• Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres 19 01 16

    Le bilan sévère du pro­jet ne fait que faci­li­ter la recon­nais­sance de la solu­tion, qui m’aveugle, comme étant l’unique pos­sible, et me force à en accep­ter les consé­quences pra­tiques, puisqu’il n’y a rien d’autre à faire, puisque je ne peux pas conti­nuer comme avant, attendre que tout se mette en place de soi-même. Si je reviens, men­ta­le­ment, en arrière, si je me dis, dra­ma­ti­que­ment : « Je n’ai rien fait ! », c’est que je viens de décou­vrir ce qu’il faut faire pour faire, et ain­si je suis sûr de n’avoir pas d’autres choix, à moins de renon­cer. Et renon­cer, c’est me retrou­ver au…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres

    De mes lignes mati­nales j’accroche la lumière mon­tante, et les autres affrontent la lumière qui dimi­nue. Moi, je me sens sem­blable à l’ermite de l’énigme : ima­gi­nez, dit l’énigme, un ermite. Il se lève à l’aube, avec le soleil. Il monte sur le che­min pous­sié­reux jusqu’au som­met de la col­line. Il arrive en haut au soleil cou­chant. Il passe la nuit en prières et le len­de­main, avec le soleil nou­veau, il redes­cend pour arri­ver le soir dans la plaine. Montrez (telle est l’injonction de l’énigme) qu’il y a un endroit sur son che­min où il est pas­sé à la même heure…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres

    Et, par l’accumulation de tels matins inter­chan­geables, le cahier et la lampe tou­jours au même endroit, le jour venant tou­jours sem­bla­ble­ment diluer, trou­bler, emmê­ler, immer­ger le cercle d’isolement où je fais effort, un peu plus tôt seule­ment chaque jour­née vers l’été, un peu plus tard ensuite jusqu’à l’automne, et l’hiver, et ain­si de suite, je conser­ve­rai aus­si intacte et inchan­gée que pos­sible l’impulsion du moment ini­tial que je rap­porte ici pen­dant qu’il passe.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres

    L’air était doux, le soleil.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres

    Il est un peu moins de cinq heures, heure d’été, trois heures du matin au soleil ; la nuit, quoi.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques 14 11 16

