­ment un et indi­vi­sible, comme la nais­sance d’un acte simple dans les centres de la conscience, se trouve divi­sé en cou­rants dont les sources pro­fondes sont sépa­rées les unes des autres par des mil­lé­naires. Mais qu’il prenne envie à quelqu’un d’étendre la men­ta­li­té ain­si acquise au-delà des limites de cer­tains pro­blèmes spé­cia­li­sés, on lui fera vite com­prendre que les exi­gences de la vie ne sont pas celles de la pen­sée. Dans la vie, c’est presque tou­jours le contraire de ce dont un esprit culti­vé est fami­lier, qui se pro­duit : les dif­fé­rences et les res­sem­blances natu­relles acquièrent un prix infi­ni ; tout ce qui dure, et de quelque façon que ce soit, est consi­dé­ré jusqu’à un cer­tain point comme natu­rel, de sorte qu’on n’y touche pas volon­tiers ; les trans­for­ma­tions qui se révèlent néces­saires ne se font qu’avec hési­ta­tion et comme en lou­voyant. Si donc quelqu’un s’avisait, pous­sé met­tons par une men­ta­li­té végé­ta­rienne, de vous­soyer une vache (par­fai­te­ment conscient du fait que l’on manque plus faci­le­ment d’égards à un être que l’on tutoie), on le trai­te­rait aus­si­tôt de sot ou même de fou ; non pas à cause de sa men­ta­li­té végé­ta­rienne ou zoo­phile, laquelle est jugée « pro­fon­dé­ment humaine », mais bien parce qu’il l’aurait trans­po­sée direc­te­ment dans le réel. En un mot, il existe entre l’esprit et la vie un com­pro­mis assez com­plexe aux termes duquel l’esprit touche tout au plus 0,5 % de ses créances et y gagne le titre de créan­cier honoraire.

Si l’esprit, sous la forme puis­sante qu’il a fini par revê­tir, est lui-même, comme on vient de l’admettre, un saint tout à fait viril, avec tous les défauts acces­soires du guer­rier et du chas­seur, il fau­drait conclure des cir­cons­tances évo­quées ci-des­sus que sa secrète ten­dance à la per­ver­sion ne peut s’épanouir nulle part dans sa tota­li­té (assez gran­diose après tout), ni trou­ver aucune occa­sion de se puri­fier au contact du réel ; on ne pour­rait la ren­con­trer que sur des che­mins tout à fait étranges, incon­trô­lés, où elle échappe enfin à sa sté­rile cap­ti­vi­té. Reste à savoir si, jusqu’ici, tout a été jeu illu­soire ou non ; tou­te­fois, on ne peut nier que cette der­nière sup­po­si­tion ne soit confir­mée à sa manière. Il règne aujourd’hui chez beau­coup d’hommes un état d’esprit assez obs­cur : attente du pire, dis­po­si­tion à la révolte, défiance envers tout ce que l’on vénère. Il y a des hommes qui déplorent le manque d’idéalisme de la jeu­nesse, mais qui, dans le moment où il leur faut agir, se com­portent spon­ta­né­ment comme celui qui, par une très saine défiance des idées, en appuie la trop cour­toise puis­sance par l’action d’une quel­conque matraque. Autrement dit, est-il un seul but pie qui ne doive se pour­voir d’un rien de cor­rup­tion et comp­ter un peu avec les qua­li­tés humaines infé­rieures, s’il veut pas­ser dans ce monde pour sérieux et sin­cère ? Des expres­sions comme : « tenir », « for­cer », « ser­rer la vis », « ne pas avoir peur de cas­ser les vitres », « la manière forte », ont un agréable par­fum de sérieux. L’idée que le plus grand esprit, four­ré dans une cour de caserne, y apprend en huit jours à sau­ter au seul com­man­de­ment d’un sous-off, celle qu’un lieu­te­nant et huit hommes suf­fisent pour mettre en état d’arrestation tous les par­le­ments du monde, n’ont, il est vrai, trou­vé leur expres­sion clas­sique que plus tard, lorsqu’on a décou­vert qu’on pou­vait, de quelques cuille­rées d’huile de ricin admi­nis­trées à un idéa­liste, ridi­cu­li­ser les convic­tions les mieux ancrées ; mais depuis long­temps déjà, bien qu’on les eût ban­nies avec indi­gna­tion, elles avaient la même ter­rible force ascen­sion­nelle que les plus étranges rêves. Le fait est là aujourd’hui que la deuxième pen­sée, quand ce n’est pas la pre­mière, de tout homme qui se trouve confron­té à quelque phé­no­mène impo­sant, fût-ce sim­ple­ment par sa beau­té, est inévi­ta­ble­ment celle-ci : « Tu ne vas pas me la faire, je fini­rai bien par t’avoir ! » Et cette rage de tout abais­ser, carac­té­ris­tique d’une époque qui n’est pas seule­ment per­sé­cu­tée, mais per­sé­cu­trice, ne peut plus être sim­ple­ment confon­due avec la dis­tinc­tion natu­relle que la vie éta­blit entre le sublime et le gros­sier ; c’est bien plu­tôt, dans notre esprit, un trait de maso­chisme, l’inexprimable joie de voir le bien humi­lié et même détruit avec une si mer­veilleuse aisance. On croi­rait à un désir pas­sion­né de se démen­tir, et peut-être n’est-il pas si déso­lant, après tout, de faire confiance à une époque qui est venue au monde par les pieds, et ne demande plus qu’à être remise à l’endroit par son Créateur.

