Quand il est deve­nu d’usage cou­rant pour la Grande-Bretagne, au cours du dix-neu­vième siècle, de mettre à la retraite ses admi­nis­tra­teurs en Inde et ailleurs dès l’âge de cin­quante-cinq ans, une étape a été fran­chie dans le raf­fi­ne­ment de l’orientalisme ; il n’a jamais été per­mis à un Oriental de voir vieillir et dégé­né­rer un Occidental, il n’a jamais été néces­saire pour un Occidental de se voir reflé­té dans les yeux de la race sujette autre­ment que comme un jeune repré­sen­tant du Raj, vigou­reux, ration­nel et tou­jours vigilant.

When it became com­mon prac­tice during the nine­teenth cen­tu­ry for Britain to retire its admi­nis­tra­tors from India and elsew­here once they had rea­ched the age of fif­ty-five, then a fur­ther refi­ne­ment in Orientalism had been achie­ved ; no Oriental was ever allo­wed to see a Westerner as he aged and dege­ne­ra­ted, just as no Westerner nee­ded ever to see him­self, mir­ro­red in the eyes of the sub­ject race, as any­thing but a vigo­rous, ratio­nal, ever-alert young Raj.

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« Connaître l’oriental » L’Orientalisme [1978]
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chap. 1  : « Le domaine de l’Orientalisme »
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trad.  Catherine Malamoud
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p. 91

L’orientalisme n’est donc pas un simple thème ou domaine poli­tique reflé­té pas­si­ve­ment par la culture, l’érudition ou les ins­ti­tu­tions ; il n’est pas non plus une col­lec­tion vaste et dif­fuse de textes sur l’Orient ; il ne repré­sente pas, il n’exprime pas quelque infâme com­plot impé­ria­liste « occi­den­tal » des­ti­né à oppri­mer le monde « orien­tal ». C’est plu­tôt la dis­tri­bu­tion d’une cer­taine concep­tion géo-éco­no­mique dans des textes d’esthétique, d’érudition, d’économie, de socio­lo­gie, d’histoire et de phi­lo­lo­gie ; c’est l’éla­bo­ra­tion non seule­ment d’une dis­tinc­tion géo­gra­phique (le monde est com­po­sé de deux moi­tiés inégales, l’Orient et l’Occident), mais aus­si de toute une série d’« inté­rêts » que non seule­ment il crée, mais encore entre­tient par des moyens tels que les décou­vertes éru­dites, la recons­truc­tion phi­lo­lo­gique, l’analyse psy­cho­lo­gique, la des­crip­tion de pay­sages et la des­crip­tion socio­lo­gique ; il est (plu­tôt qu’il n’exprime) une cer­taine volon­té ou inten­tion de com­prendre, par­fois de maî­tri­ser, de mani­pu­ler, d’incorporer même, ce qui est un monde mani­fes­te­ment dif­fé­rent (ou autre et nou­veau) ; sur­tout, il est un dis­cours qui n’est pas du tout en rela­tion de cor­res­pon­dance directe avec le pou­voir poli­tique brut, mais qui, plu­tôt, est pro­duit et existe au cours d’un échange inégal avec dif­fé­rentes sortes de pou­voirs, qui est for­mé jusqu’à un cer­tain point par l’échange avec le pou­voir poli­tique (comme dans l’esta­blish­ment colo­nial ou impé­rial), avec le pou­voir intel­lec­tuel (comme dans les sciences régnantes telles que la lin­guis­tique, l’anatomie com­pa­rées, ou l’une quel­conque des sciences poli­tiques modernes), avec le pou­voir cultu­rel (comme dans les ortho­doxies et les canons qui régissent le goût, les valeurs, les textes), la puis­sance morale (comme dans les idées de ce que « nous » fai­sons et de ce qu’« ils » ne peuvent faire ou com­prendre comme nous). En fait, ma thèse est que l’orientalisme est — et non seule­ment repré­sente — une dimen­sion consi­dé­rable de la culture poli­tique et intel­lec­tuelle moderne et que, comme tel, il a moins de rap­ports avec l’Orient qu’avec « notre » monde.

Therefore, Orientalism is not a mere poli­ti­cal sub­ject mat­ter or field that is reflec­ted pas­si­ve­ly by culture, scho­lar­ship, or ins­ti­tu­tions ; nor is it a large and dif­fuse col­lec­tion of texts about the Orient ; nor is it repre­sen­ta­tive and expres­sive of some nefa­rious “Western” impe­ria­list plot to hold down the “Oriental” world. It is rather a dis­tri­bu­tion of geo­po­li­ti­cal awa­re­ness into aes­the­tic, scho­lar­ly, eco­no­mic, socio­lo­gi­cal, his­to­ri­cal, and phi­lo­lo­gi­cal texts ; it is an ela­bo­ra­tion not only of a basic geo­gra­phi­cal dis­tinc­tion (the world is made up of two une­qual halves, Orient and Occident) but also of a whole series of “inter­ests” which, by such means as scho­lar­ly dis­co­ve­ry, phi­lo­lo­gi­cal recons­truc­tion, psy­cho­lo­gi­cal ana­ly­sis, land­scape and socio­lo­gi­cal des­crip­tion, it not only creates but also main­tains ; it is, rather than expresses, a cer­tain will or inten­tion to unders­tand, in some cases to control, mani­pu­late, even to incor­po­rate, what is a mani­fest­ly dif­ferent (or alter­na­tive and novel) world ; it is, above all, a dis­course that is by no means in direct, cor­res­pon­ding rela­tion­ship with poli­ti­cal power in the raw, but rather is pro­du­ced and exists in an une­ven exchange with various kinds of power, sha­ped to a degree by the exchange with power poli­ti­cal (as with a colo­nial or impe­rial esta­blish­ment), power intel­lec­tual (as with rei­gning sciences like com­pa­ra­tive lin­guis­tics or ana­to­my, or any of the modern poli­cy sciences), power cultu­ral (as with ortho­doxies and canons of taste, texts, values), power moral (as with ideas about what “we” do and what “they” can­not do or unders­tand as “we” do). Indeed, my real argu­ment is that Orientalism is—and does not sim­ply represent—a consi­de­rable dimen­sion of modern poli­ti­cal-intel­lec­tual culture, and as such has less to do with the Orient than it does with “our” world.

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« Introduction » L’Orientalisme [1978]
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trad.  Catherine Malamoud
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p. 45–46

Ce qui m’intéresse main­te­nant, c’est de faire sen­tir com­ment le consen­sus libé­ral selon lequel le « vrai » savoir est fon­da­men­ta­le­ment non poli­tique (et, à l’in­verse, qu’un savoir ouver­te­ment poli­tique n’est pas un « vrai » savoir) voile les condi­tions poli­tiques orga­ni­sées for­te­ment, encore qu’obscurément, qui pré­valent dans la pro­duc­tion du savoir.

What I am inter­es­ted in doing now is sug­ges­ting how the gene­ral libe­ral consen­sus that “true” know­ledge is fun­da­men­tal­ly non­po­li­ti­cal (and conver­se­ly, that overt­ly poli­ti­cal know­ledge is not “true” know­ledge) obs­cures the high­ly if obs­cu­re­ly orga­ni­zed poli­ti­cal cir­cum­stances obtai­ning when know­ledge is produced.

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« Introduction » L’Orientalisme [1978]
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trad.  Catherine Malamoud
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p. 42

On pen­sait alors (cet « on » est une indi­ca­tion volon­tai­re­ment impré­cise, car on ne pour­rait savoir qui, et com­bien d’hommes pen­saient ain­si, mais c’était néan­moins dans l’air), on pen­sait alors, donc, qu’il était peut-être pos­sible de vivre exac­te­ment. On nous deman­de­ra aujourd’hui ce que cela veut dire. La réponse serait sans doute que l’on peut se repré­sen­ter l’œuvre d’une vie réduite à trois trai­tés, mais aus­si bien à trois poèmes ou à trois actions dans les­quelles le pou­voir per­son­nel de créa­tion serait pous­sé à son comble. Ce qui vou­drait dire à peu près : se taire quand on n’a rien à dire, ne faire que le strict néces­saire quand on n’a pas de pro­jets par­ti­cu­liers et, chose essen­tielle, res­ter indif­fé­rent quand on n’a pas le sen­ti­ment indes­crip­tible d’être empor­té, bras grands ouverts, et sou­le­vé par une vague de la créa­tion ! On remar­que­ra que la plus grande part de notre vie psy­chique serait dès lors inter­rom­pue, mais peut-être le mal ne serait-il pas si grand. La thèse qui veut qu’une grande dépense de savon témoigne d’une grande pro­pre­té ne sera pas for­cé­ment juste en morale, où se révé­le­ront plus justes au contraire les théo­ries modernes selon les­quelles l’obsession de l’hygiène serait le symp­tôme d’un manque de pro­pre­té interne.

Man dachte damals daran aber dieses »man« ist mit Willen eine unge­naue Angabe ; man könnte nicht sagen, wer und wie­viele so dach­ten, imme­rhin, es lag in der Luft –, daß man viel­leicht exakt leben könnte. Man wird heute fra­gen, was das heiße ? Die Antwort wäre wohl die, daß man sich ein. Lebenswerk eben­so­gut wie aus drei Abhandlungen auch aus drei Gedichten oder Handlungen bes­te­hend den­ken kann, in denen die persön­liche Leistungsfähigkeit auf das Äußerste ges­tei­gert ist. Es hieße also ungefähr soviel wie schwei­gen, wo man nichts zu sagen hat ; nur das Nötige tun, wo man nichts Besonderes zu bes­tel­len hat ; und was das Wichtigste ist, gefühl­los blei­ben, wo man nicht das unbes­chrei­bliche Gefühl hat, die Arme aus­zu­brei­ten und von einer Welle der Schöpfung geho­ben zu wer­den ! Man wird bemer­ken, daß damit der größere Teil unseres see­li­schen Lebens aufhö­ren müßte, aber das wäre ja viel­leicht auch kein so schmerz­li­cher Schaden. Die These, daß der große Umsatz an Seife von großer Reinlichkeit zeugt, braucht nicht für die Moral zu gel­ten, wo der neuere Satz rich­ti­ger ist, daß ein aus­ge­präg­ter Waschzwang auf nicht ganz sau­bere innere Verhältnisse hindeutet.