    31. Peut-on appli­quer la théo­rie de l’anamnèse au sou­ve­nir ? l’opinion (vraie) du sou­ve­nir, c’est ce dont on se sou­vient. Mais il y a un autre sou­ve­nir, un sou­ve­nir-savoir qui serait l’inge­gno de Vico ?…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    99. médi­ta­tion : retour­ner les tech­niques et stra­té­gies de médi­ta­tion contre la doc­trine de l’inspiration…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    133. La déduc­tion mémo­rielle est à la fois natu­relle, uni­ver­selle (« prou­vée » par Cherechevski) et condi­tion de la logique, de la syn­taxe, de la métrique (du rythme dans la langue). Telle est la thèse que je pro­po­se­rai, en toute irresponsabilité.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    3497. Entre poé­sie et prose, un cri­tère de par­ti­tion : le mémo­rable. Ce n’est pas qu’un cri­tère prag­ma­tique. 3498. Il y a vingt-cinq ans Denis Roche disait : « la poé­sie est inad­mis­sible ; d’ailleurs elle n’existe pas. » Aujourd’hui, Emmanuel Hocquard dit à peu près : « la poé­sie est trop admis­sible ; et elle existe trop. » 3499. Qui ne connaît qu’un poète ne connaît rien à la poé­sie. 3500. Qui ne lit qu’un poète n’en lit aucun. 3501. Qui n’a rete­nu qu’une seule ligne de poé­sie n’en connaît aucune. 3502. Chaque uni­té poé­tique posée (en mémoire externe), que ce soit un poème ou un vers ou autre chose, n’est qu’une his­toire figée…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    146. L’invention des arts de la mémoire consti­tue une ten­ta­tive de sau­ve­tage de la concep­tion ancienne de la poé­sie, des arts de la parole et de l’ouïe plus géné­ra­le­ment (aus­si le conte) per­met­tant une tra­duc­tion visuelle interne. 147. Tel est le sens du « ut pic­tu­ra poe­sis ». 148. Il faut réap­prendre à mar­cher dans sa tête. 149. Ce n’est pas seule­ment une réfé­rence com­mune dans la langue qui a été per­due avec la chute de la poé­sie, parce qu’on ne l’apprend plus, c’est toute vraie réfé­rence indi­vi­duelle à la poé­sie. 150. Un poème doit être mémo­rable, pour être mémo­ri­sé, ou au moins revi­si­té inté­rieu­re­ment. 151. La posi­tion « simonidienne »…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    178. Sens des arts de la mémoire : inté­rio­ri­sa­tion de la mémoire externe. 179. Lutte de la mémoire interne contre la mémoire externe, plu­tôt que lutte de l’oral contre l’écrit, à tra­vers une lutte de l’« aural » contre le visuel (anti-Ong). Contre le « par­tage des tâches » scien­ti­fiques entre lan­gage, écri­ture et rai­son­ne­ment (pour lequel, selon Platon et Aristote, le lan­gage inter­na­li­sé, la logique, suf­fit). 180. La pen­sée dite « occi­den­tale » nie la mémoire, nie le rôle pre­mier de la mémoire dans toute pen­sée. Elle tend à l’exclusion ou infé­rio­ri­sa­tion de tout autre savoir (mémoire manuelle, ges­tuelle : outils, arts du geste ; mémoire lan­ga­gière : poé­sie). 181. La concep­tion du…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    194. La poé­sie est main­te­nant (un aspect de l’hypothèse) : le poème n’existe que dans le moment de sa pro­fé­ra­tion ou appré­hen­sion (œil-oreille). 195. Les poèmes ne sont que dans un pré­sent non dis­cré­ti­sé, plein, conti­nu, éten­du. 196. Du point de vue de la poé­sie, les tau­to­lo­gies jouent le même rôle que les para­doxes. 197. La poé­sie disant ce qu’elle dit en le disant ne dit pas quelque chose. Elle ne dit pas quelque chose qui serait hors d’elle, ceci ou cela. D’où on conclu­ra aisé­ment (selon l’opinion), qu’elle ne dit rien. 198. La poé­sie est comme le mètre éta­lon. Une langue s’y mesure, qui sans…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    205. Un poème devrait avoir un pro­jet for­mel, pas seule­ment une forme prise parce qu’elle se trou­vait là. 206. La poé­sie n’est pas une cita­tion de la langue mais son signal. 207. La poé­sie est (au début) une mime­sis aurale. 208. Le mot oreille contient aus­si le mot réel (mais cette fois « dans le désordre »). 209. Un poème réel est sa propre idée. 210. Un poème ne se dis­tingue pas de l’idée de lui-même. 211. Chaque poème est sin­gu­lier dans la suc­ces­sion. 212. Dans un poème tout peut arri­ver. 213. La tech­nique de la poé­sie est com­bi­na­toire. 214. Poésie : une pen­sée sans connais­sance. 215. Poésie : une pen­sée qui perd connais­sance. 216. Si vous…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    4069. Planètes, ins­tal­la­tions dans les cadres du ciel, maries-louises cachant le vide qui mange les étoiles.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    3736. C’est la « com­po­si­tion » des ciels qui dit le temps. Les nuages ont la charge du temps. Le pay­sage au sol marque la per­ma­nence. Mais c’est une per­ma­nence caduque. Car simul­ta­né­ment le ciel per­pé­tuel­le­ment chan­geant a un large degré de per­ma­nence, puisque les « châ­teaux » de nuages, comme dit Shelley, sont sans cesse recons­truits. Et le pour­ris­se­ment végé­tal, les ruines des habi­ta­tions, etc., marquent au contraire l’irrémédiablement pas­sé dans le pay­sage au sol. Permanence et chan­ge­ment échangent leurs pro­prié­tés (c’est cela le rap­port pas­sé-pré­sent, temps-durée) ; et pour les faire sen­tir de la manière la plus effi­cace il faut que le ciel soit…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    1470. Les phi­lo­sophes, si jamais ils s’intéressent à la poé­sie, ne connaissent en règle géné­rale qu’un poète. Ils ont « leur » poète. Deleuze-Guattari connaissent, appa­rem­ment, Henri Michaux. Heidegger avait pha­go­cy­té Hölderlin. Milner, dans « L’amour de la langue », s’intéresse à Bonnefoy (comme Renaud Camus). Certains Philosophes assignent à cer­tains poètes des rôles : X est ceci, Y cela. Ils font même d’eux (ain­si Badiou de Mallarmé) des phi­lo­sophes à part entière. Ils se com­portent en cela comme le lec­teur un peu pares­seux. Cela ne tire pas à consé­quence. Mais ce qui est tout à fait défen­dable chez un lec­teur est plu­tôt abu­sif chez…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    402. Ce qui peut arri­ver de pire au roman c’est le « poé­tique ». See « la recherche » : its cloying sen­ti­men­ta­li­ty. On lui par­donne plus ou moins parce que ce n’est pas de la poé­sie. 403. Des com­men­ce­ments per­pé­tuels parce que des fins provisoires.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    444. Définitions en S + 7. Exemples : – aca­dé­mi­cien : ver para­site du porc. – écri­vain : herse des­ti­née à émiet­ter la croûte super­fi­cielle d’une terre. – lec­teur : fonc­tion­naire romain adjoint à un pro­con­sul. – prin­temps : forme d’un cris­tal qui a plu­sieurs faces paral­lèles à une même droite. « Les prin­temps iri­sés de la neige » (Nerval). – été : Durée qui n’a ni com­men­ce­ment ni fin « Il son­geait à l’été futur, étrange mys­tère ; à l’été pas­sé, mys­tère plus étrange encore » (Hugo). – Poésie : pop. argent « avoir de la poé­sie plein les poches » (Céline). – prose : carac­tères quan­ti­ta­tifs et mélo­diques des sons en tant qu’ils inter­viennent dans la poé­sie « en appre­nant la poé­sie d’une langue, on entre plus intimement…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    489. Most auto­bio­gra­phers do not work on their memo­ries but on the sup­po­sed mea­nings of their memo­ries. They never ques­tion their modes of access.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    635. Un sin­gu­lier ne vient jamais seul. 636. Les sin­gu­liers sont sou­mis au prin­cipe du chan­ge­ment. 637. Tout sin­gu­lier aura été. 638. Un sin­gu­lier n’est appré­hen­dé qu’après changement(s).…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    706. Il faut qu’un poème soit ouvert et fermé.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    1028. Une hypo­thèse du moderne : période de l’affaiblissement, sinon de la des­truc­tion non de la mémoire interne mais de ses modes anté­rieurs de fonc­tion­ne­ment, en par­ti­cu­lier des stra­té­gies, des formes de vie de sa maî­trise (en par­ti­cu­lier l’oubli et la déca­dence en mné­mo­tech­nie des arts de mémoire). 1029. Une (des) hypothèse(s) de fic­tion anthro­po­lo­gique : les stra­té­gies d’apprentissage de la mémoire sont aus­si anciennes que le lan­gage, la poé­sie, le nombre. 1030. L’affaiblissement de la maî­trise de la mémoire interne s’accompagne d’une dépen­dance crois­sante et fina­le­ment peut-être abso­lue des modes de la mémoire externe. 1031. Corollaire a) de l’hypothèse de la chute des arts de…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    1099. Hypothèse treize de la poé­sie : Dans toute langue il y a de la poé­sie. 1100. L’invention simo­ni­dienne est de rendre expli­cite ce qui est poé­sie dans la poé­sie (i‑e les com­po­si­tions poé­tiques). 1101. L’invention de la poé­sie doit s’entendre comme pos­si­bi­li­té de recon­naître qu’il y a de la poé­sie (au sens des hypo­thèses de la poé­sie). 1102. On peut la recon­naître alors ailleurs. (Autres temps, autres lieux.) 1103. La poé­sie, dans Homère, est pla­giat par anti­ci­pa­tion de la poé­sie (au sens de Simonide, au sens contem­po­rain). 1104. L’invention de la poé­sie per­met de recon­naître que ce que disent (au sens ordi­naire de dire) les poésies…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    1143. Il faut défendre la pos­ture sui­vante : néces­si­té de la poé­sie ; néces­si­té, si on est poète, de se reven­di­quer comme poète. 1144. Il faut affir­mer que la ques­tion de la poé­sie ne concerne pas que les poètes. La chute de la poé­sie menace la langue. La chute de la poé­sie menace cha­cun en sa mémoire, menace sa facul­té d’être libre. 1145. Il n’y a cepen­dant aucune rai­son d’être œcu­mé­nique en poé­sie. Bien que la ques­tion interne à la poé­sie : qu’est-ce qui vaut ?, qu’est-ce qui ne vaut pas ?, ne soit pas la pre­mière ques­tion qui se pose, en des temps de menace abso­lue sur la…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques 16 11 16

