• Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes 26 01 24

    Un jour ou deux après ma décla­ra­tion d’amour, tran­sie tel­le­ment j’étais vul­né­rable, je t’ai envoyé le pas­sage de Roland Barthes par Roland Barthes où il décrit com­ment celui qui pro­nonce la for­mule « je t’aime » est comme « l’Argonaute renou­ve­lant son vais­seau pen­dant son voyage sans en chan­ger le nom ». Tout comme les pièces de l’Argo peuvent être rem­pla­cées à tra­vers le temps, alors que le bateau s’appelle tou­jours Argo, chaque fois que l’amoureux pro­nonce la for­mule « je t’aime », sa signi­fi­ca­tion doit être renou­ve­lée, comme « le tra­vail même de l’amour et du lan­gage est de don­ner à une même phrase des inflexions…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Avant notre ren­contre, j’avais consa­cré ma vie à l’idée de Wittgenstein selon laquelle l’inexpressible est conte­nu – d’une manière inex­pres­sible ! – dans l’exprimé. Cette idée se voit accor­der moins de temps d’antenne que le plus défé­rent Ce dont on ne peut par­ler, il faut le taire, mais c’est, je crois, l’idée plus pro­fonde. Le para­doxe qu’elle désigne repré­sente lit­té­ra­le­ment ce pour­quoi j’écris, ou ce pour­quoi je me sens capable de conti­nuer à écrire. Et ce, parce que ça ne nour­rit pas, parce que ça n’exalte pas le sen­ti­ment d’angoisse qu’on peut res­sen­tir devant l’incapacité à expri­mer, à l’aide des mots,…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Après le repas, mon amie, celle qui a sug­gé­ré le tat­too dans tes rêves, m’invite à son bureau où elle m’offre de te goo­gler pour moi. Elle pour­ra voir si Internet révèle quel pro­nom tu pré­fères, comme je n’arrive pas à te le deman­der, et ce, mal­gré ou à cause du fait que nous pas­sions chaque moment dis­po­nible au lit et que nous par­lions déjà d’emménager ensemble. En atten­dant, je suis deve­nue une pro du contour­ne­ment des pro­noms. La clef, c’est d’entraîner son oreille à ne pas craindre d’entendre répé­ter encore et encore le pré­nom de l’autre. Il faut apprendre…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Il y a en a qui sont aga­cés par l’histoire selon laquelle Djuna Barnes, plu­tôt que de s’identifier comme les­bienne, pré­fé­rait dire qu’elle « aimait sim­ple­ment Thelma ». Gertrude Stein aurait fait des décla­ra­tions simi­laires, mais pas exac­te­ment dans ces termes, à pro­pos d’Alice. Je com­prends pour­quoi c’est poli­ti­que­ment exas­pé­rant, mais j’ai aus­si tou­jours pen­sé que c’était quand même roman­tique – la romance de lais­ser une expé­rience indi­vi­duelle du désir prendre le pas sur une expé­rience caté­go­rielle. There are people out there who get annoyed at the sto­ry that Djuna Barnes, rather than iden­ti­fy as a les­bian, pre­fer­red to say that she…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    L’une des choses les plus irri­tantes à pro­pos du refrain rebat­tu sur les « mariages entre conjoints de même sexe » est que je connais peu – sinon aucun – queer qui conçoive son désir comme ayant la carac­té­ris­tique prin­ci­pale d’être des­ti­né au « même sexe ». C’est vrai que plu­sieurs textes fémi­nistes des années soixante-dix concer­naient la pos­si­bi­li­té d’être allu­mée, et même poli­ti­que­ment trans­for­mée, par la ren­contre du même. Cette ren­contre était, est, peut être impor­tante, car elle per­met de voir reflé­té ce qui a été déni­gré, de tro­quer l’aliénation ou la haine inter­na­li­sée pour le désir et l’attention. Se dévouer à la…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    [J]e ne suis jamais arri­vée à me sen­tir inter­pe­lée par cama­rade, ni à embar­quer dans tout le fan­tasme guer­rier. En fait, j’en suis venue à com­prendre le lan­gage révo­lu­tion­naire comme une sorte de fétiche – auquel cas, une réponse au texte ci-des­sus pour­rait être : Notre diag­nos­tic est simi­laire, mais nos per­ver­sions ne sont pas com­pa­tibles. I’ve never been able to ans­wer to com­rade, nor share in this fan­ta­sy of attack. In fact I have come to unders­tand revo­lu­tio­na­ry lan­guage as a sort of fetish—in which case, one res­ponse to the above might be, Our diag­no­sis is simi­lar, but our per­ver­si­ties…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes 27 01 24