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t. 1
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chap. 61  : « L’idéal des trois trai­tés, ou l’utopie de la vie exacte »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 310

Moosbrugger, main­te­nant, avait lais­sé sa tête retom­ber, il regar­dait le bois entre ses doigts. « Par ici, les gens disent à l’écureuil Eichkatzl, pen­sa-t-il ; mais allez essayer de dire, avec tout le sérieux qu’il faut sur la langue et sur la figure : Die Eichenkatze ! Tous écar­quille­raient les yeux, comme quand éclate brus­que­ment, dans la péta­rade d’un feu de tirailleurs à blanc, un vrai coup ! Dans la Hesse, en revanche, ils disent Baumfuchs. C’est des choses qu’on apprend quand on a beau­coup rou­lé. » Et quelle curio­si­té chez les psy­chiatres quand ils pré­sen­taient à Moosbrugger le por­trait d’un écu­reuil, et que celui-ci leur répon­dait : « Ça doit être un renard, ou peut-être bien un lièvre ; ça peut être aus­si un chat, ou du pareil. » Alors, à chaque fois, ils lui deman­daient très vite : « Combien font qua­torze plus qua­torze ? » Et il leur répon­dait, cir­cons­pect : « Eh bien ! entre vingt-huit et qua­rante… » Cet « entre » leur créait des dif­fi­cul­tés qui fai­saient sou­rire Moosbrugger. C’est tout simple en effet ; il sait bien, lui aus­si, qu’on arrive à vingt-huit quand on va de qua­torze en qua­torze, mais qui dit qu’on doive s’y arrê­ter ? Le regard de Moosbrugger erre encore un peu au-delà, comme celui d’un homme qui a atteint la crête d’une col­line se pro­fi­lant sur le ciel, et qui voit encore beau­coup d’autres crêtes sem­blables appa­raître der­rière. Si un écu­reuil n’est pas un chat, ni un renard, si, au lieu de corne, il a des dents comme le lièvre que le renard dévore, on n’a aucune rai­son d’être à ce point vétilleux : d’une façon ou d’une autre, c’est un rafis­to­lage de tout cela ensemble, et qui va cou­rir dans les arbres. L’expérience et la convic­tion de Moosbrugger étaient qu’il n’est rien qu’on puisse sai­sir en soi, parce que tout dépend de tout. Il lui était aus­si arri­vé dans sa vie de dire à une fille : « Votre bouche est une rose ! » mais tout à coup le mot se défai­sait aux cou­tures, et quelque chose de très pénible se pro­dui­sait : le visage deve­nait gris comme la terre que couvre le brouillard, et devant lui, sur une longue tige, une rose se dres­sait ; affreu­se­ment grande alors était la ten­ta­tion de prendre un cou­teau, de la cou­per ou de la frap­per pour qu’elle ren­trât de nou­veau dans le visage. Sans doute Moosbrugger ne pre­nait-il pas tou­jours tout de suite le cou­teau ; il ne le fai­sait que lorsqu’il ne pou­vait s’en sor­tir autre­ment. D’ordinaire, jus­te­ment, il met­tait toute sa force de colosse à tenir le monde rassemblé.

Quand il était de bonne humeur, il pou­vait regar­der un homme au visage et y décou­vrir son propre visage, tel qu’il vous regarde entre les petits pois­sons et les cailloux clairs d’un ruis­seau peu pro­fond ; s’il était de mau­vaise humeur, il lui suf­fi­sait de jeter un rapide coup d’œil sur le visage d’un homme pour recon­naître que c’était bien le même avec lequel il lui avait tou­jours fal­lu lut­ter, quelque effort que l’autre fît chaque fois pour se dégui­ser. Que pour­rait-on lui repro­cher ? Nous aus­si, nous nous bat­tons presque tou­jours avec le même homme. Si l’on recher­chait quels sont les êtres aux­quels nous res­tons si absur­de­ment atta­chés, il appa­raî­trait que c’est l’homme dont la clef cor­res­pond à notre ser­rure. Et dans l’amour ? Combien d’êtres contemplent jour après jour le même visage bien-aimé, mais ne peuvent dire, pour peu qu’ils ferment les yeux, com­ment il est. Et même sans par­ler d’amour ou de haine : à quelles modi­fi­ca­tions les choses ne sont-elles pas per­pé­tuel­le­ment expo­sées, selon l’habitude, l’humeur et le point de vue ! Que de fois la joie se consume pour mettre à jour un indes­truc­tible noyau de tris­tesse ! Que de fois un homme en frappe cal­me­ment un autre, alors qu’il pour­rait aus­si bien le lais­ser tran­quille ! La vie forme une sur­face qui se donne l’air d’être obli­gée d’être ce qu’elle est, mais sous cette peau les choses poussent et pressent. Moosbrugger était conti­nuel­le­ment debout sur deux mottes de terre qu’il tenait réunies, s’efforçant rai­son­na­ble­ment d’éviter tout ce qui pou­vait le trou­bler ; mais quel­que­fois un mot cre­vait dans sa bouche, et quelle révo­lu­tion, quel rêve des choses sur­gis­sait alors d’un mot com­po­sé aus­si refroi­di, aus­si consu­mé que Eichkätzchen ou Rosenlippe !

Moosbrugger hatte nun den Kopf sin­ken las­sen und sah auf das Holz zwi­schen sei­nen Fingern. »Da sagen hier die Leute zu einem Eichhörnchen Eichkatzl« fiel ihm ein ; »aber es sollte bloß ein­mal einer ver­su­chen, mit dem rich­ti­gen Ernst auf der Zunge und im Gesicht ›Die Eichenkatze‹ zu sagen ! Alle wür­den auf­schaun, wie wenn mit­ten im fur­zen­den Plänklerfeuer eines Manöverangriffs ein schar­fer Schuß fällt ! In Hessen sagen sie dage­gen Baumfuchs. Ein weit­ge­wan­der­ter Mensch weiß so etwas.« Und da taten die Psychiater wun­der wie neu­gie­rig, wenn sie Moosbrugger das gemalte Bild eines Eichhörnchens zeig­ten, und er darauf ant­wor­tete : »Das ist halt ein Fuchs oder viel­leicht ist es ein Hase ; es kann auch eine Katz sein oder so.« Sie frag­ten ihn dann jedes­mal recht schnell : »Wieviel ist vier­zehn mehr vier­zehn?« Und er ant­wor­tete ihnen bedäch­tig : »So ungefähr ach­tundz­wan­zig bis vier­zig.« Dieses »Ungefähr« berei­tete ihnen Schwierigkeiten, über die Moosbrugger schmun­zelte. Denn es ist ganz ein­fach ; er weiß auch, daß man bei ach­tundz­wan­zig anlangt, wenn man von der Vierzehn um vier­zehn wei­ter­geht, aber wer sagt denn, daß man dort ste­hen blei­ben muß«! Moosbruggers Blick schweift noch um ein Stück wei­ter, wie der eines Mannes, der einen in den Himmel gezeich­ne­ten Hügelkamm erreicht hat und nun sieht, daß es ähn­liche Hügelkämme dahin­ter noch meh­rere gibt. Und wenn ein Eichkatzl keine Katze ist und kein Fuchs und statt eines Horns Zähne hat wie der Hase, den der Fuchs frißt, so braucht man die Sache nicht so genau zu neh­men, aber sie ist in irgend einer Weise aus alle­dem zusam­men­genäht und läuft über die Bäume. Nach Moosbruggers Erfahrung und Überzeugung konnte man kein Ding für sich heraus­grei­fen, weil eins am ande­ren hing. Und es war in sei­nem Leben auch schon vor­ge­kom­men, daß er zu einem Mädchen sagte : »Ihr lie­ber Rosenmund!«, aber plötz­lich ließ das Wort in den Nähten nach, und es ents­tand etwas sehr Peinliches : das Gesicht wurde grau, ähn­lich wie Erde, über der Nebel liegt, und auf einem lan­gen Stamm stand eine Rose her­vor ; dann war die Versuchung, ein Messer zu neh­men und sie abzu­sch­nei­den oder ihr einen Schlag zu ver­set­zen, damit sie sich wie­der ins Gesicht zurü­ck­ziehe, unge­heuer groß. Gewiß, Moosbrugger nahm nicht immer gleich das Messer ; er tat das nur, wenn er nicht mehr anders fer­tig wurde. Gewöhnlich wen­dete er eben seine ganze Riesenkraft an, um die Welt zusammenzuhalten.

Er konnte bei guter Laune einem Mann ins Gesicht schauen und bemerkte darin sein eigenes Gesicht, wie es zwi­schen Fischchen und hel­len Steinen aus einem seich­ten Bach zurück­blickt ; in schlech­ter Laune brauchte er aber nur flüch­tig das Gesicht eines Mannes zu prü­fen und erkannte, daß es der­selbe Mann war, mit dem er noch übe­rall Streit bekom­men hatte, wie sehr sich der auch jedes­mal anders vers­tellte. Was will man ihm ein­wen­den?! Wir alle haben fast immer mit dem glei­chen Mann Streit. Wenn man unter­su­chen würde, wer die Menschen sind, an denen wir so unsin­nig hän­gen blei­ben, so müßte sich zei­gen, es ist der Mann mit dem Schlüsselbart, zu dem wir das Schloß haben. Und in der Liebe ? Wieviel Menschen sehen tagaus, tagein in das gleiche geliebte Gesicht, aber wis­sen, wenn sie die Augen schließen, nicht zu sagen, wie es aus­sieht. Oder auch ohne Liebe und Haß : wel­chen Veränderungen sind die Dinge unaufhör­lich je nach Gewohnheit, Laune und Standpunkt aus­ge­setzt ! Wie oft brennt Freude ab, und es kommt ein unzerstör­ba­rer Kern von Trauer her­vor?! Wie oft schlägt ein Mensch gleichmü­tig auf einen ande­ren ein, aber könnte ihn eben­so in Ruhe las­sen. Das Leben bil­det eine Oberfläche, die so tut, als ob sie so sein müßte, wie sie ist, aber unter ihrer Haut trei­ben und drän­gen die Dinge. Moosbrugger stand immer mit den Beinen auf zwei Schollen und hielt sie zusam­men, vernünf­tig bemüht, alles zu ver­mei­den, was ihn ver­wir­ren konnte ; aber manch­mal brach ihm ein Wort im Munde auf, und welche Revolution und wel­cher Traum der Dinge quoll dann aus so einem erkal­te­ten, aus­ge­glüh­ten Doppelwort wie Eichkätzchen oder Rosenlippe !

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t. 1
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chap. 59  : « Moosbrugger réflé­chit »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 302–304

Il eût été sou­vent dans l’incapacité de décrire ce qu’il voyait, enten­dait ou flai­rait ; il n’en savait pas moins ce que c’était. C’était quel­que­fois extrê­me­ment confus ; les visions venaient du dehors, mais une lueur d’observation lui disait en même temps qu’elles n’en venaient pas moins de lui-même. L’important était qu’il n’est pas impor­tant qu’une chose soit dedans ou dehors ; dans son état, il n’y avait plus qu’une eau claire des deux côtés d’une cloi­son de verre transparente.

Oft hätte er nicht genau bes­chrei­ben kön­nen, was er sah, hörte und spürte ; den­noch wußte er, was es war. Es war manch­mal sehr undeut­lich ; die Gesichte kamen von außen, aber ein Schimmer von Beobachtung sägte ihm zugleich, daß sie trotz­dem von ihm selbst kämen. Das Wichtige war, daß es gar nichts Wichtiges bedeu­tet, ob etwas draußen ist oder innen ; in sei­nem Zustand war das wie helles Wasser zu bei­den Seiten einer durch­sich­ti­gen Glaswand.

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t. 1
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chap. 59  : « Moosbrugger réflé­chit »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 302

Il regar­dait le visage du doc­teur avec ses sou­ve­nirs de duel, le visage, tari par l’intérieur, de l’homme d’Église, le visage offi­ciel, épous­se­té, de l’administrateur, il les voyait cha­cun regar­der le sien à sa manière, et il y avait dans ces visages quelque chose qui leur était à tous com­mun, qu’il ne pou­vait atteindre et qui avait été toute sa vie son ennemi.

Er blickte in das Doktorsgesicht mit den Schmissen, in das von innen aus­ge­tro­ck­nete geist­liche Gesicht, in das streng auf­geräumte Kanzleigesicht des Verwalters, sah jedes in einer ande­ren Weise in das seine schaun, und etwas für ihn Unerreichbares, aber ihnen Gemeinsames lag in die­sen Gesichtern, das lebens­lang sein Feind gewe­sen war.