Es müs­sen nun ein paar Worte über ein Lächeln fol­gen, noch dazu ein Männerlächeln, und es war ein Bart dabei, ges­chaf­fen für die männ­liche Tätigkeit des In den Bart Lächelns ; es han­delt sich um das Lächeln der Gelehrten, die der Einladung Diotimas Folge geleis­tet hat­ten und den berühm­ten Schöngeistern zuhör­ten. Obgleich sie lächel­ten, darf man bei­leibe nicht glau­ben, daß sie es iro­nisch taten. Im Gegenteil, es war ihr Ausdruck der Ehrerbietung und Inkompetenz, wovon ja schon die Rede gewe­sen. Aber man darf sich auch dadurch nicht täu­schen las­sen. In ihrem Bewußtsein stimmte das, jedoch in ihrem Unterbewußtsein, um dieses gebräu­chliche Wort zu benüt­zen, oder rich­ti­ger gesagt, in ihrem Gesamtzustand waren es Menschen, in denen ein Hang zum Bösen rumorte wie das Feuer unter einem Kessel.

Das sieht nun natür­lich wie eine para­doxe Bemerkung aus, und ein o. ö. Universitätsprofessor, in des­sen Angesicht man sie auf­stel­len wollte, würde ver­mut­lich ent­ge­gnen, daß er schlicht der Wahrheit und dem Fortschritt diene und sonst von nichts wisse ; denn das ist seine Berufsideologie. Aber alle Berufsideologien sind edel, und die Jäger zum Beispiel sind weit davon ent­fernt, sich die Fleischer des Waldes zu nen­nen, nen­nen sich viel­mehr den weid­ge­rech­ten Freund der Tiere und der Natur, eben­so wie die Kaufleute den Grundsatz des ehr­ba­ren Nutzens hegen und die Diebe den Gott der Kaufleute, näm­lich den vor­neh­men und völ­ker­ver­bin­dend inter­na­tio­na­len Merkur, auch den ihren nen­nen. Auf die Darstellung einer Tätigkeit im Bewußtsein derer, die sie ausü­ben, ist also nicht all­zu­viel zu geben.

