À l’âge où l’on aime encore à se regar­der dans la glace et où l’on accorde encore de l’importance aux pro­blèmes du tailleur et du coif­feur, il arrive aus­si que l’on se décrive un lieu où l’on aime­rait pas­ser sa vie, ou du moins un lieu où il serait « chic » de séjour­ner quand bien même on pres­sen­ti­rait qu’on ne s’y plai­rait guère personnellement.

Parmi ces idées fixes sociales est appa­rue, depuis long­temps déjà, une espèce de ville hyper-amé­ri­caine, où tout marche et s’arrête au chro­no­mètre. L’air et la terre ne sont plus qu’une immense four­mi­lière sillon­née d’artères en étages. Les trans­ports, de sur­face, aériens et sou­ter­rains, les dépla­ce­ments humains par pneu­ma­tique, les files d’automobiles foncent dans l’horizontale tan­dis que dans la ver­ti­cale des ascen­seurs ultra-rapides pompent les masses humaines d’un palier de cir­cu­la­tion à l’autre ; aux points de jonc­tion, l’on saute d’un trans­port dans l’autre ; leur rythme qui, entre deux vitesses ton­nantes, fait une pause, une syn­cope, un petit gouffre de vingt secondes, vous aspire et vous enlève sans que vous ayez le temps de réflé­chir, et dans les inter­valles de ce rythme géné­ral, on échange hâti­ve­ment quelques mots. Les ques­tions et les réponses s’emboîtent les unes dans les autres comme les pièces d’une machine, cha­cun n’a devant soi que des tâches bien défi­nies, les pro­fes­sions sont grou­pées par quar­tiers, on mange tout en se dépla­çant, les plai­sirs sont concen­trés dans d’autres sec­teurs, et ailleurs encore se dressent les tours où l’on retrouve son épouse, sa famille, son gra­mo­phone et son âme. La ten­sion et la détente, l’activité et l’amour ont tous leurs moments dis­tincts, cal­cu­lés sur la base de minu­tieuses expé­riences de labo­ra­toire. Si une dif­fi­cul­té se pré­sente dans l’une ou l’autre de ces acti­vi­tés, rien de plus simple : on l’abandonne ; ou bien on en trou­ve­ra une autre, ou bien, à l’occasion, on décou­vri­ra une meilleure issue ; et si on passe à côté, un autre sau­ra bien la voir ; dans tout cela, aucune perte, alors que rien n’écorne l’énergie com­mune autant que la pré­ten­tion d’avoir une mis­sion per­son­nelle et le refus de s’écarter de son but. Dans une com­mu­nau­té constam­ment irri­guée d’énergie, tous les che­mins mènent à un but esti­mable, pour­vu que l’on n’hésite ni ne réflé­chisse trop long­temps. Les buts sont à courte dis­tance ; mais la vie aus­si est courte ; on lui prend ain­si le maxi­mum de résul­tats, et il n’en faut pas plus à l’homme pour être heu­reux, car l’âme est for­mée par ce qu’elle atteint, alors que ce qu’elle pour­suit sans y atteindre la déforme ; pour le bon­heur, ce qui compte n’est pas ce que l’on veut ; mais d’atteindre ce que l’on veut. D’ailleurs, la zoo­lo­gie enseigne que la som­ma­tion d’individus dimi­nués peut par­fai­te­ment don­ner un total génial.

Il n’est pas du tout sûr que les choses doivent évo­luer ain­si, mais ces ima­gi­na­tions font par­tie des rêves de voyage dans les­quels se reflète l’impression de mou­ve­ment inces­sant qui nous entraîne. Ils sont super­fi­ciels, brefs et agi­tés. Dieu sait ce qui réel­le­ment se pro­dui­ra. On serait ten­té de croire que nous avons à chaque minute le com­men­ce­ment en main, et que nous devrions tirer des plans pour l’humanité. Si la chi­mère de la vitesse nous déplaît, créons-en une autre, par exemple très lente, un bon­heur mys­té­rieux comme le ser­pent de mer, flot­tant comme des voiles, et ce pro­fond regard de vache dont les Grecs déjà s’engouèrent ! Mais il n’en va nul­le­ment ain­si. C’est la chose qui nous a en main. Jour et nuit, on voyage en elle, et l’on en fait bien d’autres : on s’y rase, on y mange, on y aime, on y lit des livres, on y exerce sa pro­fes­sion comme si les quatre murs étaient immo­biles, mais l’inquiétant, c’est que les murs bougent sans qu’on s’en aper­çoive et qu’ils pro­jettent leurs rails en avant d’eux-mêmes comme de longs fils qui se recourbent en tâton­nant, sans qu’on sache jamais où ils vont. Et par-des­sus le mar­ché, on vou­drait encore, si pos­sible, être l’une des forces qui déter­minent le train du temps ! Voilà un rôle bien équi­voque, et il arrive que le pay­sage, si l’on regarde au-dehors après un inter­valle suf­fi­sant, ait chan­gé ; ce qui file devant nos yeux file parce qu’il n’en peut être autre­ment ; mais, si rési­gné que l’on soit, on ne peut faire qu’un sen­ti­ment désa­gréable ne prenne de plus en plus de force, comme si l’on avait dépas­sé le but ou que l’on se fût trom­pé de voie. Un beau jour, en tem­pête, un besoin vous enva­hit : des­cendre ! sau­ter du train ! Nostalgie d’être arrê­té, de ne pas se déve­lop­per, de res­ter immo­bile ou de reve­nir au point qui pré­cé­dait le mau­vais embran­che­ment ! Et dans le bon vieux temps, quand l’empire d’Autriche exis­tait encore, il n’y avait alors qu’à quit­ter le train du temps, à prendre place dans un train tout court, et à ren­trer dans sa patrie.

Là, en Cacanie, dans cet État depuis lors dis­pa­ru et res­té incom­pris qui fut sur tant de points, sans qu’on lui en rende jus­tice, exem­plaire, il y avait aus­si du « dyna­misme », mais point de trop. Chaque fois qu’on repen­sait à ce pays de l’étranger, venait flot­ter devant vos yeux le sou­ve­nir de ses routes larges, blanches, pros­pères, datant de l’époque de la marche à pied et des malles-postes, qui le sillon­naient en tous sens, fleuves d’ordre, clairs rubans de cou­til mili­taire, bras admi­nis­tra­tifs, cou­leur de papier tim­bré, étrei­gnant les pro­vinces… Et quelles pro­vinces ! Il y avait les gla­ciers et la mer, le Karst et les champs de blé bohêmes, les nuits au bord de l’Adriatique, gré­sillantes de l’activité des grillons, et les vil­lages slo­vaques où la fumée sor­tait des che­mi­nées comme d’un nez retrous­sé, où les mai­sons étaient tapies entre deux col­lines comme si la terre avait entrou­vert ses lèvres afin d’y réchauf­fer son enfant. Naturellement, il y avait aus­si des auto­mo­biles sur ces routes ; mais pas trop. Ici aus­si, l’on pré­pa­rait la conquête de l’air ; mais point trop inten­si­ve­ment. De loin en loin, point trop sou­vent, l’on envoyait un bateau en Amérique du Sud ou dans l’Extrême-Orient. On n’avait nulle ambi­tion éco­no­mique, nul rêve d’hégémonie ; on était ins­tal­lé au centre de l’Europe, au croi­se­ment des vieux axes du monde ; les mots de colo­nie et d’outre-mer ne ren­daient encore qu’un son loin­tain et comme trop neuf. On déployait quelque luxe ; mais en se gar­dant d’y mettre le raf­fi­ne­ment des Français. On pra­ti­quait les sports ; mais avec moins d’extravagance que les Anglo-Saxons. On dépen­sait pour l’armée des sommes consi­dé­rables ; juste assez cepen­dant pour être sûr de res­ter l’avant-dernière des Grandes puis­sances. La capi­tale elle-même était un rien plus petite que les plus grandes métro­poles du monde, et pour­tant consi­dé­ra­ble­ment plus grande que ne le sont de simples « grandes villes ». Et ce pays était admi­nis­tré d’une manière éclai­rée, à peine sen­sible, tous les angles pru­dem­ment arron­dis, par la meilleure bureau­cra­tie d’Europe, à qui l’on ne pou­vait repro­cher qu’une seule faute : qu’elle vît dans le génie et les ini­tia­tives géniales des par­ti­cu­liers, s’ils n’en avaient pas reçu le pri­vi­lège de par leur haute nais­sance ou quelque mis­sion offi­cielle, une atti­tude imper­ti­nente et une sorte d’usurpation. Mais y a‑t‑il per­sonne qui aime voir des incom­pé­tents se mêler de ses affaires ? Et puis au moins, en Cacanie, on se bor­nait à tenir les génies pour des pal­to­quets : jamais on n’eût, comme ailleurs, tenu le pal­to­quet pour un génie.