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t. 1
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chap. 59  : « Moosbrugger réflé­chit »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 297

[Ulrich] n’était pas phi­lo­sophe. Les phi­lo­sophes sont des vio­lents qui, faute d’armée à leur dis­po­si­tion, se sou­mettent le monde en l’enfermant dans un sys­tème. Probablement est-ce aus­si la rai­son pour laquelle les époques de tyran­nie ont vu naître de grandes figures phi­lo­so­phiques, alors que les époques de démo­cra­tie et de civi­li­sa­tion avan­cée ne réus­sissent pas à pro­duire une seule phi­lo­so­phie convain­cante, du moins dans la mesure où l’on en peut juger par les regrets que l’on entend com­mu­né­ment expri­mer sur ce point. C’est pour­quoi la phi­lo­so­phie au détail est pra­ti­quée aujourd’hui en si ter­ri­fiante abon­dance qu’il n’est plus guère que les maga­sins où l’on puisse rece­voir quelque chose sans concep­tion du monde par-des­sus le mar­ché, alors qu’il règne à l’égard de la phi­lo­so­phie en gros une méfiance mar­quée. On la tient même car­ré­ment pour impos­sible. Ulrich lui-même n’était nul­le­ment exempt de ce pré­ju­gé, et ses expé­riences scien­ti­fiques le ren­daient un peu moqueur à l’égard des méta­phy­siques. C’était cela qui com­man­dait son atti­tude, de sorte que, per­pé­tuel­le­ment requis de réflé­chir par ce qu’il voyait, il était tou­jours rete­nu par une cer­taine crainte de pen­ser trop. Mais un autre élé­ment déter­mi­nait son atti­tude : il y avait quelque chose, dans la nature d’Ulrich, qui agis­sait d’une manière dis­traite, para­ly­sante, désar­mante, contre la sys­té­ma­ti­sa­tion logique, contre la volon­té uni­voque, contre les pous­sées trop net­te­ment orien­tées de l’ambition, et ce quelque chose se rat­ta­chait aus­si à ce mot d’essayisme choi­si naguère, bien que cela contînt pré­ci­sé­ment les élé­ments qu’il avait exclus peu à peu, avec un soin incons­cient, de cette notion. La tra­duc­tion du mot fran­çais « essai » par le mot alle­mand Versuch, telle qu’on l’admet géné­ra­le­ment, ne res­pecte pas suf­fi­sam­ment l’allusion essen­tielle au modèle lit­té­raire ; un essai n’est pas l’expression pro­vi­soire ou acces­soire d’une convic­tion qu’une meilleure occa­sion per­met­trait d’élever au rang de véri­té, mais qui pour­rait tout aus­si bien se révé­ler erreur (à cette espèce n’appartiennent que les articles et trai­tés dont les doctes nous favo­risent comme des « déchets de leur ate­lier ») ; un essai est la forme unique et inal­té­rable qu’une pen­sée déci­sive fait prendre à la vie inté­rieure d’un homme. Rien n’est plus étran­ger à l’essai que l’irresponsabilité et l’inachèvement des ins­pi­ra­tions qui relèvent de la sub­jec­ti­vi­té ; pour­tant les notions de « véri­té » et d’« erreur », d’« intel­li­gence » ou de « sot­tise » ne sont pas appli­cables à ces pen­sées sou­mises à des lois non moins strictes qu’apparemment sub­tiles et inef­fables. Assez nom­breux furent ces essayistes-là, ces maîtres du flot­te­ment inté­rieur de la vie ; il n’y aurait aucun inté­rêt à les nom­mer ; leur domaine se situe entre la reli­gion et le savoir, entre l’exemple et la doc­trine, entre l’amor intel­lec­tua­lis et le poème ; ce sont des saints avec ou sans reli­gion et par­fois aus­si, sim­ple­ment, des hommes éga­rés dans telle ou telle aventure.

D’ailleurs, rien n’est plus révé­la­teur que l’expérience invo­lon­taire de ces ten­ta­tives, éru­dites et rai­son­nables, pour expli­quer l’œuvre de ces grands essayistes, pour trans­for­mer leur sens de la vie, tel qu’ils l’exposent, en une théo­rie de la vie, et pour trou­ver un « conte­nu » à ce mou­ve­ment d’esprits émus ; de tout cela, il ne reste guère plus alors que la déli­cate archi­tec­ture de cou­leurs d’une méduse après qu’on l’a tirée de l’eau et dépo­sée sur le sable. Dans la rai­son des non-ins­pi­rés, la doc­trine des ins­pi­rés tombe en pous­sière, contra­dic­tions et non-sens ; pour­tant, il ne faut pas dire qu’elle est déli­cate et inca­pable de vivre, ou alors il fau­drait dire aus­si d’un élé­phant qu’il est déli­cat, puisqu’il ne peut sub­sis­ter dans un espace pri­vé d’air et qui ne répond pas aux exi­gences de sa nature. Il serait tout à fait déplo­rable que ces des­crip­tions évoquent un mys­tère, ou ne fût-ce qu’une musique où dominent les notes de la harpe et le sou­pir des glis­san­di. C’est le contraire qui est vrai, et la ques­tion fon­da­men­tale, Ulrich ne se la posait pas seule­ment sous la forme de pres­sen­ti­ments, mais aus­si, tout à fait pro­saï­que­ment, sous la forme sui­vante : un homme qui cherche la véri­té se fait savant ; un homme qui veut lais­ser sa sub­jec­ti­vi­té s’épanouir devient, peut-être, écri­vain ; mais que doit faire un homme qui cherche quelque chose situé entre deux ?

De ce qui est ain­si « entre deux », toute sen­tence morale nous peut don­ner un exemple, même la plus simple et la plus connue, comme : Tu ne tue­ras point. On voit au pre­mier coup d’œil que ce n’est là ni une véri­té, ni une consta­ta­tion sub­jec­tive. On sait qu’à bien des égards, nous nous y confor­mons stric­te­ment, mais que, à d’autres égards, cer­taines excep­tions sont admises, très nom­breuses même, et pour­tant pré­ci­sé­ment défi­nies. Mais il existe un très grand nombre de cas d’une troi­sième espèce, par exemple dans nos rêve­ries, nos dési­rs, dans les pièces de théâtre ou dans le plai­sir que l’on prend à lire les nou­velles des jour­naux ; nous y errons de la manière la moins régle­men­tée qui soit entre la répul­sion et l’attirance. On nomme par­fois exi­gence ce qui n’est ni une véri­té ni une consta­ta­tion pure­ment sub­jec­tive. On a rat­ta­ché cette exi­gence aux dogmes de la reli­gion et de la loi, on lui a don­né le carac­tère d’une véri­té déri­vée, mais les roman­ciers, en nous en pré­sen­tant les excep­tions, depuis le sacri­fice d’Abraham jusqu’à la der­nière vamp meur­trière de son amant, la réduisent de nou­veau en pure sub­jec­ti­vi­té. Ainsi donc, ou bien on s’accroche aux pieux, ou bien on se laisse bal­lot­ter par la lame entre deux ; mais dans quel sen­ti­ment ? Le sen­ti­ment qu’éprouve l’être humain pour ce pré­cepte du Décalogue est un mélange d’obéissance bor­née (y com­pris la « saine nature » qui se hérisse à la seule idée d’un tel acte, mais qui le com­met­tra néan­moins pour peu qu’elle ait été légè­re­ment détra­quée par l’alcool ou la pas­sion), et un bar­bo­te­ment incons­cient dans une houle de pos­sibles. N’y a‑t‑il vrai­ment pas d’autre manière de com­prendre ce com­man­de­ment ? Ulrich sen­tait qu’un homme qui dési­re­rait de toute son âme un cer­tain acte, ne sau­rait ain­si ni s’il doit le com­mettre, ni s’il doit s’en abs­te­nir. Pourtant, il pres­sen­tait qu’on devait pou­voir, de tout son être, le com­mettre ou non. Ni les ins­pi­ra­tions ni les inter­dic­tions ne lui plai­saient. Le rat­ta­che­ment de toutes choses à une loi supé­rieure ou inté­rieure à l’homme éveillait son esprit cri­tique. Davantage même : à ses yeux, c’était déva­luer un ins­tant de cer­ti­tude que de vou­loir à tout prix lui don­ner une généa­lo­gie. Dans tout cela, son cœur res­tait muet, et sa tête seule par­lait ; il devi­nait qu’il devait y avoir un moyen de faire coïn­ci­der sa déci­sion et son bon­heur. Il pour­rait être heu­reux parce qu’il ne tue­rait pas, ou parce qu’il tue­rait, mais jamais il ne pour­rait être l’exécuteur indif­fé­rent d’un ordre qu’on lui aurait don­né. Ce qu’il éprou­vait à ce moment-là, ce n’était pas de rece­voir un ordre, mais d’entrer dans un ordre ; il com­pre­nait que dans cet ordre neuf, tout était déjà déci­dé, et les sens apai­sés comme par le lait mater­nel. Ce qui lui souf­flait cela, ce n’était plus la pen­sée, ce n’était pas non plus le sen­ti­ment à sa manière habi­tuelle, frag­men­taire ; c’était une « com­pré­hen­sion totale ». Et puis, de nou­veau, ce n’était plus qu’une nou­velle appor­tée de très loin par le vent : elle ne lui sem­blait ni vraie ni fausse, ni rai­son­nable ni dérai­son­nable, elle le sai­sis­sait, comme si quelque légère et bien­heu­reuse exa­gé­ra­tion était entrée dou­ce­ment dans son cœur.

Pas plus qu’on ne peut faire des par­ties authen­tiques d’un essai une seule véri­té, on ne peut tirer d’un tel état une convic­tion ; du moins pas sans devoir aus­si­tôt l’abandonner, comme un amant doit sor­tir de son amour pour le décrire. L’émotion sans limites qui ébran­lait par­fois Ulrich sans le faire agir pour autant, contre­di­sait son besoin d’activité, son désir de limite et de forme. Sans doute est-il juste et natu­rel que l’on veuille savoir avant de lais­ser la parole au sen­ti­ment. Sans le vou­loir, il s’imaginait que ce qu’il dési­rait trou­ver un jour, bien que ce ne dût pas être « la » véri­té, ne lui céde­rait rien sous le rap­port de la sta­bi­li­té ; mais dans son cas par­ti­cu­lier, cette attente le fai­sait res­sem­bler à un homme qui, dans le temps même où il se pro­cure tout un équi­pe­ment, perd peu à peu le goût de s’en ser­vir. À quelque moment qu’on lui eût deman­dé, lorsqu’il tra­vaillait à ses trai­tés mathé­ma­tiques ou logi­co-mathé­ma­tiques ou s’occupait de sciences natu­relles, quel but il avait pré­sent à l’esprit, il eût tou­jours répon­du qu’un seul pro­blème méri­tait réel­le­ment qu’on y pen­sât, celui de la vie juste. Mais quand on élève une pré­ten­tion très long­temps sans que rien ne se passe, le cer­veau s’endort exac­te­ment comme s’endort le bras qui doit tenir quelque chose en l’air pen­dant des heures ; et nos pen­sées ne peuvent pas plus res­ter per­pé­tuel­le­ment debout que les sol­dats à la parade, en été ; quand elles doivent trop attendre, elles perdent connais­sance et s’écroulent. Comme Ulrich avait ache­vé l’esquisse de sa phi­lo­so­phie aux envi­rons de sa vingt-sixième année, arri­vé dans sa trente-deuxième, il ne la trou­vait plus tout à fait sin­cère. Il n’avait pas conti­nué à déve­lop­per ses pen­sées, et, à part un vague sen­ti­ment de ten­sion pareil à celui que l’on éprouve quand on attend quelque chose les yeux fer­més, on ne lui avait pas vu beau­coup d’émotions per­son­nelles depuis les jours des pre­mières trem­blantes décou­vertes. Néanmoins, c’était pro­ba­ble­ment un mou­ve­ment sou­ter­rain de ce genre qui le frei­nait dans son tra­vail scien­ti­fique et l’empêchait d’y consa­crer toute sa force de volon­té. Cela créa en lui un curieux schisme. On ne doit pas oublier que l’attitude exacte est, au fond, plus reli­gieuse que l’attitude esthé­tique ; car elle se sou­met­trait à « Lui » pour peu qu’Il dai­gnât se mon­trer à elle dans les condi­tions qu’elle exige pour recon­naître Son carac­tère de fait, alors que nos beaux esprits, s’il se mani­fes­tait, trou­ve­raient seule­ment que Son talent n’est pas suf­fi­sam­ment ori­gi­nal, Sa vision du monde pas suf­fi­sam­ment intel­li­gible pour qu’ils puissent Le pla­cer au même niveau que cer­taines per­son­na­li­tés douées d’un génie réel­le­ment divin. Ulrich n’aurait donc pu s’abandonner à de vagues pres­sen­ti­ments aus­si faci­le­ment qu’un quel­conque bel esprit ; mais il ne pou­vait pas davan­tage se dis­si­mu­ler qu’en vivant pen­dant des années dans l’exactitude pure il avait sim­ple­ment vécu contre lui-même et il sou­hai­tait que quelque chose d’imprévu lui arri­vât ; lorsqu’il se déci­da à ce qu’il appe­lait un peu railleu­se­ment son « congé de la vie », il ne pos­sé­dait rien dans l’une comme dans l’autre direc­tion qui lui don­nât la paix du cœur.