Fragt man sich unbe­fan­gen, wie die Wissenschaft ihre heu­tige Gestalt bekom­men hat – was an und für sich wich­tig ist, da sie uns ja beherr­scht und nicht ein­mal ein Analphabet vor ihr sicher ist, denn er lernt es, mit unzäh­li­gen gelehrt gebo­re­nen Dingen zusam­men­zu­le­ben –, so erhält man schon ein anderes Bild. Nach glaubwür­di­gen Überlieferungen hat das im sech­zehn­ten Jahrhundert, einem Zeitalter stärks­ter see­li­scher Bewegtheit, damit begon­nen, daß man nicht län­ger, wie es bis dahin durch zwei Jahrtausende reli­giö­ser und phi­lo­so­phi­scher Spekulation ges­che­hen war, in die Geheimnisse der Natur ein­zu­drin­gen ver­suchte, son­dern sich in einer Weise, die nicht anders als ober­flä­chlich genannt wer­den kann, mit der Erforschung ihrer Oberfläche begnügte. Der große Galileo Galilei, der dabei immer als ers­ter genannt wird, räumte zum Beispiel mit der Frage auf, aus wel­chem in ihrem Wesen lie­gen­den Grund die Natur eine Scheu vor lee­ren Räumen habe, so daß sie einen fal­len­den Körper solange Raum um Raum dur­ch­drin­gen und ausfül­len lasse, bis er end­lich auf fes­tem Boden anlange, und begnügte sich mit einer viel gemei­ne­ren Feststellung : er ergrün­dete ein­fach, wie schnell ein sol­cher Körper fällt, welche Wege er zurü­ck­legt, Zeiten ver­braucht und welche Geschwindigkeitszuwüchse er erfährt. Die katho­lische Kirche hat einen schwe­ren Fehler began­gen, indem sie die­sen Mann mit dem Tode bedrohte und zum Widerruf zwang, statt ihn ohne viel Federlesens umzu­brin­gen ; denn aus sei­ner und sei­ner Geistesverwandten Art, die Dinge anzu­se­hen, sind danach – bin­nen kür­zes­ter Zeit, wenn man his­to­rische Zeitmaße anlegt, – die Eisenbahnfahrpläne, die Arbeitsmaschinen, die phy­sio­lo­gische Psychologie und die mora­lische Verderbnis der Gegenwart ents­tan­den, gegen die sie nicht mehr auf­kom­men kann. Sie hat die­sen Fehler wahr­schein­lich aus zu großer Klugheit began­gen, denn Galilei war ja nicht nur der Entdecker des Fallgesetzes und der Erdbewegung, son­dern auch ein Erfinder, für den sich, wie man heute sagen würde, das Großkapital inter­es­sierte, und außer­dem war er nicht der ein­zige, der damals von dem neuen Geist ergrif­fen wurde ; im Gegenteil, die his­to­ri­schen Berichte zei­gen, daß sich die Nüchternheit, von der er beseelt war, weit und ungestüm wie eine Ansteckung aus­brei­tete, und so anstößig das heute klingt, jemand von Nüchternheit beseelt zu nen­nen, wo wir davon schon zu viel zu haben glau­ben, damals muß das Erwachen aus der Metaphysik zur har­ten Betrachtung der Dinge nach alle­rhand Zeugnissen gera­de­zu ein Rausch und Feuer der Nüchternheit gewe­sen sein ! Aber wenn man sich fragt, was der Menschheit nun eigent­lich ein­ge­fal­len sei, sich so zu verän­dern, so ist die Antwort, sie tat damit nichts anderes, als jedes vernünf­tige Kind tut, wenn es zu früh ver­sucht hat, zu lau­fen ; sie setzte sich auf die Erde und berührte diese mit einem verläß­li­chen und wenig edlen Körperteil, es muß gesagt wer­den : sie tat es mit eben jenem, auf dem man sitzt. Denn das Merkwürdige ist, daß sich die Erde dafür so unge­mein empfän­glich gezeigt hat und seit die­ser Berührung sich Erfindungen, Bequemlichkeiten und Erkenntnisse in einer Fülle ent­lo­cken läßt, die ans Wunder grenzt.