    Quand j’étais jeune, ma mère me deman­dait par­fois de chan­ger le poste de télé­vi­sion pour en trou­ver un avec un météo­ro­logue mas­cu­lin. D’habitude ils ont des pré­vi­sions plus justes, disait-elle. Les météo­ro­logues lisent un texte, que je disais, levant les yeux au ciel. C’est par­tout les mêmes pré­vi­sions. Haussement d’épaules : C’est juste une impres­sion. Hélas, ce n’est pas qu’une impres­sion. Même si les femmes consultent les mêmes satel­lites ou lisent les mêmes textes : leurs rap­ports sont sus­pects ; c’est comme ça. Autrement dit, l’articulation de la réa­li­té de mon sexe est impos­sible dans le dis­cours et pour une rai­son de struc­ture, éidé­tique.…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Un nœud de honte en moi : avoir été quelqu’un qui par­lait libre­ment, abon­dam­ment et pas­sion­né­ment à l’école secon­daire, puis arri­ver à l’université et réa­li­ser que j’étais en passe de deve­nir une de ces per­sonnes qui font lever les yeux au ciel : et la voi­là repar­tie. Ç’aura pris du temps et du trouble, mais fina­le­ment j’ai appris à arrê­ter de par­ler, à être une obser­va­trice (à jouer à l’être, en fait). Ce jeu m’a menée à écrire énor­mé­ment dans les marges de mes cahiers de notes ; du maté­riel que j’ai ensuite pillé pour faire des poèmes. Me for­cer à me taire,…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Et main­te­nant, après avoir vécu près de toi toutes ces années, après avoir regar­dé le moteur qu’est ton esprit pro­duire un art de liber­té pure – pen­dant que je tra­vaille farou­che­ment sur ces phrases, inquiète tout du long que l’écriture ne soit au fond que les balises qui marquent la domes­ti­ca­tion de la liber­té (fidé­li­té à la pro­duc­tion de sens, à l’assertion, à l’argu­ment, même ouvert) –, je ne suis plus sûre duquel d’entre nous se sent le plus chez soi dans le monde, duquel est le plus libre. Comment expli­quer ? L’expression « trans » peut cer­tai­ne­ment ser­vir en atten­dant, mais le récit…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    C’est dou­lou­reux pour moi d’avoir écrit tout un livre qui remet en ques­tion les poli­tiques iden­ti­taires pour me décou­vrir ins­ti­tuée comme sym­bole de l’identité les­bienne. Ou bien les gens n’ont pas vrai­ment lu le livre, ou la force gra­vi­ta­tion­nelle des poli­tiques iden­ti­taires est si puis­sante que peu importe ce que tu écris, même quand c’est expli­ci­te­ment oppo­sé aux poli­tiques iden­ti­taires, la machine le rat­trape. Je pense que Butler est géné­reuse lorsqu’elle désigne la dif­fuse « force gra­vi­ta­tion­nelle de l’identité » comme étant le pro­blème. De façon moins géné­reuse, je dirais que le simple fait qu’elle est une les­bienne est si aveu­glant pour…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Je vise une écri­ture qui dra­ma­tise les façons dont nous sommes « pour un autre ou grâce à un autre », et pas seule­ment dans cer­taines cir­cons­tances, mais dès le début et pour tou­jours. I mean wri­ting that dra­ma­tizes the ways in which we are for ano­ther or by vir­tue of ano­ther, not in a single ins­tance, but from the start and always.…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Si, petite fille, tu cherches des avant-goûts du sexe et que les seules options qui se pré­sentent dépeignent le viol d’un enfant ou d’autres abus (donc, tous mes livres pré­fé­rés de pré­ado­les­cente : I Know Why the Caged Bird Sings, Clan of the Cave Bear, The World According to Garp, tout comme les quelques films cotés R qu’on me per­met­tait de regar­der : Fame, notam­ment, avec la scène indé­lé­bile d’Irene Cara à qui un pho­to­graphe louche, qui a pro­mis de faire d’elle une star, demande d’enlever sa che­mise et de sucer son pouce), alors ta sexua­li­té va se for­mer autour de ça.…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes 28 01 24