Peut-être pour­rait-on allé­guer à sa décharge que, dans cer­taines années, la vie passe incroya­ble­ment vite. Mais le jour où l’on doit com­men­cer à vivre sa der­nière volon­té pré­cède de beau­coup celui où l’on devra en léguer le res­tant, et ne peut être dif­fé­ré. Ce fait était deve­nu pour Ulrich d’une mena­çante clar­té depuis qu’une moi­tié d’année ou presque s’était écou­lée sans que rien chan­geât. Tandis qu’il se lais­sait por­ter de-ci de-là au sein de la petite acti­vi­té stu­pide dont il s’était char­gé, par­lant, aimant à trop par­ler, vivant avec l’obstination déses­pé­rée d’un pêcheur qui plonge ses filets dans un fleuve vide, tan­dis qu’il ne fai­sait rien qui cor­res­pon­dît à la per­sonne que mal­gré tout il repré­sen­tait, et qu’intentionnellement il ne fai­sait rien, il atten­dait. Il atten­dait der­rière sa per­sonne, dans la mesure où ce terme défi­nit la par­tie de l’homme qui se laisse for­mer par le monde exté­rieur et le cours de la vie, et son tran­quille déses­poir, endi­gué der­rière, mon­tait chaque jour un peu plus haut. Il tra­ver­sait la pire cala­mi­té de sa vie et se mépri­sait pour ses omis­sions. Les grandes épreuves sont-elles le pri­vi­lège des grandes natures ? Il eût aimé le croire, mais ce n’est pas exact, car les ner­veux les plus com­muns ont aus­si leurs crises. Dans ce pro­fond ébran­le­ment, il ne lui res­tait donc plus rien que ce noyau inébran­lable que pos­sèdent tous les héros et tous les cri­mi­nels : ce n’est pas du cou­rage, ce n’est pas de la volon­té, ce n’est pas de l’assurance, ce n’est que le pou­voir tenace de s’accrocher à soi-même, pou­voir qu’il est aus­si dif­fi­cile d’extirper de soi que la vie du corps d’un chat, même quand il est déjà com­plè­te­ment déchi­que­té par les chiens.

Si l’on veut se repré­sen­ter com­ment vit un tel homme lorsqu’il se retrouve seul, tout ce qu’on peut racon­ter est que les vitres illu­mi­nées de ses fenêtres, la nuit, semblent obser­ver sa chambre, et les pen­sées, après usage, se tiennent assises en rond tout autour de la pièce comme les clients dans la salle d’attente d’un avo­cat dont ils ne sont pas satis­faits. Ou peut-être qu’Ulrich, une de ces nuits-là, ouvrit les fenêtres et regar­da les troncs d’arbre, glabres comme des ser­pents, leurs sinuo­si­tés étran­ge­ment noires et polies entre la couche de neige de leurs cimes et celle du sol, et res­sen­tit brus­que­ment le désir de des­cendre, tel qu’il était, en pyja­ma dans le jar­din ; il vou­lait sen­tir le froid dans ses che­veux. Lorsqu’il fut en bas, il étei­gnit la lumière pour ne pas se trou­ver devant la porte éclai­rée ; son bureau seul fai­sait avan­cer dans l’ombre une toi­ture de lumière. Une allée menait à la grille du por­tail qui don­nait sur la rue, une autre la croi­sait, obs­cu­ré­ment visible. Ulrich s’avança lon­gue­ment sur celle-ci. Alors, l’obscurité qui s’élevait entre les cou­ronnes des arbres lui rap­pe­la sou­dain, fan­tas­ti­que­ment, la sil­houette gigan­tesque de Moosbrugger, et les arbres nus lui appa­rurent curieu­se­ment cor­po­rels ; répu­gnants, mouillés comme des vers, et pour­tant tels qu’on eût vou­lu les étreindre et s’affaisser à leur pied, le visage bai­gné de larmes. Mais il ne le fit pas. La sen­ti­men­ta­li­té de son émo­tion le repous­sa dans le même temps qu’elle l’atteignait. À tra­vers l’écume lai­teuse du brouillard pas­saient à cet ins­tant devant la grille du jar­din des pié­tons attar­dés, et ils l’auraient sans doute pris pour un fou s’ils avaient vu com­ment sa sil­houette, dans son pyja­ma rouge entre les troncs noirs, main­te­nant se déta­chait des arbres. Il reprit l’allée d’un pas ferme et rega­gna sa mai­son, rela­ti­ve­ment satis­fait : car si quelque chose était pour lui en réserve, ce devait être assu­ré­ment d’un tout autre ordre.

Er war kein Philosoph. Philosophen sind Gewalttäter, die keine Armee zur Verfügung haben und sich deshalb die Welt in der Weise unter­wer­fen, daß sie sie in ein System sper­ren. Wahrscheinlich ist das auch der Grund dafür, daß es in den Zeiten der Tyrannis große phi­lo­so­phische Naturen gege­ben hat, wäh­rend es in den Zeiten der fort­ges­chrit­te­nen Zivilisation und Demokratie nicht gelingt, eine über­zeu­gende Philosophie her­vor­zu­brin­gen, wenig­stens soweit sich das nach dem Bedauern beur­tei­len läßt, das man all­ge­mein darü­ber äußern hört. Darum wird heute in kur­zen Stücken erschre­ckend viel phi­lo­so­phiert, so daß es gerade nur noch die Kaufläden gibt, wo man ohne Weltanschauung etwas bekommt, wäh­rend gegen große Stücke Philosophie ein aus­ges­pro­chenes Mißtrauen herr­scht. Man hält sie ein­fach für unmö­glich, und auch Ulrich war kei­nes­wegs frei davon, ja er dachte nach sei­nen wis­sen­schaft­li­chen Erfahrungen etwas spöt­tisch über sie. Das gab die Richtung für sein Verhalten, so daß er immer wie­der von dem, was er sah, zum Nachdenken auf­ge­for­dert wurde und doch mit einer gewis­sen Scheu vor zuviel Denken behaf­tet war. Aber was sein Verhalten schließ­lich ent­schied, war noch etwas anderes. Es gab etwas in Ulrichs Wesen, das in einer zers­treu­ten, läh­men­den, ent­waff­nen­den Weise gegen das logische Ordnen, gegen den ein­deu­ti­gen Willen, gegen die bes­timmt gerich­te­ten Antriebe des Ehrgeizes wirkte, und auch das hing mit dem sei­ner­zeit von ihm gewähl­ten Namen Essayismus zusam­men, wenn es auch gerade die Bestandteile enthielt, die er mit der Zeit und mit unbe­wuß­ter Sorgfalt aus die­sem Begriff aus­ges­chal­tet hatte. Die Übersetzung des Wortes Essay als Versuch, wie sie gege­ben wor­den ist, enthält nur unge­nau die wesent­lichste Anspielung auf das lite­ra­rische Vorbild ; denn ein Essay ist nicht der vor- oder nebenläu­fige Ausdruck einer Überzeugung, die bei bes­se­rer Gelegenheit zur Wahrheit erho­ben, eben­so­gut aber auch als Irrtum erkannt wer­den könnte (von sol­cher Art sind bloß die Aufsätze und Abhandlungen, die gelehrte Personen als »Abfälle ihrer Werkstätte« zum bes­ten geben); son­dern ein Essay ist die ein­ma­lige und unabän­der­liche Gestalt, die das innere Leben eines Menschen in einem ent­schei­den­den Gedanken annimmt. Nichts ist dem frem­der als die Unverantwortlichkeit und Halbfertigkeit der Einfälle, die man Subjektivität nennt, aber auch wahr und falsch, klug und unk­lug sind keine Begriffe, die sich auf solche Gedanken anwen­den las­sen, die den­noch Gesetzen unters­tehn, die nicht weni­ger streng sind, als sie zart und unauss­pre­chlich erschei­nen. Es hat nicht wenige sol­cher Essayisten und Meister des inner­lich schwe­ben­den Lebens gege­ben, aber es würde kei­nen Zweck haben, sie zu nen­nen ; ihr Reich liegt zwi­schen Religion und Wissen, zwi­schen Beispiel und Lehre, zwi­schen amor intel­lec­tua­lis und Gedicht, sie sind Heilige mit und ohne Religion, und manch­mal sind sie auch ein­fach Männer, die sich in einem Abenteuer verirrt haben.