    1860. Les réponses sur les mêmes rimes sont un écho de la ten­so. 1861. fatra­sies, etc. le « je ne sais quoi » est pré­sent aus­si bien dans les fatra­sies d’Arras que chez Beaumanoir. 1862. Fatrasies, etc. Dans la rotrouenge de Richart comme dans les fatra­sies de Beaumanoir, on voit le brusque pas­sage de vers longs à vers courts, pré­sent aus­si dans la frot­to­la et dans le « vers de nien ». Mais on voit sur­tout le pas­sage de la même rime ins­tan­ta­né­ment du mètre long au mètre court. Là est le nœud for­mel : l’attente de l’identité rime-mètre, immé­dia­te­ment niée et de la manière la plus évi­dente. 1863. Fatrasie,…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    1893. (Warburg) La poé­sie (mythique) des Indiens comme confes­sions du mélan­co­lique incu­rable, l’homme, dis­po­sées dans les archives des shamans.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    1897. L’effet Malherbe sur le son­net : sup­pres­sion du jeu par la règle. Un jeu codi­fié stric­te­ment, voi­là qui peut détruire le jeu comme forme de vie.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    1991. La chaise est une cri­tique de l’arbre plus inté­res­sante que l’incendie de forêt.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    2011. Poétiquement, la struc­ture pro­fonde de la phrase « la sou­ris est man­gée par le chat » est : « la sou­ris mange le chat et le chat mange la souris ».…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    2054. Le manié­risme, vu posi­ti­ve­ment et trans-his­to­ri­que­ment (ou plu­tôt répé­ti­ti­ve­ment dans l’histoire ; valable pour plu­sieurs moments his­to­riques), est un for­ma­lisme qui tente d’imposer une cor­ré­la­tion (la plus pous­sée pos­sible) entre une inten­tion de sens (qui peut d’ailleurs elle-même être for­melle ; il y a un sens for­mel) et une pro­cé­dure, des pro­cé­dures de com­po­si­tion de poème (des algo­rithmes poétiques).…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques 20 11 16