    Pour notre der­nière nuit au Sheraton, nous man­geons sur place, au res­to « mexi­cain sans pré­ten­tion » beau­coup trop cher, le Dos Caminos. Tu passes pour un homme ; moi, pour une femme enceinte. Notre ser­veur nous parle joyeu­se­ment de sa famille, exprime son appro­ba­tion vis-à-vis de la nôtre. En sur­face, on aurait pu dire que ton corps deve­nait de plus en plus « mas­cu­lin » ; le mien, de plus en plus « fémi­nin ». Mais nous ne nous sen­tions pas comme ça. À l’intérieur, nous étions deux ani­maux humains en cours de trans­for­ma­tion l’un auprès de l’autre, témoins sans pres­sion du chan­ge­ment de l’autre. En d’autres…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Je ne suis pas inté­res­sée par une her­mé­neu­tique, ni par une éro­tique, ni une poé­tique de mon anus. Je suis inté­res­sée par le sexe anal. I am not inter­es­ted in a her­me­neu­tics, or an ero­tics, or a meta­pho­rics, of my anus. I am inter­es­ted in ass-fucking.…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Impuissance, fini­tude, endu­rance. Tu fabriques le bébé, mais pas direc­te­ment. Tu es res­pon­sable de son bien-être, mais inca­pable de contrô­ler les élé­ments fon­da­men­taux. Tu dois lui per­mettre de se déployer, tu dois nour­rir son déploie­ment, tu dois le veiller. Mais il va se déployer de la façon dont ses cel­lules ont pré­vu qu’il se déploie­rait. Tu ne peux pas contre­car­rer une per­tur­ba­tion struc­tu­relle ou chro­mo­so­male en ingé­rant le bon thé bio. Powerlessness, fini­tude, endu­rance. You are making the baby but not direct­ly. You are res­pon­sible for his wel­fare, but unable to control the core ele­ments. You must allow him to unfurl,…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Pour ce que j’en sais, la plu­part des plai­sirs qui en valent la peine balancent entre satis­faire quelqu’un d’autre et se satis­faire soi-même. Certains appel­le­raient ça une éthique. So far as I can tell, most wor­thw­hile plea­sures on this earth slip bet­ween gra­ti­fying ano­ther and gra­ti­fying one­self. Some would call that an ethics.…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Peur de l’affirmation. Suis tou­jours en train d’essayer de sor­tir du lan­gage tota­li­sant, c’est-à-dire, du lan­gage qui pié­tine effron­té­ment la spé­ci­fi­ci­té ; avant de me rendre compte que c’est une autre forme de para­noïa. Pour sor­tir de ce manège, Barthes s’est effor­cé de se rap­pe­ler que « c’est le lan­gage qui est asser­tif, non [moi] ». C’est absurde, dit Barthes, d’essayer de fuir la nature affir­ma­tive du lan­gage en « ajout[ant] à chaque phrase quelque clau­sule d’incertitude, comme si quoi que ce soit venu du lan­gage pou­vait faire trem­bler le lan­gage ». Mon écri­ture est par­cou­rue de tels tics d’incertitude. Je n’ai pas d’excuse…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    J’ai lais­sé entendre, une fois, que j’avais écrit la moi­tié d’un livre saoule et l’autre moi­tié sobre. Ici, j’estime que j’ai écrit à peu près les neuf dixièmes de ce livre « libre­ment », l’autre dixième, atta­chée à un tire-lait de calibre hos­pi­ta­lier : les mots accu­mu­lés dans une machine, le lait siphon­né dans l’autre. Once I sug­ges­ted that I had writ­ten half a book drunk, the other half sober. Here I esti­mate that about nine-tenths of the words in this book were writ­ten “free,” the other one-tenth, hoo­ked up to a hos­pi­tal-grade breast pump : words piled into one machine, milk sipho­ned out…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Un soi sans atta­che­ments com­pas­sion­nels relève de la fic­tion ou de la démence. [Pourtant,] la dépen­dance est mépri­sée, même dans les rela­tions intimes, comme si elle était incom­pa­tible avec l’autonomie, alors qu’elle est la seule chose qui la rend pos­sible. (Adam Phillips / Barbara Taylor) J’ai appris ce mépris de ma propre mère ; peut-être était-il infu­sé dans mon lait. Par consé­quent, il faut que je sur­veille ma ten­dance à consi­dé­rer les besoins des autres comme dégoû­tants. Habitude corol­laire : fon­der la majeure par­tie de mon estime per­son­nelle sur un sen­ti­ment d’hyper-compétence, une croyance irra­tion­nelle mais ardente en ma qua­si totale autonomie.…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    [P]eu importe ce que je suis, ou ce que je suis deve­nue depuis, je sais main­te­nant que l’insaisissabilité n’est pas tout. Je sais main­te­nant que l’art savant de la déro­bade a ses propres limites, ses façons d’inhiber cer­taines formes de plai­sir ou de bon­heur. Le plai­sir de main­te­nir. Le plai­sir de l’insistance, de la per­sis­tance. Le plai­sir de l’obligation, le plai­sir de la dépen­dance. Les plai­sirs de la dévo­tion ordi­naire. Le plai­sir de recon­naître que l’on doit peut-être retra­ver­ser les mêmes révé­la­tions, prendre les mêmes notes dans la marge, retour­ner aux même thèmes dans son tra­vail, réap­prendre les mêmes vérités…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    L’année où mon père est mort, j’ai lu une his­toire à l’école à pro­pos d’un petit gar­çon qui construit des bateaux dans des fonds de bou­teille. Le petit gar­çon vivait selon la maxime sui­vante : si tu arrives à ima­gi­ner le pire qui peut arri­ver, tu ne seras jamais sur­pris quand ça arri­ve­ra. Ne sachant pas que cette maxime était la défi­ni­tion exacte de l’angoisse telle que don­née par Freud (« “Angoisse” décrit un état par­ti­cu­lier d’attente ou de pré­pa­ra­tion au dan­ger, même s’il est incon­nu »), je me suis enga­gée à la mettre en pra­tique. Déjà une « dia­riste » effré­née, je me…