Nichts ist übri­gens bezeich­nen­der als die unfrei­willige Erfahrung, die man mit gelehr­ten und vernünf­ti­gen Versuchen macht, solche große Essayisten aus­zu­le­gen, die Lebenslehre, so wie sie ist, in ein Lebenswissen umzu­wan­deln und der Bewegung der Bewegten einen »Inhalt« abzu­ge­win­nen ; es bleibt von allem ungefähr so viel übrig wie von dem zar­ten Farbenleib einer Meduse, nach­dem man sie aus dem Wasser geho­ben und in Sand gelegt hat. Die Lehre der Ergriffenen zerfällt in der Vernunft der Unergriffenen zu Staub, Widerspruch und Unsinn, und doch darf man sie nicht eigent­lich zart und leben­sun­bestän­dig nen­nen, da man sonst auch einen Elefanten zu zart nen­nen müßte, um in einem luft­lee­ren, sei­nen Lebensbedürfnissen nicht ents­pre­chen­den Raum aus­zu­dauern. Es wäre sehr zu bek­la­gen, wenn diese Beschreibungen den Eindruck eines Geheimnisses her­vor­rie­fen oder auch nur den einer Musik, in der die Harfenklänge und seuf­ze­rhaf­ten Glissandi über­wie­gen. Das Gegenteil ist wahr, und die ihnen zugrunde Hegende Frage stellte sich Ulrich dur­chaus nicht nur als Ahnung dar, son­dern auch ganz nüch­tern in der fol­gen­den Form : Ein Mann, der die Wahrheit will, wird Gelehrter ; ein Mann, der seine Subjektivität spie­len las­sen will, wird viel­leicht Schriftsteller ; was aber soll ein Mann tun, der etwas will, das daz­wi­schen liegt ? Solche Beispiele, die »daz­wi­schen« lie­gen, lie­fert aber jeder mora­lische Satz, etwa gleich der bekannte und ein­fache : Du soll­st nicht töten. Man sieht auf den ers­ten Blick, daß er weder eine Wahrheit ist noch eine Subjektivität. Man weiß, daß wir uns in man­cher Hinsicht streng an ihn hal­ten, in ande­rer Hinsicht sind gewisse und sehr zahl­reiche, jedoch genau begrenzte Ausnahmen zuge­las­sen, aber in einer sehr großen Zahl von Fällen drit­ter Art, so in der Phantasie, in den Wünschen, in den Theaterstücken oder beim Genuß der Zeitungsnachrichten, schwei­fen wir ganz unge­re­gelt zwi­schen Abscheu und Verlockung. Man nennt etwas, das weder eine Wahrheit noch eine Subjektivität ist, zuwei­len eine Forderung. Man hat diese Forderung an den Dogmen der Religion und an denen des Gesetzes befes­tigt und ihr dadurch den Charakter einer abge­lei­te­ten Wahrheit gege­ben, aber die Romanschriftsteller erzäh­len uns von den Ausnahmen, ange­fan­gen beim Opfer Abrahams bis zur jüng­sten schö­nen Frau, die ihren Geliebten nie­der­ges­chos­sen hat, und lösen es wie­der in Subjektivität auf. Man kann sich also ent­we­der an den Pflöcken fes­thal­ten oder zwi­schen ihnen von der brei­ten Welle hin und her tra­gen las­sen ; aber mit wel­chem Gefühl!? Das Gefühl des Menschen für die­sen Satz ist ein Gemisch von ver­na­gel­tem Gehorchen (ein­schließ­lich der »gesun­den Natur«, die sich sträubt, an so etwas auch nur zu den­ken, aber, durch Alkohol oder Leidenschaft nur ein wenig von ihrem Platz verrückt, es sofort tut) und gedan­ken­lo­sem Plätschern in einer Woge voll Möglichkeiten. Soll die­ser Satz wirk­lich nur so vers­tan­den wer­den ? Ulrich fühlte, daß ein Mann, der etwas mit gan­zer Seele tun möchte, auf diese Weise weder weiß, ob er es tun, noch ob er es unter­las­sen soll. Und ihm ahnte doch, daß man es aus dem gan­zen Wesen heraus tun oder las­sen könnte. Ein Einfall oder ein Verbot sag­ten ihm gar nichts. Die Anknüpfung an ein Gesetz nach oben oder innen erregte die Kritik seines Verstandes, ja mehr als das, es lag auch eine Entwertung in die­sem Bedürfnis, den sei­ner selbst gewis­sen Augenblick durch eine Abstammung zu nobi­li­tie­ren. Bei alle­dem blieb seine Brust stumm, und nur sein Kopf sprach ; aber er fühlte, daß in einer ande­ren Weise seine Entscheidung übe­rein­fal­len könnte mit sei­nem Glück. Er könnte glü­ck­lich sein, weil er nicht tötet, oder glü­ck­lich sein, weil er tötet, aber er könnte nie­mals der gleichgül­tige Eintreiber einer an ihn ges­tell­ten Forderung sein. Das, was er in die­sem Augenblick emp­fand, war kein Gebot, es war ein Gebiet, das er betre­ten hatte. Er begriff, daß alles darin schon ent­schie­den sei und den Sinn besänf­tigt wie Muttermilch. Aber es war kein Denken mehr, was ihm das sagte, und auch kein Fühlen in der gewöhn­li­chen, wie in Stücke gebro­che­nen Weise ; es war ein »ganz Begreifen« und doch auch wie­der nur so, wie wenn der Wind eine Botschaft fern herü­ber­trägt, und sie kam ihm weder wahr noch falsch, weder vernünf­tig noch wider­vernünf­tig vor, son­dern ergriff ihn, als wäre ihm eine leise selige Übertreibung in die Brust gefallen.

Und so wenig man aus den ech­ten Teilen eines Essays eine Wahrheit machen kann, ver­mag man aus einem sol­chen Zustand eine Überzeugung zu gewin­nen ; wenig­stens nicht, ohne ihn auf­zu­ge­ben, so wie ein Liebender die Liebe ver­las­sen muß, um sie zu bes­chrei­ben. Die gren­zen­lose Rührung, die ihn zuwei­len untä­tig bewegte, widers­prach dem Tätigkeitstrieb Ulrichs, der auf Grenzen und Formen drang. Nun ist es ja wahr­schein­lich rich­tig und natür­lich, erst wis­sen zu wol­len, ehe man das Gefühl spre­chen läßt, und unwillkür­lich stellte er sich vor, was er dereinst fin­den wollte, werde, wenn es auch nicht Wahrheit sei, die­ser doch an Festigkeit nichts nach­ge­ben ; aber in sei­nem beson­de­ren Fall ähnelte er dadurch einem Mann, der sich ein Rüstzeug zusam­mens­tellt, indes ihm darü­ber die Absicht ers­tirbt. Wann immer man ihn bei der Abfassung mathe­ma­ti­scher und mathe­ma­tisch-logi­scher Abhandlungen oder bei der Beschäftigung mit den Naturwissenschaften gefragt hätte, welches Ziel ihm vor­sch­webe, so würde er geant­wor­tet haben, daß nur eine Frage das Denken wirk­lich lohne, und das sei die des rech­ten Lebens. Aber wenn man eine Forderung lange Zeit erhebt, ohne daß mit ihr etwas ges­chieht, schläft das Gehirn genau so ein, wie der Arm ein­schläft, wenn er lange Zeit etwas hochhält, und unsere Gedanken kön­nen eben­so­we­nig dauernd ste­hen blei­ben wie Soldaten im Sommer auf einer Parade ; wenn sie zu lange war­ten müs­sen, fal­len sie ein­fach ohnmäch­tig um. Da Ulrich ungefähr in sei­nem sech­sundz­wan­zig­sten Jahr den Entwurf sei­ner Lebensauffassung abges­chlos­sen hatte, kam sie ihm in sei­nem zweiund­dreißig­sten Jahr nicht mehr ganz aufrich­tig vor. Er hatte seine Gedanken nicht wei­ter­ge­bil­det, und abge­se­hen von einem unge­wis­sen und span­nen­den Gefühl, wie man es bei ges­chlos­se­nen Augen hat, wenn man etwas erwar­tet, zeigte sich in ihm auch nicht viel von persön­li­cher Bewegung, seit die Tage der zit­tern­den ers­ten Erkenntnisse vor­bei waren. Wahrscheinlich war es trotz­dem eine unte­rir­dische Bewegung von sol­cher Art, was ihn mit der Zeit in der wis­sen­schaft­li­chen Arbeit ver­lang­samte und daran hin­derte, in sie sei­nen gan­zen Willen zu set­zen. Er geriet durch sie in einen eigentüm­li­chen Zwiespalt. Man darf nicht ver­ges­sen, daß die exakte Geistesverfassung im Grunde gott­gläu­bi­ger ist als die schön­geis­tige ; denn sie unterwürfe sich »Ihm«, sobald er geruht, sich ihr unter den Bedingungen zu zei­gen, die sie für die Anerkennung sei­ner Tatsächlichkeit vor­schreibt, woge­gen unsere schö­nen Geister, wenn Er sich äußerte, nur fän­den, daß sein Talent nicht urs­prün­glich und sein Weltbild nicht verständ­lich genug seien, um ihn auf eine Stufe mit wirk­lich gott­be­gna­de­ten Begabungen zu stel­len. So leicht wie irgend­wer von die­ser Gattung konnte sich Ulrich also nicht unbes­timm­ten Ahnungen hin­ge­ben, aber ande­rer­seits konnte er sich eben­so­we­nig verheh­len, daß er in lau­ter Exaktheit jah­re­lang bloß gegen sich selbst gelebt habe, und er wün­schte, daß etwas Unvorhergesehenes mit ihm ges­che­hen möge, denn als er das tat, was er etwas spöt­tisch sei­nen »Urlaub vom Leben« nannte, besaß er in der einen wie in der ande­ren Richtung nichts, was ihm Frieden gab.

Vielleicht könnte man zu sei­ner Entschuldigung anfüh­ren, daß das Leben in gewis­sen Jahren unglau­blich schnell ent­flieht. Aber der Tag, wo man begin­nen muß, sei­nen letz­ten Willen zu leben, ehe man des­sen Rest hin­terläßt, hegt weit voran und läßt sich nicht ver­schie­ben. Das war ihm dro­hend klar gewor­den, seit fast ein halbes Jahr ver­gan­gen war, ohne daß sich etwas änderte. Während er sich in der klei­nen und när­ri­schen Tätigkeit, die er über­nom­men hatte, hin und her bewe­gen ließ, sprach, gerne zuviel sprach, mit der verz­wei­fel­ten Beharrlichkeit eines Fischers lebte, der seine Netze in einen lee­ren Fluß senkt, indes er nichts tat, was der Person ents­prach, die er imme­rhin bedeu­tete, und es mit Absicht nicht tat, war­tete er. Er war­tete hin­ter sei­ner Person, sofern dieses Wort den von Welt und Lebenslauf geform­ten Teil eines Menschen bezeich­net, und seine ruhige, dahin­ter abgedämmte Verzweiflung stieg mit jedem Tag höher. Er befand sich in dem schlimm­sten Notstand seines Lebens und verach­tete sich für seine Unterlassungen. Sind große Prüfungen das Vorrecht großer Naturen ? Er hätte gerne daran geglaubt, aber es ist nicht rich­tig, denn auch die sim­pel­sten nervö­sen Naturen haben ihre Krisen. So blieb ihm eigent­lich nur in der großen Erschütterung jener Rest von Unerschütterlichkeit übrig, den alle Helden und Verbrecher besit­zen, es ist nicht Mut, es ist nicht Wille, es ist keine Zuversicht, son­dern ein­fach ein zähes Festhalten an sich, das sich so schwer aus­trei­ben läßt wie das Leben aus einer Katze, selbst wenn sie von den Hunden schon ganz zer­flei­scht ist.

Will man sich vors­tel­len, wie solch ein Mensch lebt, wenn er allein ist, so kann höchs­tens erzählt wer­den, daß in der Nacht die erhell­ten Fensterscheiben ins Zimmer schauen, und die Gedanken, nach­dem sie gebraucht sind, herum­sit­zen wie die Klienten im Vorzimmer eines Anwalts, mit dem sie nicht zufrie­den sind. Oder viel­leicht, daß Ulrich ein­mal in sol­cher Nacht die Fenster öff­nete und in die schlan­gen­kah­len Baumstämme blickte, deren Windungen zwi­schen den Schneedecken der Wipfel und des Bodens selt­sam schwarz und glatt das­tan­den, und plötz­lich Lust bekam, im Schlafanzug, wie er war, in den Garten hinun­ter­zu­gehn ; er wollte die Kälte in den Haaren füh­len. Als er unten war, schal­tete er das Licht aus, um nicht vor der erleuch­te­ten Türe zu stehn, und nur aus sei­nem Arbeitszimmer ragte ein Lichtdach in den Schatten hinein. Ein Weg führte zum Gittertor, das auf die Straße mün­dete, ein zwei­ter kreuzte ihn dun­kel deut­lich. Ulrich ging lang­sam auf die­sen zu. Und dann erin­nerte ihn die zwi­schen den Baumkronen empor­ra­gende Dunkelheit plötz­lich phan­tas­tisch an die rie­sige Gestalt Moosbruggers, und die nack­ten Bäume kamen ihm merkwür­dig kör­per­lich vor ; häß­lich und naß wie Würmer und trotz­dem so, daß man sie umar­men und mit Tränen im Gesicht an ihnen nie­der­sin­ken mochte. Aber er tat es nicht. Die Sentimentalität der Regung stieß ihn im glei­chen Augenblick zurück, wo sie ihn berührte. Durch den Milchschaum des Nebels kamen vor dem Gitter des Gartens in die­sem Augenblick verspä­tete Fußgänger vor­bei, und er hätte ihnen wohl wie ein Narr erschei­nen kön­nen, wie sich sein Bild, in rotem Schlafanzug zwi­schen schwar­zen Stämmen, nun von die­sen loslöste ; aber er trat fest auf den Weg und ging verhält­nismäßig zufrie­den in sein Haus zurück, denn wenn etwas für ihn auf­be­wahrt war, so mußte es etwas ganz anderes sein.