    2126. Un axiome : il y a encore de la poé­sie (rem. 51). 2127. La poé­sie n’existe pas sans sup­port. Ce sup­port com­prend néces­sai­re­ment de la langue. (Il n’y a pas de poé­sie dans les choses, ni dans le cou­cher de soleil ni dans la décharge publique.) 2128. Un jeu de poé­sie est tou­jours, quoi qu’il soit par ailleurs, un jeu de langue. 2129. Un jeu de poé­sie est dans la poé­sie, n’est jamais seule­ment un jeu de langue. 2130. La poé­sie se réduit à la langue comme le pois­son à l’eau. 2131. Certains jeux de poé­sie appar­tiennent à des formes poé­tiques. 2132. Poésie, jeux de poé­sie, formes poétiques…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    2196. Séparer les strophes d’un son­net par des lignes de blanc, c’est mettre une couche d’air entre les étages d’un bâti­ment. 2197. Les retraits ini­tiaux des débuts de strophe, dans la pré­sen­ta­tion « Renaissance » du son­net, ne marquent pas seule­ment leur exis­tence auto­nome. Ils intro­duisent aus­si une troi­sième dimen­sion dans la page. Il faut les « lire » comme une « mise en pers­pec­tive ». Dans un cas, il y a fuite vers l’avant, dans l’autre vers l’arrière. 2198. Dans un alexan­drin, la paren­thé­ti­sa­tion métrique (qui assure la « cor­rec­tion » du vers) est tou­jours asso­ciée à des « réca­té­na­tions » (chan­ge­ments de paren­thèses). Les règles du mètre assurent la cohé­rence de ces…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    2374. En l’an Mil (see D. Milo) l’immense majo­ri­té des habi­tants des pays chré­tiens ne sait pas qu’on est en l’an mille. De plus (et sur­tout selon moi) le nombre mille est trop grand pour ce monde-là. Il n’a aucun sens pour eux (see Tongas). […] 2376. Suite des nombres : pas le « plus uno » mais le « encore plus grand ». 2377. La pos­si­bi­li­té de dis­cré­ti­ser dis­tinc­te­ment les grandes quan­ti­tés de sin­gu­liers est une hypo­thèse invé­ri­fiable. 2378. On peut avoir le sou­ve­nir d’une année, pas d’un siècle. 2379. Les pro­grès de la « nume­ra­cy » (USA, 19e) ont été liés à la ques­tion : qui avait besoin de comp­ter ?, et jusqu’où ? […]…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques 14 11 16