Sur cette Cacanie main­te­nant englou­tie, que de choses curieuses seraient à dire ! Elle était, par exemple, kai­ser­lich-köni­glich (impé­riale-royale) et aus­si bien kai­ser­lich und köni­glich (impé­riale et royale) ; il n’était chose ni per­sonne qui ne fût affec­tée là-bas de l’un de ces deux sigles, k. k. ou k. u. k. ; il n’en fal­lait pas moins dis­po­ser d’une science secrète pour pou­voir déci­der à coup sûr quelles ins­ti­tu­tions et quels hommes pou­vaient être dits k. k., et quels autres k. u. k. Elle s’appelait, par écrit, Monarchie aus­tro-hon­groise, et se fai­sait appe­ler, ora­le­ment, l’Autriche : nom qu’elle avait offi­ciel­le­ment et solen­nel­le­ment abju­ré, mais conser­vait dans les affaires de cœur, comme pour prou­ver que les sen­ti­ments ont autant d’importance que le droit public, et que les pres­crip­tions n’ont rien à voir avec le véri­table sérieux de la vie. La Constitution était libé­rale, mais le régime clé­ri­cal. Le régime était clé­ri­cal, mais les habi­tants libres pen­seurs. Tous les bour­geois étaient égaux devant la loi, mais jus­te­ment, tous n’étaient pas bourgeois.

Le Parlement fai­sait de sa liber­té un usage si impé­tueux qu’on pré­fé­rait d’ordinaire le tenir fer­mé ; mais l’on avait aus­si une loi d’exception qui per­met­tait de se pas­ser du Parlement ; et chaque fois que l’État tout entier se pré­pa­rait à jouir des bien­faits de l’absolutisme, la Couronne décré­tait qu’on allait recom­men­cer à vivre sous le régime par­le­men­taire. Parmi nombre de sin­gu­la­ri­tés du même ordre, il faut citer aus­si les dis­sen­sions natio­nales qui atti­raient sur elles, à juste titre, l’attention de toute l’Europe, et que les his­to­riens d’aujourd’hui défi­gurent. Ces dis­sen­sions étaient si vio­lentes que la machine de l’État s’enrayait plu­sieurs fois par année à cause d’elles ; mais dans ces inter­valles et ces repos de l’État, cha­cun s’en tirait à mer­veille, et l’on fai­sait comme si de rien n’était. D’ailleurs, il n’y avait rien eu de réel. Il y avait sim­ple­ment que cette aver­sion de tout homme pour les efforts de son pro­chain dans laquelle nous com­mu­nions tous aujourd’hui, s’était fait jour très tôt dans cet État pour atteindre à une sorte de céré­mo­nial subli­mé qui eût pu avoir de grandes consé­quences si son évo­lu­tion n’avait pas été pré­ma­tu­ré­ment inter­rom­pue par une catastrophe.

Ce n’était pas seule­ment, en effet, que l’aversion pour le conci­toyen se fût éle­vée là-bas au niveau d’un sen­ti­ment de com­mu­nau­té, mais encore que la méfiance envers soi-même, envers son propre des­tin, y avait pris le carac­tère d’une pro­fonde assu­rance. En ce pays (et par­fois jusqu’au plus haut point de pas­sion, et jusque dans ses extrêmes consé­quences), on agis­sait tou­jours autre­ment qu’on ne pen­sait, ou on pen­sait autre­ment qu’on n’agissait. Des obser­va­teurs mal infor­més ont pris cela pour du charme, ou même pour une fai­blesse de ce qu’ils croyaient être le carac­tère autri­chien. C’était faux ; il est tou­jours faux de vou­loir expli­quer les phé­no­mènes d’un pays à tra­vers le carac­tère de ses habi­tants. Car l’habitant d’un pays a tou­jours au moins neuf carac­tères : un carac­tère pro­fes­sion­nel, un carac­tère de classe, un carac­tère sexuel, un carac­tère natio­nal, un carac­tère poli­tique, un carac­tère géo­gra­phique, un carac­tère conscient, un incons­cient, et peut-être même encore, un carac­tère pri­vé ; il les réunit dans sa per­sonne, mais s’en trouve dis­so­cié, et n’est plus fina­le­ment qu’un petit val­lon creu­sé par cette mul­ti­tude de cours d’eau, val­lon dans lequel ils viennent s’écouler pour en res­sor­tir ensuite et rem­plir d’autres val­lons avec d’autres ruis­se­lets. C’est pour­quoi tout habi­tant de la terre pos­sède encore un dixième carac­tère, qui n’est rien d’autre que l’imagination pas­sive d’espaces non encore rem­plis ; ce carac­tère donne à l’homme toutes les liber­tés, sauf une : celle de prendre au sérieux ce que font ses autres carac­tères (neuf pour le moins), et ce qui leur arrive ; donc, en d’autres termes, la seule liber­té, pré­ci­sé­ment, qui pour­rait rem­plir cet espace. Cet espace, dont il faut avouer qu’il n’est pas facile à décrire, sera colo­ré et for­mé autre­ment en Italie qu’en Angleterre, parce que tout ce qui se détache sur son fond pos­sède une autre forme et une autre cou­leur ; et pour­tant, il reste le même, ici comme ailleurs, c’est-à-dire pré­ci­sé­ment un espace invi­sible et vide dans lequel la réa­li­té se dresse comme une petite ville de jeu de construc­tion aban­don­née par l’imagination.

Dans la mesure où le fait peut deve­nir visible à tous les yeux, voi­là ce qui s’était pas­sé en Cacanie, voi­là en quoi la Cacanie, sans que le monde le sût encore, s’affirmait l’État le plus avan­cé ; c’était un État qui ne sub­sis­tait plus que par la force de l’habitude, on y jouis­sait d’une liber­té pure­ment néga­tive, dans la conscience conti­nuelle des rai­sons insuf­fi­santes de sa propre exis­tence et bai­gné par la grande vision de ce qui ne s’est point pas­sé, ou point irré­vo­ca­ble­ment du moins, comme par l’haleine des Océans dont l’humanité est sortie.

Es ist pas­siert, disait-on là-bas, quand d’autres gens croyaient ailleurs que Dieu sait quoi avait eu lieu ; c’était un terme sin­gu­lier, qui n’apparaît nulle part ailleurs, ni en alle­mand ni dans une autre langue, et dans le souffle duquel les faits et les coups du sort deve­naient aus­si légers que des pen­sées, ou du duvet. Oui, mal­gré tout ce qui parle en sens contraire, la Cacanie était peut-être, après tout, un pays pour génies ; et sans doute fut-ce aus­si sa ruine.

