• Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux 18 06 17

    Il semble qu’il n’y ait jamais de conscience ni d’inconscience — ni de vou­loir ni de non-vou­loir — mais que selon un sys­tème de fluc­tua­tions dési­gnantes il n’y a dans le sup­pôt qu’une dis­con­ti­nui­té de mutisme et de décla­ra­tions. Pour autant que l’extériorité est ins­tal­lée dans le sup­pôt par le code des signes quo­ti­diens, le sup­pôt déclare ou se déclare à lui-même, pense, ne peut pen­ser, se tait, ne peut se taire qu’en fonc­tion de ce code. Lui-même pen­sant en est le pro­duit. Or, il n’est tel sup­pôt pen­sant que selon le plus ou moins de résis­tance des forces impulsionnelles…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Et en effet, ces abré­via­tions de signes (les mots) valant pour la conscience comme uniques ves­tiges de sa conti­nui­té, c’est-à-dire inven­tés à par­tir d’une sphère où le « vrai » et le « faux » néces­sitent la repré­sen­ta­tion erro­née que quelque chose puisse durer, res­ter iden­tique (donc qu’il puisse y avoir une concor­dance entre les signes inven­tés et ce qu’ils sont cen­sés dési­gner) c’est pour­quoi aus­si les impul­sions mêmes sont désor­mais signi­fiées à par­tir de l’ « uni­té » cohé­rente, sont com­pa­rées dans ce qu’elles ont de plus sem­blable ou de dis­sem­blable par rap­port à l’unité pre­mière : laquelle désor­mais est l’âme du sup­pôt ou sa conscience…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    La conva­les­cence est le signal d’une nou­velle offen­sive du « corps » — du corps repen­sé — contre le « moi Nietzsche qui pense » : ain­si se pré­pare une nou­velle rechute : pour Nietzsche, jusqu’à la rechute finale, ces rechutes à chaque fois s’annoncent par une nou­velle inves­ti­ga­tion et un nou­vel inves­tis­se­ment du monde impul­sion­nel, et à chaque fois la mala­die en est le prix de plus en plus éle­vé. A chaque fois, le corps se libère un peu plus de son propre sup­pôt, et ce sup­pôt à chaque fois s’affaiblit davan­tage : donc le cer­veau voit de plus en plus se rap­pro­cher les fron­tières qui…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Qu’est-ce donc qui exige que le sup­pôt même le plus lucide demeure incons­cient de ce qui en deçà de lui-même se pour­suit ? Par exemple, Nietzsche sait, pen­dant qu’il rédige ses notes sur les impul­sions, que celles-ci agissent en lui, mais qu’il n’y a aucune concor­dance entre les obser­va­tions qu’il trans­crit et les impul­sions qui abou­tissent à les lui faire écrire. Mais s’il est conscient de ce qu’il écrit, en tant que le sup­pôt nom­mé Nietzsche, c’est parce qu’à l’instant même il sait non seule­ment qu’il ignore ce qui vient de se pro­duire pour qu’il écrive, mais qu’il le lui faut…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    C’est une condi­tion d’existence pour le sup­pôt que d’ignorer le com­bat même dont sa pen­sée résulte : ce n’est point cette uni­té vivante le « sujet », mais « le com­bat impul­sion­nel qui se veut maintenir ».…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Le vou­loir ne concerne que le sup­pôt. La puis­sance, qui appar­tient à la vie, au cos­mos, — qui repré­sente un degré de force accu­mu­lée et accu­mu­lante — entraîne le sup­pôt, sui­vant les hausses et les chutes. Donc là où il y aurait volon­té de puis­sance, que le sup­pôt soit malade ou sain : s’il est malade, il cède à l’impulsion, s’il est sain, il cède à son trop-plein, mais il cède tout de même au mou­ve­ment d’une puis­sance qu’il confond avec son vou­loir. Résister à des forces enva­his­santes non contrô­lées n’est qu’une ques­tion d’interprétation — et relève tou­jours d’une déci­sion arbitraire.…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Au fur et à mesure que l’humanité cherche la consis­tance dans et par la seule conser­va­tion, elle tombe d’autant plus dans l’inconsistance : l’augmentation du nombre des sup­pôts de l’existence est pro­por­tion­nelle à la dimi­nu­tion de la puis­sance de cha­cun. Si déjà la puis­sance est vio­lence de l’absurde, tant s’en faut qu’au niveau de la gré­ga­ri­té elle trouve dans le sup­pôt indi­vi­duel une signi­fi­ca­tion quel­conque de l’espèce : donc plus elle s’augmente, plus elle se per­pé­tue pour rien. Car, dans son ensemble, elle ne sau­rait se com­por­ter comme un sup­pôt unique de l’existence, qui ren­drait compte de la sin­gu­la­ri­té de chacun.…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Ainsi la puis­sance à l’œuvre dans la pro­pa­ga­tion de l’espèce, consi­dé­rée désor­mais en tant que sup­pôt unique de l’existence, aurait atteint à un état d’équilibre : en tant que celui-ci se véri­fie­rait par la fixi­té de l’espèce. Mais (comme Nietzsche l’a démon­tré selon la théo­rie de l’énergie) la puis­sance répugne à tout état d’équilibre et le rompt par son aug­men­ta­tion : de même, en tant que pro­pa­ga­tion, excède-t-elle aus­si l’espèce humaine, en tant que sup­pôt unique de l’existence : et c’est en l’excédant que la puis­sance fait de l’espèce une mons­truo­si­té pul­lu­lante : à ce stade, l’espèce n’est plus maî­tresse de son des­tin : c’est…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    De la sorte, en réa­li­sant un aspect de son pro­jet, l’industrialisme, aujourd’hui deve­nu une tech­nique, forme exac­te­ment l’inverse de son pos­tu­lat : ce n’est ni le triomphe des cas sin­gu­liers, ni le triomphe des médiocres, mais sim­ple­ment une nou­velle forme tota­le­ment a‑morale de la gré­ga­ri­té — sup­pôt unique à défi­nir l’existence : non pas le sur­hu­main, mais la sur­gré­ga­ri­té, — le Maître de la Terre.…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Le mot, dès qu’il signi­fie une émo­tion, la fait pas­ser pour iden­tique à l’émotion éprou­vée, qui n’est forte qu’au moment où il n’y avait pas de mot. L’émotion signi­fiée, plus faible que l’émotion insi­gni­fiante. Ainsi, à chaque fois qu’intervient la dési­gna­tion com­mu­ni­ca­tive dans un échange de paroles avec les autres (sujets), il y a déca­lage entre ce qui a été éprou­vé et ce qui a été expri­mé. Cette expé­rience déter­mine sciem­ment tout rap­port de Nietzsche avec son entou­rage : ses amis ne réflé­chissent pas sur la genèse émo­tion­nelle d’une pen­sée. Et quand Nietzsche les invite à pen­ser avec lui, c’est à…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    La cohé­rence, que le sup­pôt res­sent entre un état impul­sion­nel et « lui-même », n’est jamais qu’une redis­tri­bu­tion des forces pul­sion­nelles aux dépens de la cohé­rence du sup­pôt avec lui-même en tant qu’intellect.…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    S’il n’y a pas de « cohé­rence » ni d’ « inco­hé­rence » dans l’activité pul­sion­nelle — mais que l’on puisse en par­ler, c’est grâce à cette autre force pul­sion­nelle qu’est aus­si l’intellect. Il y a désor­mais une cohé­rence de l’impulsion et du sup­pôt dont le sup­pôt admet qu’il est lui-même la fin, en tant qu’il subit la contrainte de cette impul­sion. Et il y a, d’autre part, une cohé­rence entre le sup­pôt et cette autre impul­sion qu’est l’intellect, en tant qu’elle assure la cohé­rence du sup­pôt en tant que sup­pôt. Entre sa propre cohé­rence ain­si assu­rée et la cohé­rence de l’impulsion avec le…