  • Maggie Nelson ⋅ Les Argonautes

    Pousse encore, ils disent quelques ins­tants plus tard. Est-ce que vous me niai­sez, j’ai pas encore fini ? Mais celui-là est facile ; le pla­cen­ta n’a pas d’os. J’avais tou­jours ima­gi­né le pla­cen­ta comme un steak bleu de 15 onces. Au lieu de ça, c’est abso­lu­ment indé­cent et colos­sal : un sac jaune et san­glant rem­pli d’organes mauves-noirs, un sac de cœurs de baleines. Harry sou­lève son capu­chon et en pho­to­gra­phie l’intérieur, impres­sion­né par le plus mys­té­rieux et san­gui­nolent des appar­te­ments. [Qu] Pousse encore, ils disent quelques ins­tants plus tard. Vous vous fichez de moi, c’est pas fini ? Mais celui-là est facile ; le…

  • Maggie Nelson ⋅ Bleuets 20 12 22

    48. Imagine quelqu’un qui baise comme une pute, par exemple. Quelqu’un de doué dans ce domaine, de pro­fes­sion­nel. Quelqu’un que tu ver­rais en train de te bai­ser, dans le miroir, tou­jours dans le miroir, une baise de dingue à un mètre de là, dans un appar­te­ment éclai­ré par une lumière bleue, jamais par la lumière du jour, et cette per­sonne te baise tou­jours par-der­rière dans cette lumière bleue, et vous êtes doués pour ça, tous les deux, sérieux et . absor­bés par la tâche, comme si votre corps ne savait rien faire d’autre sur cette terre bénie de Dieu que…

  • Maggie Nelson ⋅ Bleuets

    52. Si vous y arri­vez, essayez de ne pas par­ler comme si les cou­leurs éma­naient d’un seul phé­no­mène phy­sique. Gardez à l’esprit les effets que toutes les sortes de sur­faces, de volumes, de sources de lumière, de pel­li­cules, d’étendues, de degrés de soli­di­té, de solu­bi­li­té, de tem­pé­ra­ture et d’élasticité ont sur la cou­leur. Pensez à la capa­ci­té qu’a un objet d’émettre, de reflé­ter, d’absorber. de trans­mettre ou de dif­fu­ser la lumière ; pen­sez à « l’action de la lumière sur une plume ». Demandez-vous : quelle est la cou­leur d’une flaque ? Votre cana­pé bleu est-il tou­jours bleu quand vous pas­sez devant d’un pas hésitant…

  • Maggie Nelson ⋅ Bleuets

    62. Ce qui est du puri­ta­nisme, pas de l’éros. Pour ma part, ça ne m’intéresse pas de ne faire qu’apercevoir ou offrir un cul lisse ou un con bien pei­gné. Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir trois ori­fices com­blés par une grosse queue vei­née, et ce dans les poses et sous les lumières les plus ingrates. Je ne choi­si­rai pas entre le bleu du monde et les mots qui le disent : autant chauf­fer tout de suite le tison et pré­pa­rer vos yeux pour l’autel. Tant pis pour vous.…

  • Maggie Nelson ⋅ Bleuets

    105. Il n’existe pas d’instrument pour mesu­rer la cou­leur ; il n’existe pas de « ther­mo­mètre de la cou­leur ». Comment pour­rait-il en être autre­ment puisque « la connais­sance de la cou­leur » dépend tou­jours de la per­cep­tion indi­vi­duelle ? Ce qui n’a tou­te­fois pas empê­ché un cer­tain Horace Bénédict de Saussure d’inventer en 1789 un appa­reil nom­mé « cya­no­mètre », avec lequel il espé­rait mesu­rer le bleu du ciel. 106. La pre­mière fois que j’ai enten­du par­ler du cya­no­mètre, je me suis figu­ré une machine com­pli­quée pour­vue de cadrans, de mani­velles et de bou­tons. Mais ce que Saussure a en fait « inven­té » était une charte en car­ton comportant…