In dem Alter, wo man noch alle Schneider- und Barbierangelegenheiten wich­tig nimmt und gerne in den Spiegel blickt, stellt man sich oft auch einen Ort vor, wo man sein Leben zubrin­gen möchte, oder wenig­stens einen Ort, wo es Stil hat, zu ver­wei­len, selbst wenn man fühlt, daß man für seine Person nicht gerade gern dort wäre. Eine solche soziale Zwangsvorstellung ist nun schon seit lan­gem eine Art übe­ra­me­ri­ka­nische Stadt, wo alles mit der Stoppuhr in der Hand eilt oder stil­l­steht. Luft und Erde bil­den einen Ameisenbau, von den Stockwerken der Verkehrsstraßen dur­ch­zo­gen. Luftzüge, Erdzüge, Untererdzüge, Rohrpostmenschensendungen, Kraftwagenketten rasen hori­zon­tal, Schnellaufzüge pum­pen ver­ti­kal Menschenmassen von einer Verkehrsebene in die andre ; man springt an den Knotenpunkten von einem Bewegungsapparat in den andern, wird von deren Rhythmus, der zwi­schen zwei los­don­nern­den Geschwindigkeiten eine Synkope, eine Pause, eine kleine Kluft von zwan­zig Sekunden macht, ohne Überlegung ange­saugt und hinein­ge­ris­sen, spricht has­tig in den Intervallen dieses all­ge­mei­nen Rhythmus mitei­nan­der ein paar Worte. Fragen und Antworten klin­ken inei­nan­der wie Maschinenglieder, jeder Mensch hat nur ganz bes­timmte Aufgaben, die Berufe sind an bes­timm­ten Orten in Gruppen zusam­men­ge­zo­gen, man ißt wäh­rend der Bewegung, die Vergnügungen sind in andern Stadtteilen zusam­men­ge­zo­gen, und wie­der anders­wo ste­hen die Türme, wo man Frau, Familie, Grammophon und Seele fin­det. Spannung und Abspannung, Tätigkeit und Liebe wer­den zeit­lich genau getrennt und nach gründ­li­cher Laboratoriumserfahrung aus­ge­wo­gen. Stößt man bei irgen­dei­ner die­ser Tätigkeiten auf Schwierigkeit, so läßt man die Sache ein­fach ste­hen ; denn man fin­det eine andre Sache oder gele­gent­lich einen bes­se­ren Weg, oder ein andrer fin­det den Weg, den man ver­fehlt hat ; das scha­det gar nichts, wäh­rend durch nichts so viel von der gemein­sa­men Kraft ver­schleu­dert wird wie durch die Anmaßung, daß man beru­fen sei, ein bes­timmtes persön­liches Ziel nicht locker zu las­sen. In einem von Kräften dur­ch­flos­se­nen Gemeinwesen führt jeder Weg an ein gutes Ziel, wenn man nicht zu lange zau­dert und über­legt. Die Ziele sind kurz ges­teckt ; aber auch das Leben ist kurz, man gewinnt ihm so ein Maximum des Erreichens ab, und mehr braucht der Mensch nicht zu sei­nem Glück, denn was man erreicht, formt die Seele, wäh­rend das, was man ohne Erfüllung will, sie nur ver­biegt ; für das Glück kommt es sehr wenig auf das an, was man will, son­dern nur darauf, daß man es erreicht. Außerdem lehrt die Zoologie, daß aus einer Summe von redu­zier­ten Individuen sehr wohl ein geniales Ganzes bes­te­hen kann.

Es ist gar nicht sicher, daß es so kom­men muß, aber solche Vorstellungen gehö­ren zu den Reiseträumen, in denen sich das Gefühl der rast­lo­sen Bewegung spie­gelt, die uns mit sich führt. Sie sind ober­flä­chlich, unru­hig und kurz. Weiß Gott, was wirk­lich wer­den wird. Man sollte mei­nen, daß wir in jeder Minute den Anfang in der Hand haben und einen Plan für uns alle machen müß­ten. Wenn uns die Sache mit den Geschwindigkeiten nicht gefällt, so machen wir doch eine andre ! Zum Beispiel eine ganz lang­same, mit einem schleie­rig wal­len­den, meer­sch­ne­cken­haft geheim­nis­vol­len Glück und dem tie­fen Kuhblick, von dem schon die Griechen ges­chwärmt haben. Aber so ist es ganz und gar nicht. Die Sache hat uns in der Hand. Man fährt Tag und Nacht in ihr und tut auch noch alles andre darin ; man rasiert sich, man ißt, man liebt, man liest Bücher, man übt sei­nen Beruf aus, als ob die vier Wände stil­l­stün­den, und das Unheimliche ist bloß, daß die Wände fah­ren, ohne daß man es merkt, und ihre Schienen voraus­wer­fen, wie lange, tas­tend gekrümmte Fäden, ohne daß man weiß wohin. Und über­dies will man ja womö­glich selbst noch zu den Kräften gehö­ren, die den Zug der Zeit bes­tim­men. Das ist eine sehr unk­lare Rolle, und es kommt vor, wenn man nach län­ge­rer Pause hinaus­sieht, daß sich die Landschaft geän­dert hat ; was da vor­bei­fliegt, fliegt vor­bei, weil es nicht anders sein kann, aber bei aller Ergebenheit gewinnt ein unan­ge­nehmes Gefühl immer mehr Gewalt, als ob man über das Ziel hinaus­ge­fah­ren oder auf eine falsche Strecke gera­ten wäre. Und eines Tages ist das stür­mische Bedürfnis da : Aussteigen ! Abspringen ! Ein Heimweh nach Aufgehaltenwerden, Nichtsichentwickeln, Steckenbleiben, Zurückkehren zu einem Punkt, der vor der fal­schen Abzweigung liegt ! Und in der guten alten Zeit, als es das Kaisertum Österreich noch gab, konnte man in einem sol­chen Falle den Zug der Zeit ver­las­sen, sich in einen gewöhn­li­chen Zug einer gewöhn­li­chen Eisenbahn set­zen und in die Heimat zurückfahren.