    164. Question : une seule langue nou­velle est-elle née depuis l’imprimerie ? I see none.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    168. C’est la diglos­sia asso­ciée à la dicho­to­mie écrit-oral qui condi­tionne la créa­tion de la poé­sie au sens moderne par les Troubadours. Elle occupe le ter­rain sans oppo­si­tion, à la dif­fé­rence de la poé­sie des Anciens qui est mar­quée néces­sai­re­ment comme intel­lec­tuel­le­ment infé­rieure. 169. L’importance de la poé­sie des Troubadours (et de la prose ver­na­cu­laire qui en dépend) appa­raît mieux. En outre le tro­bar a inven­té le concept fon­da­men­tal de toute poé­sie : l’amour, insé­pa­rable de l’amour de la langue. 170. La poé­sie est mémoire de la langue par amour, par l’amour. 171. L’oralité poé­tique contem­po­raine est une non-non ora­li­té. 172. Le dis­soi logoi recom­mande l’association…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    4143. Dans l’inframince passe la langue. 4144. L’explosion du jeu de mots a sui­vi l’implosion de la rime. 4145. Projet d’art de mémoire : faire de tous les objets du monde des rm. Les titrer, les signer. 4146. Lascault : « qui parle de Duchamp ne doit jamais reje­ter un jeu de mots pos­sible. » Hum. Bien au contraire… ne devrait accueillir un jeu de mots qu’avec d’extrêmes pré­cau­tions. 4147. Thierry de Duve, défi­ni­tion du rea­dy-made : « c’est une œuvre d’art réduite à l’énoncé “ceci est de l’art” ». Non. C’est une œuvre d’art de poé­sie. 4148. (rem. 3825) D’où, en remon­tant, du poète pas­sion­né de machines par essence céli­ba­taires (pho­no­graphe, pho­to­gra­phie en cou­leur, mécanisme…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques

    3747. Chaque objet, of course, doit avoir sa propre sin­gu­la­ri­té, son ins­cape et son ins­tress. Mais Constable ne recherche guère les sin­gu­liers ; il vise un ins­cape géné­ral, un ins­tress du temps sai­si dans les chan­ge­ments constants du ciel.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques 16 11 16

    2017. Dans les romans du graal, un épi­sode n’est que la mani­fes­ta­tion cor­pus­cu­laire de l’onde de l’aventure.…

  • Jacques Roubaud ⋅ Poétique – Remarques 20 11 16

    (du conte ; rem. 182) 2255. Que le conte dit vrai – Le conte dit tou­jours vrai. Ce que dit le conte est vrai parce que le conte le dit. Certains disent que le conte dit vrai parce que ce que dit le conte est vrai. D’autres que le conte ne dit pas le vrai parce que le vrai n’est pas un conte. Mais en réa­li­té ce que dit le conte est vrai de ce que le conte dit que ce que dit le conte est vrai. Voilà pour­quoi le conte dit vrai. 2256. ’gril’ emprunte au conte (vu dans la pers­pec­tive de la rem. 2255) une « position »…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres 19 01 16

    28 Les gelées ne gèlent que froides Les gelées ne gèlent que froides. Mais là est bien la dif­fi­cul­té. Car com­ment déter­mi­ner quand il est indis­pen­sable d’éteindre le feu, de ver­ser le liquide dans les pots, le frac­tion­ner, com­men­cer l’attente fié­vreuse du ver­dict ? À cette ques­tion il n’est pas de réponse cer­taine, constante, chif­frable. C’est pour­quoi la fabri­ca­tion des gelées n’est pas une science, n’est pas une tech­nique, mais un art. L’instant déci­sif dépend de beau­coup de fac­teurs : de l’état des fruits, de leur degré de matu­ri­té, de l’ensoleillement de la sai­son, de l’âge des arbres, des vents, de la taille…