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t. 1
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chap. 62  : « La terre même, mais Ulrich en par­ti­cu­lier, rend hom­mage à l’utopie de l’essayisme »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 319–325

Ulrich se rap­pe­lait encore très bien com­ment l’incertitude avait retrou­vé son cré­dit. On avait pu lire de plus en plus sou­vent des décla­ra­tions dans les­quelles des gens qui exercent un métier assez incer­tain, des poètes, des cri­tiques, des femmes, ou ceux dont la voca­tion est de for­mer la « nou­velle géné­ra­tion », se plai­gnaient de ce que la science pure fût un poi­son qui dis­sol­vait les grandes œuvres de l’homme sans pou­voir les recom­po­ser, et en appe­laient à une nou­velle foi, à un retour aux sources inté­rieures, à un renou­veau spi­ri­tuel ou autres chan­sons du même genre. Naïvement, il avait com­men­cé par pen­ser que c’étaient là des gens qui s’étaient bles­sés en fai­sant du che­val et main­te­nant, clo­pi­nant, récla­maient à grands cris qu’on les oignît d’âme ; mais il dut recon­naître peu à peu que cet appel réité­ré qui lui avait paru d’abord si comique trou­vait par­tout de vastes échos ; la science com­men­çait à se démo­der, et le type d’homme indé­fi­ni qui domine notre époque avait com­men­cé à s’imposer.

Ulrich s’était refu­sé à prendre la chose au sérieux, et il conti­nua à déve­lop­per à sa manière ses dis­po­si­tions intellectuelles.

Du tout début de la jeu­nesse, de ces temps où elle com­mence à prendre conscience d’elle-même et qu’il est sou­vent si tou­chant, si bou­le­ver­sant de retrou­ver plus tard, il lui res­tait encore en mémoire toutes sortes d’imaginations naguère aimées, entre autres l’idée de « vivre hypo­thé­ti­que­ment ». Ces deux mots conti­nuaient à évo­quer main­te­nant le cou­rage et l’ignorance invo­lon­taire de la vie, le temps où chaque pas est une aven­ture pri­vée de l’appui de l’expérience, le désir de gran­deur dans les rap­ports et ce souffle de révo­ca­bi­li­té que res­sent un jeune homme lorsqu’il entre dans la vie en hési­tant. Ulrich pen­sait qu’il n’y avait réel­le­ment rien à y reprendre. Le sen­ti­ment pas­sion­nant d’être élu pour quelque chose, quoi que ce soit, voi­là la seule chose belle et cer­taine qu’il y ait en celui dont le regard mesure pour la pre­mière fois le monde. S’il contrôle ses émo­tions, il n’est rien à quoi il puisse dire oui sans réserve ; il cherche la bien-aimée pos­sible, mais il ne sait pas si c’est la bonne ; il est en mesure de tuer sans être cer­tain qu’il doit le faire. Le désir qu’a sa propre nature d’évoluer l’empêche de croire à l’accompli ; mais tout ce qui vient à lui fait comme s’il l’était déjà. Il pressent que cet ordre n’est pas aus­si stable qu’il pré­tend l’être ; aucun objet, aucune per­sonne, aucune forme, aucun prin­cipe ne sont sûrs, tout est empor­té dans une méta­mor­phose invi­sible, mais jamais inter­rom­pue, il y a plus d’avenir dans l’instable que dans le stable, et le pré­sent n’est qu’une hypo­thèse que l’on n’a pas encore dépas­sée. Que pour­rait-il donc faire de mieux que de gar­der sa liber­té à l’égard du monde, dans le bon sens du terme, comme un savant sait res­ter libre à l’égard des faits qui vou­draient l’induire à croire trop pré­ci­pi­tam­ment en eux ? C’est pour­quoi il hésite à deve­nir quelque chose ; un carac­tère, une pro­fes­sion, un mode de vie défi­ni, ce sont là des repré­sen­ta­tions où perce déjà le sque­lette qui sera tout ce qui res­te­ra de lui pour finir. Il cherche à se com­prendre autre­ment ; avec cet appé­tit qu’il a de tout ce qui pour­rait l’enrichir inté­rieu­re­ment (serait-ce même au-delà des limites de la morale ou de la pen­sée), il a l’impression d’être un pas, libre d’aller dans toutes les direc­tions, mais qui va tou­jours d’un point d’équilibre au sui­vant, et tou­jours en avan­çant. Et s’il pense, un beau jour, avoir eu l’idée juste, il s’aperçoit qu’une goutte d’une incan­des­cence indi­cible est tom­bée dans le monde, et que la terre, à sa lueur, a chan­gé d’aspect.

Plus tard, quand sa puis­sance intel­lec­tuelle eut aug­men­té, Ulrich en tira une idée qu’il n’attacha plus désor­mais au mot trop incer­tain d’hypothèse, mais, pour des rai­sons bien pré­cises, à la notion carac­té­ris­tique d’essai. Un peu comme un essai, dans la suc­ces­sion de ses para­graphes, consi­dère de nom­breux aspects d’un objet sans vou­loir le sai­sir dans son ensemble (car un objet sai­si dans son ensemble en perd d’un coup son éten­due et se change en concept), il pen­sait pou­voir consi­dé­rer et trai­ter le monde, ain­si que sa propre vie, avec plus de jus­tesse qu’autrement. La valeur d’une action ou d’une qua­li­té, leur essence et leur nature mêmes lui parais­saient dépendre des cir­cons­tances qui les entou­raient, des fins qu’elles ser­vaient, en un mot, de l’ensemble variable dont elles fai­saient par­tie. C’est là, d’ailleurs, la des­crip­tion tout à fait banale du fait qu’un meurtre peut nous appa­raître comme un crime ou comme un acte d’héroïsme, et l’heure de l’amour comme la plume tom­bée de l’aile d’un ange ou de celle d’une oie. Ulrich la géné­ra­li­sait. Tous les évé­ne­ments moraux avaient lieu à l’intérieur d’un champ de forces dont la constel­la­tion les char­geait de sens, et conte­naient le bien et le mal comme un atome contient ses pos­si­bi­li­tés de com­bi­nai­sons chi­miques. Ils étaient, pour ain­si dire, cela même qu’ils deve­naient, et de même que le mot « blanc » défi­nit trois enti­tés toutes dif­fé­rentes selon que la blan­cheur est en rela­tion avec la nuit, les armes ou les fleurs, tous les évé­ne­ments moraux lui parais­saient être, dans leur signi­fi­ca­tion, fonc­tion d’autres évé­ne­ments. De la sorte nais­sait un sys­tème infi­ni de rap­ports dans lequel on n’eût plus trou­vé une seule de ces signi­fi­ca­tions indé­pen­dantes telles que la vie ordi­naire en accorde, dans une pre­mière et gros­sière approxi­ma­tion, aux actions et aux qua­li­tés ; dans ce sys­tème, ce qui avait l’apparence de la sta­bi­li­té deve­nait le pré­texte poreux de mille autres signi­fi­ca­tions, ce qui se pas­sait deve­nait le sym­bole de ce qui peut-être ne se pas­sait pas, mais était devi­né au tra­vers, et l’homme conçu comme le résu­mé de ses pos­si­bi­li­tés, l’homme poten­tiel, le poème non écrit de la vie s’opposait à l’homme copie, à l’homme réa­li­té, à l’homme carac­tère. Au fond, dans cette concep­tion, Ulrich se sen­tait capable de toutes les ver­tus comme de toutes les bas­sesses ; le fait que les ver­tus et les vices, dans une socié­té équi­li­brée, sont res­sen­tis géné­ra­le­ment, quoique secrè­te­ment, comme éga­le­ment fâcheux, était pour lui la preuve de ce qui se pro­duit par­tout dans la nature, à savoir que tout sys­tème de forces tend peu à peu à une valeur, à un état moyen, à un com­pro­mis et à une pétri­fi­ca­tion. La morale au sens ordi­naire du mot n’était plus pour Ulrich que la forme sénile d’un sys­tème de forces que l’on ne sau­rait, sans une réelle perte de force éthique, confondre avec la véri­table morale.

Peut-être ces concep­tions tra­his­saient-elles aus­si une sorte d’incertitude devant la vie ; mais l’incertitude n’est quel­que­fois que le refus des cer­ti­tudes et des sécu­ri­tés ordi­naires, et l’on est d’ailleurs en droit de rap­pe­ler que même une per­sonne d’expérience comme l’Humanité semble se confor­mer à des prin­cipes ana­logues. Elle révoque à la longue tout ce qu’elle a fait pour le rem­pla­cer par autre chose ; pour elle aus­si, avec le temps, les crimes se trans­forment en ver­tus et inver­se­ment, elle bâtit à coups d’événements de grandes archi­tec­tures intel­lec­tuelles qu’elle laisse après quelques géné­ra­tions s’écrouler ; la seule dif­fé­rence est que cela se pro­duit suc­ces­si­ve­ment au lieu de se pro­duire dans l’unité d’un sen­ti­ment indi­vi­duel, et l’on ne voit dans la chaîne de ses ten­ta­tives aucun pro­grès, alors que le devoir d’un essayiste conscient serait, en gros, de trans­for­mer cette négli­gence en volon­té. L’orientation de mainte évo­lu­tion intel­lec­tuelle laisse pré­voir que cette méta­mor­phose pour­rait n’être plus très loin­taine. La labo­ran­tine d’hôpital, tout de blanc vêtue comme une fleur, qui broie dans un petit plat de por­ce­laine blanche les matières d’un patient afin d’en tirer, avec la col­la­bo­ra­tion de quelque acide, un frot­tis pourpre dont la juste colo­ra­tion sera le prix de son atten­tion, se trouve déjà, même si elle ne s’en doute pas, dans un monde plus trans­for­mable que la jeune dame qui fré­mit devant le même objet aper­çu dans la rue. Le cri­mi­nel entré dans le champ magni­fique de son acte n’est plus qu’un nageur contraint de suivre un cou­rant irré­sis­tible, et toute mère dont l’enfant a été empor­té par un tel cou­rant le sait bien ; sim­ple­ment, jusqu’ici, on ne le croyait pas, parce qu’on n’avait pas de place pour cette croyance. Les psy­chiatres appellent la grande gaie­té « eupho­rie » ou, en alle­mand, « dépres­sion gaie », comme s’il s’agissait d’un gai malaise, et ils ont mon­tré que tous les paroxysmes, ceux de la chas­te­té comme ceux de la sen­sua­li­té, ceux du scru­pule comme ceux de la fri­vo­li­té, ceux de la cruau­té comme ceux de la com­pas­sion, débouchent dans le patho­lo­gique. L’idée de la vie saine aurait dès lors bien peu de sens, si elle n’avait pour but qu’un com­pro­mis entre deux excès ! Et son idéal serait bien mes­quin s’il n’était réel­le­ment que le refus d’exagérer ses idéaux ! De telles consta­ta­tions nous conduisent donc à ne plus voir dans la norme morale l’immobilité figée d’un règle­ment, mais un mou­vant équi­libre qui exige à tout ins­tant que l’on tra­vaille à le renou­ve­ler. On com­mence à consi­dé­rer de plus en plus sou­vent comme le fait d’un esprit bor­né d’assigner pour carac­tère à un homme une ten­dance à la répé­ti­tion acquise invo­lon­tai­re­ment, pour rendre ensuite son carac­tère res­pon­sable de ces mêmes répé­ti­tions. On apprend à recon­naître quels échanges se font entre le dedans et le dehors, et c’est pré­ci­sé­ment par la com­pré­hen­sion de ce qu’il y a d’impersonnel dans l’homme qu’on a fait de nou­velles décou­vertes sur la per­son­na­li­té, sur cer­tains types de com­por­te­ment fon­da­men­taux, sur l’instinct de la construc­tion du Moi qui, comme l’instinct de la construc­tion du nid chez les oiseaux, bâtit son Moi de toute espèce de maté­riaux, selon une ou deux méthodes tou­jours iden­tiques. On est même déjà si près de pou­voir endi­guer, grâce à des influences défi­nies, toute sorte d’états de dégé­né­res­cence comme on endigue un tor­rent, que seule une négli­gence sociale ou un reste de mal­adresse peuvent expli­quer qu’on n’arrive pas encore à trans­for­mer à temps un cri­mi­nel en archange. On pour­rait citer ain­si beau­coup d’autres exemples, des faits dis­per­sés, pas encore col­la­tion­nés, qui, pris tous ensemble, nous font éprou­ver à la fois une las­si­tude à l’égard des approxi­ma­tions gros­sières nées pour être appli­quées dans des condi­tions plus simples, et le besoin de trans­for­mer dans ses fon­de­ments mêmes une morale qui depuis deux mille ans ne s’est jamais adap­tée au chan­ge­ment du goût que dans ses détails, et de l’échanger une bonne fois contre une autre, épou­sant plus étroi­te­ment la mobi­li­té des faits.