Dort, in Kakanien, die­sem sei­ther unter­ge­gan­ge­nen, unvers­tan­de­nen Staat, der in so vie­lem ohne Anerkennung vor­bild­lich gewe­sen ist, gab es auch Tempo, aber nicht zuviel Tempo. So oft man in der Fremde an dieses Land dachte, schwebte vor den Augen die Erinnerung an die weißen, brei­ten, wohl­ha­ben­den Straßen aus der Zeit der Fußmärsche und Extraposten, die es nach allen Richtungen wie Flüsse der Ordnung, wie Bänder aus hei­lem Soldatenzwillich dur­ch­zo­gen und die Länder mit dem papier­weißen Arm der Verwaltung umschlan­gen. Und was für Länder ! Gletscher und Meer, Karst und böh­mische Kornfelder gab es dort, Nächte an der Adria, zir­pend von Grillenunruhe, und slo­wa­kische Dörfer, wo der Rauch aus den Kaminen wie aus auf­gestülp­ten Nasenlöchern stieg und das Dorf zwi­schen zwei klei­nen Hügeln kauerte, als hätte die Erde ein wenig die Lippen geöff­net, um ihr Kind daz­wi­schen zu wär­men. Natürlich roll­ten auf die­sen Straßen auch Automobile ; aber nicht zuviel Automobile ! Man berei­tete die Eroberung der Luft vor, auch hier ; aber nicht zu inten­siv. Man ließ hie und da ein Schiff nach Südamerika oder Ostasien fah­ren ; aber nicht zu oft. Man hatte kei­nen Weltwirtschafts- und Weltmachtehrgeiz ; man saß im Mittelpunkt Europas, wo die alten Weltachsen sich schnei­den ; die Worte Kolonie und Übersee hörte man an wie etwas noch gänz­lich Unerprobtes und Fernes. Man ent­fal­tete Luxus ; aber bei­leibe nicht so über­fei­nert wie die Franzosen. Man trieb Sport ; aber nicht so när­risch wie die Angelsachsen. Man gab Unsummen für das Heer aus ; aber doch nur gerade so viel, daß man sicher die zweit­schwächste der Großmächte blieb. Auch die Hauptstadt war um einiges klei­ner als alle andern größ­ten Städte der Welt, aber doch um ein Erkleckliches größer, als es bloß Großstädte sind. Und ver­wal­tet wurde dieses Land in einer auf­geklär­ten, wenig fühl­ba­ren, alle Spitzen vor­sich­tig bes­ch­nei­den­den Weise von der bes­ten Bürokratie Europas, der man nur einen Fehler nach­sa­gen konnte : sie emp­fand Genie und geniale Unternehmungssucht an Privatpersonen, die nicht durch hohe Geburt oder einen Staatsauftrag dazu pri­vi­le­giert waren, als vor­lautes Benehmen und Anmaßung. Aber wer ließe sich gerne von Unbefugten drein­re­den ! Und in Kakanien wurde über­dies immer nur ein Genie für einen Lümmel gehal­ten, aber nie­mals, wie es anders­wo vor­kam, schon der Lümmel für ein Genie.

Überhaupt, wie vieles Merkwürdige ließe sich über dieses ver­sun­kene Kakanien sagen ! Es war zum Beispiel kai­ser­lich-köni­glich und war kai­ser­lich und köni­glich ; eines der bei­den Zeichen k.k. oder k.u.k. trug dort jede Sache und Person, aber es bedurfte trotz­dem einer Geheimwissenschaft, um immer sicher unter­schei­den zu kön­nen, welche Einrichtungen und Menschen k.k. und welche k.u.k. zu rufen waren. Es nannte sich schrift­lich Österreichisch-Ungarische Monarchie und ließ sich münd­lich Österreich rufen ; mit einem Namen also, den es mit feier­li­chem Staatsschwur abge­legt hatte, aber in allen Gefühlsangelegenheiten bei­be­hielt, zum Zeichen, daß Gefühle eben­so wich­tig sind wie Staatsrecht und Vorschriften nicht den wirk­li­chen Lebensernst bedeu­ten. Es war nach sei­ner Verfassung libe­ral, aber es wurde kle­ri­kal regiert. Es wurde kle­ri­kal regiert, aber man lebte frei­sin­nig. Vor dem Gesetz waren alle Bürger gleich, aber nicht alle waren eben Bürger. Man hatte ein Parlament, welches so gewal­ti­gen Gebrauch von sei­ner Freiheit machte, daß man es gewöhn­lich ges­chlos­sen hielt ; aber man hatte auch einen Notstandsparagraphen, mit des­sen Hilfe man ohne das Parlament aus­kam, und jedes­mal, wenn alles sich schon über den Absolutismus freute, ord­nete die Krone an, daß nun doch wie­der par­la­men­ta­risch regiert wer­den müsse. Solcher Geschehnisse gab es viele in die­sem Staat, und zu ihnen gehör­ten auch jene natio­na­len Kämpfe, die mit Recht die Neugierde Europas auf sich zogen und heute ganz falsch dar­ges­tellt wer­den. Sie waren so hef­tig, daß ihret­we­gen die Staatsmaschine mehr­mals im Jahr stockte und stil­l­stand, aber in den Zwischenzeiten und Staatspausen kam man aus­ge­zeich­net mitei­nan­der aus und tat, als ob nichts gewe­sen wäre. Und es war auch nichts Wirkliches gewe­sen. Es hatte sich bloß die Abneigung jedes Menschen gegen die Bestrebungen jedes andern Menschen, in der wir heute alle einig sind, in die­sem Staat schon früh, und man kann sagen, zu einem subli­mier­ten Zeremoniell aus­ge­bil­det, das noch große Folgen hätte haben kön­nen, wenn seine Entwicklung nicht durch eine Katastrophe vor der Zeit unter­bro­chen wor­den wäre.

Denn nicht nur die Abneigung gegen den Mitbürger war dort bis zum Gemeinschaftsgefühl ges­tei­gert, son­dern es nahm auch das Mißtrauen gegen die eigene Person und deren Schicksal den Charakter tie­fer Selbstgewißheit an. Man han­delte in die­sem Land – und mitun­ter bis zu den höchs­ten Graden der Leidenschaft und ihren Folgen immer anders, als man dachte, oder dachte anders, als man han­delte. Unkundige Beobachter haben das für Liebenswürdigkeit oder gar für Schwäche des ihrer Meinung nach öster­rei­chi­schen Charakters gehal­ten. Aber das war falsch ; und es ist immer falsch, die Erscheinungen in einem Land ein­fach mit dem Charakter sei­ner Bewohner zu erklä­ren. Denn ein Landesbewohner hat min­des­tens neun Charaktere, einen Berufs‑, einen National‑, einen Staats‑, einen Klassen‑, einen geo­gra­phi­schen, einen Geschlechts‑, einen bewuß­ten, einen unbe­wuß­ten und viel­leicht auch noch einen pri­va­ten Charakter ; er verei­nigt sie in sich, aber sie lösen ihn auf, und er ist eigent­lich nichts als eine kleine, von die­sen vie­len Rinnsalen aus­ge­wa­schene Mulde, in die sie hinein­si­ckern und aus der sie wie­der aus­tre­ten, um mit andern Bächlein eine andre Mulde zu fül­len. Deshalb hat jeder Erdbewohner auch noch einen zehn­ten Charakter, und die­ser ist nichts als die pas­sive Phantasie unaus­gefüll­ter Räume ; er ges­tat­tet dem Menschen alles, nur nicht das eine : das ernst zu neh­men, was seine min­des­tens neun andern Charaktere tun und was mit ihnen ges­chieht ; also mit andern Worten, gerade das nicht, was ihn ausfül­len sollte. Dieser, wie man zuge­ben muß, schwer zu bes­chrei­bende Raum ist in Italien anders gefärbt und geformt als in England, weil das, was sich von ihm abhebt, andre Farbe und Form hat, und ist doch da und dort der gleiche, eben ein lee­rer, unsicht­ba­rer Raum, in dem die Wirklichkeit darins­teht wie eine von der Phantasie ver­las­sene kleine Steinbaukastenstadt.

Soweit das nun übe­rhaupt allen Augen sicht­bar wer­den kann, war es in Kakanien ges­che­hen, und darin war Kakanien, ohne daß die Welt es schon wußte, der fort­ges­chrit­tenste Staat ; es war der Staat, der sich selbst irgend­wie nur noch mit­machte, man war nega­tiv frei darin, stän­dig im Gefühl der unzu­rei­chen­den Gründe der eige­nen Existenz und von der großen Phantasie des Nichtgeschehenen oder doch nicht unwi­der­ru­flich Geschehenen wie von dem Hauch der Ozeane umspült, denen die Menschheit entstieg.