Man könnte nach die­ser Vorgeschichte nicht ganz mit Unrecht mei­nen, es sei das Wunder des Antichrist, in dem wir uns mit­ten darin befin­den ; denn das gebrauchte Berührungsgleichnis ist nicht nur in der Richtung der Verläßlichkeit zu deu­ten, son­dern eben­so­sehr in der Richtung des Anstandslosen und Verpönten. Und wirk­lich haben, ehe geis­tige Menschen ihre Lust an den Tatsachen ent­deck­ten, nur Krieger, Jäger und Kaufleute, gerade also lis­tige und gewalttä­tige Naturen, diese beses­sen. Im Kampf ums Leben gibt es keine den­ke­ri­schen Sentimentalitäten, son­dern nur den Wunsch, den Gegner auf dem kür­zes­ten und tatsä­chlichs­ten Wege umzu­brin­gen, da ist jeder­mann Positivist ; und eben­so wenig wäre es im Geschäft eine Tugend, sich etwas vor­ma­chen zu las­sen, statt aufs Feste zu gehn, wobei der Gewinn letz­ten Endes eine psy­cho­lo­gische und den Umständen ents­prin­gende Überwältigung des ande­ren bedeu­tet. Sieht man ande­rer­seits zu, welche Eigenschaften es sind, die zu Entdeckungen füh­ren, so gewahrt man Freiheit von über­nom­me­ner Rücksicht und Hemmung, Mut, eben­so­viel Unternehmungs- wie Zerstörungslust, Ausschluß mora­li­scher Überlegungen, gedul­diges Feilschen um den kleins­ten Vorteil, zähes Warten auf dem Weg zum Ziel, falls es sein muß, und eine Verehrung für Maß und Zahl, die der schärf­ste Ausdruck des Mißtrauens gegen alles Ungewisse ist ; mit ande­ren Worten, man erblickt nichts anderes als eben die alten Jäger‑, Soldaten- und Händlerlaster, die hier bloß ins Geistige über­tra­gen und in Tugenden umge­deu­tet wor­den sind. Und sie sind damit zwar dem Streben nach persön­li­chem und verhält­nismäßig gemei­nem Vorteil entrückt, aber das Element des Urbösen, wie man es nen­nen könnte, ist ihnen auch bei die­ser Verwandlung nicht ver­lo­ren­ge­gan­gen, denn es ist schein­bar unzerstör­bar und ewig, wenig­stens so ewig wie alles men­schlich Hohe, da es in nichts gerin­ge­rem und ande­rem als der Lust bes­teht, die­ser Höhe ein Bein zu stel­len und sie auf die Nase fal­len zu sehn. Wer kennt nicht die boshafte Verlockung, die bei der Betrachtung eines schön­gla­sier­ten üppi­gen Topfes in dem Gedanken liegt, daß man ihn mit einem Stockhieb in hun­dert Scherben schla­gen könnte ? Zum Heroismus der Bitterkeit ges­tei­gert, daß man sich im Leben auf nichts ver­las­sen könne, als was niet- und nagel­fest sei, ist sie ein in die Nüchternheit der Wissenschaft ein­ges­chlos­senes Grundgefühl, und wenn man es aus Achtbarkeit nicht den Teufel nen­nen will, so ist doch zumin­dest ein leich­ter Geruch von ver­brann­tem Pferdehaar daran.

Man kann gleich mit der eige­nar­ti­gen Vorliebe begin­nen, die das wis­sen­schaft­liche Denken für mecha­nische, sta­tis­tische, mate­rielle Erklärungen hat, denen gleich­sam das Herz aus­ges­to­chen ist. Die Güte nur für eine beson­dere Form des Egoismus anzu­se­hen ; Gemütsbewegungen in Zusammenhang mit inne­ren Ausscheidungen zu brin­gen ; fest­zus­tel­len, daß der Mensch zu acht oder neun Zehnteln aus Wasser bes­teht ; die berühmte sit­tliche Freiheit des Charakters als ein auto­ma­tisch ents­tan­denes Gedankenanhängsel des Freihandels zu erklä­ren ; Schönheit auf gute Verdauung und ordent­liche Fettgewebe zurü­ck­zufüh­ren ; Zeugung und Selbstmord auf Jahreskurven zu brin­gen, die das, was freieste Entscheidung zu sein scheint, als zwang­smäßig zei­gen ; Rausch und Geisteskrankheit als ver­wandt zu emp­fin­den ; After und Mund als das rek­tale und orale Ende der­sel­ben Sache einan­der glei­ch­zus­tel­len –: derar­tige Vorstellungen, die im Zauberkunststück der men­schli­chen Illusionen gewis­ser­maßen den Trick bloß­le­gen, fin­den immer eine Art güns­ti­ger Vormeinung, um für beson­ders wis­sen­schaft­lich zu gel­ten. Es ist aller­dings die Wahrheit, was man da liebt ; aber rings um diese blanke Liebe liegt eine Vorliebe für Desillusion, Zwang, Unerbittlichkeit, kalte Abschreckung und tro­ckene Zurechtweisung, eine hämische Vorliebe oder wenig­stens eine unfrei­willige Gefühlsausstrahlung von sol­cher Art.