Ulrich konnte sich noch gut erin­nern, wie das Unsichere wie­der zu Ansehen gekom­men war. Immer mehr hat­ten sich Äußerungen gehäuft, wo Menschen, die ein etwas unsi­cheres Metier betrie­ben, Dichter, Kritiker, Frauen und die den Beruf einer neuen Generation Ausübenden, Klage erho­ben, daß das pure Wissen einem unse­li­gen Etwas gleiche, das alles hohe Menschenwerk zer­reiße, ohne es je wie­der zusam­men­set­zen zu kön­nen, und sie ver­lang­ten einen neuen Menschheitsglauben, Rückkehr zu den inne­ren Urtümern, geis­ti­gen Aufschwung und aller­lei von sol­cher Art. Er hatte anfangs nai­ver Weise ange­nom­men, das seien Leute, die sich auf­ge­rit­ten haben und hin­kend vom Pferd stei­gen, schreiend, daß man sie mit Seele ein­sch­miere ; aber er mußte allmäh­lich erken­nen, daß der sich wie­de­rho­lende Ruf, der ihm anfangs so komisch erschie­nen war, einen brei­ten Widerhall fand ; das Wissen fing an, unzeit­gemäß zu wer­den, der unscharfe Typus Mensch, der die Gegenwart beherr­scht, hatte sich dur­ch­zu­set­zen begonnen.

Ulrich hatte sich dage­gen auf­ge­lehnt, das ernst zu neh­men, und bil­dete nun seine geis­ti­gen Neigungen auf eigene Art weiter.

Aus der frü­hes­ten Zeit des ers­ten Selbstbewußtseins der Jugend, die spä­ter wie­der anzu­bli­cken oft so rüh­rend und erschüt­ternd ist, waren heute noch alle­rhand einst geliebte Vorstellungen in sei­ner Erinnerung vorhan­den, und darun­ter das Wort »hypo­the­tisch leben«. Es drückte noch immer den Mut und die unfrei­willige Unkenntnis des Lebens aus, wo jeder Schritt ein Wagnis ohne Erfahrung ist, und den Wunsch nach großen Zusammenhängen und den Hauch der Widerruflichkeit, den ein jun­ger Mensch fühlt, wenn er zögernd ins Leben tritt. Ulrich dachte, daß davon eigent­lich nichts zurü­ck­zu­neh­men sei. Ein span­nendes Gefühl, zu irgen­det­was auser­se­hen zu sein, ist das Schöne und ein­zig Gewisse in dem, des­sen Blick zum ers­ten­mal die Welt mus­tert. Er kann, wenn er seine Empfindungen über­wacht, zu nichts ohne Vorbehalt ja sagen ; er sucht die mögliche Geliebte, aber weiß nicht, ob es die rich­tige ist ; er ist imstande zu töten, ohne sicher zu sein, daß er es tun muß. Der Wille sei­ner eige­nen Natur, sich zu ent­wi­ckeln, ver­bie­tet ihm, an das Vollendete zu glau­ben ; aber alles, was ihm ent­ge­gen­tritt, tut so, als ob es vol­len­det wäre. Er ahnt : diese Ordnung ist nicht so fest, wie sie sich gibt ; kein Ding, kein Ich, keine Form, kein Grundsatz sind sicher, alles ist in einer unsicht­ba­ren, aber nie­mals ruhen­den Wandlung begrif­fen, im Unfesten liegt mehr von der Zukunft als im Festen, und die Gegenwart ist nichts als eine Hypothese, über die man noch nicht hinaus­ge­kom­men ist. Was sollte er da Besseres tun kön­nen, als sich von der Welt frei­zu­hal­ten, in jenem guten Sinn, den ein Forscher Tatsachen gegenü­ber bewahrt, die ihn verfüh­ren wol­len, vorei­lig an sie zu glau­ben ! Darum zögert er, aus sich etwas zu machen ; ein Charakter, Beruf, eine feste Wesensart, das sind für ihn Vorstellungen, in denen sich schon das Gerippe dur­ch­zeich­net, das zuletzt von ihm übrig blei­ben soll. Er sucht sich anders zu vers­te­hen ; mit einer Neigung zu allem, was ihn inner­lich mehrt, und sei es auch mora­lisch oder intel­lek­tuell ver­bo­ten, fühlt er sich wie einen Schritt, der nach allen Seiten frei ist, aber von einem Gleichgewicht zum nächs­ten und immer vorwärts führt. Und meint er ein­mal, den ech­ten Einfall zu haben, so nimmt er wahr, daß ein Tropfen unsag­ba­rer Glut in die Welt gefal­len ist, deren Leuchten die Erde anders aus­se­hen macht.

In Ulrich war spä­ter, bei gemehr­tem geis­ti­gen Vermögen, daraus eine Vorstellung gewor­den, die er nun nicht mehr mit dem unsi­che­ren Wort Hypothese, son­dern aus bes­timm­ten Gründen mit dem eigentüm­li­chen Begriff eines Essays ver­band. Ungefähr wie ein Essay in der Folge sei­ner Abschnitte ein Ding von vie­len Seiten nimmt, ohne es ganz zu erfas­sen, – denn ein ganz erfaßtes Ding ver­liert mit einem Male sei­nen Umfang und schmilzt zu einem Begriff ein – glaubte er, Welt und eigenes Leben am rich­tig­sten anse­hen und behan­deln zu kön­nen. Der Wert einer Handlung oder einer Eigenschaft, ja sogar deren Wesen und Natur erschie­nen ihm abhän­gig von den Umständen, die sie umga­ben, von den Zielen, denen sie dien­ten, mit einem Wort, von dem bald so, bald anders bes­chaf­fe­nen Ganzen, dem sie angehör­ten. Das ist übri­gens nur die ein­fache Beschreibung der Tatsache, daß uns ein Mord als ein Verbrechen oder als eine heroische Tat erschei­nen kann und die Stunde der Liebe als die Feder, die aus dem Flügel eines Engels oder einer Gans gefal­len ist. Aber Ulrich verall­ge­mei­nerte sie. Dann fan­den alle mora­li­schen Ereignisse in einem Kraftfeld statt, des­sen Konstellation sie mit Sinn belud, und sie enthiel­ten das Gute und das Böse wie ein Atom che­mische Verbindungsmöglichkeiten enthält. Sie waren gewis­ser­maßen das, was sie wur­den, und so wie das eine Wort Hart, je nach­dem, ob die Härte mit Liebe, Roheit, Eifer oder Strenge zusam­menhängt, vier ganz ver­schie­dene Wesenheiten bezeich­net, erschie­nen ihm alle mora­li­schen Geschehnisse in ihrer Bedeutung als die abhän­gige Funktion ande­rer. Es ents­tand auf diese Weise ein unend­liches System von Zusammenhängen, in dem es unabhän­gige Bedeutungen, wie sie das gewöhn­liche Leben in einer gro­ben ers­ten Annäherung den Handlungen und Eigenschaften zuschreibt, übe­rhaupt nicht mehr gab ; das schein­bare Feste wurde darin zum dur­chläs­si­gen Vorwand für viele andere Bedeutungen, das Geschehende zum Symbol von etwas, das viel­leicht nicht ges­chah, aber hin­durch gefühlt wurde, und der Mensch als Inbegriff sei­ner Möglichkeiten, der poten­tielle Mensch, das unges­chrie­bene Gedicht seines Daseins trat dem Menschen als Niederschrift, als Wirklichkeit und Charakter ent­ge­gen. Im Grunde fühlte sich Ulrich nach die­ser Anschauung jeder Tugend und jeder Schlechtigkeit fähig, und daß Tugenden wie Laster in einer aus­ge­gli­che­nen Gesellschaftsordnung all­ge­mein, wenn auch unein­ges­tan­den, als gleich läs­tig emp­fun­den wer­den, bewies ihm gerade das, was in der Natur allen­thal­ben ges­chieht, daß jedes Kräftespiel mit der Zeit einem Mittelwert und Mittelzustand, einem Ausgleich und einer Erstarrung zus­trebt. Die Moral im gewöhn­li­chen Sinn war für Ulrich nicht mehr als die Altersform eines Kräftesystems, das nicht ohne Verlust an ethi­scher Kraft mit ihr ver­wech­selt wer­den darf.