Es ist pas­siert, sagte man dort, wenn andre Leute anders­wo glaub­ten, es sei wun­der was ges­che­hen ; das war ein eige­nar­tiges, nir­gend­wo sonst im Deutschen oder einer andern Sprache vor­kom­mendes Wort, in des­sen Hauch Tatsachen und Schicksalsschläge so leicht wur­den wie Flaumfedern und Gedanken. Ja, es war, trotz vie­lem, was dage­gen spricht, Kakanien viel­leicht doch ein Land für Genies ; und wahr­schein­lich ist es daran auch zugrunde gegangen.

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t. 1
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chap. 8  : « La Cacanie »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 38–43

Debout der­rière l’une des fenêtres, il regar­dait la rue bru­nâtre à tra­vers le filtre vert tendre de l’air du jar­din et comp­tait depuis dix minutes, montre en main, les autos, les voi­tures, les tram­ways et les visages, déla­vés par la dis­tance, des pié­tons qui emplis­saient le filet du regard de leur hâte mous­seuse ; il éva­luait les vitesses, les angles, le dyna­misme des masses en mou­ve­ment les unes devant les autres qui, le temps d’un éclair, attirent l’œil, le retiennent et le relâchent et qui, pen­dant une durée échap­pant à toute mesure, contraignent l’attention à s’appuyer sur elles, à s’en déta­cher pour sau­ter sur la sui­vante et se jeter à ses trousses ; enfin, après avoir cal­cu­lé un ins­tant de tête, il remit sa montre dans sa poche, écla­ta de rire et consta­ta qu’il avait per­du son temps. Si l’on pou­vait mesu­rer les sauts de l’attention, l’activité des muscles ocu­laires, les oscil­la­tions pen­du­laires de l’âme et tous les efforts qu’un homme doit s’imposer pour se main­te­nir debout dans le flot de la rue, on obtien­drait pro­ba­ble­ment (avait-il son­gé, essayant comme par jeu de cal­cu­ler l’incalculable) une gran­deur en com­pa­rai­son de laquelle la force dont Atlas a besoin pour por­ter le monde n’est rien, et l’on pour­rait mesu­rer l’extraordinaire acti­vi­té déployée de nos jours par celui-là même qui ne fait rien. C’était, pour l’instant, le cas de l’Homme sans qualités.

Mais celui qui fait quelque chose ?…

« On en peut tirer deux conclu­sions », se dit-il.

L’activité mus­cu­laire d’un bour­geois qui va tran­quille­ment son che­min tout un jour est consi­dé­ra­ble­ment supé­rieure à celle d’un ath­lète sou­le­vant, une fois par jour, un énorme poids ; ce fait a été confir­mé par la phy­sio­lo­gie ; ain­si donc, même ses petites acti­vi­tés quo­ti­diennes, dans leur somme sociale et par la facul­té qu’elles ont d’être som­mées, pro­duisent infi­ni­ment plus d’énergie que les actes héroïques ; l’activité héroïque finit même par sem­bler abso­lu­ment déri­soire, grain de sable posé sur une mon­tagne avec l’illusion de l’extraordinaire. L’Homme sans qua­li­tés fut enchan­té par cette idée.

Il est tou­te­fois néces­saire d’ajouter que si elle lui plai­sait, ce n’était pas qu’il aimât la vie bour­geoise ; mais sim­ple­ment qu’il aimait contre­car­rer un peu ses pen­chants, naguère tout autres. Peut-être est-ce pré­ci­sé­ment le petit-bour­geois qui pressent l’aurore d’un nou­vel héroïsme, énorme et col­lec­tif, à l’exemple des four­mis. On le bap­ti­se­ra « héroïsme ratio­na­li­sé » et on le trou­ve­ra fort beau. Qui pour­rait, aujourd’hui déjà, le savoir ? De telles ques­tions, toutes de la plus grande impor­tance, et qui demeu­raient sans réponse, il y en avait alors à foi­son. Elles étaient dans l’air, elles vous brû­laient les pieds. Le temps se dépla­çait. Ceux qui n’ont pas vécu à cette époque se refu­se­ront à le croire, mais le temps, alors déjà, se dépla­çait avec la rapi­di­té d’un cha­meau : cela n’est pas d’aujourd’hui. Seulement, on ne savait pas où il allait. Puis, on ne pou­vait pas dis­tin­guer clai­re­ment ce qui était en haut de ce qui était en bas, ce qui avan­çait de ce qui recu­lait. « On peut faire ce qu’on veut, se dit l’Homme sans qua­li­tés en haus­sant les épaules, dans cet imbro­glio de forces, cela n’a aucune impor­tance ! » Il se détour­na, comme un homme qui a dû apprendre à renon­cer, presque comme un malade que tout contact bru­tal effraie ; et quand, tra­ver­sant le cabi­net de toi­lette conti­gu, il pas­sa devant un pun­ching-ball qui y était sus­pen­du, il lui don­na un coup d’une rapi­di­té et d’une vio­lence telles qu’on n’en voit guère dans une humeur rési­gnée ou dans un état de faiblesse.

Er stand hin­ter einem der Fenster, sah durch den zart­grü­nen Filter der Gartenluft auf die bräun­liche Straße und zählte mit der Uhr seit zehn Minuten die Autos, die Wagen, die Trambahnen und die von der Entfernung aus­ge­wa­sche­nen Gesichter der Fußgänger, die das Netz des Blicks mit quir­len­der Eile füll­ten ; er schätzte die Geschwindigkeiten, die Winkel, die leben­di­gen Kräfte vorü­ber­be­weg­ter Massen, die das Auge blitz­sch­nell nach sich zie­hen, fes­thal­ten, los­las­sen, die wäh­rend einer Zeit, für die es kein Maß gibt, die Aufmerksamkeit zwin­gen, sich gegen sie zu stem­men, abzu­reißen, zum nächs­ten zu sprin­gen und sich die­sem nach­zu­wer­fen ; kurz, er steckte, nach­dem er eine Weile im Kopf gerech­net hatte, lachend die Uhr in die Tasche und stellte fest, daß er Unsinn getrie­ben habe. – Könnte man die Sprünge der Aufmerksamkeit mes­sen, die Leistungen der Augenmuskeln, die Pendelbewegungen der Seele und alle die Anstrengungen, die ein Mensch voll­brin­gen muß, um sich im Fluß einer Straße aufrecht zu hal­ten, es käme ver­mut­lich – so hatte er gedacht und spie­lend das Unmögliche zu berech­nen ver­sucht – eine Größe heraus, mit der ver­gli­chen die Kraft, die Atlas braucht, um die Welt zu stem­men, gering ist, und man könnte ermes­sen, welche unge­heure Leistung heute schon ein Mensch voll­bringt, der gar nichts tut.

Denn der Mann ohne Eigenschaften war augen­bli­ck­lich ein sol­cher Mensch.

Und einer der tut ?

»Man kann zwei Schlüsse daraus zie­hen« sagte er sich.

Die Muskelleistung eines Bürgers, der ruhig einen Tag lang seines Weges geht, ist bedeu­tend größer als die eines Athleten, der ein­mal im Tag ein unge­heures Gewicht stemmt ; das ist phy­sio­lo­gisch nach­ge­wie­sen wor­den, und also set­zen wohl auch die klei­nen Alltagsleistungen in ihrer gesell­schaft­li­chen Summe und durch ihre Eignung für diese Summierung viel mehr Energie in die Welt als die heroi­schen Taten ; ja die heroische Leistung erscheint gera­de­zu win­zig, wie ein Sandkorn, das mit unge­heu­rer Illusion auf einen Berg gelegt wird. Dieser Gedanke gefiel ihm.