  • Jacques Roubaud ⋅ La Fleur inverse 06 04 21

    Le dire de la poé­sie qui est dire d’amour n’est pas une théo­rie de l’amour. Il n’y a pas de théo­rie de l’amour des trou­ba­dours, ou encore : tout le grand chant est théo­rie d’amour ; le vrai de l’amour est dit d’évidence, est dit en rimes, en rap­pro­che­ments, en oppo­si­tions, en échos de rimes, est dit en rythme. La mala­die expli­ca­tive ne les atteint pas. Approcher la théo­rie d’amour des trou­ba­dours exige un effort indi­rect, une confron­ta­tion de can­so à can­so : elles se répondent d’un bord à l’autre du champ des rimes ; sai­sir le sens dans les ombres entre deux strophes,…

  • Jacques Roubaud ⋅ La Fleur inverse

    Quand Perceval revient au châ­teau du Graal, la bouche pleine d’interrogations, il ouvre une à une les portes, fer­mées depuis les siècles, il gué­rit les rois du Graal, les Rois-Pécheurs, les Rois Blessés. Il ouvre la porte de la der­nière chambre : dans l’obscurité, il découvre le sphinx, et le sphinx lui dit : « Quelle est la réponse ? » « Non, répond Perceval, quelle est la ques­tion ? » Il y a ceci de com­mun à l’énigme du poème de Guillaume IX et à celle de l’image muette du cor­tège du Graal dans le « roman » de Chrétien de Troyes, qu’aucune ques­tion n’est posée. Guillaume IX dit :…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres 19 01 16

    Ce matin du 11 juin 1985 (il est cinq heures), pen­dant que j’écris ceci sur le peu de place lais­sé libre par les papiers à la sur­face de mon bureau, j’entends pas­ser, dans la rue des Francs-Bourgeois, deux étages plus bas à ma gauche, une voi­ture de livrai­son qui s’arrête devant l’ex-Nicolas, sans doute, à côté de la bou­che­rie Arnoult. Le moteur tourne, et, tan­dis que j’écoute le bruit des voix et des caisses, vient de s’éloigner invi­si­ble­ment le moment intense d’angoisse et d’hésitation à com­men­cer à écrire ceci, en lignes qui seront noires et ser­rées, aux lettres minus­cules, sans ratures,…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres

    Je devais pour­suivre ailleurs ma pré­pa­ra­tion au pro­jet : dans la mathé­ma­tique, dans la poé­sie, dans une grande sévé­ri­té d’existence. L’austérité par­fois éré­mi­tique qui se mon­trait néces­saire était comme fonc­tion­nel­le­ment impo­sée par une recherche simul­ta­née de voies dans les deux direc­tions, duales et anta­go­nistes en appa­rence, de la mathé­ma­tique et de la poé­sie. En ces années, je vivais sous la contrainte : contrainte d’apprentissage du cal­cul, des formes poé­tiques, de leur mise en pra­tique simul­ta­née. Mais aus­si contraintes de la vie même : la règle de Paul Klee, « nul­la dies sine linea », pas de jour sans avan­cer d’une ligne, sus­ci­tait simul­ta­né­ment de sévères…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres

    Une cer­ti­tude à la fois dis­tante, vague, mais intime et forte, donne une uni­té à un labeur conti­nu, s’oublie dans l’enthousiasme local des décou­vertes, mais revient à point nom­mé dès que les obs­tacles, les échecs, les décou­ra­ge­ments s’accumulent. Il était enten­du, c’est-à-dire que je m’étais enten­du avec moi-même pour recon­naître que rien ne pou­vait être pré­texte à ces­ser. « À quoi bon ? », me disait le démon noc­turne, ou son double fra­ter­nel et sour­nois, le démon méri­dien : « À cela », répon­dais-je ; cela, le double futur du roman et du pro­jet, qui est beau­coup plus que la thèse de mathé­ma­tique (quand elle n’avance…

  • Jacques Roubaud ⋅ Le grand incen­die de Londres

    Une tra­di­tion, peut-être apo­cryphe (les « der­nières paroles » sont un domaine de pré­di­lec­tion des apo­cryphes) veut qu’Alice Toklas, ren­dant visite à Gertrude Stein à l’Hôpital amé­ri­cain de Neuilly, juste avant l’opération dont elle ne devait pas se réveiller, se soit enten­du deman­der : « What is the ans­wer ? » ; puis, après un silence : « Then, what is the ques­tion ? » Il est vrai que vivre nous pré­sente les réponses long­temps avant les ques­tions. Le monde est devant nous, char­gé de réponses, et nous res­tons muets. Dans la « lande » ou « chambre » du temps dévas­té nous errons, non à la recherche des réponses, mais dans la quête…