  • Pierre Klossowski ⋅ La mon­naie vivante

    Le sérieux ne réside pas ici dans la fré­né­sie avec laquelle ce sup­pôt s’attache à son phan­tasme impul­sion­nel, mais dans la force irré­duc­tible avec laquelle les impul­sions main­tiennent le sup­pôt dans son phan­tasme, pour se mani­fes­ter en le dévorant.…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Je suis malade dans un corps qui ne m’appartient pas : ma souf­france n’est qu’interprétation de la lutte des fonc­tions, impul­sions asser­vies par l’organisme, deve­nues rivales : celles qui dépendent de moi contre celles qui m’échappent. A l’inverse, le sup­pôt phy­sique de moi-même semble reje­ter mes pen­sées qui ne lui assurent plus sa cohé­sion : pen­sées qui pro­cèdent d’un état étran­ger ou contraire à celui qu’exige le sup­pôt phy­sique, pour­tant iden­tique à moi-même.x…

  • Pierre Klossowski ⋅ Nietzsche et le cercle vicieux

    Nietzsche ne dit pas que la pen­sée de l’Éternel Retour et de la pré­exis­tence qu’elle sup­pose achève à elle seule le fata­lisme. Il dit qu’en second lieu c’est pour avoir éli­mi­né le concept de volon­té que son fata­lisme est inté­gral. Si déjà la pen­sée de l’Éternel Retour dans ses pro­lon­ge­ments abo­lit avec l’identité du moi le concept tra­di­tion­nel du vou­loir, Nietzsche semble, sous le second aspect de son fata­lisme, faire allu­sion à sa propre phy­sio­lo­gie. Selon celle-ci, il n’y a pas de vou­loir qui n’en soit un de puis­sance et sous ce rap­port la volon­té n’est autre chose que l’impulsion…