Aber es muß hin­zu­gefügt wer­den, daß er ihm nicht etwa deshalb gefiel, weil er das bür­ger­liche Leben liebte ; im Gegenteil, es beliebte ihm bloß, sei­nen Neigungen, die einst­mals anders gewe­sen waren, Schwierigkeiten zu berei­ten. Vielleicht ist es gerade der Spießbürger, der den Beginn eines unge­heu­ren neuen, kol­lek­ti­ven, amei­sen­haf­ten Heldentums vorau­sahnt ? Man wird es ratio­na­li­siertes Heldentum nen­nen und sehr schön fin­den. Wer kann das heute schon wis­sen ? Solcher unbeant­wor­te­ter Fragen von größ­ter Wichtigkeit gab es aber damals hun­derte. Sie lagen in der Luft, sie brann­ten unter den Füßen. Die Zeit bewegte sich. Leute, die damals noch nicht gelebt haben, wer­den es nicht glau­ben wol­len, aber schon damals bewegte sich die Zeit so schnell wie ein Reitkamel ; und nicht erst heute. Man wußte bloß nicht, wohin. Man konnte auch nicht recht unter­schei­den, was oben und unten war, was vor und zurück ging. »Man kann tun, was man will;« sagte sich der Mann ohne Eigenschaften ach­zel­zu­ckend »es kommt in die­sem Gefilz von Kräften nicht im gering­sten darauf an!« Er wandte sich ab wie ein Mensch, der ver­zich­ten gelernt hat, ja fast wie ein kran­ker Mensch, der jede starke Berührung scheut, und als er, sein angren­zendes Ankleidezimmer durch­schrei­tend, an einem Boxball, der dort hing, vor­bei­kam, gab er die­sem einen so schnel­len und hef­ti­gen Schlag, wie es in Stimmungen der Ergebenheit oder Zuständen der Schwäche nicht gerade üblich ist.

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t. 1
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chap. 2  : « Comment était logé l’homme sans qualités »
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trad.  Philippe Jaccottet
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p. 15

Nous te prions de ne pas essayer de punir l’auteur de ces lignes en pre­nant des airs, cela n’aurait aucun sens, cela ne ferait tout au plus que de te confé­rer une touche de pro­vin­cia­lisme. Tu ne veux tout de même pas paraître à tout prix une pro­vin­ciale à nos yeux de voya­geur ? Nous te prions d’y son­ger. Au bri­gand, l’autre, celle dont il recher­chait les faveurs, dit ceci : « Vous êtes vrai­ment trop gen­til. » C’était une très aimable, une recon­nais­sante. Un jour, dans cette autre petite salle, il a man­gé un pou­let, arro­sé de Dôle. Nous disons cela sim­ple­ment parce que rien de plus impor­tant pour le moment ne nous vient à l’esprit. Une plume pré­fère écrire une chose incon­grue plu­tôt que de se repo­ser ne fût-ce qu’un moment. Peut-être est-ce là un des secrets d’une écri­ture de qua­li­té, c’est-à-dire qu’il faut tou­jours que quelque chose d’impulsif entre dans l’écriture.

Wir bit­ten dich, vor dem Autor die­ser Zeilen nicht zu ver­su­chen, stra­fend drein­zu­schauen, was kei­nen Sinn hätte, was höchs­tens auf dich eine Art von Provinzialität wer­fen könnte. Du will­st doch nicht dur­chaus eine Provinzlerin in unse­ren wei­tum­her­ge­reis­ten Augen sein. Wir bit­ten dich, das zu beden­ken. Zum Räuber sprach jene andere, um deren Gunst er sich bewarb : « Sie sind gar zu artig. » Das war eine sehr Freundliche, Erkenntliche. Einmal hat er in jenem ande­ren Sälchen ein Huhn vers­peist und dazu Döle getrun­ken. Wir sagen das nur, weil uns im Moment nichts Erhebliches einfällt. Eine Feder redet lie­ber etwas Unstatthaftes, als daß sie auch nur einen Moment lang aus­ruht. Vielleicht ist dies eines der Geheimnisse bes­se­rer Schriftstellerei, eben ein Impulsives ins Schreiben d.h. es muß hineinkommen.

Bon es par­tit on va enfa­chil­har cer­taines per­sonnes, elles vont avoir mal à la tête sans rai­son, une sen­sa­tion de fièvre sans en avoir, des cour­ba­tures, l’obligation de dor­mir douze heures par jour, leurs appa­reils élec­tro­niques vont se vider de leur bat­te­rie ins­tan­ta­né­ment. Elles vont être dans l’impossibilité d’articuler de las pen­sa­das com­plexes sans être épui­sées, avoir une insta­bi­li­té affec­tive et un manque de confiance en soi mala­dir. Parfois en plein milieu de la jour­née lor vision se va escu­rir. Quand elles par­le­ront elles auront du mal à arti­cu­lar. Parfois un peu de salive s’échappera de leur bouche quand elles ten­te­ront de pro­non­cer les consonnes. Elles ne pour­ront plus se pro­je­ter dins lo futur. Aquela male­dic­cion va tou­cher les per­sonnes qui ne sont pas d’accord avec nous. Ceux qui ne veulent pas de moi, je les efface de mon exis­tence, d’un simple agach de mes­prètz. Je suis l’Inflexible, l’aînée des Parques, mais au lieu de copa lo fil, je fais una bocla.

Je suis la vieille femme arai­gnée, celle qui a inven­té l’artisanat.
Maintenant, vous n’avez plus besoin de moi pour adve­nir lo mal abso­lut, las gra­nas de la dis­corde sont plan­tés dans les dis­cords et tout le monde va s’entretuer dans la rue, à coup de mar­teaux et de voi­tures fami­liales lan­cées à pleine velo­ci­tat. Mais pour cela, les ondes doivent encore se rem­plir jusqu’à cra­quer, la 5G doit être satu­rée de mes­sages appe­lant al murtre et a l’insureccion. Je ne dis pas que vous devez le faire, je dis que vous devez l’accompanhar. Encore une fois il s’agit d’argent. L’edat s’apodera de nosau­tras per sus­pre­sa. Tout est tou­jours un pro­blème éco­no­mique, regar­dez, vous vous adres­sez à moi car votre eco­no­mia vous fait dou­ter de vous. Vous avez besoin d’un mes­sa­ger, d’un passe-temps, d’acrobacias qui vous font res­ter en vie. L’ombre et la lumière, on a tous besoin d’explication.

Dogs run when they can

Time belongs to those who have so lit­tle time
that all of it is spent to think about the time they have
They end up being time itself
Dogs run when they can
eat so much food they throw up
howl the moon seize the day burn their paws
I’ve been offe­red a mas­sage in a salon for my bday
focu­sed on fee­ling it super casual
over­thought the underthinking
in order to maximize
pleasure
— but failed —
even­tual­ly became plea­sure itself

Les chiens courent quand ils peuvent. Le temps appar­tient à ceux qui ont peu de temps, que tout est dépen­sé à pen­ser au temps qu’ils n’ont pas. Ils finissent par deve­nir le temps en lui-même. Les chiens courent quand ils peuvent, ils mangent tel­le­ment de nour­ri­ture qu’ils vomissent. Ils hurlent à la lune, ils sai­sissent la jour­née, brûlent leurs pattes. On m’a offert un mas­sage dans un salon pour mon anni­ver­saire. J’étais concen­trée sur le sen­ti­ment d’être très natu­relle, j’ai trop pen­sé à ne pas pen­ser de manière à maxi­mi­ser le plai­sir, mais j’ai échoué, éven­tuel­le­ment deve­nant le plai­sir en lui-même.