Mit einem ande­ren Wort, die Stimme der Wahrheit hat ein verdäch­tiges Nebengeräusch, aber die am nächs­ten Beteiligten wol­len nichts davon hören. Nun, die Psychologie kennt heute viele sol­cher unter­drück­ten Nebengeräusche, und sie hat auch den Rat bereit, daß man sie her­vo­rho­len und sich so deut­lich wie möglich machen solle, um ihre schäd­li­chen Wirkungen zu verhin­dern. Wie wäre es also, wenn man die Probe machen wollte und sich ver­sucht fühlte, den zwei­deu­ti­gen Geschmack an der Wahrheit und ihren boshaf­ten Nebenstimmen des Menschengehässigen und Höllenhundsmäßigen offen zur Schau zu tra­gen, ihn gleich­sam ver­trauend ins Leben zu wen­den ? Nun, es käme ungefähr jener Mangel an Idealismus heraus, der unter dem Titel einer Utopie des exak­ten Lebens schon bes­chrie­ben wor­den ist, eine Gesinnung auf Versuch und Widerruf, aber dem eiser­nen Kriegsgesetz der geis­ti­gen Eroberung unters­te­hend. Dieses Verhalten zur Lebensgestaltung ist nun frei­lich kei­nes­wegs pfle­gend und befrie­dend ; es würde das Lebenswürdige kei­nes­wegs nur mit Ehrfurcht anse­hen, son­dern eher wie eine Demarkationslinie, die der Kampf um die innere Wahrheit bestän­dig ver­schiebt. Es würde an der Heiligkeit des Augenblickszustandes der Welt zwei­feln, aber nicht aus Skepsis, son­dern in der Gesinnung des Steigens, wo der Fuß, der fest steht, jeder­zeit auch der tie­fere ist. Und in dem Feuer einer sol­chen Ecclesia mili­tans, welche die Lehre haßt um des noch nicht Geoffenbarten willen und Gesetz und Gültiges bei­seite schiebt im Namen einer ans­pruchs­vol­len Liebe zu ihrer nächs­ten Gestalt, würde der Teufel wie­der zu Gott zurück­fin­den, oder, ein­fa­cher ges­pro­chen, die Wahrheit wäre dort wie­der die Schwester der Tugend und müßte nicht mehr gegen sie die vers­teck­ten Bosheiten verü­ben, welche eine junge Nichte gegen eine alt­jüng­fer­liche Tante ausheckt.