Es mag sein, daß sich auch in die­sen Anschauungen eine gewisse Lebensunsicherheit aus­drückte ; allein Unsicherheit ist mitun­ter nichts als das Ungenügen an den gewöhn­li­chen Sicherungen, und im übri­gen darf wohl daran erin­nert wer­den, daß selbst eine so erfah­rene Person, wie es die Menschheit ist, schein­bar nach ganz ähn­li­chen Grundsätzen han­delt. Sie wider­ruft auf die Dauer alles, was sie getan hat, und setzt anderes an seine Stelle, auch ihr ver­wan­deln sich im Lauf der Zeit Verbrechen in Tugenden und umge­kehrt, sie baut große geis­tige Zusammenhänge aller Geschehnisse auf und läßt sie nach eini­gen Menschenaltern wie­der einstür­zen ; nur ges­chieht das nachei­nan­der, statt in einem ein­heit­li­chen Lebensgefühl, und die Kette ihrer Versuche läßt keine Steigerung erken­nen, wäh­rend ein bewuß­ter men­schli­cher Essayismus ungefähr die Aufgabe vorfände, die­sen fahrläs­si­gen Bewußtseinszustand der Welt in einen Willen zu ver­wan­deln. Und viele ein­zelne Entwicklungslinien wei­sen dahin, daß dies bald ges­che­hen könnte. Die Gehilfin in einem Krankenhaus, die, blü­ten­weiß gek­lei­det, den Kot eines Patienten in einem weißen Porzellanschüsselchen mit hel­fen­den Säuren zu einem pur­pur­far­be­nen Aufstrich ver­reibt, des­sen rich­tige Farbe ihre Aufmerksamkeit belohnt, befin­det sich schon jetzt, auch wenn sie es nicht weiß, in einer wan­del­ba­re­ren Welt als die junge Dame, die vor dem glei­chen Gegenstand auf der Straße erschauert. Der Verbrecher, der in das mora­lische Kraftfeld sei­ner Tat gera­ten ist, bewegt sich nur noch wie ein Schwimmer, der mit einem reißen­den Strom mit­muß, und jede Mutter, deren Kind ein­mal hinein­ge­ris­sen wor­den ist, weiß das ; man hat es ihr bisher bloß nicht geglaubt, weil man kei­nen Platz für die­sen Glauben hatte. Die Psychiatrie nennt die große Heiterkeit eine hei­tere Verstimmung, als ob sie hei­tere Unlust wäre, und hat erken­nen las­sen, daß alle großen Steigerungen, die der Keuschheit wie der Sinnlichkeit, der Gewissenhaftigkeit wie des Leichtsinns, der Grausamkeit wie des Mitleidens ins Krankhafte mün­den ; wie wenig würde da noch das gesunde Leben bedeu­ten, wenn es nur einen mit­tle­ren Zustand zwi­schen zwei Übertreibungen zum Ziel hätte ! Wie dürf­tig wäre es schon, wenn sein Ideal wirk­lich nichts anderes als die Leugnung der Übertreibung sei­ner Ideale wäre?! Solche Erkenntnisse füh­ren also dazu, in der mora­li­schen Norm nicht län­ger die Ruhe star­rer Satzungen zu sehen, son­dern ein bewe­gliches Gleichgewicht, das in jedem Augenblick Leistungen zu sei­ner Erneuerung for­dert. Man beginnt, es immer mehr als bes­chränkt zu emp­fin­den, unwillkür­lich erwor­bene Wiederholungsdispositionen einem Menschen als Charakter zuzu­schrei­ben und dann sei­nen Charakter für die Wiederholungen verant­wort­lich zu machen. Man lernt das Wechselspiel zwi­schen Innen und Außen erken­nen, und gerade durch das Verständnis für das Unpersönliche am Menschen ist man dem Persönlichen auf neue Spuren gekom­men, auf gewisse ein­fache Grundverhaltensweisen, einen Ichbautrieb, der wie der Nestbautrieb der Vögel aus vie­ler Art Stoff nach ein paar Verfahren sein Ich aufrich­tet. Man ist bereits so nahe daran, durch bes­timmte Einflüsse alle­rhand entar­tete Zustände ver­bauen zu kön­nen wie einen Wildbach, daß es bei­nahe nur noch auf eine soziale Fahrlässigkeit hinausläuft oder auf einen Rest von Ungeschicklichkeit, wenn man aus Verbrechern nicht recht­zei­tig Erzengel macht. Und so ließe sich sehr vieles anfüh­ren, Zerstreutes, einan­der noch nicht nahe Gekommenes, was zusam­men­wirkt, daß man der gro­ben Annäherungen müde wird, die unter ein­fa­che­ren Bedingungen für ihre Anwendung ents­tan­den sind, und allmäh­lich die Nötigung erlebt, eine Moral, die seit zwei­tau­send Jahren immer nur im klei­nen dem wech­seln­den Geschmack ange­paßt wor­den ist, in den Grundlagen der Form zu verän­dern und gegen eine andere ein­zu­tau­schen, die sich der Beweglichkeit der Tatsachen genauer anschmiegt.

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t. 1
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chap. 62  : « La terre même, mais Ulrich en par­ti­cu­lier, rend hom­mage à l’utopie de l’essayisme »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 314–318
[D]e toutes les pro­prié­tés du mot âme, la plus remar­quable est bien que les jeunes gens ne puissent le pro­non­cer sans rire. Même Arnheim et Diotime redou­taient de l’employer seul : dire que l’on a une âme grande, noble, lâche, témé­raire ou basse, est encore conce­vable, mais dire tout sim­ple­ment « mon âme », per­sonne n’en aurait le cou­rage. C’est un mot stric­te­ment réser­vé aux gens d’âge, et on ne peut le com­prendre que si l’on admet que se fasse de plus en plus sen­sible au cours de la vie un quelque chose pour lequel on a le plus grand besoin d’un nom sans arri­ver à le trou­ver, jusqu’au jour où l’on accepte enfin à contre­cœur d’adopter celui que l’on avait d’abord dédaigné.

Comment donc doit-on décrire ce quelque chose ? Que l’on choi­sisse de res­ter immo­bile ou de mar­cher, l’essentiel n’est pas ce que l’on a devant soi, ce que l’on voit, entend, veut, sai­sit ou dompte. C’est devant vous un hori­zon, un demi-cercle ; mais il y a une corde qui réunit les deux extré­mi­tés de ce demi-cercle, et le plan de cette corde tra­verse le monde par le milieu. En avant de nous, visage et mains pointent hors de ce plan ; les sen­sa­tions et les aspi­ra­tions accourent à nous devant lui ; et per­sonne ne doute que ce que l’on fait dans cet espace soit tou­jours rai­son­nable, ou du moins pas­sion­né ; cela signi­fie que les cir­cons­tances exté­rieures ont une manière de condi­tion­ner nos actions que tout le monde peut com­prendre, et que, même si nous fai­sons, sous le coup de la pas­sion, quelque chose d’incompréhensible, cet incom­pré­hen­sible a encore, en fin de compte, sa manière propre. Mais si par­fai­te­ment com­pré­hen­sibles et pleines que paraissent alors toutes choses, le sen­ti­ment obs­cur n’en demeure pas moins qu’il n’y a là qu’une demi-plé­ni­tude, une demi-com­pré­hen­sion. L’équilibre n’y est pas tout à fait, et l’homme avance pour ne pas chan­ce­ler, comme le fait un dan­seur de corde. Comme il avance à tra­vers la vie et laisse der­rière soi du vécu, le vécu et ce qui est encore à vivre forment une espèce de cloi­son, et le che­mi­ne­ment de l’homme finit par res­sem­bler à celui du ver dans le bois, qui peut y sinuer à son aise et même retour­ner en arrière, mais n’en laisse pas moins tou­jours un espace vide der­rière lui. C’est à ce sen­ti­ment effrayant d’un espace aveugle et ampu­té der­rière tout espace rem­pli, à cette moi­tié per­pé­tuel­le­ment man­quante, même si chaque chose forme un tout, que l’on finit par remar­quer ce que l’on appelle l’âme.

De plus, on la pense, on la devine, on la sent évi­dem­ment tout le temps, sous la forme des suc­cé­da­nés les plus divers, et cha­cun selon son tem­pé­ra­ment. Dans la jeu­nesse, c’est un sen­ti­ment très net d’incertitude en tout ce que l’on fait : était-ce bien ce qu’il fal­lait faire ? Dans la vieillesse, c’est l’étonnement de n’avoir pas fait davan­tage de tout ce que l’on s’était pro­po­sé. Dans l’entre-deux, c’est la conso­la­tion de pen­ser que l’on est un sacré type, un brave type, ou un « type » tout court, même s’il y a dans ce que l’on fait des petites choses pas tou­jours par­fai­te­ment jus­ti­fiables ; ou bien, que le monde n’est pas ce qu’il devrait être, de sorte qu’en fin de compte tout ce que l’on n’a pas pu faire abou­tit encore à un com­pro­mis satis­fai­sant ; sans comp­ter que beau­coup de gens ima­ginent encore, au-des­sus de toutes choses, un Dieu qui garde dans sa poche le mor­ceau qui leur man­quait. L’amour seul adopte à cet égard une atti­tude par­ti­cu­lière ; dans cette excep­tion, la seconde moi­tié gran­dit. L’être que l’on aime paraît se dres­ser là où d’ordinaire il manque quelque chose. Les âmes s’unissent pour ain­si dire « dos à dos » et se rendent elles-mêmes super­flues. C’est pour­quoi la plu­part des hommes, une fois pas­sé le pre­mier grand amour, ne sont plus sen­sibles à l’absence de l’âme ; cette pré­ten­due folie accom­plit donc un tra­vail social méritoire.

Von allen Eigentümlichkeiten dieses Wortes Seele ist aber die merkwür­dig­ste, daß junge Menschen es nicht auss­pre­chen kön­nen, ohne zu lachen. Selbst Diotima und Arnheim scheu­ten sich, es ohne Verbindung zu gebrau­chen ; denn eine große, edle, feige, kühne, nie­drige Seele zu haben, das läßt sich noch behaup­ten, aber schlecht­weg zu sagen, meine Seele, das bringt man nicht über sich. Es ist ein aus­ge­prägtes Wort für ältere Leute, und das ist nur so zu vers­te­hen, daß man annimmt, es müsse sich im Laufe des Lebens irgend etwas immer fühl­ba­rer machen, für das man drin­gend einen Namen braucht, ohne ihn zu fin­den, bis man schließ­lich den urs­prün­glich ver­schmäh­ten dafür widers­tre­bend in Gebrauch nimmt.

Wie soll man es also bes­chrei­ben ? Man kann stehn oder gehn, wie man will, das Wesentliche ist nicht, was man vor sich hat, sieht, hört, will, angreift, bewäl­tigt. Es hegt als Horizont, als Halbkreis voraus ; aber die Enden dieses Halbkreises ver­bin­det eine Sehne, und die Ebene die­ser Sehne geht mit­ten durch die Welt hin­durch. Vorn sehen das Gesicht und die Hände aus ihr heraus, lau­fen die Empfindungen und Bestrebungen vor ihr her, und nie­mand bez­wei­felt : was man da tut, ist immer vernünf­tig oder wenig­stens lei­den­schaft­lich ; das heißt, die Verhältnisse außen ver­lan­gen in einer Weise unsere Handlungen, die jeder­mann begrei­flich ist, oder wenn wir, von Leidenschaft befan­gen, Unbegreifliches tun, so hat schließ­lich auch das seine Weise und Art. Aber so voll­stän­dig dabei alles verständ­lich und in sich ges­chlos­sen erscheint, wird es doch von einem dunk­len Gefühl beglei­tet, daß es bloß etwas Halbes sei. Es fehlt etwas am Gleichgewicht, und der Mensch dringt vor, um nicht zu wan­ken, wie es ein Seilläufer tut. Und da er durchs Leben dringt und Gelebtes hin­ter sich läßt, bil­den das noch zu Lebende und das Gelebte eine Wand, und sein Weg gleicht schließ­lich dem eines Wurms im Holz, der sich belie­big win­den, ja auch zurü­ck­wen­den kann, aber immer den lee­ren Raum hin­ter sich läßt. Und an die­sem ent­setz­li­chen Gefühl eines blin­den, abges­ch­nit­te­nen Raums hin­ter allem Ausgefüllten, an die­ser Hälfte, die immer noch fehlt, wenn auch alles schon ein Ganzes ist, bemerkt man schließ­lich das, was man die Seele nennt.

Man denkt, ahnt, fühlt sie natür­lich alle­zeit hin­zu ; in den ver­schie­dens­ten Arten von Ersätzen und je nach Temperament. In der Jugend als ein deut­liches Gefühl der Unsicherheit bei allem, was man tut, ob es wohl auch das rechte sei. Im Alter als Staunen darü­ber, wie wenig man von dem getan hat, was man eigent­lich vorhatte. Dazwischen als Trost, daß man ein ver­fluch­ter, tüch­ti­ger, bra­ver Kerl sei, wenn auch nicht alles im ein­zel­nen zu recht­fer­ti­gen ist, was man tut ; oder daß ja auch die Welt nicht so sei, wie sie sollte, so daß am Ende alles, was man ver­fehlt hat, noch einen gerech­ten Ausgleich dars­tellt ; und schließ­lich den­ken manche Leute sogar über alles hinaus an einen Gott, der das ihnen feh­lende Stück in der Tasche trägt. Eine beson­dere Stellung nimmt dabei nur die Liebe ein ; in die­sem Ausnahmefall wächst näm­lich die zweite Hälfte zu. Der geliebte Mensch scheint dort zu ste­hen„ wo sonst stets etwas fehlt. Die Seelen verei­ni­gen sich sozu­sa­gen dos à dos und machen sich dabei über­flüs­sig. Weshalb die meis­ten Menschen nach dem Vorübergehen der einen großen Jugendliebe das Fehlen der Seele nicht mehr emp­fin­den, und diese soge­nannte Torheit eine dank­bare soziale Aufgabe erfüllt.

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vol. 1
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chap. 45  : « Muette ren­contre de deux sommités »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 231–232