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« Dogs run when they can » Hot Wings & Tenders
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trad.  trad. Lucille (lien)
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p. 53
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A poem from a meme where tom cruise is a boomer making fun of young people who don’t get outdated references

Back in the time
— a boo­mer says —
if you wan­ted space to be safe,
you’d make sure aliens have a weak point
and send tom cruise.
For some of my friends,
Being in a safe space is
when you can pre­tend to be a boo­mer for fun
because you’d be sur­roun­ded by an infor­med public.
Some other friends find a safe space
in a safe time
spent to for­get about tom cruises.
Aliens of mine
find safe­ty in the know­ledge of time.
They save some
— a room of their own —
they tra­vel in there and know their weak points.

Un poème à par­tir d’un mème où tom cruise est un boo­mer et qui se moque des jeunes gens qui n’ont pas les réfé­rences datées. Il y a long­temps, c’est un boo­mer qui le dit, si vous vou­lez un espace pour être en sécu­ri­té, il faut être sûrxe que les aliens ont un point faible et envoyer tom cruise. Pour quelques uns de mes amis, être dans un espace en sécu­ri­té c’est quand tu peux faire sem­blant d’être un boo­mer pour rigo­ler. Parce que tu serais entou­réxe par un public infor­mé. D’autres amixes trouvent un espace sûr dans un temps sûr dépen­sé à oublier tout ce qui est à pro­pos de tom cruise. Mes aliens trouvent de la sécu­ri­té dans le savoir du temps. Ils en sauvent (une chambre à eux), ils voyagent là et connaissent leurs points faibles.
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« A poem from a meme where tom cruise is a boo­mer making fun of young people who don’t get out­da­ted references » Hot Wings & Tenders
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trad.  trad. Fanny (lien)
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p. 51
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Baby pigeons

Some theo­ries online say birds don’t exist
they say
Birds are government.
Have you ever seen a baby pigeon ? they ask
I bare­ly get 1 / 1000 of the world so I get it
I don’t get how the wires that get in the houses up the doors in the streets bring light
how exact­ly iron melts or even how the paper is paper
i have never seen a pre­sident with my own eyes
even less germs —
suppose
that they’re everywhere —
trust
that
knowledge
isn’t enough
I’ve seen nests
but still don’t know how to build a roof
i trust in houses
I have seen baby pigeons, seve­ral of them
but whatever
who needs to know

Bébés pigeons. Y a des théo­ries en ligne qui disent que les oiseaux n’existent pas. Iels disent que les oiseaux c’est le gou­ver­ne­ment. Est-ce que vous avez déjà vu un bébé pigeon iels demandent. Je com- prends uni­que­ment un mil­lième du monde donc je com­prends ça. Je com­prends pas com­ment les wires qui arrivent sur les mai­sons à tra­vers les portes et les rues apportent de la lumière, ni com­ment le fer fond ou com­ment ça se fait que le papier c’est du papier. J’ai jamais vu un pré­sident de mes propres yeux, et encore moins des germes. J’imagine, j’imagine qu’ils sont par­tout. La confiance qui le savoir n’est pas as- sez. J’ai vu des nids mais je sais tou­jours pas com­ment construire un toit. J’ai confiance dans les mai­sons. J’ai vu des bébés pigeons, plu­sieurs d’entre eux, mais bon on s’en fout, qui a besoin de savoir ça.
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« Baby pigeons » Hot Wings & Tenders
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trad.  trad. Sarah (lien)
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p. 49
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Facts + tips to get over it

— There is some­thing you won’t ever smell : the air going out of your lungs —
— You’ll never be sure that your inner voice sounds the same than your real voice —
— You won’t taste your own tongue or swal­low your oesophage —
— Nor know exact­ly where the fee­lings come from when you caress your own fingertips —
— Through a mir­ror, you can’t see your eyes loo­king at any­thing else than your eyes —

In other words :
you can’t see what you look like when you are loo­king at your own body.
People, espe­cial­ly bor­ned, rai­sed or expe­rien­ced women, only trust
their bodies + the others’ looks
to see what emo­tions their seen bodies seem to create.

feel free to feel sel­fish and keep your senses for your senses

— video record your­self loo­king at yourself
glue fore­ver your fin­ger­tips together
exhale in a jar, keep it for later
swal­low your tongue, taste your oesophage
get your inner voice a spe­cial ID —