Alles das nimmt nun, mehr oder weni­ger bewußt, ein jun­ger Mensch in den Lehrsälen des Wissens in sich auf, und er lernt dazu die Elemente einer großen kons­truk­ti­ven Gesinnung ken­nen, die das Entfernte wie einen fal­len­den Stein und einen krei­sen­den Stern spie­lend zusam­men­bringt und etwas, das schein­bar eins und untei­lig ist, wie das Entstehen einer ein­fa­chen Handlung aus den Zentren des Bewußtseins, in Ströme zer­legt, deren innere Quellen um Jahrtausende vonei­nan­der ver­schie­den sind. Wollte sich aber jemand ein­fal­len las­sen, von so erwor­be­ner Gesinnung auße­rhalb der Grenzen beson­de­rer Fachaufgaben Gebrauch zu machen, so würde ihm als­bald begrei­flich gemacht wer­den, daß die Bedürfnisse des Lebens andere seien als die des Denkens. Im Leben spielt sich ungefähr von allem, was der aus­ge­bil­dete Geist gewohnt ist, das Gegenteil ab. Die natür­li­chen Unterschiede und Gemeinsamkeiten wer­den hier sehr hoch ges­chätzt ; das Bestehende, mag es sein, wie es will, wird bis zu einem gewis­sen Grad als natür­lich emp­fun­den und nicht gern ange­tas­tet ; die not­wen­dig wer­den­den Veränderungen voll­zie­hen sich nur zögernd und gleich­sam in einem hin und her wal­zen­den Vorgang. Und wenn jemand etwa aus rei­ner vege­ta­ri­scher Gesinnung zu einer Kuh Sie sagen würde (in rich­ti­ger Erwägung des Umstandes, daß man sich gegen ein Wesen, dem man du sagt, viel leich­ter rück­sichts­los benimmt), so würde man ihn einen Gecken, wenn nicht einen Narren schel­ten ; aber nicht wegen sei­ner tier­freund­li­chen oder vege­ta­ri­schen Gesinnung, die man hoch human fin­det, son­dern wegen ihrer unmit­tel­ba­ren Übertragung in die Wirklichkeit. Mit einem Wort, zwi­schen Geist und Leben bes­teht ein ver­wi­ckel­ter Ausgleich, bei dem der Geist höchs­tens ein Halb vom Tausend sei­ner Forderungen aus­be­zahlt erhält und dafür mit dem Titel eines Ehrengläubigers ges­chmückt wird.

Ist aber der Geist, in der mäch­ti­gen Gestalt, die er zuletzt gefun­den hat, wie vorhin ange­nom­men wor­den, selbst ein sehr männ­li­cher Heiliger mit krie­ge­ri­schen und jäge­ri­schen Nebenuntugenden, so wäre aus den ges­chil­der­ten Umständen zu schließen, daß die in ihm ste­ckende Neigung zum Lästerlichen nir­gends in ihrer imme­rhin großar­ti­gen Gänze herauskönne, noch die Gelegenheit finde, sich an der Wirklichkeit zu läu­tern, und darum auf alle­rhand recht son­der­ba­ren, unkon­trol­lier­ten Wegen anzu­tref­fen sein dürfte, auf denen sie der unfrucht­ba­ren Eingeschlossenheit ent­schlüpft. Es mag nun offen blei­ben, ob bis hie­her alles ein Spiel mit Einbildungen gewe­sen sei oder nicht ; so läßt sich doch nicht leu­gnen, daß diese letzte Vermutung ihre eige­nar­tige Bestätigung hat. Es gibt eine namen­lose Lebensstimmung, die nicht gerade wenig Menschen heute im Blut liegt, ein Gewärtigsein des Böseren, eine Tumultbereitschaft, ein Mißtrauen gegen alles, was man verehrt. Es gibt Menschen, die über die Ideallosigkeit der Jugend kla­gen, aber in dem Augenblick, wo sie han­deln müs­sen, sich ganz von selbst nicht anders ent­schei­den wie jemand, der aus gesün­des­tem Mißtrauen gegen die Idee deren sanfte Kraft durch die Wirkung irgen­deines Knüttels verstärkt. Gibt es, anders gesagt, irgen­dei­nen from­men Zweck, der sich nicht mit ein klein wenig Korruption und Berechnung der nie­de­ren men­schli­chen Eigenschaften auss­tat­ten müßte, um in die­ser Welt für ernst und ernst gemeint zu gel­ten ? Worte wie : bin­den, zwin­gen, in die Schraube neh­men, vor zer­bro­che­nen Fensterscheiben nicht zurück­scheuen, starke Methode, haben einen ange­neh­men Klang von Verläßlichkeit. Vorstellungen von der Art, daß der größte Geist, in einen Kasernhof ges­teckt, bin­nen acht Tagen vor der Stimme eines Feldwebels sprin­gen lernt, oder daß ein Leutnant und acht Mann genü­gen, um jedes Rednerparlament der Welt zu verhaf­ten, haben zwar erst spä­ter ihren klas­si­schen Ausdruck in der Entdeckung gefun­den, daß man mit eini­gen Löffeln Rhizinusöl, die man einem Idealisten ein­flößt, die unbeug­sam­sten Überzeugungen lächer­lich machen kann, aber sie hat­ten schon lange, obgleich sie mit Entrüstung ver­femt wur­den, den wil­den Auftrieb unheim­li­cher Träume. Es ist nun ein­mal so, daß zumin­dest der zweite Gedanke eines jeden Menschen, der vor eine überwäl­ti­gende Erscheinung ges­tellt wird, und sei es auch, daß sie ihn durch ihre Schönheit überwäl­tige, heute der ist : du wirst mir nichts vor­ma­chen, ich werde dich schon klein­krie­gen ! Und diese Verkleinerungswut einer nicht nur mit allen Hunden gehetz­ten, son­dern auch het­zen­den Zeit ist wohl kaum noch die dem Leben natür­liche Zweiteilung in Rohes und Hohes, weit eher ein selbst­quä­le­ri­scher Zug des Geistes, eine unauss­pre­chliche Lust an dem Schauspiel, daß sich das Gute ernie­dri­gen und wun­der­bar ein­fach zerstö­ren lasse. Es sieht einem lei­den­schaft­li­chen Sich-selbst-Lügen-stra­fen-Wollen nicht unähn­lich, und viel­leicht ist es gar nicht das Trostloseste, an eine Zeit zu glau­ben, die mit dem Steiß voraus zur Welt gekom­men ist und von des Schöpfers Händen bloß gewen­det zu wer­den braucht.