Des faits plus des astuces pour s’en remettre. Il y a une chose que vous ne sen­ti­rez jamais, c’est l’air qui sort de vos pou­mons. Tu ne seras jamais sûrxe de ta voix inté­rieure ni du fait qu’elle ait le même son que ta vraie voix. Tu ne sen­ti­ras jamais ta propre langue ou tu n’avaleras jamais ton œso­phage. Tu ne sau­ras jamais non plus exac­te­ment d’où vient ce sen­ti­ment quand tu caresses tes propres doigts. À tra­vers un miroir tu ne peux pas voir tes yeux qui regardent autre chose que tes yeux. En d’autres mots, tu ne peux pas voir ce à quoi tu res­sembles quand tu regardes ton propre corps. Les gens, spé­cia­le­ment ceux qui sont néxes ou éle­véxes ou ont vécu en tant que femme, croient uni­que­ment en leur corps plus dans ce à quoi res­semblent les autres, de savoir quelles émo­tions leur corps obser­vé évoque. Sentez-vous libre de vous sen­tir égoïste et de gar­der vos sens pour vous-même. La vidéo est en train d’enregistrer vous-même en train de vous regar­der. Collez pour tou­jours vos doigts ensemble. Expirez dans un vase et gar­dez-le pour plus tard. Avalez votre langue et goû­tez votre œso­phage. Obtenez pour votre voix inté­rieure une iden­ti­té spéciale.
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« Facts + tips to get over it » Hot Wings & Tenders
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trad.  trad. Juliette (lien)
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p. 37
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Einzig, dit Koller, avait tou­jours atta­ché, sur­tout dans toutes les cor­res­pon­dances, la plus grande valeur à être appe­lé von Einzig, et s’il avait à signer, il ne signait tou­jours que von Einzig, mais même dans les rela­tions quo­ti­diennes, Einzig s’était tou­jours fait appe­ler par tout le monde, sur­tout par les gens de basse extrac­tion, von Einzig, mais les Mange-pas-cher, dès le tout début, ne l’avaient jamais appe­lé von Einzig et s’étaient refu­sés dès la toute pre­mière appa­ri­tion d’Einzig à lui don­ner le titre de von Einzig, dès le pre­mier ins­tant ils ne s’étaient pas abais­sés à cette chose ridi­cule, et Einzig s’était sou­mis sans oppo­si­tion à leur exi­gence quant à la sup­pres­sion immé­diate du von devant Einzig. Parmi eux, il n’avait été que mon­sieur Einzig, pas une fois une seule von Einzig, et il ne lui avait natu­rel­le­ment pas non plus été per­mis par les Mange-pas-cher de se faire appe­ler von Einzig par le per­son­nel de la CPV. D’Einzig Koller savait extrê­me­ment peu de chose et Einzig avait aus­si tou­jours tout fait pour qu’on voie le moins pos­sible à l’intérieur de son exis­tence, même s’il avait tou­jours été très géné­reux pré­ci­sé­ment en décla­ra­tions qui concer­naient son ori­gine, où tout était cepen­dant tou­jours si contra­dic­toire qu’il y avait tou­jours toute appa­rence qu’Einzig avait inven­té de fond en comble, selon l’expression qu’avait employée Koller, tout ce qui concer­nait son ori­gine. Ce qui assu­ré­ment repo­sait sur une véri­té, c’était qu’Einzig venait de Carinthie, le pays où les fan­tai­sies autri­chiennes fleu­rissent avec le plus de luxu­riance, et pro­ba­ble­ment ne fal­lait-il pas dou­ter non plus du fait qu’il était, lui Einzig, venu de la val­lée de la Gail à Vienne, pour, selon l’expression de Koller, user ses fonds de culotte sur les bancs de l’université et fina­le­ment pou­voir reven­di­quer un poste d’enseignant à la même uni­ver­si­té, qui n’a jamais été dési­gnée par Koller que comme le pre­mier éta­blis­se­ment de des­truc­tion de l’esprit en Autriche, d’où d’après Koller n’étaient d’ailleurs sor­tis tous les ans que des cen­taines et des mil­liers d’esprits détruits, aux­quels en fin de compte notre pays et notre État devait sa débi­li­té et sa stu­pi­di­té et son ridi­cule. Mais Koller avait tou­jours pu éle­ver un doute quant à savoir s’il était vrai, comme Einzig l’affirmait conti­nuel­le­ment et obs­ti­né­ment, qu’il des­cen­dait d’une lignée aris­to­cra­tique ancienne et pour ain­si dire très ancien­ne­ment ins­tal­lée et qu’en fait il était d’une ori­gine bien plus haute, la plus haute même, que ne pou­vait l’exprimer le von pla­cé devant son nom. Lui, Einzig, n’était cepen­dant pas par­mi les Mange-pas-cher, comme il est natu­rel, allé bien loin avec ses fan­tai­sies généa­lo­giques, eux, les Mange-pas cher, avaient très vite per­cé à jour ces fan­tai­sies comme les fan­tai­sies effec­ti­ve­ment super­flues qu’elles étaient et n’avaient plus lais­sé Einzig se mani­fes­ter en ce qui concer­nait ces fan­tai­sies, de sorte que lui qui, sans doute jusqu’au moment où il était tom­bé à la CPV de la Döblinger Hauptstrasse et donc sur les Mange-pas-cher, n’avait tiré sa sub­sis­tance que de ces fan­tai­sies, avait dû tout à coup mettre un terme à ces fan­tai­sies en fin de compte peu ragoû­tantes, dit Koller, et se limi­ter à sa situa­tion effec­tive à Vienne, donc à son exis­tence plus ou moins insi­gni­fiante d’enseignant d’université. Le van­tard Einzig avait été, comme il est natu­rel, tout de suite retaillé par les Mange-pas-cher à la dimen­sion des faits démon­trables qui le concer­naient, dit Koller, et par là pri­vé de ce qui avait été jusque-là son ins­tru­ment de pou­voir le plus influent, lequel n’avait pas été souf­fert par les Mange-pas-cher un ins­tant de plus qu’il n’était néces­saire et de fait, selon Koller, dès le pre­mier moment, dès qu’Einzig avait sur­gi pour la pre­mière fois à la CPV, avait été abo­li. Les Mange-pas-cher avaient aus­si­tôt, dès qu’avait sur­gi Einzig, abo­li la monar­chie, dit Koller. Ils avaient accor­dé à Einzig une mise à l’épreuve, qu’il avait fina­le­ment pas­sée avec suc­cès, il avait, pro­ba­ble­ment parce que sa place aux côtés des Mange-pas-cher était plus impor­tante qu’une autre pour lui, renon­cé à ses pri­vi­lèges nobi­liaires, il avait, par­mi les Mange-pas-cher qui, pour quelque rai­son que ce fût, l’attiraient, com­men­cé par renon­cer à soi-même, ce qui ne veut rien dire d’autre que com­men­cer par renon­cer à son esprit. Mais Koller se sou­ve­nait très bien qu’Einzig avait com­men­cé par vou­loir en remon­trer aux Mange-pas-cher avec sa noblesse et n’avait pas trou­vé trop ignoble d’abattre l’atout de son ori­gine inven­tée de fond en comble. Les Mange-pas-cher cepen­dant n’étaient pas un ins­tant tom­bés dans le piège de sa tac­tique, mais avaient, aus­si­tôt et à vrai dire sans méprise pos­sible, oppo­sé à Einzig une fin de non-rece­voir, et une fin de non-rece­voir si claire qu’il n’avait là-des­sus plus fait la moindre ten­ta­tive de vou­loir, comme c’est le cas chez ces carac­tères, tout payer avec sa noblesse, et donc avec une mon­naie qui n’avait plus cours depuis bien long­temps et à vrai dire depuis un demi-siècle déjà, qui n’avait tou­jours été dési­gnée par Koller que comme une abjecte fausse mon­naie salie par l’histoire. Einzig était, selon Koller, le pro­vin­cial faible de carac­tère, d’extraction qu’on appelle misé­rable, qui avait revê­tu le cos­tume généa­lo­gique nobi­liaire pour faire son entrée dans ce qu’il est conve­nu d’appeler le grand monde, pour pou­voir faire bonne figure. Les Mange-pas cher n’avaient pas eu pour cela la moindre com­pré­hen­sion et avaient mis Einzig devant le choix, ou bien d’enlever aus­si­tôt, au moins en leur pré­sence, ce cos­tume généa­lo­gique nobi­liaire qui était le sien, ou bien de dis­pa­raître de leur table. Einzig avait contre toute attente et effec­ti­ve­ment sans hési­ter enle­vé son cos­tume généa­lo­gique nobi­liaire et de cette manière avait été conser­vé aux Mange-pas-cher. À par­tir de ce geste d’abnégation lit­té­ra­le­ment sur­hu­main pour lui, Einzig, dit Koller, n’avait plus par­lé, s’il par­lait de la Carinthie, que du cli­mat en Carinthie et des célèbres mer­veilles naturellesqu’on pou­vait y admi­rer, plus un mot sur la noblesse de là-bas, mais en fait, et cela va de soi, il n’avait natu­rel­le­ment plus eu à par­tir de là le moindre besoin de par­ler de la Carinthie, au moins en pré­sence des Mange-pas-cher, qui ne s’intéressaient nul­le­ment à la Carinthie, bien plu­tôt déjà à la Haute Autriche ou au Tyrol, et qui de fait avaient très peu d’intérêt pour la pro­vince en géné­ral, parce que tout ce qui a un rap­port avec la pro­vince n’avait fait que les ennuyer. Einzig avait, selon Koller, tout sim­ple­ment vou­lu man­ger pour pas cher et il n’avait pu exau­cer ce désir qu’à la CPV, et puisque à la CPV, c’était ce qu’il avait, Einzig, pro­ba­ble­ment pen­sé, il n’avait trou­vé d’intérêt à s’asseoir qu’à la table qui était la table domi­nante à la CPV, à savoir la table des Mange-pas-cher, ain­si ne lui était-il, à lui Einzig, rien res­té d’autre à faire que de se plier aux exi­gences qui étaient édic­tées à la table des Mange-pas-cher, de se sou­mettre aux lois de la table des Mange-pas-cher. Ce qui avait été tout à fait carac­té­ris­tique d’Einzig, selon Koller, c’était qu’il n’avait por­té que son pre­mier jour à la CPV une lourde che­va­lière en or avec ses armoi­ries, selon Koller, dès le len­de­main Einzig avait, selon Koller, enle­vé cette che­va­lière de son doigt avant de péné­trer à la CPV et l’avait four­rée dans la poche de sa veste. À ce que lui, Koller, savait, Einzig conti­nuait à por­ter comme devant cette che­va­lière, mais il l’enlevait chaque fois qu’il entrait à la CPV et la four­rait dans la poche de sa veste.

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trad.  Claude Porcell
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p. 111–115