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t. 1
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chap. 72  : « La science sou­rit dans sa barbe, ou : Première ren­contre cir­cons­tan­ciée avec le Mal »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 378–385

Les affir­ma­tions sur l’« islam » sont énon­cées avec une confiance et une séré­ni­té vrai­ment olym­piennes. Il n’y a aucune dis­lo­ca­tion, aucune dis­con­ti­nui­té res­sen­tie entre la page de Gibb et le phé­no­mène qu’elle décrit, car cha­cun d’eux, selon Gibb lui-même, peut en der­nier res­sort se réduire à l’autre. Ainsi, l’« islam » et la des­crip­tion qu’en fait Gibb ont une sim­pli­ci­té calme et dis­cur­sive, avec comme élé­ment com­mun la page bien ordon­née de l’é­ru­dit anglais.

The sta­te­ments about “Islam” are made with a confi­dence and a sere­ni­ty that are tru­ly Olympian. There is no dis­lo­ca­tion, no felt dis­con­ti­nui­ty bet­ween Gibb’s page and the phe­no­me­non it des­cribes, for each, accor­ding to Gibb him­self, is ulti­ma­te­ly redu­cible to the other. As such, “Islam” and Gibb’s des­crip­tion of it have a calm, dis­cur­sive plain­ness whose com­mon ele­ment is the English scholar’s order­ly page.

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trad.  Catherine Malamoud
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p. 471

Les repré­sen­ta­tions de l’orientalisme dans la culture euro­péenne reviennent à ce que nous pou­vons appe­ler une cohé­rence dis­cur­sive, qui a non seule­ment pour elle l’histoire, mais une pré­sence maté­rielle (et ins­ti­tu­tion­nelle). Comme je l’ai dit à pro­pos de Renan, cette cohé­rence est une forme de praxis cultu­relle, un sys­tème d’occasions d’affirmer des choses sur l’Orient.

The repre­sen­ta­tions of Orientalism in European culture amount to what we can call a dis­cur­sive consis­ten­cy, one that has not only his­to­ry but mate­rial (and ins­ti­tu­tio­nal) pre­sence to show for itself. As I said in connec­tion with Renan, such a consis­ten­cy was a form of cultu­ral praxis, a sys­tem of oppor­tu­ni­ties for making sta­te­ments about the Orient.

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trad.  Catherine Malamoud
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p. 455